Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

13 décembre 2006

Clearstream : haro sur la liberté d'informer

denis_robert_comit_"La liberté de presse, d'écrire et d'informer est bafouée par le pouvoir de l'argent et les intrigues politico-financières. Les super-menteurs du monde politique, de la finance et de l'armement sont écartés de toute poursuite" : mais pas Denis Robert, qui a fait hier cette déclaration à sa sortie du bureau des juges venant de lui signifier sa mise en examen dans l'affaire des listings falsifiés de Clearstream. Les magistrats auront donc suivi les recommandantions du parquet de Paris, scélérate marionnette : il faut punir ceux qui ont révélé l'affaire, parce qu'ils ont osé entrer en possession d'éléments qui ne les regardaient pas : protégeons le secret sur les opérations illégales ! Que reproche-t-on en effet au journaliste écrivain ? "Recel de vol et d'abus de confiance", pour avoir détenu des listings bancaires subtilisés à la chambre de compensation luxembourgeoise par Florian Bourges, à la faveur d'un audit qu'il avait mené, alors qu'il était stagiaire dans un cabinet de consultants. Lui aussi est bien sûr mis en examen, pour "vol et abus de confiance". La justice française prend donc le parti de défendre Clearstream. Et s'asseoit sur la liberté d'informer :"Si les professionnels de la presse doivent être poursuivis chaque fois qu'ils sont amenés à entrer en possession ou à prendre connaissance de documents qui n'étaient pas destinés à être rendus publics, c'est tout le travail du journalisme d'investigation qui pourrait être compromis", s'indignait ainsi Reporters Sans Frontières fin octobre, craignant l'éventuelle mise en examen. Cette ignominie est donc aujourd'hui d'actualité. Un comité de soutien à Denis Robert s'est constitué, dont le blog est accessible ici. (Gageons qu'il apportera aussi son aide à Florian Bourges, son informateur.) Parce que le journaliste ne peut plus assumer les frais énormes occasionnés par le véritable harcèlement judiciaire dont il est la victime : 31 procédures sont actuellement en cours et au total, plus de six millions d’euros de dommages et intérêts cumulés sont ainsi réclamés à Denis Robert, ses témoins, les Arènes et Julliard ses éditeurs ou Canal + qui a diffusé ses films. Même s'il gagne ses procès, encore faut-il payer les avocats. Pourquoi cette persécution ? Pour avoir révélé l'existence d'une gigantesque lessiveuse d'argent sale, politiquement protégée par un Etat membre de l'Union Européenne, le Luxembourg, et qui implique la BNP Paribas, la Société Générale, Le Crédit Lyonnais, la Chase Manhattan, la Barclay's, la Deutch Bank... Le coeur du système capitaliste ! Il ne fait décidément pas bon s'attaquer aux puissances économiques. A méditer, alors que la loi de prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy, votée la semaine dernière, ne contient pas une seule disposition contre la délinquance financière.

PS : Billet très percutant sur le blog de Corinne Lepage, titré Denis Robert victime de la république bananière.

Posté par Olivier Bonnet à 10:10 - Affaire Clearstream - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Nul n'est prophète...

Au pays de Bush ou de Blair, M. Robert - comme d'autres avant lui - auraient peut-être probablement été honorés d'un grand prix. Au pays de Voltaire, il est mis en examen, et peut fredonner le vieil air de Guy Béart : "ce journaliste a dit..."

Posté par Actu75, 13 décembre 2006 à 10:21

encore un bel exemple de notre démocratie
gerard de nimes

Posté par gerard, 13 décembre 2006 à 10:24

Merci

Merci, cher Olivier, pour ce petit article en guise de soutien à D.R.

Soutien d'autant plus précieux qu'ils sont rares en cette période pré-électorale qui voit les "journalistes" raser les murs quand ce n'est pas carrément de la plate complaisance devant les présumés futurs présidents !

Posté par alberto, 13 décembre 2006 à 10:34

Pas de quoi

Je ne fais que défendre mes principes et mes valeurs et exprimer mes révoltes.

Posté par Olivier Bonnet, 13 décembre 2006 à 10:37

infect

condamner un journaliste pour protèger des intérêts financiers!

on tombe de plus en plus bas, arriverons nous à nous relever?

Posté par céleste, 13 décembre 2006 à 10:40

Sarkozy avait raison!

