Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

13 septembre 2006

Halte à la publicité à l'école !

casseurs_de_pub_rentr_e_2006"Faut-il rappeler que le système publicitaire est contraire à tout principe éducatif, contraire à l’exercice de l’esprit critique et à la formation de citoyens libres ?" Apparemment, oui, et c'est ce que s'applique à clamer l'association Casseurs de pub, qui propose en ligne une lettre à adresser à son député, qui proteste contre l'actuel "code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire" (circulaire du 28 mars 2001). Ce texte aménage le principe intangible de la "neutralité commerciale" de l'école - "Les maîtres et les élèves ne peuvent en aucun cas servir directement ou indirectement à quelque publicité commerciale que ce soit" est-il énoncé en toutes lettres - en autorisant l'invasion des marques sous les préaux à plusieurs conditions : les fiches doivent comporter un logo "discret" et les "malettes pédagogiques", partenariats et jeux-concours sont permis s'ils présentent un "intérêt pédagogique" et ne constituent pas "une véritable opération commerciale". L'hypocrisie est patente : les marques consentiraient-elles l'investissement nécessaire à la conception, la fabrication et la distribution de leur matériel "pédagogique" par pure philanthropie, si elles n'en escomptaient pas des retombées commerciales ? A cause de ce Code de bonne conduite, la "neutralité commerciale" du système éducatif devient une "coquille vide", accuse Nathalie Sapena, journaliste auteur de L’Enfant jackpot : "la circulaire de 2001 ne fait qu’ouvrir une brèche, sans prévoir de garde-fou. Qui fixe les bornes ? Qui vérifie la « discrétion » des logos ? Qui s’assure du caractère pédagogique du matériel proposé ? Qui juge de son but commercial ? Le fait pour une marque de travailler son image, d’apparaître dans les esprits des consommateurs les plus jeunes et les plus vulnérables comme étant sympathique, éthique, en un mot, « cool » : cela n’est-il pas commercial ? Le problème, c’est qu’il n’y a aucune instance pour répondre à ces questions. C’est à chaque enseignant de prendre seul la décision sur l’utilisation de ces outils, souvent extrêmement bien conçus." D'où le grand succès rencontré par le matériel mis "gracieusement" à disposition par Pepito, Danone, Nestlé, Microsoft - nouveauté de la rentrée, une vraie campagne de pub en Maternelle ! - la banque CIC, Tampax et Allways, Peugeot et Renault, Colgate et Signal, entre autres, tous "partenaires" enthousiastes qui se livrent à un véritable endoctrinement mercantile sur desenfant_jackpot_bouquin personnalités des plus vulnérables : "Le cerveau d’un enfant continue en effet à se construire jusqu’à sept ans, et c’est le cortex préfrontal, zone impliquée dans les choix de consommation, qui se développe en dernier. Il est donc d’autant plus important de préserver des bulles d’oxygène non pollué par la publicité, comme l’école, pour que nos enfants grandissent en citoyens doués d’esprit critique et d’imagination, et non pas en simples consommateurs moutonniers." Sournoise, insidieuse, perverse et pour tout dire inacceptable, ainsi apparaît la publicité à l'école. Et Nathalie Sapena ne mâche pas ses mots pour qualifier ses promoteurs : "Ils se nomment Jacques Séguéla, Maurice Lévy ou Bernard Brochand pour les plus célèbres d’entre eux. Ce sont eux qui versent aujourd’hui les salaires des journalistes de la télé, de la radio ou de la presse. Ils disposent de l’argent des plus grosses entreprises du monde pour faire pression sur les hommes et les femmes politiques. Certains d’entre eux travaillent pour des dictateurs dans les pays pauvres. Ils sont bronzés et souriants et parlent de liberté pour mieux rendre les gens esclaves de la consommation. Ils achètent les stars qui vendent leur image contre de l’argent. Ils font la sortie des classes pour rendre écoliers et lycéens accros aux marques. Ils entrent dans les écoles pour en faire une marchandise. Ils sont prêts à tout pour de l’argent. Ils détruisent la nature. Ce sont les publicitaires." Brillant réquisitoire.

Posté par Olivier Bonnet à 11:31 - Société - Commentaires [55] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires

Divan

Juste pour rire, LesYeux, ne vous fâchez pas ... mais venez ici vous allonger un peu, misanthrope et sans confiance dites-vous ? M'enfin, pourquoi ? )

Posté par Fajua, 14 septembre 2006 à 15:06

Bon, d'accord !

Je change de pseudo... Mais ça fait encore moins viril : (

Posté par juan margarita, 14 septembre 2006 à 15:24

oui mais ça donne furieusement envie de prendre l'apéro ou de manger une pizza !

Posté par Jihème, 14 septembre 2006 à 15:29

D'mon temps !!!!

Il y a toujours eu de la pub à l'école, même en 1950 !!!! Mais oui, les buvards Chocolat Cémoi, la ouate Thermogène etc....

Posté par joyce, 14 septembre 2006 à 15:33

@ fajua

ne me tentez pas fajua...

Posté par lesyeux, 14 septembre 2006 à 16:20
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