Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

20 avril 2008

Haro sur les chômeurs

Aujourd’hui, seuls 47,5% des chômeurs sont indemnisés, en moyenne à peine à 80% du SMIC, 30% à 40% percevant moins d'un demi-Smic*. C’est encore trop pour Sarkozy, qui annonce depuis longtemps vouloir durcir les sanctions à leur encontre. Cette volonté va se concrétiser à travers la loi qui devrait être présentée avant la fin de l’année 2008, après la conférence entre l’Etat et les partenaires sociaux. Celle-ci se tiendra le 6 mai et portera sur l'évolution du régime d'indemnisation du chômage, la fusion ANPE-Assedic et la réforme de la formation professionnelle. Deux projets gouvernementaux sont déjà connus : radier les chômeurs refusant deux «offres valables» et supprimer la dispense de recherche d’emploi pour les plus de 57 ans et demi (et les plus de 55 ans ayant accompli leurs 160 trimestres). Dans l’attente de la négociation avec les syndicats, les critères jusqu’ici retenus pour considérer une offre d’emploi comme valable sont définis par le Code du travail : «sont radiées de la liste des demandeurs d’emplois des personnes qui, sans motif légitime, refusent d’accepter un emploi compatible avec leurs spécialité ou leur formation antérieure, leurs possibilités de mobilité géographique compte tenu de leur situation personnelle et familiale, et rétribué à un taux de salaire normalement pratiqué dans la profession et la région». Actuellement, 1500 chômeurs 20_05_006sont ainsi déjà radiés chaque mois pour refus d’emploi, comme l’indique Christian Charpy, le directeur de l’ANPE. Sarkozy veut modifier la donne au bout de six mois de chômage. Les critères changeraient alors pour obliger les chômeurs à accepter tout emploi requérant moins de deux heures de transport par jour et rémunéré au moins 70% du salaire antérieur. La ministre de l’Economie, Christine Lagarde, justifie cette mesure par le fait que l’absence de critères chiffrés laisserait trop de place à l’arbitraire. Les syndicats sont d’un tout autre avis : le recours ou non à la sanction «était laissé à l’appréciation des conseillers en fonction de la situation personnelle du demandeur d’emploi», observe Philippe Sabater, du SNU (FSU). Là, il va y avoir un effet mécanique. Or se voir forcé d’accepter deux heures de transports aller-retour, ce n’est pas la même chose si c’est pour un emploi à bas salaire ou pas». Ajoutons que la situation change du tout au tout suivant que le chômeur se trouve en zone rurale, avec le prix de l’essence qui explose, ou en zone urbaine bien desservie par les transports en commun. Sabater dénonce le fait que les chômeurs soient ainsi contraints d’accepter des emplois dégradés, ce qui pèsera une fois de plus sur le niveau des salaires proposés, pour le plus grand bénéfice patronal : «La contrainte sera telle qu’elle agira comme une onde de choc sur l’ensemble du marché de l’emploi», pronostique-t-il.

Quant aux seniors, rappelons que depuis 1985, ils conservent leurs droits à indemnisation sans devoir effectuer les démarches administratives exigées des autres chômeurs. Christine Lagarde, en supprimant leur dispense de recherche d’emploi, rejoint la position de… Laurence Parisot, la patronne du MEDEF. L'alignement sur les positions patronales est bien une constante sarkoziste, l’ordre venant évidemment d’en haut : le Président enjoignait Lagarde à la «suppression progressive de la dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs seniors» dans la lettre de mission qu’il lui a adressée durant l’été 2007. Précisons que les 383 117 chômeurs concernés, selon le chiffre de l’UNEDIC à la fin 2007, ne sont pas visés, la mesure ne s’appliquant qu’aux nouveaux entrants dans cette catégorie. Il ne faudrait tout de même pas qu'ils viennent soudain gonfler les statistiques du chômage !
imagesLe secrétaire d’Etat à l’Emploi, Laurent Wauquiez, déclarait pourtant pas plus tard que fin mars : «nous ne pouvons pas forcer les chômeurs âgés à chercher un emploi s’ils n’ont aucune chance d’en trouver». Et bien si, finalement : mi-avril, c’est ce qu’annonce vouloir faire sa ministre de tutelle. Or, si seuls 37% des plus de 55 ans français sont aujourd’hui en activité, c’est bien qu’on ne veut pas d’eux dans les entreprises, non qu’ils ne veulent plus travailler ! Mais la logique de Sarkozy est comme toujours de culpabiliser les catégories modestes, de jeter la suspicion, de les stigmatiser comme de sales profiteurs. On imagine à quoi aboutira la combinaison des deux mesures : des légions de chômeurs de plus de 57 ans et demi, coupables de refuser un emploi éloigné de leur domicile et proposé à un salaire ridicule, seront radiés et privés de leurs allocations. Et pendant qu’on persécute ainsi les exclus, on ne s’intéresse pas aux 40 milliards d’euros annuels que coûte à l’Etat la fraude fiscale.