50% de récidive, les banques Honorable dénommés ci contre ont remis le couvert, Non ce ne sont pas des voleurs, ni des malfrats, que d’honnêtes financiers, soit dépourvu de sens moral, c’est pas un petit Journaliste qui va les faire Chier, ils ont le droit au travail eux aussi !
Pourquoi faire une enquête qui intéresse,seulement le Premier Ministre Villepin , le Ministre des intérieurs Sarkozy ,et le premier Magistrat de France ? le Chi
Soyons raisonnable le peuple ne peut comprendre une histoire de comptabilité,pire de conte habilité, le peuple en grande partie Smicar ne mange pas dans la même gamelle

Posté par Eric CLAXON, 13 décembre 2006 à 11:43

Denis Robert victime de la république bananière
à lire sur le blog de Corinne Lepage

Posté par br, 13 décembre 2006 à 11:47

Soutien plein et entier.

"Il ne fait décidément pas bon s'attaquer aux puissances économiques. A méditer, alors que la loi de prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy, votée la semaine dernière, ne contient pas une seule disposition contre la délinquance financière."

Exactement, les libertés du libéralisme ne sont "nettement" pas à l'usage de tous!

Posté par pierre duys, 13 décembre 2006 à 12:49

Mais que peut-on faire, très concrètement, pour lui, contre ces infâmes?

Posté par pierre, 13 décembre 2006 à 16:21

Dénoncer inlassablement : plus on sera nombreux et moins les médias dominants pourront faire l'impasse.
Et pour aider Denis Robert directement, contacter son comité de soutien (lien dans l'article).

Posté par Olivier Bonnet, 13 décembre 2006 à 16:32

bien, bien, j'ai suivis, je lis son blogue, depuis quelque semaine... l'ai entendu en interview, notammant la nuit, sur France Inter (onze heures à minuit), l'a l'air bien ce gars... vraiment. Mais d'où je suis, toute petite goutte, eh bien soit, ruisselons, ruisselons ! NOus ferons des torrents, puis des lacs, de garde, puis des raz, de marées...

Je prends contact et prépare un article.

bien à lui, bien à vous.

Posté par pierre duys, 13 décembre 2006 à 17:04

le plus cette fois c'est que ce n'est pas Clerstream qui lui fait un procès, et que tous les autres s'en sortent (peut-être reconnaissons le parce que rien ne peut être prouvé contre eux - sauf le faussaire tout de même non ?)
Je m'étonnais que personne ne réagisse.

Posté par brigetoun, 13 décembre 2006 à 17:12

Clair de Lune

En préalable à toute mise en examen, on pourrait suggérer à Denis Robert ainsi qu’à l’auteur de l’article cette question de savoir s’il était si sage de faire autant de caricatures outrancières des juges en cette affaire, et juste au sortir de leur bureau chauffé au rouge. Et comme si de tels propos de rage blanchie se savaient changer quoi que ce soit à l’investigation des Juges. Ah ça ! Et quand dans cet article on voudrait, certes, sauver l’investigation journalistique, mais malheureusement en aliènant aussitôt l’investigation faite par les juges: ce qui est leur droit, plus encore: leur devoir pour lequel ils sont en office dans la République.

Pourquoi, cet article attaque-t-il les juges sur un ton qui paraît si semblable au ton que l’on entend à l’oeuvre chez les adversaires de Robert. Et qu’ils utiliseraient ces méthodes abruptes pour réduire cet écrivain sans raison, à ce qu’on dit. Est-ce donc si sage d’affirmer que la Justice défendrait les tenants de l’affaire Clearstream ? en insinuant par là-même que tous les rouages du pouvoir seraient contaminés par cette huile rance d’une république bananière. Alors que l’auteur même de cet article en manifeste une si bonne connaissance, qu’il emploie cette huile presque pour en abuser et tout du long. Tellement son appétit de Justice le mettrait à mordre à tous les parquets de France sans plus de discernement.

Ne dit-il pas au moment qu’il glisse sur la cire bananière qu’il vient à peine de la passer sur... "Le parquet de Paris, scélérate marionnette" ? Voudrait-il réviser tous les jugements du siècle passé et jusqu’au rebours de la Justice même, avec son petit mail de retoucheur de la statue bien-balancée des décisions de Justice, qu’il ne s’adonnerait pas à un tel sport de glisse mémoratif et assez grandiloquent pour être parfaitement inoffensif pour ses adversaires.

