Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

06 juillet 2007

Feu sur la loi Sarkozy-Dati !

A quoi sert l'opposition parlementaire ? A défaut de pouvoir empêcher la droite d'appliquer son programme... droitier, au moins peut-elle expliquer, tenter de convaincre, dénoncer. A condition qu'on fasse connaître sa parole. Ainsi, sur le projet de loi de "lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs", instaurant notamment des peines plancher et la suppression conditionnelle de l'excuse de minorité, présentée devant le Sénat par la mère fouettarde Rachida Dati, il faut lire ce qu'en dit la gauche - et même le centre. Extraits des remarquables interventions, pédagogiques à souhaits, de sénateurs choisis. Très long, mais ô combien instructif.

nicole_borvo_cohen_seatNicole Borvo Cohen-Seat (groupe Communiste républicain et citoyen) : "Le premier projet présenté par le nouveau gouvernement est un texte d'aggravation pénale. C'est tout un symbole, celui de la poursuite en pire d'une politique mise en oeuvre depuis cinq ans. (...) La précédente législature avait commencé par deux lois de programmation de sécurité ; en cinq années, huit lois sécuritaires ont été votées à l'initiative du gouvernement. A quoi donc servent toutes ces lois ? La volonté présidentielle a désormais force de loi. La garde des sceaux dit qu'elle «respecte les engagements du président de la République. Le débat a eu lieu». Les parlementaires n'ont-ils pas à s'interroger sur l'intérêt des projets de loi et sur leur efficacité au regard des ambitions du gouvernement ? Certes, les juges, les avocats, les éducateurs [dont les organisations représentatives rejettent toutes ce texte, Ndlr] ne font pas la loi mais vous aviez souhaité un consensus. Or, de consensus, il n'y a point, pas plus qu'il n'y a eu de dialogue social. Souvent, on demande des études d'impact sur les projets et une évaluation des lois mais ici, des auditions au rapport, tout conduit à rejeter cet énième texte pénal. Le projet est-il justifié du point de vue des objectifs affichés du président de la République ? Le discrédit dont souffrent les juges tient à l'affaire d'Outreau dans laquelle ils n'avaient pas péché par laxisme. Bien sûr, nos concitoyens s'inquiètent des crimes commis par des récidivistes mais fallait-il une huitième loi pénale en cinq ans alors que celle de 2005 n'est pas appliquée et que l'on en a voté une sur la prévention de la délinquance ? (...) Faute de moyens, des peines ne sont pas exécutées. Quant aux peines automatiques, sur lesquelles le président de la République axe sa communication, la Constitution les rend impossibles et elles ont démontré leur inefficacité aux Etats-Unis - l'Australie les a abandonnées. En revanche, ce projet développera des effets pervers : l'augmentation du nombre de détenus et l'allongement de la détention seront contreproductifs. N'aurait-il pas mieux valu commencer par la loi pénitentiaire promise d'ici la fin de l'année ? Malgré tout cela, le projet peut-il être efficace ? Il n'y a pas de corrélation entre la peur de la sanction et la délinquance. Si la peine de mort n'est pas dissuasive, la prison, criminogène, favorise la récidive. La lutte contre la récidive passe d'abord par les mises à l'épreuve, la liberté conditionnelle et autres aménagements de peine."