* Source : Collectif Les autres chiffres du chômage, qui rassemble les associations et syndicats suivants : Agir ensemble contre le chômage (AC !), Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP), Réseau Stop Précarité, CGT-INSEE, Syndicat National Unifié de l’ANPE (SNU-ANPE) et SUD-ANPE.

Posté par Olivier Bonnet à 23:20 - Sarkoland - Commentaires [47] - Rétroliens [1] - Permalien [#]


Commentaires

Pendant le même temps est-il question de supprimer la préretraite des textes de loi ? sinon, le serpent va se mordre la queue grave...

Posté par duszka, 20 avril 2008 à 23:35

Régime sec

Ils parlent aussi de rétablir la dégressivité des allocations chômage, supprimée en 2000 avec l'arrivée du PARE (qui réduisait déjà le temps d'indemnisation).
À mettre en regard avec le milliard de bénéf' de l'UNEDIC qui ne se sera pas redéployé vers les chômeurs mais qui ira alimenter, parait-il, les régimes de retraite.

Posté par Le Monolecte, 21 avril 2008 à 00:38

Dans de telles conditions de vie, où l'indignité est érigé en morale, où le cynisme et la bêtise gouvernent les consciences, il ne faudra pas s'étonner des inévitables débordements... Quand on a rien à perdre, "Tout devient possible"!... salute

Posté par Jean, 21 avril 2008 à 08:41

De la nature des réformes

On peut s'interroger sur ce qui fait réagir à ces réformes là et les voir comme des mesures injustes.

C'est peut-être parce que, partant du diagnostic d'une situation jugée problématique, la mesure envisagée porte essentiellement sur l'aval, c'est à dire les victimes de la situation en question, en faisant peser sur eux la charge d'avoir à résoudre le problème.

A cet égard, il ne s'agit pas d'une réforme de structure, puisqu'elle ne vise pas à modifier la logique d'ensemble qui conduit au problème auquel on souhaite remédier.

L'architecture de la mesure, qui laisse hors de la résolution du problème un ensemble d'agents portant au premier plan en matière de ressources et de pouvoir de transformation, suffit à en indiquer les orientations idéologiques majeures.

Posté par off, 21 avril 2008 à 09:00

Contrat nouvelle débauche

Je suis en CNE depuis quelques mois, et voilà à ce que j'aurait droit : le salarié dont le CNE est rompu bénéficie d’une allocation forfaitaire versée par l’Assédic dès lors qu’il justifie d’une période d’activité continue de 4 mois en CNE. Cette allocation forfaitaire, versée pour une durée égale à un mois (31 jours), est d’un montant journalier fixé à 16,40 euros. Fichtre, 16.40€ X 31 = 508.40€ ! Travailler plus pourquoi faire ?

Posté par E-fred, 21 avril 2008 à 09:01

Pourquoi s' étonner ?

Il y a bientôt un an que ns a été élu. Je suis surprise que certains s' étonnent des mesures annoncer.

Mais ceux qui ont voté pour lui et ceux qui ont aidé à son élection, ont bien élu ou fait élire volontairement et sciemment un homme de la droite dure, alors qu' ils assument.

Pour ma part, je ne ferais plus rien, je ne signerais plus aucune pétition. ( cela ne sert strictement à rien, ns en a rien à "péter".)

J' attends patiemment chez moi de descendre dans la rue avec ma boîte d' allumettes à la main.

Posté par Made, 21 avril 2008 à 10:09

C'est du sadisme pur et dur d'obliger des gens (seniors) que l'on vire parce que trop vieux à trouver du boulot sous peine de sanction. Une solution (?), tomber en dépression et demander une allocation d'adulte handicapé...