Pour exemple: l’auteur passe du syllogisme à trois temps, qui est le plus nécessaire pour convaincre par la raison, à l’enthymème qui en est une forme abrégée à deux temps qui suggère plus qu’elle prouve vraiment. Certes cette forme de rhétorique impose quand elle atteint son apogée "je pense donc je suis", mais sur le pied où va ce discours c’est plutôt: "je pense ainsi donc c’est vrai"... ou plus clair encore: "la Justice enquête et met en examen donc elle est complice des ennemis de Robert" .

Et, c’est bien là l’essentiel du discours qui plombe le discours. Car il n’y a là point d’investigation ni de vérité. En revanche, on y sent de la conviction, et du ressentiment, soit du dépit, manifestement un manque de sérénité inquiétant pour le dossier du mis en examen, aussi de la précipitation, et enfin de l’accusation même plus indirecte, sinon de la dénégation de la République, pire du mensonge, ou encore de la manipulation, c’est-à-dire de la mésinformation, finalement de l’injustice en un dernier mot.

Et simplement parce que l’auteur n’use jamais des précautions oratoires, quand il voudrait nous parler d’investigation: c’est-à-dire d’un journalisme prudent et courageux: qui ne sait rien et qu’il doute avant d’avoir étudié ou débattu dans des discussions contradictoires, je dis bien CONTRADICTOIRES de toute l’affaire. Par ainsi, en lieu de descendre la Justice, il devrait en étudier les livres et toute la philosophie. Surtout, si ce qu’il veut amener dans l’esprit de la lectrice et du lecteur serait que Denis Robert tenterait de démontrer légitimement un scandale immense, et si c’était vrai dans le fond du débat.

Car on n’emporte jamais le gain d’une affaire qu’on établit sur un tel manque de sérénité, et dans un manque en la confiance des livres fondamentaux de la Justice. S’attaquer à la Justice — ce qu’il ne faut jamais confondre avec les actions de la jurisprudence qui transforment et font avancer la Justice — c’est bientôt, c’est déjà, s’attaquer à la Constitution même et à nos Droits fondamentaux.

Autrement dit: comme tout citoyen je refuse qu’une pièce introduite dans un dossier, et qu’elle aurait été obtenue sans mon consentement, puisse être utilisée contre moi, même pour la plus infime affaire de Justice. Et ce que Monsieur Bonnet pensera pour lui-même de la même façon, je ne doute pas de ce fait un seul instant. Comme je ne vois pas pour laquelle raison, un journaliste, ou un curé, ou un patron, ou qui que ce soit serait assez au-dessus des lois, pour qu’on l’autorisât à tenter de m’accuser, puis à aller en Jutice avec des pièces qu’on aurait subtilisées chez moi et dans mon secret et où qu’il se trouvât: puisque le secret est la base de la démocratie, et au plan individuel le plus intime: il est sacré.

Demian West

Posté par Demian West, 13 décembre 2006 à 18:48

Cher Demian, le cas est un peu différent pour une personne privée que pour une société, me semble-t-il. Mais le débat est intéressant: imaginons que l’on subtilise chez vous une lettre où vous avouez de façon circonstanciée avoir commis un meurtre. Selon votre raisonnement, on ne pourrait vous poursuivre alors. Pourtant vous l’auriez bien commis, ce meurtre... En l’espèce, pour revenir à l’affaire, je ne comprends toujours pas que les deux juges mettent en examen le stagiaire pour avoir emporté des listings bancaires prouvant les magouilles - trop compliquées pour développer ici. La seule explication que je vois est la mise en application de ce principe : protégeons le secret sur les opérations illégales ! Contre lequel je m’insurge.

Posté par Olivier Bonnet, 13 décembre 2006 à 19:39

Dur à cuistre

C'est de la cuistrerie digne du meilleur Achille Talon ça. Cher Monsieur, si je peux me permettre, on a bien compris que vous ne portiez pas les journalistes dans votre coeur, mais quand ils écrivent eux, en général, on arrive à les suivre. Essayez de vous en inspirer, sinon j'ai bien peur que votre enthymème et autre sillogysme ne trouvent pas les réponses et commentaires qu'ils méritent de toute évidence. Déjà qu'on a bien du mal à suivre l'affaire Cleastream, rien ne s'éclaire avec votre contribution, et cela dit en toute sympathie, bien sûr;-)

Posté par Jihème, 13 décembre 2006 à 19:49

Investigation kesako?

