17 février 2006
Contrat Nouvelle Embauche : chronique d'un dérapage annoncé
La gauche et les syndicats l'ont dénoncé au
moment de sa création : en portant la durée de la période d'essai à deux ans,
le Contrat Nouvelle Embauche ouvre grand la porte aux licenciements abusifs.
Après six mois d'existence, les premières affaires arrivent ces jours-ci devant
les prud'hommes. Et les motifs de renvoi sont édifiants.
Ici et là, d'Aix-en-Provence à Créteil en
passant par Lyon ou Bordeaux, les plaintes d’ex-salariés en CNE commencent
d’affluer aux prud’hommes. Employé remercié pour dix minutes de retard ou femme
enceinte virée à l’annonce de sa grossesse : certains patrons n’y vont pas avec
le dos de la cuiller ! Un boucher a été renvoyé pour être allé faire ses
courses en jogging, un jour de repos, dans le supermarché où il travaille,
rapporte-t-on à la CFTC. Un homme s’est vu congédié après avoir prévenu son
employeur qu’il devait se faire opérer, fait-on écho à la CGT. Très souvent,
les plaignants sont licenciés pour avoir demandé le paiement d'heures
supplémentaires. Du CNE, on vante à droite la « souplesse » et l’on dénonce à
gauche la « précarité ». Le salarié sur un siège éjectable est-il en position
de force pour exiger que soient respectés ses droits ? A quoi bon conserver un
employé récalcitrant quand on peut s’en débarrasser facilement et qu’il s’en
trouve tant d’autres qui attendent que l’on baisse la main pour les ramasser ?
C’est le fond de la pensée de Didier Cochuat, responsable du service juridique de la
CFDT : « Pour le moment, ce sont des
licenciements 'pour l'exemple', destinés à bien faire comprendre aux salariés
de l'entreprise qu'ils doivent être malléables et corvéables à merci. » Et l’on n’a
encore rien vu : « Le gros des ruptures devrait intervenir entre
le quinzième et le vingtième mois » prévoit-il, au moment où certains
souhaiteront se séparer d’employés juste avant qu’ils ne basculent en CDI. Ca
promet.
Lire aussi : Salariés en CNE : 71 % de dindons de la farce
Commentaires
Ils ont tous raison...
Dans tout ce que je lis sur le Contrat Nouvelle Embauche mais aussi sur le Contrat Première Embauche, on feint d'oublier plusieurs choses :
- nous sommes dans un pays où le nombre d'emplois salariés est insuffisant
- la durée de la vie active est sans doute chez-nous la plus courte des pays industrialisés en dépit des soucis de financement des retraites.
- le frein psychologique à l'embauche, réel ou supposé existe, la productivité insuffisante des nouveaux embauchés existe également, le coût du travail dans un contexte concurentiel mondialisé n'est guère incitatifs à accroître l'emploi et les salaires...
Collectivement nous oublions que la finalité d'une entreprise est de créer de la richesse et non pas de l'emploi.
A défendre de toutes nos forces le droit du travail, sans prendre en compte que son application est très différente selon la taille de l'entreprise, nous n'apportons aucune réponse à tous ceux qui n'accèdent pas à l'emploi.
Les forces sont grandes pour s'opposer à toute retouche du code du travail. Ce dogmatisme m'apparaît comme une fin de non recevoir jetée à la face de ceux qui n'accèdent pas à l'emploi.
Le sujet du jour est moins de préserver les rentes de ceux qui peu ou prou restent dans le rêve de l'emploi garanti à vie, que d'offrir de nouvelles souplesses à ceux qui jusqu'à présent restent écartés du marché du travail.
Les CNE et CPE ne sont certainement pas une avancée sociale, mais une tentative (espérons son succès) pour faire bouger les lignes et créer les conditions pour qu'il se passe quelque chose.
C'est le libéralisme en question !
La finalité d'une entreprise est de créer de la richesse, pas de l'emploi, certes. Mais doit-on laisser le monde et la société être gouvernés par le seul intérêt de l'entreprise ? A ce compte-là, supprimons les congés payés, qui grèvent la marge bénéficiaire et n'ont aucune utilité du point de vue capitaliste. Je caricature, bien sûr, mais c'est l'idée.
"Les forces sont grandes pour s'opposer à toute retouche du code du travail" ? Je vous l'accorde mais vous rassure, elles sont grandes aussi pour l' "assouplir" dans le sens que souhaite le Médef, et ce sont précisément celles qui gouvernent actuellement. Et le dogmatisme est dans les deux camps. Heureusement qu'il existe une opposition politique et syndicale ! Et un "quatrième pouvoir", la presse. Sans quoi, qui empêcherait un démantèlement complet de toutes les lois accordant des droits aux salariés ?
Alors oui, le CNE a créé des emplois - à la louche, 29 % de 300 000, faites-moi grâce du calcul. Mais c'est la question posée dans l'autre billet consacré au CNE : à quel prix ?
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