Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

09 janvier 2008

Franchises médicales : un malade du SIDA en grève des soins

Alors que la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot-Narquin, jouait à la dinde - son meilleur emploi - hier soir chez ce sarkoziste de Marc-Olivier Fogiel, révélant au public qu'elle n'aimait rien tant, les soirs où elle avait vécu une dure journée, que se remonter le moral en admirant la page 67 du calendrier des Dieux du stade, affichant le membre viril de fort belle dimension d'un de ses modèles rugbymens, appelons la Sarkozie à un peu plus de décence. Bruno-Pascal Chevalier est malade du SIDA et a décidé, il y a trois mois, pour protester contre les franchises médicales, d'entamer une grève des soins. Il a récemment médiatisé son action en s'adressant au quotidien 20 minutes, qui en profite pour rappeler qu'on compte "7,7 millions de personnes atteintes d’affection longue durée (ALD) en France, comme les malades du diabète, du cancer ou d'une insuffisance rénale" et qu'en plus des 50 euros annuels de ces fameuses franchises, "avec les précédentes franchises mises en place et les traitements qui ne sont pas pris en charge à 100%, une certaine somme reste déjà à la charge des assurés d’atteints d’une ALD, qui peut atteindre 600 euros selon un rapport d'experts paru en septembre dernier". Voici le texte intégral de la lettre qu'il a adressée à Nicolas Sarkozy. "Roselyne" - comme l'appelle cordialement Fogiel -, en recevant lundi cet homme de 45 ans pour lui demander sans succès d'interrompre sa grève, en aurait arrêté de glousser. (Il n'en fut évidemment aucunement question dans l'émission d'hier soir !)

Bruno_Pascal_Chevalier"Monsieur le Président,
Je suis atteint d’une affection longue durée, le SIDA. Par ailleurs, je suis travailleur social et engagé dans diverses associations citoyennes de solidarité.
  La mise en place de la mesure de la franchise médicale m’oblige à payer 50 euros par an d’impôt supplémentaire par le seul fait que je sois malade. Après en avoir discuté professionnellement ou dans le cadre de discussions privées avec de nombreuses personnes âgées, invalides, atteintes d’affections de longue durée, j’ai fait le constat que l’ensemble de ces personnes ne peuvent déjà plus faire face à leurs dépenses de santé et sacrifient cette santé en ne se soignant plus ou en repoussant à plus tard voire trop tard des démarches de soins.
Pour la première fois dans l’histoire de la Sécurité Sociale, le principe de solidarité est posé : avec la franchise médicale chacun de nous se sent responsable voir coupable d’être malade, et par cette faute, nous allons devoir payer pour l’accès à ce droit fondamental qu’est celui de la santé.
Lorsque je regarde les feuilles de remboursement de mes médicaments et que je regarde le prix fixé par les laboratoires et accepté par le gouvernement, je me demande si le trou de la sécurité sociale n’est pas lié aux tarifs souvent démesurés appliqués par les laboratoires.
Monsieur le Président, je vous fais part officiellement de ma grève de soins que j’entame aujourd’hui en soutien à toutes les victimes de la mise en place de la franchise médicale.
Je mène cette action en pleine conscience des risques que je prends pour ma santé particulièrement précaire après vingt années de lutte contre la maladie. Sachez que la franchise médicale va pousser silencieusement beaucoup de malades à prendre la même décision que moi au risque de sacrifier leur vie.
J’exige de votre part l’abrogation de cette loi injuste.
Enfin, Monsieur le Président pensez-vous que cette mesure va participer à la relance économique ? ne pensez vous pas que d’autres choix sont possibles pour faire face aux besoins de santé ? Pour ma part j’en suis convaincu et déterminé à aller au bout de ma démarche en vous en tenant responsable.
Je vous prie d’agréer, Monsieur  le Président, l’expression de mes salutations distinguées
."
Bruno-Pascal Chevalier

Mise à jour : notre ami Christian Lehmann, que L'Humanité présente avec justesse comme une "figure de la mobilisation, ces derniers mois, contre les franchises médicales" - il est l'un des initiateurs de L'appel contre la franchise -, nous signale avoir réagi dans les colonnes de ce quotidien à la grève des soins de Bruno-Pascal Chevalier. Voici le texte de sa pertinente intervention.