robert_badinterRobert Badinter (groupe Socialiste) : "C'est la première fois que vous intervenez dans cet hémicycle, madame la Garde des Sceaux, et je considère avec sympathie votre accession à la Chancellerie. J'y vois un symbole extrêmement important de l'intégration républicaine à laquelle nous sommes tous très attachés. Pourtant, j'aurais souhaité que vous fassiez vos débuts sur un autre texte. Il ne manque pas de sujets brûlants : ainsi en est-il de la réforme de la carte judiciaire, ou de la situation dans nos prisons pour laquelle nous souhaitons depuis très, trop longtemps une loi pénitentiaire. Vous auriez rencontré alors nos critiques, mais aussi notre volonté constructive. Mais le texte que vous nous soumettez est inutile, implicitement vexant pour la magistrature et, ce qui est plus grave encore, potentiellement dangereux. Inutile ? C'est une évidence. Nous ne vivons pas dans un désert législatif. Tous les Gardes des Sceaux, tous les parlementaires, tous les citoyens souhaitent qu'on lutte contre la récidive. D'ailleurs, le législateur n'est pas resté inactif et il n'a pas pris conscience en mai de cet état de fait. Durant les trois années écoulées, nous n'avons pas eu moins de trois textes à examiner concernant la lutte contre la récidive : il y a eu Perben II en mars 2004, il y a eu celui de votre prédécesseur, Pascal Clément, tout entier consacré au traitement de la récidive, en décembre 2005 et, il y a quelques mois, le ministre d'État, ministre de l'intérieur de l'époque, nous a présenté un texte sur la prévention de la délinquance dans lequel figurait nombre de dispositions sur la récidive. Tous vos prédécesseurs ont-ils cédé à une quelconque tentation laxiste ? Les commissions des lois du Parlement auraient-elles négligé des mesures importantes pour lutter contre la récidive ? Certainement pas ! La nécessité de ce texte n'apparaît donc pas, à moins que vous ne taxiez vos prédécesseurs d'incompétence, ce que je ne crois pas. Les effets de ces lois se sont-ils révélés décevants ? Nous n'en savons rien puisqu'il n'y a pas eu d'études ni de suivi de ces textes. Le Conseil d'État l'a, à juste titre, fait remarquer. Cette loi n'a pas non plus été précédée d'une étude d'impact, notamment sur la situation carcérale à venir. (...) Un texte doit répondre à une finalité. D'ailleurs, l'article 8 de la Déclaration des droits de l'Homme ne dit pas autre chose : «La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires». Dans le rapport de notre commission figure un tableau très intéressant relatif aux peines actuellement prononcées en cas de récidive. Les magistrats disposent-ils des moyens légaux pour prononcer les peines que le législateur souhaite qualifier de plancher ? Sans aucun doute. Ils peuvent d'ores et déjà prononcer les peines que vous souhaitez instaurer. Alors, pourquoi ce texte alors que les moyens existent déjà ? La deuxième partie du tableau présenté par notre rapporteur retrace la pratique au regard des peines prévues. Pour les crimes, les magistrats et les jurys vont très au-delà des peines plancher. La qualité de récidiviste n'est apparemment pas la meilleure carte à jouer pour susciter l'indulgence d'une cour d'assises. Concernant les crimes, ce texte ne sert donc à rien. Reste la question des délits. Dans ce domaine, la moyenne des condamnations est effectivement très en-dessous des peines plancher que vous voulez instaurer. Si les magistrats ne les prononcent pas, c'est qu'ils jugent, en leur âme et conscience, en fonction des circonstances et de la diversité des êtres humains. N'oublions pas qu'ils engagent leur responsabilité morale. C'est pourquoi, lors de nos auditions, pas une voix ne s'est élevée au sein des associations de magistratssarko_carte_police pour réclamer l'instauration de ces planchers. Ils nous ont tous demandé instamment de ne pas les prévoir. Et cependant vous le faites. Pourquoi ? Parce que vous estimez que les décisions des magistrats ne satisfont pas aux attentes du gouvernement et du Président de la République. Il veut donc adresser aux magistrats une sorte d'injonction, en fonction de ce qu'il estime nécessaire en matière de sanction. Lorsqu'il s'adressait à la Nation en tant que candidat, chacun comprenait que les peines plancher ne concerneraient que les délits les plus graves. Alors, certes, vous avez ouvert une fenêtre, que dis-je, un interstice afin de sauvegarder le principe constitutionnel de la liberté des magistrats. Mais soyons réaliste : lorsqu'une loi dit aux magistrats les peines qu'ils doivent prononcer, au minimum, pour les récidivistes, tout en leur donnant aussi la possibilité d'aller en-dessous si ils motivent leur décision, que croyez-vous qu'il va se passer ? Si le juge décide, en son âme et conscience, de ne pas appliquer la peine plancher, il prendra un risque. Si le récidiviste commet un nouveau crime ou délit, qui sera stigmatisé ? Qui verra sa responsabilité engagée devant l'opinion publique et le gouvernement ? Le magistrat ! Certes, il existe des âmes intrépides et des coeurs courageux, mais gageons que la plupart ne prendront pas le risque de subir des critiques stigmatisantes et s'aligneront. C'est pourquoi j'ai parlé, dans mon propos introductif, du caractère inutilement blessant de ce texte à l'égard des magistrats, car il sous-entend qu'ils sont laxistes et qu'ils n'appliquent pas, ou mal, la loi. Certes, la magistrature française n'a pas que des vertus, mais elle a beaucoup plus de qualités que celles que l'on veut bien lui reconnaître et le laxisme ou la faiblesse à l'égard des récidivistes ne sont en rien ses caractéristiques. Ce texte est inutile et vexatoire, je l'ai dit. Mais, ce qui est plus grave, il est dangereux. Car il va accroître la surpopulation carcérale. Or, vous connaissez la situation actuelle : plus 18% de prisonniers au cours des cinq dernières années. Nous en sommes à 63 500 détenus et les prévisions font état de 20% de plus dans les prochaines boulet_de_bagnardannées. Les maisons d'arrêt et les centres de détention connaissent un taux de remplissage qui va de 120 à 200%. Le rapport sur la récidive rédigé par la Commission d'analyse et de suivi de la récidive, présidée par le professeur Jacques-Henri Robert, rappelle que les peines plancher instaurées aux Etats-Unis et au Canada n'ont pas eu les effets escomptés. Nous savons - le constat est ancien - que le premier foyer de récidive, c'est la prison ; que dans les maisons d'arrêt surpeuplées se côtoient dans la même cellule de vieux chevaux de retour et des primo-délinquants, des professionnels du crime et des jeunes qui sortent de prison avec des adresses et des leçons. Vous jouez avec ce texte au pompier pyromane ; on comprend pourquoi vos prédécesseurs n'avaient pas voulu de peines plancher. Nous pensons, nous, que la vraie question est celle de la signification de la récidive. C'est évidemment une faute du récidiviste, mais c'est aussi un échec qui le dépasse, un échec familial et social, un échec de l'institution judiciaire elle-même. Comment y remédier, sinon en agissant pour une réinsertion réussie ? Les procédures qui la permettent ont été multipliées ces dernières décennies, libération conditionnelle, semi-liberté, placement à l'extérieur, mais elles sont insuffisamment mises en oeuvre, faute de moyens ; éducateurs, travailleurs sociaux, médecins psychiatres sont trop peu nombreux. Nous luttons avec des textes, nous produisons du papier là où il nous faudrait combattre avec des professionnels. Avec ce projet de loi, madame la garde des Sceaux, vous vous fourvoyez si vous croyez ainsi réduire la récidive. Lutter contre ce phénomène est avant tout affaire de moyens, donc de volonté politique. Nous ne voterons pas ce mauvais texte."

Yves_D_traigneYves Détraigne (Union centriste UDF) : "Ces sujets méritent certes que le Gouvernement et le Parlement les examinent attentivement ; mais nous en avons déjà débattu il y a quelques mois - avec notamment les lois des 12 décembre 2005 et 5 mars 2007. Je m'inquiète ainsi, comme beaucoup, de cette inflation législative, de l'empilement illisible des textes sans que jamais une loi générale ne vienne redéfinir les principes fondamentaux. Les acteurs judicaires, magistrats comme avocats, ont raison de s'en plaindre, car il n'est pas raisonnable de continuer à légiférer ainsi, d'autant que d'autres projets de loi sont déjà annoncés. La loi précédente sur le traitement de la récidive est-elle inefficace ? Pourquoi n'a-t-on pas pris le temps de la mettre en oeuvre, d'en faire le bilan ? N'était-ce qu'une loi d'affichage ? N'aurait-il pas mieux valu attendre les conclusions de la commission de suivi ? J'invite le Gouvernement à réfléchir à l'impact de cette inflation législative dont les dommages collatéraux sont régulièrement dénoncés par les magistrats lors des séances solennelles de rentrée. Il faudra à l'avenir évaluer les effets des lois avant de légiférer à nouveau sur le même sujet, surtout quand les textes sont issus de la même majorité. (...) Si la fonction de la peine est d'être efficace et dissuasive, je ne suis pas certain que son aggravation, que la systématisation de l'emprisonnement soient les meilleures manières de lutter efficacement contre la récidive. Il n'est en effet pas démontré que la menace d'une sanction plus lourde soit un frein à la récidive. (...) Certes, le projet ne met pas en cause le principe constitutionnel de l'individualisation de la peine, mais celle-ci devient l'exception. La certitude de la peine garantit-elle que l'infraction ne sera pas commise ? Notre rapporteur a raison de s'interroger. Derrière les faits, il y a des hommes et des femmes différents, avec une histoire et un profil psychologique propres. L'individualisation de la peine est essentielle pour sortir le condamné de la spirale de la délinquance. La volonté de la société n'est pas seulement qu'ils payent pour les conséquences de leurs actes, mais qu'ils ne recommencent pas. Ne serait-il pas plus utile d'appliquer réellement la sanction dès la première infraction, d'allouer plus de moyens pour assurer un suivi socio-judiciaire effectif, sachant qu'aujourd'hui, on sort souvent de prison plus mal préparé à affronter la réalité du monde ? (...) Il est urgent de remédier à l'état dramatique de nos prisons : surpopulation, manque de moyens de formation, d'aide à la réinsertion, de soins. Résultat, nous envoyons des mineurs vers ce que la vox populi, souvent sévère il est vrai, qualifie d' «école du crime». Le «tout répressif», madame la ministre, a montré ses limites. Nous comptons sur vous pour convaincre le Premier ministre d'engager rapidement une grande réforme du système pénitentiaire pour que le passage en prison ne soit plus seulement un moyen de payer sa dette mais apporte aussi l'assurance que le détenu ne sera pas tenté, à sa sortie, de replonger dans la délinquance. Si cette réforme tardait, le texte que vous nous présentez aujourd'hui manquerait son objectif, d'autant qu'il pourrait accroître encore la surpopulation dans les prisons."

