20 février 2007
L’incroyable ultra-marathon man
Bien plus extrême que le marathon,
l’ultra-marathon ! Porte-drapeau de cette discipline, Dean Karnazes ne
recule devant rien, de la Vallée de la Mort par 54 degrés au Pôle Sud par moins
quarante, en passant par 50 marathons en 50 jours consécutifs. Un vrai
malade !
abandonnée sur le paillasson ? Il enlève son pantalon pour ne garder que ses
sous-vêtements, chausse les baskets et se met à courir. Il commence à
dessaouler en arrivant à Daly City, à 24 Km au sud, vers 4 heures du matin. La
température est agréable, malgré un léger brouillard, et Dean prend conscience
du ridicule de la situation : il est en train de courir en caleçon, dans
une banlieue résidentielle endormie, ses foulées entrecoupées de renvois de
tequila ! Un sourire éclaire son visage et il se dit que ça fait un bout
de temps qu’il ne s’est pas amusé comme ça. Il continue donc sa course, plein
sud, sur la route 1, en direction de Santa Cruz. Lorsque le soleil se lève, il
a parcouru pas loin de 50 Km. Il juge alors qu’il est temps de s’arrêter et
téléphone à sa femme, d’une cabine, pour lui demander de venir le chercher.
C’est en
l’attendant qu’il prend soudain en pleine figure comme une révélation,
au sens métaphysique du mot : il possède un potentiel physique inutilisé
depuis 15 ans, quand il courait en junior. Il opère alors sa
conversion : « en une seule nuit, l’imbécile yuppie alcoolique est
mort pour naître à nouveau (born again) en athlète. (…) La plupart des
coureurs sont capables de garder une approche rationnelle de leur passion et de
la pratiquer de façon raisonnable. Moi pas. Je suis devenu un fanatique »,
écrit-il dans son autobiographie, Ultra marathon man, confessions of an
all-night runner. Une heure plus tard, sa femme le découvre hagard sur un
parking, il monte dans la voiture et s’évanouit. Nous sommes en août 1992 et
plus rien ne sera jamais comme avant : il sera coureur de longue distance
ou ne sera pas !
L’homme de tous les exploits
Quinze ans plus tard, Dean Karnazes a repoussé
presque toutes les limites connues de la course d’endurance, multipliant défis
insensés et exploits renversants. Pas toujours sans mal : lorsqu’il
s’aligne pour la première fois pour courir 80 Km, à l’arrivée de l’épreuve, il
monte dans sa voiture pour aussitôt vomir tripes et boyaux sur le tableau de
bord, son corps entier parcouru de crampes et de spasmes terriblement
douloureux. Mais son tout premier entraîneur, quand il était adolescent, un
ancien militaire du nom de Jack Mac Tavish, lui a inculqué la maxime
suivante : « si tu te sens bien, c’est que tu ne t’es pas assez
donné : c’est supposé te faire souffrir l’enfer ! » Alors
Dean insiste. En 1995, il participe pour la
première fois au Badwater
Ultramarathon, réputé comme la course la plus difficile du monde. Il s’agit de
parcourir 215 Km dans la Vallée de la Mort (Californie), en plein été, lorsque
la température avoisine les 50 degrés, en démarrant du bassin de Badwater, à
285 mètres en dessous du niveau de la mer, pour arriver jusqu’au sommet du Mont
Whitney, à 2548 mètres d’altitude ! Au bout de 115 Km, Dean perd
connaissance et s’effondre. Pas découragé par cet abandon, il n’a de cesse de
se réinscrire à la course, qu’il finira quatre fois, la remportant même enfin
en 2004, en un temps de 27 heures et 22 minutes. Cette année-là, le thermomètre
est monté jusqu’à 54 degrés et notre coureur fou, en combinaison synthétique
microfibre, s’est concentré pour ne poser les pieds que sur les bandes blanches
de signalisation, évitant ainsi que ses chaussures ne fondent ! Pour
arriver au bout, il lui a fallu boire 34 litres d’eau (et manger 6 Kilos de
nourriture), en s’aspergeant avec un brumisateur presque constamment, à l’eau
salée, pour éviter que ses sinus ne se dessèchent : un "truc"
de surfeur – parce que oui, Dean pratique aussi le surf et la planche à
voile ! Après le chaud, le froid : en 2002, un marathon inédit,
organisé pour la première fois dans l’Antarctique – et jamais réédité depuis -,
oblige notre homme à courir par moins quarante degrés, dans un vent glacé, sur 42,195
km jusqu'au Pôle Sud. Quand respirer sans masque risque de geler la trachée… Il finit deuxième, en 9 heures et 18 minutes,
mais en portant ses chaussures de course, alors que le vainqueur, l’Irlandais
Donovan, rallie le pôle 27 minutes avant lui avec des après-skis prêtés par…
Karnazes, qui s’offusque dès lors en affirmant que les coureurs s’étaient mis
d’accord pour ne pas faire la course : « pourquoi aurais-je prêté
à Donovan des moon-boots, ce qui lui donnait un avantage, si nous devions
être en compétition ? » Il revendique donc la victoire. Donovan
prétend pour sa part que les coureurs s’étaient mis d’accord pour cheminer
ensemble la plus grande partie du chemin seulement, pour finir au sprint les
derniers kilomètres. L’affaire sera finalement tranchée en justice (l’Irlandais
étant déclaré vainqueur) ! Nulle polémique par contre n’entache le
triomphe de Dean en 2000 dans les Outdoor World Championships : au menu
triathlon, planche à voile, snowboard et kayak, pour finir par une course de 24
heures en mountain bike ! A son palmarès figure aussi la victoire
au Vermont Trail 100 Miles Endurance Run de 2006 (160 Km) et la conquête de 11
(!) "Boucles d’argent" au Western States 100 Miles, trophée accordé pour
avoir fini la course en moins de 24 heures.