Posté par areuh, 21 avril 2008 à 11:28

Pendant ce temps, notre bien-détesté président vient de battre un nouveau record! Le plus fort taux de mécontent après un an de mandat : 63% des français ne sont pas satisfait de son travail seulement un an après son élection...Ça fait beaucoup surtout quand on sait que la deuxième position revient à Chirac en 1996 avec à peine plus de 40% de mécontents...
Si seulement ces 63% pouvaient tous être dans la rue pour manifester leur mécontentement...Rêvons un peu!
Ce qui me rassure c'est qu'il y a forcément parmi ces 63% des électeurs de Sarkozy qui n'ont que ce qu'il mérite mais qui, je l'espère, en tirerons la leçon qui s'impose...
Ce qui m'effraie c'est qu'il reste 36% de personnes qui sont satisfaits de son travail!!! Il n'y a quand même pas 36% de nantis en France? Si? ah bon...
Bref, jusqu'à maintenant je me disais qu'une fois mon CDD arrivé à son terme je toucherais le chômage le temps de me poser pour retrouver un emploi peut-être plus stable, mieux rémunéré, etc. Mais quel doux rêveur je fais!!! Non il faudra me dépêcher de retrouver quelque chose avant d'avoir à refuser une offre pourrie de l'ANPE qui me ferait perdre mes indemnités...Enfin , je ne me plains pas puisque je fais finalement partie des privilégiés qui ont un emploi!
J'entends de plus en plus de gens dire que Sarko n'ira pas jusqu'au bout de son mandat et je me prends parfois à y croire...En tous cas je ferai tout pour!

Posté par flanagan, 21 avril 2008 à 12:22

Pensée conformiste

Bonjour à toutes et tous.

Tout d'abord, merci beaucoup à vous, Monsieur Bonnet. Je lis régulièrement votre blog et il "élimine les toxines" dans notre temps de conformisme et de "pas de vague".

Je suis doctorant en sociologie et j'avais réalisé mes premiers travaux (en maîtrise) sur le traitement des chômeurs.

J'aimerais apporter un éclairage anthropologique sur l'étrange réussite du discours persécuteur de la "droite décomplexée". En effet, il est facile de s'informer pour savoir que les chiffres du chômage sont honteusement truqués, que vraisemblablement plus de six millions de personnes au moins sont concernées par le sous-emploi et la précarité en France à l'heure actuelle, soit au minimum le quart de la population active.

Du coup, expliquer cet état de choses par des tares individuelles (certains ne veulent pas travailler) semble complètement aberrant et imbécile. Comment cela peut-il marcher, comment des ficelles aussi énormes peuvent-elles fonctionner ?

Je dirais que l'être humain "fonctionne" autour de deux grands modes de rationalité, qui sont profondément étrangers l'un à l'autre. Le premier mode, c'est celui de la "rationalité de la raison". C'est celui qui nous fait comprendre que, lorsque des millions de personnes sont touchées par le chômage ou le sous-emploi, cela ne peut être dû à des causes individuelles.

Mais nous "fonctionnons" aussi autour d'une autre rationalité, rationalité de crise et de protection contre la souffrance, la rationalité fantasmatique. Cette rationalité s'éloigne de la "rationalité de la raison" car elle n'a pas le même objet. La rationalité fantasmatique a pour but de trouver coute que coute du sens pour la personne en crise.

Prenons l'exemple du chômage. Vous êtes un salarié moyen, vous bossez dur, et vous voyez votre voisin , dont la situation est jumelle de la vôtre, se faire licencier et ne pas retrouver de travail.

Si vous vous dîtes : "il est comme moi, ça pourrait m'arriver aussi", vous vous retrouvez sans défense devant la réalité, face à une situation contre laquelle vous ne pouvez rien faire. Cette impuissance face au danger est extrêmement angoissante.

C'est pourquoi beaucoup d'individus dans cette situation auront tendance à accepter un discours leur expliquant que ceux qui tombent au chômage l'ont bien cherché. Voilà une explication qui protège, même si ce n'est qu'imaginaire, fantasmatique. Si je me dis "celui qui me ressemble tant est au chômage car il l'a cherché", je regagne un pouvoir imaginaire sur ce qui m'arrive. Si je travaille bien, tout ira bien. Ca me laisse "quelque chose à faire" face à la fatalité.