Nicolas_AlfonsiNicolas Alfonsi (Rassemblement démocratique et social européen) : "La lecture de l'exposé des motifs révèle qu'il s'agit bien d'un texte de circonstance. Bien souvent, en effet, l'on peut juger de la qualité d'un texte par son exposé des motifs. Et le vôtre, madame la ministre, tient en ces quelques mots, au bout des quatre premières lignes : «le commencement d'une nouvelle présidence et d'une nouvelle législature constitue le moment propice...». Voire... Quinze jours après l'élection présidentielle, est-ce le moment propice pour instaurer des peines plancher ? La matière est pourtant complexe, deux écoles doctrinales s'opposent depuis deux siècles, entre Portalis, soucieux de la stricte application de la règle pénale, et Benjamin Constant, avocat des espaces de liberté qu'il faut donner au juge en matière pénale. Vous invoquez comme argument fondamental à l'appui de ce texte qu'il s'agit d'une promesse ; qu'il y a donc urgence, le président élu attendant ce texte avec impatience ; qu'il faut une dissuasion, face à l'augmentation de 145% de la récidive en cinq ans. L'excellent travail de notre rapporteur clarifie la notion de récidive et celle de réitération, qui sont trop souvent confondues. Nous ne pensons pas que les peines plancher constituent la réponse qu'il faut apporter. A la brutalité de cette progression de 145%, ce texte oppose une autre brutalité, alors que rien n'est évident, rien n'est démontré. Les expériences américaines et canadiennes, notamment, montrent que les peines plancher sont loin d'être aussi efficaces qu'on voudrait bien le croire. Les taux de récidive légale ne sont que de 2% à 6%. En matière de réitération, le procureur de la République de Bobigny, entendu par la commission, a souligné les difficultés, les problèmes de lisibilité de la réponse pénale, lorsqu'elle intervient une quinzaine de mois après la commission des infractions. Mais, je le répète, rien ne démontre que les peines plancher soit efficaces, par rapport aux possibilités d'aménagement des peines. Il existe en effet toute une batterie de moyens permettant d'obtenir de meilleurs résultats. Il semble bien que l'aménagement des peines entraîne moins de récidive que les peines «sèches». (...) S'agissant des mineurs, le taux de récidive légale est parfaitement insignifiant. Je suis préoccupé par l'atténuation de l'excuse de minorité, au moment même où vous annoncez la création de 29 centres éducatifs fermés, qui donnent des résultats, salués notamment par la commission européenne. Il n'est pas raisonnable, dans ces conditions, d'infliger aux mineurs les mêmes peines d'emprisonnement qu'aux auteurs majeurs. Il existe bien d'autres solutions de nature éducative comme les centres éducatifs fermés ou ouverts. (...) Nous attendons avec beaucoup d'intérêt vos réponses à nos interrogations mais il est peu probable qu'elles suffisent à lever toutes les réserves de notre groupe".

Richard_YungRichard Yung (groupe Socialiste) : "Comme l'a dit M. Badinter, nous considérons, comme vous, qu'il faut prévenir, combattre et punir la récidive sous toutes ses formes, d'autant plus qu'elle est multiple et qu'elle concerne les mineurs. Cependant, nous pensons que ce n'est pas par le biais d'un énième texte pris en urgence, mal fagoté, si je puis dire, et non gagé financièrement que l'on pourra atteindre ce triple objectif. Ce projet de loi fait peser de nombreux risques sur l'autorité judiciaire, gardienne des libertés individuelles. (...) permettez-moi tout d'abord de balayer l'idée fausse selon laquelle les juges seraient laxistes. Monsieur le rapporteur, dans votre rapport de février 2005 sur la proposition de loi relative au traitement de la récidive des infractions pénales, vous indiquiez vous-même que «le juge se montre plus sévère avec les récidivistes qu'avec les primo-délinquants». Deux ans plus tard, vous dressez un constat identique : l'emprisonnement ferme est prononcé pour 57% des récidivistes contre 11% des primo-délinquants. En outre, le nombre de condamnations en récidive pour les crimes et délits a augmenté de 70% entre 2000 et 2005. C'est considérable ! En entretenant la confusion entre récidive et réitération, on accrédite le chiffre de 50% dans l'opinion publique, alors que dans sa définition exacte, la récidive est de 0,2%. S'agissant des mineurs, les peines prononcées sont de plus en plus sévères, même si l'état de récidive légale est rarement constaté. La tendance actuelle est de faire passer les jeunes délinquants du «chaos miraculeux de l'enfance» à «l'ordre féroce de la virilité», pour reprendre les mots de Michel Leiris. L'UNICEF a d'ailleurs condamné la partie du projet de loi relative aux mineurs. Le sentiment d'impunité découlerait de la non application des peines, dites-vous. C'est un réel problème, mais, au lieu d'accorder les crédits nécessaires, vous avez préféré céder à une demande sociale alimentée par l'instrumentalisation des faits divers. Un juge optant pour une peine alternative ou inférieure à la peine plancher s'exposera à la critique, voire au lynchage médiatique. Vous enfermez les juges dans un dilemme moral : c'est une mesure de défiance à leur égard. En dénonçant l'angélisme voire le laxisme judiciaire, vous remettez également en cause les délibérations des jurys populaires des cours d'assises et des juges citoyens qui siègent aux côtés des magistrats professionnels dans les tribunaux pour enfants : vous vous défiez du peuple français, au nom duquel justice est rendue ! Nous ne pouvons qu'exprimer notre défiance à l'égard de ce projet de loi, élaboré dans la précipitation et sans concertation, et que rejettent massivement les magistrats et les professionnels."