50 marathons en 50 jours
Vous voulez d’autres exploits ? Dean Karnazes a fini
9 fois le Providian Relay, course par équipe de 12 athlètes, en se relayant…
tout seul ! Sur 320 Km, quand même… Avec un accroc en 2002, quand il
s’endort tout en courant et est réveillé par des phares dans les yeux et le
bruit du klaxon d’une voiture qui fonce droit sur lui ! Avec cet
entraînement de choc, le voilà prêt à affronter une distance plus grande
encore, et sans dormir cette fois : c’est chose faite en octobre 2005,
quand il parcourt 563 km sans s'arrêter, en 80 heures et 44 minutes, dont trois
nuits blanches : « La troisième nuit, j'étais dans un état presque
psychotique, raconte-t-il. Mon esprit était totalement détaché de
mon corps. » L’idée vient-elle de cet intermède
mystique ?
Toujours est-il que le projet suivant dans lequel s’engage "ultra-marathon man" est sans doute le plus spectaculaire : à 43 ans,
courir 50 marathons, en 50 jours consécutifs, dans 50 Etats ! Ce défi, baptisé
Endurance 50, est conçu pour rapporter des fonds à l’organisation humanitaire
créée par Karnazes, Karno Kids, qui lutte contre l’obésité infantile en
favorisant la pratique du sport. Il débute le 17 septembre dernier dans le
Missouri, par le Marathon de Saint Charles. Juste avant la course, Dean
renouvelle ses vœux vis-à-vis de son épouse, le prêtre prenant ensuite le
départ, au milieu des 3400 coureurs présents ! Le lendemain, à Memphis,
Tennessee, seuls 17 marathoniens s’alignent au départ : lorsque
le champion ne peut participer à une course publique, on l’organise pour
lui et l’accompagne qui veut. L’opération, qu'il raconte au quotidien sur son blog, l'emmène le surlendemain dans le Mississipi, puis l’Arkansas, où le gouverneur de l’Etat en personne
court avec lui sur quelques Km, le Kansas, l'Iowa… En tout, au cours de ces 50 jours,
Karnazes parcourt 2108 Km. Durant les courses, il s’alimente en engloutissant
des pizzas, des cookies, et même un plateau de baklavas, offert par un "compatriote", comme lui originaire de Grèce, durant le Marathon de
Chicago. En réalité, il brûle ainsi toutes les calories : à l’arrivée, en
sept semaines d’efforts, il n’aura perdu que 500 grammes par rapport à son
poids de départ! Il termine en apothéose le 5 novembre, durant l’officiel
Marathon de New York. Il réalise ce jour-là son meilleur temps de l’Endurance
50, finissant à une minute tout rond de Lance Armstrong, en 3 heures et 30
secondes. Mais le lendemain en se levant, il ne peut se résoudre à
s’arrêter : cours, Forrest ! Il repart donc et parcourra 2080 Km de
plus, en 28 jours, pour retourner dans le Missouri, où il avait débuté son
équipée. Secret de celui qui se présente comme un homme comme un autre ?
« Ces courses sont autant physiques que mentales. On peut entraîner son
corps pour faire n'importe quoi mais, à un moment donné, il envoie des signaux
au cerveau pour lui demander d'arrêter. Il faut passer outre. Les limites sont
dans nos têtes. » Propos un peu irresponsable, à ne surtout pas
prendre au mot : il est surentraîné et tenter de l’imiter serait fatal à
un amateur. C’est qu’on tient à nos lecteurs !
Article à paraître dans le magazine Playboy.
Commentaires
Shooté ?
Olivier, vous me faites rêver avec votre prose : comme dab !
Mais, "l'endomorphine", ça vous dit qqchose ?
Moi, je crois que sous couvert de performances, ce type se shoote !
merci olivier...
superbe belle histoire olivier, comme je les aime
à mesure que je lisais je pensais à "forest", et puis vous l'évoquez...
et "forest' c'était l'un de mes protégés préférés que j'avais sous tutelle, 30 ans, handicapé des neurones à 50% cotorep, et comme Forest il courait, courait.. courait.. en se dépassant tjs, sans limite
et c'est vrai , le.s limites sont plus dans la "raison" que ns ns sommes fabriquée que dans nos réelles possibilités
moi j'aimais le regarder courir
dingue ça
il n'y a qu'aux us qu'on voit ça, ou je me trompe?
en tous cas, un marathon de 50 jours dans 50 états: il est prêt pour une campagne électorale!
Merci
![]()
hum...
S'il était français, il voterait surement Sarkozy. Car Nicolas Sarkozy, en plus d'être un homme politique compétent et efficace, est aussi un athlète de haut niveau.
Nicolas Sarkozy ?
Et pourquoi pas Guy Drut !
sos olivier
pq la page du jour ne s'affiche-t-elle pas complètement, elle est coupée au milieu et on ne peut pas commenter ?
Je ne sais pas. Je rentre du foot et tout a l'air normal...
A noter un article très complet paru dans Wired le mois dernier sur le même personnage.
C'est une de mes sources ![]()
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