Ce type de rationalité se retrouve aussi chez les chômeurs eux-mêmes. Je citerai l'exemple d'une chômeuse à qui je demande, en entretien : "Et si quelqu'un vous prouvez que le chômage est un phénomène collectif et que vous n'y êtes pour rien, qu'en penseriez vous ?" Elle de me répondre :"Alors là, ça serait une catastrophe. Si je ne suis pas coupable, alors ça veut dire que je peux rien y faire."

Nous avons ici un parfait exemple de rationalité fantasmatique. Le raisonnement de cette personne est parfaitement logique, implacable, même. Si elle accepte de se sentir responsable de sa situation, alors elle peut croire pouvoir faire quelque chose. Malheureusement, il reste un décalage entre le fantasme, le souhait, et la réalité. Assumer cette pseudo-culpabilité n'aidera en rien cette personne à retrouver un emploi.

Sur le plan collectif, les raisonnements obéissent bien souvent aux mêmes nécessités fantasmatiques. L'être humain a avant tout besoin de sens, particulièrement dans les situations d'incertitude ou de crise. Il existe toujours un décalage entre nos représentations du monde et la réalité de ce monde. Le monde ne nous obéit pas, il nous surprend, nous blesse et nous déçoit. Or le moyen le plus économique de régler ce décalage angoissant est ce que l'anthropologue René Girard appelle le "bouc émissaire".

Comment cela se déroule-t-il ?

Prenons l'exemple du chômage. Des millions de personnes sont structurées sur la valeur travail, et sur la conviction que "quand on travaille, on est récompensé". Or, la réalité contredit ce postulat. Des millions de personnes sont poussées dans le chômage ou le sous-emploi.

La "rationalité de la raison" nous pousse à admettre que notre système social échoue à assurer un travail pour tous alors qu'il fait de ce travail la pierre angulaire de l'identité sociale.
Il semble donc évident que notre société doit réformer sa représentation du travail, améliorer les solidarités avec les victimes du sous-emploi, réfléchir à un partage du travail, par exemple.

Mais pour penser tout cela, il faut comprendre la situation globale, avoir le recul nécessaire pour comprendre que la situation est collective, avoir la culture de lutte collective qui permette d'espérer un changement social.

A défaut de ces "ressources", l'explication la plus simple, la plus rassurante est la suivante :"il y a du boulot pour tout le monde, ceux qui sont au chômage l'ont bien cherché". Tant qu'on n'est pas touché par le phénomène, cette explication rassure. De plus, l'exemple de la chômeuse que je cite montre que, même pour les victimes du phénomène, l'acceptation de ce discours offre une explication à leur situation.

Le problème social qui cause l'angoisse est assigné à des "boucs émissaires". Ce chômage si inquiétant et qui laisse sans défense, il est en fait la conséquence d'une minorité déviante, bien identifiable. Les premiers, pour continuer avec l'exemple du chômage, à avoir compris la puissance de ce type de discours sont bien entendu les Nazis. "Trois millions de juifs, trois millions de chômeurs, la solution est simple", disait Hitler.

Pour l'Allemand désespéré des années 30, le monde reprenait sens. La fatalité qui l'avait poussé à la ruine portait à présent un visage, celui du juif qui complotait dans les caves à la destruction de la civilisation. La rhétorique actuelle du chômage est cousine de la rhétorique nazie, sans nul doute possible : elle se base sur les mêmes prémisses, mais au lieu de désigner les juifs, elle désigne les "fainéants" (ce que les Nazis faisaient aussi, les camps de concentration étant censés "rééduquer au travail").

Une fois des coupables désignés(fussent-ils imaginaires, la rationalité fantasmatique ne s'en soucie guère), le monde redevient enfin cohérent, car c'est bien la cohérence que les individus en crise recherchent à tout prix. Ce phénomène peut être observé au quotidien. Combien de fois avons-nous fait un faux mouvement qui nous a fait nous cogner, par exemple dans une porte, avant de crier spontanément : "saleté de porte" ?

Face à la surprise de la douleur, le fait de fantasmatiquement doter la porte d'intention mauvaises et de pouvoirs néfastes nous permet d'accepter la situation. Parfois, nous croyons tellement à notre fiction que nous donnons un coup de pied vengeur dans ladite porte, ce qui défoule.
Le comportement des personnes en crise qui accusent les chômeurs n'est pas foncièrement différent.

Notons que la chômeuse que j'ai interviewée elle-même expliquait sa situation par "quelque chose" en elle qui posait problème. Elle se construisait, à l'intérieur d'elle-même, son propre bouc émissaire. Tout cela pour montrer à quel point soupçonner le machiavélisme de ceux qui croient en ce type de discours est naïf et inexact.

