21 décembre 2006
Chronique d'une expulsion annoncée
Nous relayons intégralement l'alerte lancée par Réseau Education Sans Frontières en faveur de la famille kosovare Raba, expulsée le 7 décembre dernier. Un récit chronologique détaillé exemplaire de la façon dont sont traités les êtres humains dans la France de Nicolas Sarkozy. Imaginons la France d'après !
C’est une famille ordinaire, des parents, Monsieur et Madame Raba, et trois enfants scolarisés, Qerim, 7 ans, est en primaire, en CE1 au groupe scolaire Moïse Levy à Gray (70100), les deux petits, Dashnor, 4 ans, Dashuriye, 3 ans, nés en France, sont à la maternelle Les Capucins. Rien que de très banal, mais voilà, ils sont réfugiés. Monsieur Raba a eu le tort de refuser de participer avec l'UCK à des expéditions visant à brûler des villages serbes. En représailles sa femme a subi de très graves violences, lui aussi, ils ont fui avec leur enfant, Qerim, et ont cherché protection en France, en Haute Saône. Ils sont arrivés le 9 novembre 2001. Plusieurs demandes d'asile ont été rejetées alors que les 5 frères et les deux soeurs de Monsieur Raba sont tous réfugiés politiques, quatre en France, un en Suisse, un en Autriche et un autre en Suède. Eux n’ont pas eu cette chance, les autorités les stigmatisent sous le nom de sans papiers. Pourtant, ils ont tenté de construire une vie ici, deux enfants sont nés et tous ont été parfaitement acceptés. Cet été, ils ont à nouveau déposé un dossier de régularisation, pour lequel ils n’ont même pas eu de réponse. Cette famille fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière confirmé par le tribunal administratif en octobre 2006. Une famille de plus qui remplit les critères demandés et qui pourtant n’est pas régularisée et est expulsée.
Jeudi 16 novembre 2006, arrestation de la famille à leur domicile à 7 h 3O, au moment du petit déjeuner. Ils arrivent au centre de rétention de Lyon Saint Exupéry. Dépôt d’un réexamen OFPRA en urgence par la Cimade. Cette demande suspend l’expulsion programmée du lendemain. Il n’y a pas de RESF à Gray, ni en Haute Saône, mais Besançon se bouge et la population réagit immédiatement avec les associations présentes (LdH).
Vendredi 17 novembre, 8 h 15 école des Capucins, à Gray. Une cinquantaine de parents, de citoyen(ne)s. Les gens sont très choqué de savoir que les Raba sont en rétention. Une maîtresse pleure. Plusieurs dames pleurent. Un sentiment de révolte devant cette injustice. Ce matin, 3 enfants manquent à l'appel. Dans la classe de CE1 : un siège vide. Les deux petits de maternelle (nés en France) ne sont pas là non plus... Le soir à 17 h un rassemblement devant la préfecture à Vesoul avec demande de rencontrer le préfet pour obtenir leur libération et leur régularisation. A Gray (où c’est le choc), à Vesoul, à Besançon, manifestations presque tous les soirs. En parallèle à Lyon, plusieurs personnes se chargent d’aller régulièrement voir la famille. Et bien sûr la mobilisation par mèl, fax… est lancée au niveau national. Aucune réponse du préfet.
Le 18 novembre, la famille passe devant le JLD à Lyon. Avocat commis d’office. L’avocat de la famille (qui par ailleurs s’est fait verser 1000 euros au lendemain de la rétention) n’a pas jugé bon de se déplacer ! Le JLD prononce la rétention pour 15 jours. Une vingtaine de personnes sont présentes au JLD. En Haute Saône, la mobilisation dure et s’amplifie, nous suivons à Lyon en espérant que le préfet finira par lâcher.
