10 juillet 2006
Alexandre Medvedowsky : gare à l'effet boomerang !
Conseiller général et candidat PS aux prochaines législatives dans la 14ème circonscription des Bouches du Rhône, où il affrontera Maryse Joissains-Masini, la député-maire d'Aix-en-Provence, Alexandre Medvedowsky met en garde les hommes politiques habitués des pages people contre le danger de l'exposition excessive de leur vie privée.
Où peut-on situer la frontière entre vie privée et vie publique ?
Les hommes politiques sont des hommes publics, donc leur vie, nécessairement, le devient. Il y a des situations différentes suivant où l'on se trouve. Dans les pays anglo-saxons par exemple, on voit très bien que les hommes politiques n'ont pas le droit à une vie privée. Dès qu'on a l'impression qu'elle déroge aux règles de bonne conduite de la société, ils se font placarder, vouer aux gémonies et sont souvent obligés de démissionner, de quitter leurs fonctions : on se rend bien compte qu'il y a une imbrication complète entre leur vie privée et leur vie publique. En France, de façon générale, il y a toujours eu une coupure très forte entre la vie privée des hommes politiques et leur vie publique et l'on a toujours considéré qu'ils avaient droit à une vie privée. Je fais remarquer que ça déroge aux autres personnes publiques : les acteurs, les gens de la télévision, les chanteurs voient leur vie étalée en permanence dans la presse people et ils ont un peu de mal à faire respecter leur vie privée. Mais c'est vrai qu'ils en jouent beaucoup. Je pense qu'il est sain que les hommes politiques aient le droit au respect de leur vie privée, jusqu'au moment où eux-mêmes mettent en valeur cette vie privée et l'utilisent comme un moyen de communication. Et le problème est qu'on a vu beaucoup, ces dernières années, des leaders nationaux utiliser leur vie privée, leur couple, leur famille pour, à travers la presse people, donner une autre image d'eux-mêmes. Donc, à partir du moment où l'on instrumentalise sa vie privée, il ne faut pas s'étonner que le public et les médias aient le sentiment que tout devient public. Et qu'on puisse avoir des effets boomerang, comme on l'a vu avec Sarkozy dans une période toute récente : Cécilia faisait entièrement partie de sa vie publique, ses enfants aussi, et à partir du moment où le couple ne marche plus, où il y a des problèmes, il se retrouve en première page de la presse people et ça le choque. Mais il ne faut pas se mettre dans la presse people et regretter ensuite d'y être quand ça va moins bien.
Quelle est votre pratique personnelle en la matière ?
En tant que personne publique, je suis invité avec mon épouse à des manifestations, donc j'y vais, mais je ne fais pas de ma vie privée un vecteur de communication particulier. On reste à un niveau où j'estime que ma sphère privée, c'est ma sphère privée, et je ne joue pas de ça dans l'exercice de mes fonctions et de mes mandats.
Quand un homme politique véhicule dans son discours des valeurs morales extrêmement fortes et se présente comme un mari et un père de famille modèle, dans le même temps qu'il bafoue ces principes dans la réalité, est-on fondé à dénoncer ce qui apparaît dès lors comme une imposture ?
Je suis assez d'accord avec cette idée. Ce qu'on ne supporte pas dans les pays anglo-saxons, c'est le mensonge. Le fait de se draper effectivement dans un système de valeurs où l'on prône la fidélité, le couple, le mariage, et qu'on se rende compte que ces hommes politiques ne le vivent pas. Il ne faut pas mettre en avant un système de valeurs morales sur le plan de la famille et du couple quand on n'est pas capable de le pratiquer. Je n'ai jamais considéré que ce type de doctrine faisait partie de mon socle de valeurs politiques. Ce sont des valeurs privées, personnelles, qui appartiennent à la vie privée. Ce ne sont certainement pas des règles de morale publique qui doivent faire partie de l'action politique. Ceux qui font de la politique là-dessus, qui sont en règle générale plutôt à droite, ou ils le respectent, et tant mieux pour eux, ou il ne faut pas qu'ils s'étonnent du retour de bâton.
Vie privée et politique : un tabou français
Dossier réalisé pour le magazine Playboy
Commentaires
la dernière réponse dit l'essentiel et est impeccable
Mon passage préféré
"Ce sont des valeurs privées, personnelles, qui appartiennent à la vie privée. Ce ne sont certainement pas des règles de morale publique qui doivent faire partie de l'action politique."
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