christian_lehmann«Quand on est malade, on doit déjà lutter contre la maladie, chaque jour, pied à pied. Quand, en plus, on fait une analyse politique, comme a fait ce patient, montrant que, en tant que malade, on est pointé du doigt par ceux qui ont tout, la puissance, l’argent et la gloire, comme étant responsables de situations financières difficiles de la nation, alors que, nous le savons, c’est de la répartition des richesses qu’il faudrait parler, et que ce n’est pas le pauvre malade qui est responsable du trou de la Sécu mais l’insuffisance de cotisations des revenus de l’argent… Cette action de grève des soins est une forme de désespoir de la politique, et de désespoir de la solidarité. Tenir quand on est malade, c’est très difficile. Au moins peut-on encore se dire qu’on fait partie de la communauté des vivants, et que les autres nous regardent, au moins avec une neutralité bienveillante, peut-être avec empathie. Là, on est devant une mesure qui, politiquement, si elle a un sens, veut dire qu’une partie de la population, en bonne santé, considère que ceux qui sont malades, quelque part, exagèrent, fraudent, abusent. Il y a donc un effet de désespérance devant ce qui est considéré par ce patient comme un abandon de la solidarité. Je ne veux pas cautionner son action, sa mise en danger. Il n’y a, hélas ! rien d’étonnant dans ce type d’initiative. J’ai reçu moi-même des lettres nombreuses de patients qui avaient des pathologies lourdes, d’hypertension ou de diabète, par exemple, et qui vivaient les franchises comme une véritable stigmatisation». Et le médecin de confier avoir «entendu beaucoup de gens évoquer la fin de vie» lors du débat sur les franchises. Se rendant compte «qu’on mettait en cause la nécessaire solidarité sur des soins lourds pour les patients atteints de pathologies sévères», ils en venaient à penser au pire, analyse-t-il, évoquant une sorte «d’eugénisme financier».
Le passage en force des franchises, en dépit d’une opposition majoritaire dans le pays, n’a, on le voit, en rien émoussé la combativité de Christian Lehmann. Outre l’état de faiblesse de la gauche, mis à profit par Sarkozy pour porter ce mauvais coup comme tous les autres, il incrimine la «vraie chape de plomb» que fait peser le système médiatique, et une incapacité, dans ces conditions, de «décrypter le mensonge sarkozyste». Allusion à la série d’arguments différents avancés pour justifier cette mesure (combler le déficit de la Sécu, financer la lutte contre la maladie d’Alzheimer, etc.). C’est pourquoi, même s’il constate chez les gens un début de «prise de conscience» après une période d’atonie, le médecin-écrivain juge prioritaire de «faire un travail de déconstruction du discours du mensonge».
Propos recueillis par Yves Housson

 

Posté par Olivier Bonnet à 20:47 - Social, politique - Commentaires [55] - Rétroliens [3] - Permalien [#]


Commentaires

Maintenir une politique de santé publique ou reconstruire un système au regard de l'évolution démographique et de l'évolution des besoins est un défi !

Quels moyens financiers et humains met en œuvre le gouvernement pour faire face à ces évolutions ?
L'Etat en revient toujours à ses petites manies : IL TAXE !!! Au grand maux, les grands remèdes. Aujourd'hui la pilule est de plus en plus grosse.

Ce fut la Contribution Sociale Généralisée (CSG) en 1991 créée par le gouvernement Rocard, la Contribution pour le remboursement de la Dette Sociale (CRDS)mise ne place par Juppé.

Ces taxes étaient assises sur l'ensemble des revenus mais que dirent des franchises médicales . Elles n'ont guère plus d'effet sur l'éternel problème de déficit de la sécurité sociale qu'un tricostéril sur une hémorragie de la carotide.
On l'a assez dit et répété cette franchise mise en place dés janvier 2008 et voté par une minorité de députés présents ce soir-là à l'Assemblée Nationale - ils n'iraient pas jusqu'à perdre leur siège - n'est payé que par les malades.

Le principe de Solidarité qui avait présidé à la création de la sécurité Sociale connait peut-être ces dernières heures... pour laisser place au système américain "Marche ou crève" dont Monsieur le Président de la République est partisan.

Posté par kiros, 15 février 2008 à 09:48

Ne pas jeter sur la voie publique

http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=365139&pid=9462372

Posté par kiros, 05 juin 2008 à 20:58

Pardon ?

Posté par Olivier B., 05 juin 2008 à 21:17

Manifeste du CoSS33

La coordination Santé-Solidarité en Gironde a tenu une réunion le 27 dernier. Il en est sorti un tract d'information qui, pour faire bref, appeler à une vigilance accrue sur les décisions que le gouvernement ne manquera pas de prendre dans le courant de l'été suite aux états généraux de la santé.
Il demande aussi de rester mobiliser pour une éventuelle manifestation...

ps : désolé pour le rétrolien qui ne fonctionne pas.

Posté par kiros, 07 juin 2008 à 18:04

Vous aurez plus de monde pour lire cet appel sur le nouveau site !
L'adresse du même article que celui auquel vous répondez est ici : http://plumedepresse.com/spip.php?article78

Posté par Olivier B., 08 juin 2008 à 00:06
« Premier   1  2 

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=108574&pid=7498434

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

Droit ou choix de société ?? depuis La Bourse ou la vie !!!!
Dernièrement en parcourant un article dans AGORA VOX , je suis tombé sur la lettred'un cardiologue répondant à la Lettre OUverte de Bruno-Pascal Chevalier atteint du SIDA.... <
Lire la suite >>

Référencé le 28 janvier 2008 à 11:16

Réunion à Bordeaux le 27 mai 2008 depuis POLITIKÔN
La Coordination Santé-Solidarité (Gironde) organise le mardi 27 mai à 14H30 une réunion pour échanger et faire des propositions pour contrer les nouvelles mesures qui pourraien
Lire la suite >>

Référencé le 23 mai 2008 à 07:45

Ne pas jeter sur la voie publique... depuis POLITIKÔN