Jacques_Mah_asJacques Mahéas (groupe Socialiste) : "Inutile, inopérant, disproportionné, irréaliste et contre-productif : tout observateur honnête fera ce constat désolant à propos de votre texte. Les magistrats auditionnés par la commission sont consternés. Non par réflexe corporatiste ou repli idéologique mais parce qu'ils mesurent la seule véritable dimension du texte : l'affichage ! (...) Nous examinons la troisième loi en moins de deux ans traitant de la récidive, sans aucune évaluation des textes antérieurs. Il faut dire que la loi de répression - pardon : de prévention - de la délinquance est si récente que tous ses décrets d'application n'ont pas encore été publiés. Le nouveau texte n'est accompagné par aucune étude d'impact quant à l'inflation carcérale qu'il va mécaniquement provoquer. Notre rapporteur a reconnu la réalité de cette inflation, puisqu'il a noté que les durées d'emprisonnement passeraient en moyenne de 1,6 années à plus de quatre. Pour élaborer votre projet, vous n'avez pas attendu jusqu'au 14 juin jour où la commission d'analyse du suivi de la récidive mise en place par votre prédécesseur devait rendre son rapport. Est-ce parce que vous deviniez que celui-ci contrarierait vos propositions ? Pourquoi l'avoir instituée, si c'est pour ne pas la consulter, comme nous l'a assuré son président, le professeur Jacques Henri Robert ? Rien ne vous arrête, tant votre majorité semble multirécidiviste en matière d'inflation législative répressive ! Vos services nous ont transmis des statistiques, ce dont je vous remercie. Je me suis particulièrement attaché aux chiffres concernant les mineurs, cette catégorie présentée depuis un certain temps comme particulièrement dangereuse. S'agissant des crimes, deux mineurs récidivistes ont été condamnés en 2000 ; un seul en 2002 et 2005, aucun en 2004. Quant à la notion floue de «délits», le nombre de récidivistes s'échelonne de 128 à 316 par an. C'est peu. Quelle urgence y avait-il donc à légiférer, sinon de satisfaire une promesse électorale en forme de slogan, sinon, pour le Président de la République, d'organiser un battage médiatique, lui qui, à ses heures perdues, s'improvise Premier ministre ou garde des sceaux ? Ne confondons pas pragmatisme et précipitation. Les acteurs de terrain savent que le suivi éducatif doit être mis en oeuvre dès la première peine. Or, depuis 2002, vous misez sur le tout carcéral. (...) Je terminerai sur une note plus personnelle. Interrogé par un grand quotidien publié aujourd'hui, votre frère affirme : «Ma soeur ne lâche rien. Elle aime décider seule. Elle veut toujours avoir le dernier mot». (Rires) Démentez ces propos ! Vous ne pouvez retirer ce texte, puisque vous êtes en service commandé mais au moins, acceptez nos amendements !" (Rires et applaudissements à gauche.)

Alima_Boumedienne_ThieryAlima Boumedienne-Thiery (Groupe des Verts) : "Lors du débat télévisé qui l'a opposé à Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy a évoqué un «taux considérable de récidive en matière sexuelle». Nous n'avons pas les mêmes chiffres : pour nous, ce taux avoisine les 0,6% ! Les Français doivent savoir comment vous avez instrumentalisé les statistiques pour les convaincre d'accepter ce projet de loi qui, pour ce qui concerne son objet affiché, ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau. Mais il est censé plaire à une opinion publique que vous avez sciemment affolée, en particulier à la suite de l'affaire Cremel. En jouant comme vous l'avez fait sur le mot récidive, vous avez fait d'une notion juridique un concept-gadget. La récidive légale ne concerne en fait que 2,6% des crimes et 6,6% des délits, et ce chiffre baisse régulièrement. Quant aux peines minimales, elles n'ont jamais dissuadé le délit, pas plus que la peine de mort n'a empêché les crimes. La dissuasion n'est rien, si elle n'est pas accompagnée d'une politique active de prévention et de suivi des condamnés. Des États qui avaient adopté le système des peines minimales I'ont abandonné, du fait de son inefficacité et de son coût. Ce projet de loi aura un effet désastreux sur le travail des juges, qui seront obligés de motiver chacune de leur décision, le prononcé de la peine prendra bientôt plus de temps que son exécution. Nous allons assister à un engorgement sans précédent des tribunaux. L'atteinte délibérée de ce projet de loi au principe de l'individualisation de la peine va se traduire par un chantage aux responsabilités : si les juges motivent, cela ralentira encore plus les procédures, alors que leur prétendu laxisme est en fait un problème de moyens. La complexité des profils appelle une approche flexible des sanctions. Le délinquant n'est pas un être-type qu'une réponse unique pourrait appréhender. Le pouvoir d'individualisation est l'outil idoine pour cerner au mieux cette variété. Ce projet aura également un effet immédiat sur Ia population carcérale. En un an les prisons devront accueillir plus de 10 000 personnes. Ce projet aura également pour effet de focaliser le prononcé de peines d'emprisonnement sur les couches sociales les plus défavorisées : les condamnés ayant le bac et déclarant une profession ont un taux de récidive proche de zéro, les autres deprison 80%. Ceux dont les parents offrent des garanties ou ont des moyens encourront des peines plus légères ou bénéficieront de mesures alternatives. Vous semblez désormais prendre au sérieux votre plaisanterie au sujet de la karchérisation des banlieues, comme si on luttait contre l'exclusion en emprisonnant les exclus. Vous privilégiez les riches et stigmatisez les autres par une justice à deux vitesses. Selon que vous serez puissant ou misérable... Quelle abdication des principes de la justice des mineurs ! L'atténuation est un principe fondamental de notre droit et l'excuse de minorité doit être la règle et non l'exception. Bientôt, leurs juridictions ne seront plus spéciales, qui diront le même droit que les autres en jugeant les jeunes comme s'ils étaient majeurs, en contravention avec nos engagements internationaux et l'article 37 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Vous ruinez l'économie générale de l'ordonnance de 1945 sans même vous donner les moyens des mesures que vous prônez. Ni bilan ni évaluation ! Vous construisez une maison en commençant par le toit et encouragez les sanctions alternatives en mettant en prison les enfants qui auront volé des bonbons... Loin de favoriser la réinsertion, la prison est une école de la délinquance. La récidive est bien plus faible en cas de mesures alternatives. Le dernier volet introduit une grave confusion entre délinquance et pathologie, une psychiatrisation de la justice. Vous opérez un dangereux transfert de compétences du juge vers le médecin car celui-ci doit intervenir dans le cadre défini par le juge : c'est à ce dernier d'individualiser la peine et au médecin de soigner, quand on a pu en recruter. Or il n'y a aucun bilan de l'existant. Vous greffez un corps étranger sur un corps malade sans diagnostic préalable : le greffon sera rejeté. Mieux vaut soigner les prisons que les remplir à tout prix. Vous ne développerez pas la prévention en oubliant les moyens de la réinsertion."

