Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

19 avril 2006

Les escroqueries intellectuelles de Laurence Parisot

laurence_parisot

"La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?" La citation extraite du Figaro du 30 août est célèbre et en dit long sur son auteure, la présidente du MEDEF. Pour répondre à la question posée, pourquoi, Laurence Parisot ? Parce qu'on ne loue pas sa vie, sa santé ni son amour (seulement l'usage de son corps dans le cas de la prostitution). Alors qu'on loue sa force de travail. Or donc, pour la patronne des patrons, vie, santé, amour, travail : tout est marchandise. Et celle qui jugeait le CPE discriminatoire en avril appelait pourtant en janvier à la généralisation de son frère jumeau le CNE à toutes les entreprises, et pas seulement à celles de moins de 20 salariés (lors de l'assemblée générale du MEDEF). Belle hypocrisie ! Laurence Parisot avoue tout de même trouver une utilité à la crise du CPE : "Grâce à l'initiative de Dominique de Villepin, les Français commencent à comprendre qu'il y a un lien démontré et démontrable entre le chômage élevé que nous connaissons dans notre pays et la rigidité du marché du travail", assène-elle sur France 2 le 4 avril. On le sait, c'est son dada, mais elle va un peu vite en besogne : démontré par qui ? Quand ? Démontrable comment ? Quant au fait que les Français commenceraient à le comprendre, on renvoit la PDG d'Ifop aux... sondages, mettant en lumière le rejet du CPE par une large majorité d'entre eux. On est ici en plein dans le domaine de l'incantation, pour ne pas dire de la propagande. Toujours plus fort, la dernière petite phrase médiatique de notre pasionaria de la casse du droit social vaut son pesant de mauvaise foi : "réfléchissons aux motifs de rupture, à la période d'essai et plus généralement à ce que j'appellerais la séparabilité de l'entreprise et de l'employé", propose-t-elle dans une interview au Figaro du 5 avril. Séparabilité ? Mais se séparer se fait à deux. Entend-elle défendre aussi le droit des salariés de quitter l’entreprise plus aisément ? Ou seulement celui des patrons de licencier sans contrainte ? Tartuffe!

  

Posté par Olivier Bonnet à 01:34 - Humeur - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Pourquoi le travail ne serait pas précaire comme tout ici bas ? cette question en dit long sur son auteur ! Eh bien la différence c'est qu'on peut *agir* sur ce qui relève du politique, mais beaucoup moins sur le biologique : nous allons mourir, certes, mais nous aurons créé une société qui bannit la précarité, parce que cela relève de notre *décision* d'hommes et de femmes responsables et doués de *raison*, *d'humanité*, d'un esprit de *justice*, parce que c'est ce qui nous *différencie* des animaux et de la loi de la jungle.

Posté par Papotine, 19 avril 2006 à 06:15

Joli, Papotine !

Pas mieux ;-)

Posté par Olivierito, 19 avril 2006 à 11:31

Superbe, Papotine !

Toujours pas mieux..
Papotine, ton commentaire est limpide.
C'est dommage que ta réponse ne soit pas déclaré publiquement à Madame MEDEF.

Posté par Bruno, 19 avril 2006 à 12:15

"seulement l'usage de son corps dans le cas de la prostitution"
Ou des modeles qui posent dans Playboy...

démontré par qui ? Quand ? Démontrable comment ?
Par Open Europe par exemple:
http://www.openeurope.org.uk/research/fullbook.pdf
Ok, quel est votre programme pour reduire la pauvrete dans le monde, payer les retraites de mes parents, avoir un systeme de soins efficaces, etc...?

Posté par Citrouille, 19 avril 2006 à 15:36

Citrouille le moyen c'est la flexibilité sans accompagnement, la précarité, c'est ça ? En tous cas si Madame Parisot ne pense pas qu'il est possible de faire des efforts pour que les entreprises et non les employés s'adaptent au monde tel qu'il est devenu, elle a une très jolie imagination pour adapter le langage : "la séparabilité" pas mal, quoiqu'en fait c'est assez laid en plus si on le dit à haute voix

Posté par brigetoun, 19 avril 2006 à 21:05

Mais qu'est-ce ki di ?