Bon Jihème il peut nous arriver d'avoir un léger désaccord. La longue contribution de Mister West, quoiqu'un peu confuse voire donneuse de leçons néglige la nécessaire subjectivité d'une rélexion blogueuse.
Mais elle met le petit doigt sur quelques vérités. La tradition, encore prégnante en France d'un journalisme éditorialisant, on dirait ici "engagé", qui soit dresse après les faits la liste de ce qu'il eut convenu d'accomplir pour les prévenir, soit les reconstruit et les ordonne à l'aune de ses convictions et de leur part de préjugé. Humanum est.
Ce que pourtant Mr West néglige c'est que Denis Robert -qui pas plus mais pas moins que quiconque n'est à l'abri des excès et des emportements - tranche lui dans la pratique majoritaire du journalisme d'investigation hexagonal. Induite par le système judiciaire celle ci a souvent consisté, non sans intelligence et intérêt, à prendre la roue des juges d'instruction, (ainsi que des avocats et plus rarement des procureurs).
Par engagement, indépendance ou obsession, Denis Robert a plutôt précédé le système. Au point que celui ci ne l'a pas suivi... Peu accoutumé peut-être à cette pratique plus anglo-saxonne de l'investigation. D'où mon post de ce matin sur le pays de M Bush et de M.Blair.
Ce que M. West néglige encore, c'est qu'autant ou plus que les journalistes les juges ne se valent pas. Ni par leur pugnacité, ni par leur indépendance. Et que le saucssonage des procédures reste le plus sur moyen de les étouffer.
A l'arrivée dans le dossier Clearstream ils ont tiré sur les lampistes et le messager.

Posté par Actu75, 13 décembre 2006 à 20:33

@ Jihème

Tu m'as ôté les mots de la bouche mais je ne l'aurais pas aussi bien dit ;-) Pardon Demian West, pas pu m'empêcher, je sors…

Posté par Fajua, 13 décembre 2006 à 20:44

Soyons charitable

Merci Fajua, mais je ne suis quand même pas forcément très fier;-)

Sur le fond Actu75, je vous trouve un peu sévère avec l'investigation "à la française". La dénonciation du scandale du sang contaminé, de celui des écoutes de l'Elysée, du Rainbow Warrior, de l'affaire Urba, la condamnation d'A.Juppé, de l'ARC, de la personalité... ont quand même redoré son blason.
J'ai en revanche un peu de mal avec l'obssession de Denis Robert qui confine au TOC, ses bouquins devenant illisibles à force de mutliplier les détails comptables. Mais j'avoue que cette histoire Clearstream me fatigue un petit peu au sens propre. J'ai donc du mal à m'indigner avec les autres et c'est pour ça que je suis resté longtemps silencieux sur le sujet.
En revanche je vous rejoins sur la "couillemollesse" absolue de notre pauvre justice dont il devient urgent de réformer les principes mêmes.

En revanche, heureusement qu'il y avait un certain D. de Villepin, ministre des Affaires étrangères français, en février 2003 pour sauver l'honneur des démocraties occidentales, car les formidables investigations de la presse anglo-américaine ont été bien absentes pour dénoncer les manipulations immondes qui ont servi de prétexte à une guerre qui se révèle aujourd'hui catastrophique à tous les points de vue...

Posté par Jihème, 14 décembre 2006 à 19:06

Bien fait !

ça lui apprendra à voter Chirac !

Ah Ah ! vous vous êtes tous fait avoir, vous n'avez que ce que vous méritez. Vous avez voté comme des moutons en 2002, vous voici récompensés !

Posté par gh, 14 décembre 2006 à 22:40

Tiens en voilà un autre qu'a un TOC!!!

Posté par Jihème, 15 décembre 2006 à 12:29

Billet à venir très bientôt

"La république des voleurs". Il n'y est même pas question de Chirac, mais il peut sans aucun doute se targuer d'en être une forme de porte-drapeau !

Posté par Olivier Bonnet, 15 décembre 2006 à 12:44

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=108574&pid=3417118

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :