14 février 2006
Football : le cancer de la corruption
Partout dans le monde sortent des affaires de corruption concernant des matchs de football. A quelques mois du grand barnum quadriennal de la Coupe du Monde, tout est-il pourri sur la planète foot ? Quand le ballon ne tourne plus rond.
« Le président du club adverse s’est approché de nous sur le terrain d’échauffement, juste avant le match, à 20 h 15, avant de retourner au vestiaire pour enfiler les maillots. Nous étions en fin de saison, le match était important pour son équipe, pas pour la nôtre. Il nous a demandé combien on touchait de prime en cas de victoire. À l’époque, c’était entre 25 000 et 50 000 francs, suivant les joueurs et leur réussite. Il a proposé le double (...) en liquide à chacun de nous si nous les laissions gagner. (...) Pendant 80 minutes, on a joué normalement et, à dix minutes de la fin, alors que nous étions à deux buts partout, nous avons laissé filer l’attaquant adverse. (...) Le type a marqué un joli but. Ils ont gagné. Tout le monde était content. » Facile, non ? Le mystère plane toujours, six ans après, sur l’identité du témoin cité par le mensuel Capital en mars 2000, qui ne précise pas non plus quel match a ainsi été « arrangé », comme l’on dit pudiquement. Le PSG-Bordeaux qui devait offrir le titre aux Girondins au détriment de l’OM en 1999 ? Même score final, match de fin de saison, enjeu pour une équipe et pas pour l’autre, but victorieux dans les dix dernières minutes, et la rumeur d’enfler… Jusqu’à ce que Capital démente : le match concerné est plus ancien et le corrupteur est un club de première division du sud de la Loire. Le rédacteur en chef adjoint, François Genthial, ajoute qu’il ne peut en dire plus mais précise : « Je vais vous dire que tout le monde serait vachement déçu parce que c’est du petit. » La corruption ordinaire, banalisée, en somme… Comme l’illustre la dernière affaire qui agite le Landerneau du football français et implique deux clubs amateurs ! Le 13 janvier dernier, Claude Courgey, président du RC Besançon, porte en effet plainte contre X pour une affaire qui concerne la rencontre
Croix-de-Savoie-Tours (2-1), comptant pour la dernière journée du championnat National 2004-2005. A l’issue du match, Croix-de-Savoie sauve sa place in extremis alors que Besançon est relégué en CFA. Le président bisontin disposerait de preuves émanant de proches du club savoyard : quatre joueurs de Tours se seraient partagés 12 000 euros afin de laisser Croix-de-Savoie gagner. Un mal qui gangrène donc le foot français des amateurs à la Ligue 1, pour éviter la relégation en CFA ou être sûr de ne pas compter de blessés avant une finale de coupe d’Europe !
Des icônes nationales éclaboussées
Jean-Jacques Eydelie, l’ancien joueur de l’OM qui publie ses révélations explosives, 13 ans après, sur l’affaire VA-OM dans son livre Je ne joue plus (Editions de l’Archipel), explique ainsi la motivation qui animait Bernard Tapie en 1993 pour tenter de corrompre trois joueurs valenciennois avant de s’en aller affronter le grand Milan et obtenir le sacre que l’on sait, unique succès français dans la compétition reine d’Europe. Eydelie
raconte aussi comment il aurait informé l’ensemble de l’équipe de toute l’affaire, dans le bus qui ramenait l’OM à la maison, de quelle façon aussi Tapie aurait auparavant fait de claires allusions à sa volonté d’arranger le match devant des internationaux français, lors d’un rendez-vous à bord du Phocéa digne d’un roman d’espionnage ! Même 13 ans après, tout cela ne sent pas très bon… En témoigne le concert de réactions dignes de vierges effarouchées qu’a déclenché le témoignage de l’ancien joueur, à la notable exception de celle d’Arsène Wenger (voir encadré Ils l’ont dit !). Tout le monde savait, et c’est bien ce qui dérange… Même si Jean-Pierre Bernès, à l’époque âme damnée de Bernard Tapie, l’avait déjà dit, à l'ouverture du procès en mars 1995 : « Tous les joueurs savaient que le match était arrangé, demandez à Desailly ou Deschamps ». Des icônes nationales éclaboussées ! Ces temps sont-ils révolus ? L'ancien juge Éric Halphen, actuel membre de la Commission d'éthique de la Ligue, affirme qu'il est persuadé que des rencontres continuent d'être arrangées… Mais le phénomène de la corruption dans le football est loin de ne concerner que la France.