Le 29 novembre, la famille nous prévient que leur nom est affiché pour un départ le 1er décembre. Puis le 30, plus rien. Renseignements pris auprès de la Cimade, un départ était effectivement prévu le vendredi 1er décembre au matin à 7 h 15 au départ de Lyon St Exupéry, puis annulé par la préfecture. Nous nous méfions des risques de fausses informations. Shpresa Raba ne veut pas partir, elle est prête à tout. Depuis plusieurs jours, elle annonce qu’elle sautera de la passerelle. Elle est paniquée à l’idée du Kosovo. Les enfants réclament l’école. Jusuf lui a peur mais parle moins. Elle se prépare à résister en cas d’expulsion. Le vol du vendredi 1er semble annulé, mais par prudence, on appelle à être à l’aéroport dès 5 h 15 ; La famille est prévenue. A 6 h, on joint au téléphone Shpresa. Ils sont toujours au centre de rétention. C’est la 1ère fois qu’on est ravi de les savoir là-bas ! On reste à l’aéroport jusque vers 6 h 45. On les a toujours au téléphone. Vendredi dans la journée, la famille est soulagée, d’autant que le JLD est prévu pour le 3 décembre. Par ailleurs depuis le jeudi 30 novembre, Marie Noëlle Fréry, avocate spécialiste du sujet sur Lyon, prend le dossier en main. Nous espérons qu’après cette annulation, la préfecture attend la décision de prolongation pour sortir de cette situation sans perdre la face. On reprépare la famille à un coup dur dans la journée ou pour le lendemain.
Samedi 2 décembre. Shpresa entend les policiers du centre rentrer dans la chambre et fait sonner son portable à 4 h du matin. Emmanuelle a juste le temps d’entendre «oui, on vous embarque». Chaîne téléphonique aussitôt activée. On se retrouve à une vingtaine à l’aéroport dès 5 h 15. Trois copains se postent devant le centre de rétention et voient partir deux voitures. Et des gens embarqués. La PAF nous assure qu’ils n’ont personne de prévu ! Distribution de tracts aux passagers. Echange de numéros de téléphone. Avec notre intervention plusieurs avions ont pris du retard. 6 h 30 : on joint un des passagers, sur un des vols possibles. Aucune nouvelle. Vers 7 h, alors qu’on discute au téléphone avec un passager, il se fait arrêter. Conseiller régional, il passera plusieurs heures à la PAF avec le fonctionnaire qui l’accompagnait. François Auguste, PC, après avoir demandé au stewart si une famille expulsée était dans l’avion et avoir demandé au pilote de ne pas décoller, s’adresse aux passagers directement. Là, les flics lui tombent dessus, et le font sortir violemment de l’avion. (la famille Raba n’était en fait pas dans cet avion mais dans un autre. C’est une autre famille – non connue - qui était expulsée sur ce vol) Au départ du centre de rétention, la police et une interprète ont fait croire à Mme Raba qu’ils sont emmenés sur Paris car il n’y pas de juge à Lyon le dimanche ! Ça explique le peu de réaction de Shpresa au départ de Lyon. Arrivée à Paris à 9 h 25. les parisiens ont entre temps été contactés. Une fois à Paris, Shpresa comprend ce qui se passe. Elle est mise dans une voiture de police, séparée de ses enfants et de son mari. Jusuf est baillonné, menotté, devant les yeux des gamins. Un des gamins est bousculé par un policier. (il montrera son bleu le lendemain) Shpresa, elle, s’accroche au siège. Cinq flics lui tombent dessus. L’arrachent au siège en la déshabillant à moitié. Ensuite elle résiste, elle est tirée, dans tous les sens : «ils la pendent comme un poulet» dira Qerim le lendemain. Shpresa se prend le pied dans une barrière. Elle est arrachée. Portée dans l’avion, elle passe sous la ceinture de sécurité. Le commandant de bord refuse de partir vu que les cinq policiers ne peuvent la maîtriser. A la descente de l’avion, Shpresa fait un malaise et est conduite à l’hôpital. Les médecins veulent l’hospitaliser, non pas tant pour les blessures physiques (réelles néanmoins) que pour l’état psychologique de Shpresa. La police refuse. Ils sont ramenés à Lyon. On l’apprend vers 15 h. On fonce au centre de rétention. Shpresa est avec des béquilles. A mal partout. Ne peut poser le pied par terre. Qerim montre sa jambe. L’avocate passe également les voir au centre de rétention. Une alerte est mise en place en cas d’une nouvelle expulsion le lendemain matin. Rien.