;-}

Posté par Mimich, 19 avril 2006 à 23:39

Je pense comme Bridgetoun

Ce sont toujours aux mêmes qu'il est demandé de consentir des sacrifices, alors que les profits des entreprises n'ont jamais été aussi élevés. Sur le lien entre "rigidité" du marché du travail et chômage, je renvoie Citrouille à l'exemple espagnol : de l'autre côté des Pyrennées, un emploi sur trois est temporaire (1 sur 10 en France). Précarité maximale, donc, qui devrait doper les créations d'emploi. Or l'Espagne enregistrait au 1er trimestre 2005 un taux de chômage de 10,20 % de la population active, soit largement supérieur à celui de la zone euro (8,9 %). Je maintiens que la déclaration de Laurence Parisot est une escroquerie intellectuelle.

Posté par Olivierito, 20 avril 2006 à 09:55

Olivier,

Ce qui compte Olivier, c'est la progression. Le chomage en Espagne concernait 22% de la population active dans les annees 1980. Depuis cette politique de flexibilite du travail, le chomage a diminue et diminue toujours en Espagne.
Vous ne m'avez pas repondu, quel est votre solution pour resoudre la crise de l'emploi en France?

Bien a vous,

Citrouille

Posté par Citrouille, 20 avril 2006 à 11:41

Citrouille, je ne suis pas candidat !

Je ne possède pas de solution, je ne me présente pas à une élection, je ne suis qu'un modeste commentateur, qui souligne en l'espèce les hypocrisies de l'organisation patronale. Le but d'une entreprise est de faire du profit, c'est le système qui veut ça. Je pense donc qu'il doit être corrigé par des contraintes à objectif social, qu'il appartient forcément à l'état de mettre en oeuvre. Sinon, le libéralisme, c'est la loi du renard libre dans le poulailler libre !

Posté par Olivierito, 21 avril 2006 à 09:55

hehe

Je m'attendais a celle la!

Hors sujet, mais j'ai mis une reponse a votre post sur BBB:

"En faisant une rapide recherche sur le site de la Tribune, 37 articles citent Patrick Artus. Sur le fond de la Tribune, n’etant pas un lecteur, je ne sais pas. Simplement, j’ai remarque que les journaux ’economiques’ comme le Financial Times sont generalement ceux qui offrent le plus de debats contradictoires sur la mondialisation. Et apres tout, libre a la Tribune ou a n’importe qui de diffuser de la propagande liberale ce n’est quand meme pas illegale non ? On ne va quand meme pas envoyer les journalistes de la Tribune dans les mines de sel pour leur enseigner la pensee unique alterliberale ?"

Posté par Citrouille, 21 avril 2006 à 17:17

Les mines de sel, si !

Et la tête de Bernard Arnault au bout d'une pique ! De La Tribune, je ne suis pas lecteur non plus. Je refuse de lire un journal qui écrit ceci de Francis Mer : " Un acharné du travail, grand avaleur de dossiers, fanatique de l’explication rationnelle. Sa recherche de la vérité d’une situation procède du souci de bâtir un raisonnement sans faille qui s’impose à tous. Un exercice épuisant, mais stimulant pour ses collaborateurs.(...) Cette haute silhouette veut dominer ses troupes par l’exemple et la justesse de ses choix.(...) Cet homme libre n’a pas besoin de la politique, c’est elle qui a besoin de lui. "
Et bien moi, je n'ai pas besoin de La Tribune. Mais oui quand même à la pluralité de la presse !

Posté par Olivierito, 22 avril 2006 à 07:59

Err...

Si vous "refusez" de lire La Tribune, comment savez-vous que l'on ne parle jamais (vraiment?) de Patrick Artus?

Posté par Citrouille, 22 avril 2006 à 10:09

Globalement...

...la Tribune est bien de tendance libérale, de façon assez flagrante. Elle a le droit ! Preque toute la presse économique l'est. Une excellente exception : Alternatives Economiques : http://www.alternatives-economiques.fr/

Posté par Olivierito, 25 avril 2006 à 13:19

openeurope n'a rien montré du tout

Le bouquin d'openeurope ne démontre rien du tout, à aucun moment le rapport ne parle du taux de pauvreté qui augmente en Irlande puisque c'est l'exemple choisi par ce groupe pour montrer que le libéralisme est la seule option économique valide.