Josiane_Mathon_PoinatJosiane Mathon-Poinat (groupe Communiste républicain et citoyen), qui tente une motion réclamant l'exception d'irrecevabilité : "L'arsenal répressif que vous préparez, contraire non seulement à la Constitution [ce n'est pas rigoureusement exact, puisque le juge peut déroger aux dispositions de ce projet de loi, en motivant sa décision, Ndlr], l'est aussi à la Convention internationale des droits de l'enfant, dont l'article 37 stipule que la détention ou l'emprisonnement d'un enfant ne peut être «qu'une mesure de dernier ressort et d'une durée aussi brève que possible». La France s'éloigne toujours plus de cet engagement. Le comité des droits de l'enfant l'a souligné à plusieurs reprises. Dans un communiqué du 4 juin 2004, il réitère ses préoccupations quant à la tendance de notre pays à «favoriser les mesures répressives au détriment des mesures éducatives». Mais pour cette majorité, le respect des engagements internationaux ne compte pas plus que celui de nos principes constitutionnels. Le gouvernement ignore les recommandations des professionnels de terrain et des magistrats, qui répètent que les peines minimales n'auront pas plus d'effet dissuasif sur les mineurs que sur les majeurs et rappellent que l'incarcération crée plus de récidive qu'elle n'en prévient - les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les choix idéologiques pèsent désormais plus lourd que la réalité des faits et que les droits de nos concitoyens. C'est pourquoi je vous invite à voter en faveur de cette motion."

Louis_MermazLouis Mermaz (groupe Socialiste) : "A mon sens, le pouvoir a tout fait à l'envers depuis 2002. Il a supprimé les emploi-jeunes dans l'enseignement. Il a détruit la police de proximité par idéologie et lancé des opérations coups de poing contre lesquelles les syndicats de police se sont d'ailleurs élevés. La multiplication des contrôles au faciès, les actions intempestives et certains amalgames scandaleux ont suscité l'exaspération dans de nombreux quartiers. Depuis cinq ans, l'on a demandé au Parlement de voter sept lois destinées à enrayer la délinquance. Pourquoi un nouveau texte alors que la loi du 12 décembre 2005 sur la récidive des infractions pénales attend toujours son étude d'impact et que les décrets de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance n'ont pas été publiés ? Mais faut-il vraiment se plaindre que cette panoplie inefficace et dangereuse ne soit pas encore applicable ? De même, depuis 2002, le pouvoir a révisé par quatre fois l'ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs, calculant avec cynisme que l'opinion attache plus de prix à la répression qu'à la prévention et à la réinsertion. Aujourd'hui, les dégâts sont considérables. Mais le nouveau gouvernement, aussitôt mis en place, persévère dans cette voie sans issue. Avec ce texte, vous entendez vous défausser sur l'institution judiciaire, parent pauvre de notre République, au risque que la situation aille de mal en pis."

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Petit digest de Plume de presse

Vous êtes encore là ? Pour ceux qui auront abrégé la lecture de ces interventions, notre résumé : ce projet de loi, démagogique et populiste, revient à aggraver la dramatique surpopulation carcérale et, au lieu de combattre la récidive, à l'augmenter, par l'envoi le plus massif possible des délinquants dans l'école du crime qu'est la prison. Alors qu'on sait que ladite récidive est moins élevée lorsqu'est prononcée une peine alternative et que le "tout carcéral" à la mode américaine a prouvé son échec, incapable de juguler la criminalité, bien au contraire. Comme aux Etats-Unis, au taux d'incarcération sept fois plus élevé qu'en France, on va en outre jeter à tour de bras en prison les exclus et personnes socialement défavorisées, minorités ethniques évidemment incluses (mais ça ne gêne pas Rachida). Tout cela pour faire plaisir à un électorat bas-du-front, limite facho, qui ne jure que par sa soif de vengeance et ses exhortations à la sévérité la plus extrême, en l'occurrence parfaitement inefficace. Mais quoi ! 42,63% des inscrits l'ont voulu, et nous l'avons tous eu. Pour au moins cinq ans.

PS : pour vous donner une idée de ces peines plancher, donnons la parole à Hélène Franco, secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature : "Un homme pris pour la seconde fois à dérober un CD dans un supermarché, vol qualifié punissable de trois ans de prison, sera donc passible d'une peine plancher d'un an".

 

Posté par Olivier Bonnet à 19:22 - Sarkoland - Commentaires [41] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

plus que marre

Si au moins ces mesures allaient s'appliquer à la délinquance en col blanc, celle qui ne fait pas de bruit mais véritable responsable des errements de nos sociétés, comme par exemple les Carignons et compagnie...mais non c'est le voleur de cd qui se tapera 1 an avec la bénédiction moralisante du juge tandis qu'on excusera les élus majeurs et corrompus!
Et ils se représenteront et ils seront réélus!!!

Posté par zozo, 06 juillet 2007 à 21:54

Prisons

Vous avez raison, les prisons sont surpeuplées. Pour rendre ce programme applicable, il faudra construire de nombreuse nouvelles prisons très volumineuses.

Posté par l.laurence, 06 juillet 2007 à 22:07

les prisons volumineuses existent déjà: ça s'appelle "précarité", "chômage" (à perpette) et dans le meilleur des cas "crédit", pour 20, 25, 30 ans...

Posté par zozo, 06 juillet 2007 à 22:16

Plus sérieusement, je préfère voir les criminels dans de belles prisons toutes neuves que se promener librement dans la rue.

Posté par Laurence, 06 juillet 2007 à 22:55

Bravo !

Bravo à vous pour ces citations !

Et surtout bravo aux sénateurs de l'opposition pour leurs interventions.

Si on pouvait avoir la même qualité à l'Assemblée, la droite pourrait se faire (un peu) de souci...

Posté par YR, 06 juillet 2007 à 23:11

Je suis heureux que vous remarquiez que l'opposition a mouillé sa chemise. Qu'on ne dise plus qu'elle ne fait rien. Au Sénat en tout cas, sur ce coup, ils ont été clairs, pertinents et convaincants à souhait.

Posté par Olivier B., 07 juillet 2007 à 00:21

@laurence : qu'est-ce qui peut bien vous rendre si sûre de ne jamais commettre le moindre délit ? que savez-vous de l'utilité et/où l'efficacité "réelle" d'une prison et de la "justice" des peines qui vous y conduisent ?

Vous serrez sans doute bien seule lorsqu'il viendront vous chercher...

Posté par Patrick, 07 juillet 2007 à 02:15

...

elle continuera de clamer, comme le prisonnier dans la Vie de Brian : « Sans la crucifixion, ce pays serait un sacré merdier ».

Quant à ces aimables sénateurs, à quoi leur sert d'être convaincants, si le premier d'entre eux est déjà convaincu... de corruption ?
C'est absurde. Quand vous divisez par zéro, votre calculette ne répond pas; il faut comprendre la moitié d'inscrits qui n'ont pas répondu à la question "Bédier au Palais Bourbon ?"

