21 juin 2006
Dérapages à l'Assemblée et langue de bois
Interpellé
par François Hollande, le premier ministre a proféré deux énormités et une injure.
Heureusement, le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, a arrêté la
langue de bois et nous explique le discours galouzien.
En
planchant sur La phrase du jour, nous pensions d'abord présenter l'intervention
d'hier de François Hollande à l'Assemblée nationale. Chacun s'est, logiquement,
attaché à la réponse de Villepin, mais il est intéressant de savoir quelle
attaque a bien pu mettre notre premier ministre, déjà malmené ces temps derniers, dans un état tel qu'il insulte le leader du
principal parti d'opposition. François Hollande, donc, à propos de l'affaire
Forgeard/EADS : "Pas de confiance dans le pays, pas de
confiance de la majorité, ni dans la presse : dans toute démocratie digne
de ce nom, le chef de l’État ou le Parlement auraient mis fin à cette
situation. Mais notre pays vit actuellement sous le régime de
l’irresponsabilité ! (...) des dirigeants d’entreprise n’hésitent
pas aujourd’hui à s’octroyer des rémunérations considérables, au moment même où
leurs salariés se trouvent réduits à la portion congrue. Ces faits ont en outre
eu lieu alors que le groupe EADS annonçait un millier de suppressions d’emplois
dans sa filiale Sogerma de Mérignac. Dès lors que l’État français détient
15% du capital de EADS, dès lors que le Président de la République et
vous-même,
Monsieur le Premier ministre, avez joué un rôle dans la nomination
du co-président d’EADS, M. Forgeard, lui maintenez-vous votre
confiance ? Si tel était le cas, cela signifierait que l’irresponsabilité
générale l’a emporté, puisqu’on aurait la preuve qu’un président d’entreprise
peut se comporter ainsi sans être rappelé à l’ordre par l’État."
Deux énormités et une injure
Galouzeau de Villepin va commencer sa réponse en distillant quelques
savoureuses perles, avant de finir par littéralement péter les pombs : "Monsieur
Hollande, il est des moments dans la démocratie où l’on ne peut pas dire
n’importe quoi." Parce qu'il en est d'autres où l'on peut ? "En
2000, c’est vous qui avez défini, avec Lionel Jospin, le pacte
d’actionnaires ; c’est votre responsabilité et nous remettrons les choses
à plat." La réponse tombe à côté, puisqu'il est question de la nomination
de Forgeard, dans laquelle la responsabilité du premier ministre est bien
engagée. Celui-ci poursuit néanmoins ses leçons de démocratie, façon pot-au-feu:
"Il est des moments dans une démocratie où on ne peut pas mélanger
les carottes et les choux-fleurs". Le niveau du débat est monté d'un
cran, là, vous avez remarqué ? Mais on n'a encore rien entendu, notre bateleur
n'a pas fini sa phrase : "mélanger... l’exigence de vérité et l’exigence de bonne
gestion." Ah ça, c'est sûr qu'on ne va pas commencer non plus à
mélanger carottes, choux-fleurs, vérité et bonne gestion. Sinon, c'est la
chienlit. Donc il ment. C'est même très caractéristique de sa façon d’exercer
le pouvoir. Mais c'est pour gérer. De quel droit voudrait-on l'obliger à dire
la vérité aux représentants élus du peuple ? Opposer vérité et bonne
gestion ! Laissons-le mentir, ça ne nous regarde pas. Mais Villepin n’en a
pas encore terminé puisque vient ensuite le colossal : "Je dénonce,
Monsieur Hollande, la facilité, et je dirai même en vous regardant, la lâcheté…
la lâcheté de votre attitude… sa lâcheté, je le redis". Une troisième
fois pour la route : si ce n’est pas s’enfoncer ! Et le premier
ministre avait joyeusement prévu de continuer son discours. Las, les
vociférations indignées des députés socialistes
quittant la salle ont couvert
la suite.
Copé, docteur ès-langue de bois
Heureusement, Jean-François Copé est là. Souvenez-vous : le
ministre délégué au budget et à la réforme de l'Etat, ainsi que porte-parole du gouvernement, a arrêté la langue de bois,
juré-publié-vendu dans toutes les bonnes librairies. Tournons-nous donc alors
vers lui pour savoir que signifiait Villepin, dénonçant la lâcheté de
l’attitude de François Hollande. D'abord, pour lui, ce bon François était "super-agressif". Bon. Et ensuite ? "La réponse du Premier ministre était tout
simplement de dire que le fonctionnement même des choses, le pacte
d'actionnaires dans lequel se trouve l'Etat a été décidé par (un) gouvernement
de gauche et que donc il était quand même bien d'arrêter le double langage"
: il a vraiment bien fait d’arrêter la langue de bois. Notez ce très
primesautier
"tout simplement". A lui la phrase du jour finalement ! Villepin,
traduit par Copé, ça sonne tout de même plus présentable. Moins voyou de
l’Assemblée nationale. Mais ça serait quand même bien qu’on arrête avec le
double langage, Jean-François a raison.
Ha ha ha !
Commentaires
Villepin, Roi du potager!
Très bon article. La remarque de Copé est intéressante par sa platitude même.
Mais c'est l'image de Villepin qui fait sens. (à revoir sur Daylimotion). Au début de son allocution, il se frotte les poing, comme s'il avait envie de boxer Hollande. Il est au comble de l'énervement.