En fait, l'esprit humain bascule, quand il est face à des phénomènes angoissants qu'il ne peut expliquer, vers ce que j'appellerai la "pensée conformiste". Pensée conformiste car elle veut que le monde soit conforme à ce qu'elle prétend, et elle y arrive par des dispositifs rhétoriques stéréotypés qui sont, à ma connaissance, au nombre de trois. Ces dispositifs permettent de tout expliquer à peu de frais.

Dispositif un, le sophisme. Un postulat (A) s'appuie sur un postulat (B), qui lui-même s'appuie sur le postulat (A). Exemple : quand on cherche vraiment du travail (A), on en trouve (B), et on en trouve (B), quand on en a vraiment cherché (A). Si on ne trouve pas, c'est qu'on n'a pas bien cherché, le raisonnement est imparable...
Ce type de raisonnement se retrouve dans tous les proverbes ou maximes conformistes : Quand on veut (A), on peut (B); on n'a (A) que ce qu'on mérite (B)...

Dispositif deux, la fausse dialectique. Derrière ces grands mots se cache un type de raisonnement assez simple. Reprenons l'exemple du chômage.

On postule que, quand on cherche vraiment du travail, on en trouve. Or, la réalité contredit régulièrement ce postulat. La fausse dialectique va régler cette contradiction en expliquant que si ce qu'elle prédit ne se produit pas, c'est qu'on n'a pas encore assez appliqué sa logique. Ici, par exemple, la fausse dialectique consistera à prétendre que, si on n'a pas encore trouvé de travail, c'est qu'on n'a pas encore assez bien cherché. Du coup, toute contradiction entre ce discours et la réalité est facilement explicable.

Autre exemple de fausse dialectique, le discours de répression de la délinquance : on punit plus, et pourtant, il y a des récidivistes (donc des gens que la punition n'a pas amendés, ce qui prouve l'échec de la répression). Qu'à cela ne tienne : si des gens récidivent encore, ce n'est pas que la logique punitive n'est pas efficace, c'est qu'elle n'est pas encore assez appliquée, sinon, elle marcherait. Là encore, ce discours résout d'office toutes les contradictions, il a toujours raison.

Dispositif trois, la désignation d'un bouc émissaire. Le phénomène problématique s'explique par la nature malfaisante de certains ennemis du corps social. Certains sont chômeurs car ils sont "fainéants" ou "inemployables". D'ailleurs, ces gens sont des "fraudeurs", voire, d'après une banderole à succès qui, sur ce point précis n'a provoqué aucune réaction, des pédophiles. La vraisemblance de l'accusation n'a aucune importance.

La délinquance est due aux "multi-récidivistes". Ces gens ne sont pas problématiques en tant que coupables d'un crime. Ils sont naturellement dangereux, et le crime n'est que la manifestation de leur nature problématique. C'est tout à fait le postulat de la loi Dati sur la "rétention de sûreté", qui permet d'enfermer des personnes une fois leur peine purgée.

Cette "philosophie" de la peine rompt clairement avec la conception de l'Etat de droit, qui veut qu'on juge un coupable d'après son acte et non d'après son être. La "rétention de sûreté" n'est pas une invention de Rachida Dati, c'était une des pierres angulaires de la machine de répression nazie (les internés dans les camps de concentration l'étaient pour "raisons de sûreté"). Mais tout cela n'est pas inquiétant, bien entendu.

Avec ces trois dispositifs, aisément repérables, la pensée conformiste a réponse à tout. C'est précisément son objet : la cohérence absolue dans un monde incertain et angoissant.

Pour se débarrasser de cette pensée infernale, il n'y a pas d'autre choix que de proposer sans relâche des explications alternatives, avec patience (car les esprits conformistes sont avant tout en crise), et avec beaucoup d'espoir, car ces satanés discours sont incroyablement cohérents et impossibles à contredire.

C'est ça, le défi qui nous est posé, à nous autres humanistes, depuis Hitler : réussir à convaincre des gens de se débarrasser de cette pensée dangereuse. Mais cela ne peut se faire avec des leçons de morale. On ne soigne pas un paranoïaque en l'accusant d'être paranoïaque. Nous sommes mis en demeure, pour citer approximativement Lautréamont, d'"enseigner la vertu, plutôt que de punir le vice".