Dimanche 3 décembre. On se retrouve à 9 h 30 devant le tribunal pour le JLD. Trois voitures de Gray sont descendues, dont une partie de la famille de Jusuf. Il faut insister, comme tous les week-ends, pour que l’audience soit publique. Que 15 personnes (dont les journalistes) puissent rentrer. Dehors près de 150 personnes. France 3, Libé, Le Progrès, France info, les gratuits sont là. A 11 h et quelques le jugement tombe : la rétention est prolongée de cinq jours ! Et on apprend qu’un vol gouvernemental est prévu pour mercredi 6 au départ de Lyon Bron. C’est le choc. Shpresa ne sait plus quoi dire aux enfants qui sont de plus en plus énervés. Entre temps une grève de la faim a démarré le 2 décembre au centre de rétention, en soutien à la famille Raba et au jeune Kurde qui s’est suicidé à Marseille. Jusuf et Shpresa décident eux aussi de ne plus manger. L’avocate fait appel de la décision. On commence à préparer la famille au fait que s’il y a expulsion prévue le 6 dans un avion militaire, ça ne sert à rien de résister. En tout cas de leur côté. Mais qu’en revanche, de toute façon, quoiqu’il arrive, on ne lâchera pas le morceau, y compris s’il sont renvoyés au Kosovo. Les parents sont d’accord pour voir comment confier les enfants à un frère, pour qu’ils puissent, eux, rester en France. Ca n’aboutira pas. Shpresa commence à intégrer plus ou moins l’idée du Kosovo, enfin de Pristina, tout en sachant qu’on les soutiendra jusqu’au bout. Quant à son village, c’est hors de question.
Lundi 4 décembre. Des centaines de protestations d’individus et d’organisations parviennent à la préfecture de Haute Saône et au ministère de l’Intérieur.
Mardi 5 décembre matin. La famille est embarquée pour la Cour d’appel. On apprend peu après que la police a récupéré toutes leurs affaires et les a mises dans un autre véhicule. Près de 60 personnes mardi matin à la cour d’Appel. Le juge confirme la rétention pour cinq jours et notifie le départ de Lyon Bron. La famille est littéralement enlevée au départ du tribunal. Ils ne retourneront jamais au centre de rétention de Lyon. On apprend vers 17 h qu’ils sont attendus à celui de Toulouse. Le contact est rétabli très brièvement avec la famille vers 21 h. La famille RABA est finalement arrivée jeudi 7 à Pristina. Là, elle a été récupéré par la Minuk et a été emmenée directement (sans aucun choix) à Orahovac, leur village où ils ne voulaient absolument pas aller. Là habitent les parents de Jusuf. Depuis, ils se sont enfermés chez eux et n'osent pas sortir. La situation est difficile, d'autant que, matériellement, une famille de cinq personnes qui débarque chez des gens qui n'ont rien ou pas grand chose, ça ne passe pas inaperçu. Il fait froid, tout le monde est plus ou moins malade. Cela dit, on est en contact. Un journaliste français indépendant, vivant pas très loin, a pris contact avec nous et avec la famille, et est allé les voir au moins deux fois. La mobilisation continue à Lyon, Gray, Paris et ailleurs. Un appel national demandant la protection et le retour de la famille est en cours de signature par un certains nombre de personnalités.
Mireille et Catherine
Appel national
Les premiers signataires protestent contre les missions qui sont confiées aux forces de police, les pratiques utilisées (mensonges dits à la famille pour les emmener à Paris le 2 décembre -pas de juge à Lyon- et non respect de la décision de justice du 5 décembre -par ailleurs contestable-), le gaspillage des moyens mis au service d’une politique inhumaine et les traumatismes infligés non seulement aux victimes, mais à ceux qui les entourent et à l'ensemble du corps social. Ils s'étonnent que ce couple n'ait pas été régularisé, d'abord à l'occasion de sa demande d'asile (alors même que plusieurs membres de la famille, dont le frère de Jusuf arrivé en même temps et dans les mêmes conditions, ont obtenu le statut de réfugié), ensuite dans le cadre de la circulaire du 13 juin 2006 (dont ils remplissaient les critères). Ils demandent que la famille Raba rentre dans sa ville de Gray (Haute-Saône) où ses amis l’attendent, où leurs enseignants espèrent leurs élèves disparus, les enfants pleurent leurs copains. Ils se déclarent, en attendant ce retour, particulièrement attentifs à ce que la sécurité de Jusuf et Shpresa Raba et des enfants soit assurée au Kosovo. Ils tiennent le ministre de l’Intérieur et ses collaborateurs pour responsables de ce qui pourrait arriver aux parents ou aux enfants.