Son visage trahit plus que de la fatigue (et la belle Une de Libé le montre cruellement). On en face à un homme au bord de la dépression nerveuse. Tout autre que lui se serait effondré depuis des semaines. Lui, il tient le coup. Et, avec un peu de chance, il va passer de bonnes vacances (je lui conseillerai de partir loin, très loin) et revenir tout requinqué. Plein de certitudes, d'orgueuil et d'ambition.
Remarquable, Eric. C'est un plaisir de vous lire.
"Donc il ment"...
A l'heure où l'on parle constemment de transparence, il y a quand même un truc qui me fascine : "on ne peut pas mélanger l'exigence de vérité et l'exigence de bonne gestion" Qu'est-ce que ça veut dire ? Dans votre billet, vous écrivez simplement M. Bonnet : "Donc il ment" J'ignorais que le mensonge était la vertu cardinale du commerce. Même chez K. Marx on ne trouve pas ce type de postulat. Qu'on m'explique !
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Comme quoi…
… il était bon de savoir ce qu'avait dit Hollande… Merci Olivier… Et encore, y a pas tout!
Ce matin, sur France Inter, c'était encore une horreur les questions qui lui étaient posées, heureusement il a encore été malin, le François, il a tout placé, malgré les questions même pas perfidement de droite, carrément de droite… Ils ont de la chance que je déteste la pub à la radio, à France Inter, sinon je changerais mes habitudes. Et moi je le redis (enfin juste pour Olivier…), je ne sais pas ce que Moumoune lui avait fait, mais ça lui a réussi au petit gros à lunettes…enfin François, quand même après une sortie pareille, il mérite son prénom…
Et la politique dans tous ça
Surprenant ce Premier ministre en exercice et le 1° secrétaire du PS - 1° parti d'opposition...
Le débat d'idées est passé aux oubliettes, reprenons l'ensemble de la presse y compris "d'opinion" ( mais y'en a til encore vraiment ? ) ce jour, il n'est question que de l'invective entre les deux hommes y compris au moment ou j'écris ce post sur I Télé où il est fait référence à la culture ( sémantique ?) de DDV où on va nous expliquer qu'il y avait une volonté d'esquisser les problèmes de fonds... Ah oui ? Qui n'avait pas remarqué ?... Mais ouf ! Philippe Val est là pour nous donner la ligne à suivre !
(Olivier ta note est excellente et tu sais que je ne pratique pas la langue de bois !)
No Comment
On n'a presque pas envie d'en rajouter tellement ils sont englués dans la langue de bois et la mise en place de l'écran de fumée...
Si DdV voulait bien partir...
Pas d'accord
Carole, on le sait bien, les fonctions politiques, comme diplomatiques - et l'on peut aussi s'en rendre compte à notre petit niveau dans notre milieu professionnel - exigent une forme. Hier, Hollande a su jouer avec ces formes obligées pour dire les manquements. Et Villepin l'a très bien entendu… Hier, justement, il ne s'agissait pas d'écran de fumée. Seuls les médias nationaux en ont fait cela. Shame on them.
Je maintiens : un écran de fumée pour ne pas avoir à répondre à la question de la nomination de Forgeard en parlant plutôt de pacte d'actionnaire.
Digne d'une cour de récré
Notre chèr petit DEEEE Vilpino, a encore perdu son sang froid.
N'oublions pas que c'est un poète, un grand sensible. Souvenez-vous de la commémoration sur l'extermination juive, il avait essuyé quelques larmes, les médias en avait fait tout un plat.
C'est donc un grand sensible qui est sans doute mal conseillé pour son image médiatique..... Quelques cours de communiction auprès de Jacques Séguela s'imposent.
Mais comme le ridicule ne tue pas, quelques discussions stériles de bac à sable dignes de gamins de récré mettent un peu de PUnch à l'assemblée. D'habitude, ils dorment...Là ils se sont barés de l'hémicicle..
Très bon blog
Human
@ tous
Villepin ne s'est pas excusé mais à présenté "ses regrets", et tout continue comme avant...
Merci pour vos appréciations flatteuses.
Sortir ce qu'a dit villepin c'est pourri c'est clair. Mais l'attitude d'Hollande n'est pas mieux. Depuis plusieurs mois à faire des attaques personnels sur DDV. Je comprend que certains veulent que DDV démissionne. Mais y'a des manières de le faire et c'est pas ce bordel à l'assemblé national qui va faire avancé les choses.
Que ce soit de gauche ou de droite, les voir s'engueuler comme ça c'est d'abord marrant, mais ça finit par être pathétique quand même.
Normal que Villepin se prenne des attaques personnelles, avec toutes ses casseroles. Lire à ce sujet mon billet du jour : "Cherche premier ministre, désespérément"
http://olivierbonnet.canalblog.com/archives/2006/06/22/2143470.html
Tout simplement
Je crois que le sieur de Villepin est fatigué et que des fois, le masque tombe et il pète un câble ! Ça sort tout seul que voulez-vous, il n'y peut rien ce brave homme. Il comptait sur l'équipe de France pour redonner du moral aux français (et Dieu sait qu'il a fait sa part de travail pour la motiver cette équipe !), mais rien n'y fait, ils jouent comme des brêles et les Français ont toujours le moral dans les chaussettes...
Et pour ne rien arranger, il semble que pas mal de députés de son propre camp ont envie qu'il débarrasse le plancher ASAP...
Bref, "Dominique, vous êtes le maillon faible, aurevoir !"
Plaisamment résumé, Sandrine !
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