En effet, à quoi cela sert-il d'avoir une économie "en bonne santé" si c'est pour avoir un nombre de pauvres en constant augmentation? E,n d'autres termes, l'économie doit-elle être au service du corps social ou le corps social au service de l'économie ?

Plus fondamentalement, on peut se demander si les indicateurs économiques choisis pour évaluer la bonne santé économique d'un pays sont-ils pertinents?

PAr contre ce qui est sur au sujet du libéralisme, c'est que d'après les économistes cela ne tient pas la route. Rappelons que les économistes depuis quelques années ont montré que premièrement le marché n'est pas efficace, deuxièmement il n'est pas vrai qu'il conduise à l'équilibre ou à l'harmonie, troisièmement la loi de l'offre et de la demande n'a pas de sens puisqu'elle ne peut être mise en équation, et, qu’enfin, il n'est pas possible de fonder une politique économique sur le concept libéral de marché.
D’abord le théorème célèbre dit de Shonnenschein (1973), montre qu'on ne peut déduire des comportements normaux des demandeurs une loi « normale » de l'offre et de la demande et, qu'un système de prix, quel qu'il soit, peut résulter de n'importe quel comportement loufoque ou aberrant de la part des offreurs et des demandeurs.
Ensuite l’inefficacité du marché, a été démontrée par Nash (1950 prix Nobel) qui montra par dilemme du prisonnier que les acteurs économiques lorsqu’ils sont en concurrence choisissent toujours la mauvaise solution et que la coopération entre les acteurs est la meilleure des solutions. Ce qui se voit assez bien dans la gestions de certaines entreprises telles qu’airbus, enron…
Puis John K. Arrow (Nobel) a démontré, en 1951, un théorème dit d'« impossibilité ». En substance, il dit qu'il n'est pas possible de construire un ordre social des choix économiques au niveau d'une nation à partir des préférences exprimées par les agents individuels, sauf, évidemment si un dictateur impose sa vision des choses (équilibre et harmonie).
De plus en 1956, fut découvert un théorème plus dévastateur encore, dit de Lipsey-Lancaster, qui est d’une portée philosophique considérable. Si on suppose qu'un marché parfait puisse exister (ce qui après le théorème de Shonnenschein est assez gonflé) et qu'on veuille aller dans cette direction, on peut souhaiter, petit à petit, libéraliser les marchés (ça ne vous rappelle rien ?), celui du travail, celui des capitaux, puis privatiser, flexibiliser, supprimer les monopoles, mettre des péages là où il n'y en avait pas, bref, faire ce que fait l'Europe. La théorie économique classique voudrait que plus on approche de la concurrence, plus le système est efficace. Ce théorème montre que si l'on touche à un aspect anticoncurrentiel d'une économie, on se retrouve dans une situation pire que celle du départ (et là on dit vive l’Europe et vive la technocratie).
Enfin, le théorème de Grossman-Stiglitz (1980) montre qu'il n'est pas possible de fonder une politique économique sur le concept libéral de marché. Il dit, en substance, qu'un mécanisme de marché ne peut jamais améliorer le fonctionnement du marché. Il y a donc besoin d’état.

Et ce ne sont la que des aspects purement économiques, il faudrait passer en revue les aspects de violence et de déliquescence qui augmentent dans la sociétés libérales d'écologie qui sont passés à la trappe...

Posté par Il catratore, 26 novembre 2007 à 09:25

Citrouille

S'il y à du chômage ce n'est quand mème pas de la faute des chômeurs ! Jusqu'à preuve du contraire, les décideurs de l'économie francaise ont toujours été les bour..le patronat. C'est le liberalisme qui a imposé le libre échange, le liberalisme qui a imposé la mondialisation, le liberalisme qui a imposé les délocalisations, c'est donc le liberalisme qui a imposé le chômage. Faut-il aujourd'hui laisser le liberalisme imposer la précarité pour tous ? Bref, il faut pas faire un travail d'historien trés poussé pour constater que le liberalisme est la cause de tout les troubles socio-économiques que l'ont connais actuelement. Alors qu'est ce qu'on fait une fois qu'on à touché le fond ? On creuse ? Moi je suis plutot d'avis pour renverser la vapeur, ras le bol de payer pour les erreurs de la classe dominante, faut qu'elle dégage !

Posté par NON, 16 janvier 2008 à 06:30

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