Premiers signataires : Gérard Aschieri, Philippe Mérieu, Bertrand Tavernier, Danielle Mitterrand, Bernard Kouchner , Yannick Noah, Florence Aubenas, Michel Boujenah, Jack Lang...
Liste complète sur le site. Signez la pétition en ligne.
Commentaires
c'est fait!
mission accomplie, bravo Olivier de ce relais!
la france est connue dans le monde entier comme "donneuse de leçons", car fière d'être le pays des droits de l'homme.....
ça laisse songeur!
oui merci du relais et de votre article.Bon courage a tous ,il en faut!
soupir
voilà, j'ai signé, une de plus hélas !.....mais en signant je me demandais quelle chance avait cette famille de revenir, puisque déjà tant ont tellement peu d'espoir de ne pas partir, pas être expulsés !
cette façon de déplacer des familles me fait honte
Milosevic est pas mort ?
Moi qui croyait que depuis que la juste guerre menée par l'Otan a libéré le Kosovo de l'oppresseur serbe, le peuple kosovar vivait dans la paix et l'harmonie.
J'ai dû rater un épisode.
Idem..
C'est fait..Et avec les deux mains! Les femmes dont je m'occupe vivent les mêmes injustices incompréhensibles et la même indifférence glacée du préfet et de ses sbires..La police fera de même avec les SDF puisque monsieur Sarko n'en veut plus dans les rues..
Situation stupide,des personnes intégrables et intégrées la police Française n'a pas vraiement changé depuis le vel d'hiv,une police est et reste une police.Pour roky:le Kosovo est la base du peuple serbe,chassé par les turcs la population actuelle est composée essentiellement de turcs albanophones la plupart des serbes étant morts ou en exil.
Honte
Honte au Kosovo qui fait que la France doit subir les reproches et la haine d'une partie quand même négligeable de la population vociférante.
OLA vous délirez de plus en plus
Le problème posé n'est pas celui-là.
@ Freddy : je ne souscris pas à votre analyse péremptoire. Les choses sont un peu plus compliquées. Et ne matière de crimes de guerre, les Serbes se posent là.
@OLIVIER
Tu lis tes mails ???
Répondu
Bonne fêtes, mon ami.
pour olivier Bonnet
Les tensions dans les Balkans existent depuis 500 ans,tous le monde a tapé sur les Serbe (1914) et sur les Grecs,le régime de Tito a mis un couvercle sur les problémes de la Yougoslavie pour un certain temps puis sur pression de l'Allemagne et du Vaticain la Croatie a pris son indépendance(dois je te rappeler les Oustachis de ante Pavelic),ce fut le début de monstruosités tant Serbe que Croates suivirent les problémes de la Bosnie et du Kossovo: Connait tu les histoires de Suyo et Muyo? " autrefois il y avait à Sarajevo Suyo et Muyo "tous les crimes se valent les bosniaques musulmans et les KosovarS n'ont pas étè en reste avec leur brigades mercenaires musulmanes La yougoslavie était un pays reconnu par l'O.N.U .Que se passerait il en France si les Corses les Bretons,les Basques et les Occitents réclamaientleur indépendance par les armes?Nous allons aider la Croatie pays nazi par excellence ( voir 40-45 )parcequ'ils ne sont ni Slaves ni Orthodoxes ,la Yougoslavie était laïque et toutes les religions était reconnues ,quel superbe gachi!A titre indicatif,la Macédoine n'arrete pas d'avoir encore actuellement des problémes avec l'O:C:K
expulsion ,fallite civile
desiore parler de notre cas sur la faillte civile et notre procedure d'expulsion de notre logement ;nous de 50 ans ,notre tel 06 .66.19.55.21.merci d'avance
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