Le prix du penalty
Coup de tonnerre au Portugal le 8 février dernier : après presque deux ans d’enquête et 15 000 heures d’écoutes téléphoniques, 27 mises en examen frappent le gratin du football portugais, à commencer par le
président de la Ligue nationale, Valentim Loureiro (photo ci-contre), accusé de 26 crimes de corruption active, notamment de l’achat d’arbitres « arrosés » pour laisser gagner l’équipe de la ville dont il est le maire, Gondomar, et lui permettre d’être promue. Pas moins de 16 arbitres sont impliqués dans l’affaire joliment baptisée « sifflet doré », qui remonte jusqu’à l’ancien président et plusieurs membres de la très officielle Commission d’arbitrage de la Fédération lusitanienne. Nombreux petits cadeaux, « des objets en or », en échange de faveurs arbitrales… Jusqu’au président Pinto Da Costa du FC Porto, ancien champion d’Europe, qui est soupçonné d’avoir proposé à des arbitres des sommes d’argent et des… prostituées ! En république tchèque, ils sont également 16 arbitres à se retrouver mis en examen, trois clubs convaincus de tentatives de corruption et le vice-président de la Fédération démasqué lui aussi par des écoutes téléphoniques. Un dirigeant d’une formation de l’élite, le FC Synot, a été surpris par la police dans une station service en train de remettre 5500 euros à un arbitre assistant qui venait d’officier le long de la touche lors d’une rencontre de son club. Si l’on touche sur la touche, tout hors-jeu est litigieux ! Pour une poignée de billets, un penalty suspect…
Un million d'euros le match
Alors les arbitres, maillons faible de la lutte contre ce cancer ? Au Brésil, la mafia des paris jette son dévolu sur des membres de la corporation criblés de dettes de jeu, financièrement acculés et donc forcément plus enclins à siffler du bon côté. Pas moins de 11 matchs du dernier championnat national ont ainsi été truqués et seront rejoués. C’est bien que lorsqu’on ne roule pas sur l’or, certains montants donnent le vertige : un mystérieux pays africain a offert 50 000 dollars à la star égyptienne de l’arbitrage, Essam Abdel Fattah, pour avantager son équipe lors d’un match éliminatoire pour la Coupe du Monde 2006. Le vertueux homme en noir l’a aussitôt dénoncé à la FIFA, et l’enquête est en cours. Rappelons qu’une qualification à l’épreuve qui se déroule en Allemagne en juin prochain rapporte au minimum – en cas d’élimination au premier tour - 3,9 millions d’euros à chaque fédération concernée. Alors qu’est-ce que 50 000 dollars ? Ou même un million (environ 901 000 euros), comme l’aurait proposé des émissaires grecs au président de la fédération arménienne pour obtenir la victoire de la Grèce… Là encore, l’enquête est en cours et le doute plane encore. Mais une chose est sûre : au vu des enjeux financiers concernés, de la valse des millions que danse la planète foot, il semble hélas que la corruption ait encore de beaux jours devant elle.
Dossier publié dans le magazine Playboy d'avril 2006
Lire aussi : Ils l'ont dit ! Arsène Wenger, Eric de Montgolfier et Bernard Tapie; Le tour du monde des pots de vin; Combien ça coûte ?
Commentaires
@ Jacques Goguy
Ce blog n'est pas le lieu pour votre message qui n'a aucun rapport avec le sujet.
Merci de ne plus y poster de message de ce style.
Merci Olivier B. Jacques GOGUY s'est largement exprimé sur d'autres sites et il a reçu les réponses qu'il méritait....
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