Bien à vous, et en vous remerciant de votre article,

Renaud Tarlet

Posté par Renaud Tarlet, 21 avril 2008 à 12:31

C'est bien la force de la propagande

Posté par Kokolat, 21 avril 2008 à 13:00

Merci à vous, Renaud, pour cette remarquable intervention.

Posté par Olivier B., 21 avril 2008 à 13:36

Ca ce sont des journées

Un billet aux petits oignons...une intervention longue mais nécesaire de Renaud Tarlet et t'as, par ces temps d'Octobre, tous les ingrédiens pour te permettre d'alimenter tes révoltes futures à faire partager.

Ca, ce sont des journées!!
Merci

Posté par GPMarcel, 21 avril 2008 à 13:55

@Renaud
Merci pour ce texte, il y a beaucoup d'idées et de réflexions que je me suis faites récemment. Ca confirme que les nouveaux maîtres, tandis qu'ils fustigent la socio, la psychologie et psychanalyse, ont parfaitement tiré partie des conclusions qu'en ont tirés leurs praticiens, peut-être inconsciemment , je ne sais pas.

La gauche n'a jamais su en tirer parti, consciemment ou pas, elle est même aujourd'hui en train de se prendre aux discours conservateurs.
Avant, quand justement on présentait à un "homme de gauche" un argument fallacieux (sophisme...), il le niait sans trop expliquer pourquoi mais il le niait, inconsciemment, il se rendait compte qu'on se foutait de lui et n'avait pas trop d'argument pour y répondre mais se rendait plus ou moins compte de la supercherie. Aujourd'hui, il applaudit des 2 mains, comme un grand naïf, ou peut-être se rend-t-il compte de la supercherie mais a choisi de s'en laver les mains ? Toujours est-il qu'il y a comme un glissement. Les explications sociologiques et psychologiques n'ont plus aucune prise sur les personnes tandis que les raisonnement fallacieux en ont de plus en plus.

Il est plus que temps que la gauche s'empare des conclusions des sciences humaines pour les utiliser à son profit, il est temps d'expliquer simplement tous ces concepts, à tout le monde, il est temps de faire tomber les masques, il est temps de vulgariser ces conclusions pour qu'elles aient prise sur l'ensemble de la population. Il est temps de lutter à armes (intellectuelles) égales.

Dans la même veine, je ne saurai que conseiller la lecture du livre de Mona Chollet, disponible en ligne : "Rêves de droite, défaire l'idéal sarkozyste"

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=59

Posté par mooglaï, 21 avril 2008 à 13:58

Pour la réaouverture des camps de travail

Devant l'arrogance sans précédent de ce gouvernement néo-fasciste qui endort le peuple, aidé en cela par leurs sbires journalistiques; il s'agirait non pas tant de descendre dans la rue, mais de saboter le système, le pourrir le plus possible, résistant chacun à sa manière en ne négligeant pas la mise en place d'un solidarité active entre précaires et travailleurs pauvres que le pouvoir veille de toutes les manières à opposer les uns aux autres. A un moment ou à un autre, cette casse systématique de l'univers sociale (éducation, santé, promotion de la destruction de la planète sous couverts d'un discours moralisateur et profondément hypocrite, cf. vote pour les OGM, on croit rêver!!! promotion du Traité de Lisbonne rejeté par voie électorale deux années plus tôt... et j'en passe) se paiera au prix fort. Il est urgent que cette révolution advienne avant que la "sécurisation" policière n'entrave à ce point les libertés individuelles que l'on soit replongé dans les heures les plus sombres du stalinisme ou du nazisme (incomparable dans leurs objectifs, mais si semblables dans leurs effets). Dès lors, il faudra désigner à la vindicte populaire haut et fort les responsables qui ne sont pas des boucs-émissaires et bien les VRAIS RESPONSABLES le prix à payer de leur forfaiture! Direct dans des camps de travail, pour qu'ils sachent ce qu'est une vie de labeur, de peur ou tout espoir de changement a disparu. A ce moment-là, ils se trouveront de l'autre côté de la barrière et en assureront les responsabilités jusqu'à terme. Il est proprement sidérant que dans ce qui n'a plus que le nom de démocratie, le peuple subissent un tel assaut contre lui sans réagir.