Posté par sarcophage, 07 juillet 2007 à 03:43

Payons Cash

Eh bien si je commet un délit méritant la prison, j'irai. Et comme je déteste l'enfermement, je ferai tout mon possible pour ne pas recommencer. Hélas pour certains, les habitudes prises tout au long de leur pauvre vie sont très handicapantes, et il leur est plus que difficile d'en changer. Mais oui la prison est une très dure punition, et elle est aussi dissuasive que l'impunité en forme de sursis ou de rappel à la loi est encourageante et destructrice. Pour vous, la manière douce est une solution ? Vous êtes du genre à chasser le lion avec un filet à papillon, et moi écraser une mouche avec un char d'assaut ? Malheureusement, on aperçoit rarement des agneaux de lait derrière les murs de prison.

Posté par Laurence, 07 juillet 2007 à 06:40

Sortez des idées reçues

Laurence, bon sang !
Il n'est pas question de manière douce s'opposant à la sévérité. On parle récidive. Un séjour en prison entraîne un plus fort taux de récidive. Il est des cas où il s'impose tout de même, bien sûr, mais il faut l'éviter tant que possible. D'abord parce que nos prisons surpeuplées sont la honte de la France. Ce qu'il faut, c'est appliquer les peines, au lieu de pondre de nouvelles lois démagogiques, inefficaces et même contre-productives. Elles ne le sont pas par faute de moyens : c'est là que le bât blesse.
Le laxisme des magistrats, chiffres en mains, est une propagande droitière.
Mais vous semblez tellement imprégnée de ladite propagande que je suis sceptique quant à ma capacité à vous faire seulement réfléchir.
Personne ne dit qu'il ne faut pas punir les criminels !

Posté par Olivier B., 07 juillet 2007 à 07:33

l'organisme créé par la xème loi, celle de Clément, a critiqué cette loi. Elle montre surtout une de marotes de Sarkozy la méfiance contre les juges. Une bonne façon de soutenir la confiance qui est indispensable. Et de respecter la séparation des pouvoirs.
Et en fait les jugements rendus sont souvent plus élevés que ces peines planchers.
En outre rien n'est prévu (il faudrait surtout de l'argent) pour la réforme pénitentiaire, et cela n'arrangera en rien la récidive

Posté par brigetoun, 07 juillet 2007 à 08:06

Cliquez sur Laurence

vous vous retrouvez sur Ola, c'est tout dire...

Posté par duszka, 07 juillet 2007 à 08:50

Quant à Rachida Dati

Après avoir perdu son chef de cabinet il y a 15 jours, elle a perdu hier son directeur de cabinet, c'est dire...

Posté par duszka, 07 juillet 2007 à 08:52

Merci Olivier de nous donner l'occasion de constater que nos sénateurs peuvent remplir leur role d'opposant.
Sans verser dans l'angélisme, si la prison était une solution imparable cela fait bien longtemps que les Etats Unis seraient un hâvre de paix. Mais il faut bien que notre président fasse plaisir à son électorat de base: le frontiste décomplexé.

Posté par henri, 07 juillet 2007 à 10:06

En phase

Nous sommes en phase, Henri : j'ai exactement la même analyse.

Posté par Olivier B., 07 juillet 2007 à 10:21

Ne nous leurrons pas....comme aux E U, c'est une tentative, non pas d'éradiquer la pauvreté, mais de la rendre "moins visible".Et si comme aux States, on se met à faire construire, fabriquer, chaque objet (jusqu'aux matelas) par les prisonniers eux même, quelle manne pour les actionnaires de nos belles industries!!!!!!Reste plus, toujours comme aux Etats-Unis qu'à légaliser, dans la constitution, le travail forcé pour les condamnés....et en route pour réouvrir Cayenne.....
Quant à l'efficacité de ces incarcérations à tour de bras....permettez-moi de vous conter une histoire....celle d'un gamin, de l'âge de ma fille, que mon travail de l'époque m'a fait suivre plusieurs années.....né dans un milieu ou régnait la misère, l'alcoolisme, la violence....ignoré des services sociaux...1ere condamnation à 15ans ...et 1ere incarcération....aujourd'hui, il a 27ans et n'a pas du connaitre plus d'un mois de liberté consécutif....Ce n'est pas du grand banditisme, non, mais il explique lui-même qu'en prison, au moins, il a un lit et de quoi manger....Alors, la prison comme réponse à de telles détresses, ben moi, ça me fait surtout froid dans le dos.....

Posté par eva_bien, 07 juillet 2007 à 11:49

A moi aussi.

Posté par Olivier B., 07 juillet 2007 à 12:06

Je dirais bien à Laurence d'aller faire un tour sur le blog de Romain, qui a été condamné à 4 mois ferme pour avoir été pris le soir de l'élection de Sarkozy avec un pavé à la main. Je ne dis pas que c'est bien, ce qu'il a fait, je dis que ce gamin qui n'avait aucun antécédent, un gamin comme nos gamins, a eu une peine complètement disproportionnée par rapport au délit. Point.
Allez voir sur son blog, c'est une leçon d'optimisme et d'espoir qu'il nous donne, et ça vous donnera l'occasion d'avoir un son de cloche un peu différent sur les prisons et ceux qui les occupent.
http://prison.blogs.liberation.fr/romain/

Posté par zab, 07 juillet 2007 à 15:37

Horreur, je vient d'apprendre, qu' aujourdhui à 29 ans on est encore un gamin. Et à 18 ans ou 16 ans un nourrisson ?

Posté par Laurence, 07 juillet 2007 à 16:50

@ Laurence

Combien pour les agriculteurs breton de la FNSEA qui ont détruit quelques hectométres de voie publique ? Quant à cet homme pris avec un pavé dans la main il me fait nettement moins peur que les jeunes du même age ou même moins agés, que je croise régulièrement dans le métro, avec des automatiques et dans les gares avec des fusils d'assaut.
"A vouloir privilégier la sécurité à la liberté on a vite fait de perdre les deux." Benjamin Franklin

Posté par henri, 07 juillet 2007 à 19:03

Qui de l'oeuf ou la poule....

Ceux sont les prisons qui rendent les gens délinquants et multi-récidivistes, ou les personnes fréquentant les prisons rendent ces lieux infréquentables parce qu'elles sont peuplées de criminels ? Il est vrai que la majorités des prisonniers sont odieux, et souvent de vilains personnages. Comment faire pour que les délinquants deviennent gentil aimable, bref des anges d'amour mignons tout plein ?

Posté par Laurence, 07 juillet 2007 à 20:19

Si la prison ne suffit pas

Il n'y a qu'à recréer des bagnes pour les récidivistes, outre-mer, loin, comme autrefois à l'ile du Diable.
Ce ne sont tout de même pas les délinquants qui vont faire la loi dans ce pays, que Diable !
En tout cas, pas d'amnistie pour le 14 juillet, merci Nicolas !

