Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

22 juillet 2007

Le travail rend libre... définitivement

arbeit_macht_freiDans le monde merveilleux de Nicolas Sarkozy, à la cote de popularité de 66% d'après un sondage d'hier - on demande l'asile politique à Groland ! -, la société doit se structurer autour de la valeur travail. "Le travail, c'est la liberté", déclarait ainsi le président dans son discours d'investiture. Tiens, c'était justement la devise inscrite au fronton des camps de concentration : Arbeit macht frei. Mais dans le monde réel, la liberté est plutôt en l'occurrence, pour le commun des mortels, celle d'être obligé d'aller chaque jour accomplir une tâche ingrate payée un salaire de misère, la liberté d'être contraint de subir le harcèlement des petits chefs, le flicage, de jouer le rôle de l'agrume dans un presse-citron. La liberté de sacrifier aussi bientôt ses dimanches - on y vient, la pasionaria ultralibérale en poste à Bercy, Christine Lagarde, annonce vouloir offrir des "aménagements" à l'interdiction du travail dominical-, sur la base du volontariat bien sûr. Quand on vous fera gentiment comprendre qu'il serait vraiment fâcheux pour votre évolution dans l'entreprise de ne pas accepter d'être volontaire, quand ce n'est pas la nécessité économique (on revient aux salaires de misère) qui pousse l'employé à l'accepter. Dans le monde réel, donc, le travail est évidemment bien plus une aliénation qu'une liberté. D'autant que le système capitaliste libéral vise à optimiser toujours davantage les profits générés au bénéfice des propriétaires et actionnaires des entreprises, à la sueur du front des travailleurs libres d'être exploités. Du reste, dans la loi censée porter sur "le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat" adoptée par l'Assemblée UMP, on cherchera vainement la trace d'une augmentation du salaire. Ah non ! Il faut travailler plus, toujours s'aliéner davantage, si l'on veut grappiller quelques miettes pour survivre un peu mieux. Tandis que les héritiers, désormais exonérés des droits de succession, auront la possibilité de... ne pas travailler, mais de faire bosser les autres : la France du travail de Sarkozy est en réalité celle des rentiers, les cadeaux consentis aux privilégiés leur garantissant d'être bien certains de le demeurer de façon héréditaire. Dans le monde réel, les employés de Renault et de Peugeot se suicident à force d'être libérés par leur travail : six déjà cette année chez PSA, dont le dernier s'est récemment pendu dans son SFR_classe_N1_en_qualite_de_service_1bureau. Et hier, c'est une salariée de SFR qui a avalé des médicaments, sur son lieu de travail. Poussée à la tentative de suicide par le projet de son employeur, confirmé la veille, d'externaliser les trois centres d'appels du groupe, dont celui de Poitiers où elle est employée. "Ce transfert aura pour conséquence une baisse de rémunération de l'ordre de 40% pour les salariés concernés [au nombre de 1900, Nda], une perte des avantages sociaux, une dégradation des conditions de travail et à terme, la mise en oeuvre de délocalisations", s'étranglent les syndicats. SFR perd-il de l'argent ? Pas du tout, mais l'entreprise pourrait en gagner encore plus. "Virons mieux, virons mobile !", scandaient les manifestants devant la tour de La Défense, siège de SFR. Qui se soucie en effet dans ce contexte des travailleurs libres ? Nicolas Sarkozy ? Permettez-nous d'en douter, cul et chemise qu'il est avec la fine fleur du grand patronat français. Dont l'intérêt est de pressurer tant et mieux la piétaille qui travaille pour ses groupes. Martin Bouygues, Arnaud Lagardère, Vincent Bolloré, Olivier Dassault... Vous avez remarqué comme c'est amusant ? Ils sont tous les fils de leur père, nés une cuillère d'argent dans la bouche. Et on nous parle de réhabiliter la valeur travail ? Notre postérieur est-il en chair de volaille ? Tartuffes !

Posté par Olivier Bonnet à 09:35 - Sarkoland - Commentaires [52] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires

Pas de chance

Certains voudraient retourner au travail mais le destin en a décidé autrement, visionner ce site, faite connaissance de cette histoire, étudiez ce fait divers et vous comprendrez mieux le sens des mots travailler, liberté et Sarkozy.

http://tunisie-harakati.mylivepage.com

Posté par Rénald Muleau, 25 janvier 2008 à 14:54

La gauche aussi est travailliste

Mais qui a dit, bien avant ces dires de N.S «Je préfère une société de travail à l'assistance» (voir : http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5374) ? Eh bien c'est Lionel Jospin, alors premier ministre, qui, en 1998, répondait ainsi aux mouvements de chômeurs et précaires qui clamaient {«un revenu c'est un dû»}, histoire précisément de jouer les salariés pauvres en poste contre les salariés pauvres passant par le chômage et les emplois discontinus.

Quand le P.S a-t-il, par exemple, pris ses distances avec un mitterrandisme qui a glorifié les gagnants (remember Tapie), l'entreprise, soit disant seule source de richesse, qui a crée un RMI interdit aux moins de 25 ans, ce qui a permis de dresser des générations à la précarité de l'emploi ?

Hollande sort du même moule de la gauche de droite. Il ne nous promet qu'une nouvelle phase d'austérité.

Va falloir ramer dur et nombreux pour inverser cette pente où tout incline vers l'idéologie du travail...

Posté par Précaire, 06 janvier 2012 à 12:33
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