Posté par el gringo, 07 juillet 2007 à 23:40

el gringo, vous ne comprenez rien à rien

La politique ultra répressive ne marche pas : elle produit encore plus de délinquance et de violence.
Ce sont des faits. Regardez les Etats-Unis.
Les gensdedroite sont-ils tous aussi stupides que vous ?

Posté par Olivier B., 07 juillet 2007 à 23:46

Merci à M. Badinter.........

Quelle tenue ,quelle hauteur de vue ,que ces débats au Sénat ! Merci à Monsieur Badinter notamment ,plus qu'un grand merci d'ailleurs , ne serait-ce qu'au travers de l'abolition plus que courageuse à l'époque de la sinistre peine de mort .

Nous sommes confrontés à l'heure actuelle à une telle avalanche de contre-vérités ,de lois si excessives ,si loin de ce qu'il serait souhaitable de mettre en oeuvre , de lois qui sont une réelle perte en qualités et valeurs humaines , qu'il y a de quoi être effrayé concernant l'avenir de notre Pays .Et cela en toute sérénité de la part de ceux qui les élaborent , et désirent qu'elles s'appliquent .

Est-ce l'ignorance de la réalité du terrain , la simplification à outrance de réponses à des problèmes complexes ? Le : c'est simple et pas compliqué , si souvent entendu ,mais qui ne résout rien .

Quand je dis ignorance de la réalité du terrain ,il s'agit des prisons , du constat qui est fait de l'influence d'une incarcération sur un jeune ,un jeune en devenir .Un jeune est toujours en devenir .Quand ailleurs ,dans d'autres Pays , on prolonge plutôt l'état d'enfance vers celui de " jeunes adultes" , ici c'est l'inverse . Il s'agit également de la volonté d'ignorer l'état de ces dites prisons , au point qu'elles dénoncées dans le cadre européen .
Il s'agit de la volonté de refuser les grâces présidentielles habituellement distribuées ,ce qui en soit pourrait être concevable à condition d'accompagner cette décision d'une mise à plat de l'ensemble des problèmes posés par les incarcérations dans l'état de surpopulation où elles existent actuellement .Il est vrai qu'il doit être plus simple de détourner le regard .

De quoi avons-nous peur ,de quoi ont-ils peur , de ces réalités-là si difficiles à appréhender ? De quoi M.Sarkozy a-t-il peur ? Je me demande s'il ne faudrait pas lui poser la question ainsi qu'à Mme Dati , car une répression aveugle , non individualisée représentées par les peines planchers , n'existe vraisemblablement que pour " rassurer " et peut-être ont-ils besoin de l'être, cela peut se concevoir devant l'ampleur de la tâche à accomplir , ceux qui les prônent .

Posté par Réale, 08 juillet 2007 à 23:52

Badinter

L'idée de ce billet est venu de là : j'avais lu des extraits de son intervention que je trouvais si brillante que j'ai voulu la relayer. Et j'ai alors découvert ce qu'on dit les autres sénateurs cités.
Ainsi vont les médias : on cite juste une petite phrase de l'un ou l'autre, et pour le reste, c'est comme prêcher dans le désert.
Voilà pourquoi je me suis livré à cet exercice de copié-collé de la séance sénatoriale.
Et je suis vraiment ravi que des gens la découvrent grâce à ce blog.

Posté par Olivier B., 09 juillet 2007 à 00:51

Entendu sur Riposte

Me Georges Kiejmann, qui était lui aussi très convaincant pour démontrer le caractère démagogique de cette loi qui détourne des vrais problèmes de fonctionnement de la justice et son budget qu'il faudrait doubler pour justement qu'il n'y ait pas que la prison mais aussi le travail de prévention en amont et de suivi pour la réinsertion en aval.

D'autant plus convaincant que Me Kiejmann se disait lui-même pour d'avantage de fermeté.

Posté par johnmarguerite, 09 juillet 2007 à 08:43

eh, oui...

On se rapproche du modele multiethnique americain, logiquement on s'oriente aujourd'hui vers un systeme penitentiaire a l'americaine.
Aucune autre reponse n'a ete trouve a la surcriminalite des minorites...malheureusement...
et je vois aucune propositions alternatives sensees sur ce forum...

Posté par jean-edouard, 09 juillet 2007 à 09:34

Bien sûr que si !

D'abord, la surcriminalité des minorités, comme vous dites, est évidemment sociale et pas ethnique. D'origine française ou étrangère, les jeunes des cités par exemple adoptent le même langage, les mêmes codes vestimentaires et les mêmes comportements.
Ensuite, la proposition alternative est évidente. On sait que la prison est intrinsèquement criminogène, que l'emprisonnement aggrave le taux de récidive à la sortie. Ce sont là des faits. Je vous rappelle que cette loi est censée lutter contre la récidive. Or les peines alternatives donnent à cet égard de bien meilleurs résultats. C'est encore un fait, statistique. Exemple : les travaux d'intérêt général. Ces peines sont insuffisamment appliquées par défaut de moyens. La solution est donc d'augmenter les moyens pour pouvoir utiliser l'éventail des peines alternatives, au lieu de pousser vers l'incarcération qui est, répétons-le, contre-productive. Et tout juste bonne à flatter l'électorat limite facho dont nous avons eu un bon exemple avec cet imbécile hargneux qui s'exclamait plus haut dans ce fil de discussion : "ce ne sont quand même pas les délinquants qui vont faire la loi dans ce pays !"
Il s'agit de savoir ce qu'on veut : combattre les délinquants n'est pas les multiplier. Or c'est exactement le résultat auquel va aboutir cette loi scélérate.
PS : Jean-Edouard, j'espère que ce changement de pseudo signifie votre volonté d'être plus constructif dans vos commentaires, sinon à quoi bon ? Si vous êtes résolu à débattre réellement, en échangeant des arguments au lieu d'invectives, ce sera une bonne nouvelle.

Posté par Olivier B., 09 juillet 2007 à 09:48

Comment faire...

... puisqu'il apparaît que trop souvent, les arguments censés et rationnels, partant des faits et en déduisant des prises de position politiques, ne suffisent pas à ouvrir un véritable dialogue avec certains des contradicteurs qu'attire la prose de notre hôte et de ses commentateurs habituels ?

Cela me déprime au plus haut point de constater à quel point toute une frange de la population est fermement décidée à ne pas entrer dans une attitude d'écoute, de rationalité et de débat. Que faire faire à ça ? On s'épuise en arguments qui ne servent à rien. Mais si l'on entrait dans l'invective, on serait tout aussi impuissants, puisqu'on ferait comme "eux", on ferait ce que l'on dénonce.

C'est exactement ce que j'ai ressenti à la lecture des interventions des sénateurs : à la fois un grand soulagement de constater une profondeur de pensée, des arguments tenus, construits, bien exprimés et avec force, mais une grande tristesse à l'idée qu'ils sont bien peu relayés, et que même s'il l'était, qui, dans le public qui se contente habituellement de la PQR et de la télé, prendrait le temps de les lire avec attention, de les entendre, surtout ? Je connais bien peu de personnes capables de remettre en cause leurs croyances pour un discours argumenté. Bien peu.

Posté par ko, 09 juillet 2007 à 10:20

Que faire...

FACE à ça, fallait-il lire.

Posté par ko, 09 juillet 2007 à 10:21

Que faire ? Ne pas se décourager, argumenter, convaincre, encore et toujours.
Pas évident, je sais, moi aussi je suis découragé, certains jours.
Mais c'est mon job de blogueur engagé !

Posté par Olivier B., 09 juillet 2007 à 11:19

Tout à fait

Et un grand merci-bravo pour ça, d'ailleurs !
Maintenir le flambeau.

Mais j'aimerais tellement qu'on trouve encore autre chose (sachant qu'on élimine d'emblée les solutions violentes, mais que parfois cela me semble dommage ! ;-) Donc, pas d'assassinats politiques, ok, pas de destruction des sièges des télés-radios-journaux, ok...) (à l'attention des bas-du-front : ce qui précède n'était que balivernes gauchisantes ; le couteau entre les dents est en carton, flippez pas).

Je nous trouve un rien démunis, de n'avoir pour armes que l'argumentation. Il nous faudrait aussi pouvoir faire rêver, au-delà et en plus de convaincre. Comme remarquait M. Chollet dans son papier sur la faiblesse de l'imaginaire de gauche...

Posté par ko, 09 juillet 2007 à 11:56

Voici un article "nourrissant" et éclairant.
N'en déplaise à Laurence, la prison devrait être un lieu de réflexion et de marche vers la rédemption ou tout au moins l'amendement, mais quand on abaisse la justice à la vengeance...

Posté par Henri-Pierre, 10 juillet 2007 à 11:15

pour lapetite histoire

La violence commence par celle faite aux femmes, personne ne semble préoccupé par ce phénomène et pourtant des récidivistes dieu seul sait s'il en existe...

De la contradiction, une femme qui a été violentée porte plainte est quand même convoquée devant un médiateur, pour la conciliation, absurdité, alors qu'il est prouvé que c'est l'occasion pour le fautif de faire en sorte qu'elle retire sa plainte, et qu'il y a de grande chance qu'il recommence.

Le problème de la récidive réside dans la récidive elle même, donc ne pas laisser fauter deux fois, mais la solution comme tous le savons reste à trouver et non adopter des moyens aussi violents à travers la peine plancher, c'est reconnaitre un adolescent adulte donc revoir la majorité électorale l'une ne peut être sans l'autre.

Trop de non sens à ce problème, et je Salue R Badinter que j'ai entendu et approuvé face à RD, les moyens sont à déployer surtout le budget de la justice qu'il faut au moins tripler, comme l'a précisé Kiejmann, et cesser cette hypocrisie qui planque une espèce de laxisme, et mensonge puisque la peine plancher existe déjà depuis des années, mais NS a fait des promesses alors il rationalise, connerie pure!

Je travaille dans un foyer d'insertion social, je sais de quoi et de qui je parle...

Gorane

Posté par Gorane, 15 juillet 2007 à 21:09

j'ai oublié,

@ Henri Hierre, lire Foucault, gros pavés qui en disent long que la prison, une vraie institution...

et aussi, merci à Olivier B.

Posté par Gorane, 15 juillet 2007 à 21:15

Mais non, merci à vous !

Pour votre intéressante intervention, chère Gorane.

Posté par Olivier B., 16 juillet 2007 à 02:26

Prison

Je suis éffaré par le jugement superficiels de certains.
Les prisons à part les criminels avérés sont de petits voleurs parfois par nécéssité.
Les milliers de vraient voleurs rigolent, dans les banquets gouvernementaux.
Dans les débat de stock options.
Dans réunions d'actionnaires, etc...
Ceussent qui nous mettent sur la paille pour faire ripaille.
Détruisant les usines et le gagne pain des petites gens.
Ils est vrai que ceux-là ne donneront pas d'argent pour leur construire des prisons. :)
Marc

Posté par Proximarc, 12 octobre 2007 à 15:51

vélos

Volez un vélo, vous allez en prison. Volez un milliard de bicyclettes : vous êtes Bill Gates !

Posté par pvdg, 12 octobre 2007 à 16:21

Puéril, mais ça fait du bien...

Slogan publicitaire:
Rachida Dati, sa laideur intérieure se voit à l'extérieur.

Posté par christian, 14 novembre 2007 à 17:43

Victime et victime

Sarko réclame à grand cris de pouvoir faire juger des irresponsable, renforcer la loi sur les pédophiles, après avoir reçu les victimes."Je suis du côté des victimes", affirme-t-il.
Qu'en est-il de ces prostituées en situation irrégulière, violées par des CRS, crime des plus odieux (pour la police, c'est gratuit, auraient-ils dit, et leur avocat: ces CRS n'avaient pas l'impression de commetre un délit!!!) ? Pourquoi ne demande-t-il pas un renforcement des lois contre ce genre d'abus ? Non, au contraire, il veut renforcer la législation protégeant les forces de l'ordre (therme orwellien s'il en est...) contre d'éventuelles agressions, alors que ce corps est déjà hautement protégé, ne serai-ce par leur esprit de corps (touche un flic, toute la meute te tombe dessus).
Bien sur, dans cette affaire de viol, ce ne sont pas les prostituées le victimes, mais encore les CRS: si ces prostituées n'étaient pas entrées en France illégalement, ces pauvres CRS n'auraient pas eu à les violer.
Serrer la vis contre des tranches de la population faible et détestées (certes à juste titre, en ce qui concerne la pédophilie), voilà la méthode de Nazillon, pardon, Nicolas Sarkozy.

Posté par christian, 14 novembre 2007 à 22:19

Délinquants

Le monde est dirigé par des délinquants récidivistes, dont la délinquance, pour certains, à conduit à la mort de milliers de personnes.
Alors la prison pour avoir tenu un pavé, ou volé un CD, ou encore fumé un joint ou shooté un peu d'héroine, ou est la proportionalité ?
Laurence, retourne dans ton monde de top-models, et continue à t'interresser aux frasques de Paris Hilton et consort, ou alors documente-toi un peu de ce qui se passe autour de toi avant de te ridiculiser par tes commentaires de brave mouton au cerveau lavé par la télévision et l'extrème droite. Quant à el gringo, je pense (ou j'espère, tout du moins) que c'était de l'ironie, de toutes façons, les colonies c'est (presque) du passé!

Posté par christian, 14 novembre 2007 à 22:52

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