Posté par Sylvan, 21 avril 2008 à 14:11

Décision stratégique

Et on aurait pu croire que la "suppression de dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs seniors" était une décision totalement idiote, car elle allait mécaniquement faire augmenter les chiffres du chômage...
Mais non ! C'est gros comme une maison, cette hausse mécanique des chiffres du chômage sera une magnifique raison pour encore plus sévérité contre les chômeurs !
Deux pierres d'un coup : Réduire le nombre d'allocataires (seniors) suite aux radiations, et, avoir une nouvelle raison pour rendre encore plus dur les lois contre les chômeurs... sans compter la magnifique image de bouc émissaire (du chômeur).

Posté par Lars Delaguerre, 21 avril 2008 à 14:16

Doublés, triplés, quadruplés...

Après avoir posté un commentaire, il ne faut pas réactualiser la page, sans quoi votre message est envoyé à nouveau. Cliquez ailleurs, par exemple pour aller sur la page d'accueil du blog, avant de revenir ensuite au billet.
Merci !

Posté par Olivier B., 21 avril 2008 à 14:29

@ renaud

merci de cette analyse très juste cependant dans le cas du chomeur il existe souvent un élément auquel vous ne faites pas référence, c'est le role de celui qui culpabilise tellemnt le futur chomeur que celui ci est pret à signer sa démission, pour le bien de la société qu'il encombre par sa présence.
ces DRH sont formés à ces entretiens ou l'on culpabilise celui qui deviendra chomeur et ensuite je reprendrais toute votre analyse sur la recherche de travail et le fait que vous n'en trouviez pas.
mais la démoralisation du chomeur est réelle et doit etre prise en compte, puisque l'on lui a expliqué, ( ce n'est pas le résultat de sa réflexion) ,que sa situation c'était lui qui l'avait provoquée.
la combativité du chomeur à qui ça arrive pour la premiere fois, pour peu qu'il soit agé de plus de 50 ans, est pour le moins émoussée, vous en conviendrez!
et ses résultats négatifs sur sa recherche d'emploi, il les attribue à son incompétence qui l'a conduit à sa situation.comme on le lui a démontré.

Posté par marczi, 21 avril 2008 à 16:47

Le saccage du programme du conseil national de la résistance

Ce qu'ils veulent : ils sont tellement décomplexés qu'ils le chantent haut et fort, c'est tout simplement la fin du programme du conseil national de la résistance
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1669

Posté par Patrick76, 21 avril 2008 à 17:08

ah oui, intéressante intervention de Renaud T. Merci ! ça me fait du bien de lire ça , ayant temporairement à domicile un specimen de votre étude, 52 ans, chomeur longue durée de 4 ans, anciennement cadre supérieur, sdf depuis 15 jours....après un cdd de 4 mois.
Au passage, l'ANPE en 4 ans ne lui a pas proposé un seul job, même à la baisse totale de ses prétentions initiales. Alors il n'est pas prêt de se voir supprimer ses maigres allocs pour refus de deux propositions....faudrait-il encore qu'elles existent !
le sentiment de honte et de culpabilité qui se nourrit de toutes les humiliations quotidiennes ensablent le chomeur senior à un point qu'on n'imagine pas.
Jusqu'à la honte de la feuille de CMU tendue à la secrétaire de l'ophtalmo, avec l'envie de rentrer sous terre face au soupir excédé.
la honte est jusqu'à la lie.

une piste à suivre : accompagner une semaine un chomeur senior longue durée ds sa recherche d'emploi au quotidien pour juger de sa réalité. Ensuite seulement revenir avec ses idées toutes faites et ses jolies théories toutes saccagées.
Le problème est que les bons conseilleurs ne sont jamais dans la réalité

Posté par anne, 21 avril 2008 à 18:04

Au train où ils vont bientôt plus personne n'aura de fric ! Plus personne ne pourra consommer !Chiche ! Chiche qu'on supprime l'argent ...

Posté par Soleillade, 21 avril 2008 à 18:54

la honte de vivre tout court quoi

Merci de votre intervention, Monsieur Tarlet, on se reconnait facilement dans votre billet.

Restée maman au foyer pour élever mes 3 enfants, le chemin du retravailler est très long.

Cette longue période de désert de reconnaissance extérieure autre que celle des tétons d'allaitements suivis des tailleurs de réunion Tupperware, sous-vêtements, des rencontres scolaires, du costume de chauffeur de taxi car nous nous devons de conduire sans cesse nos enfants dans leurs activités périscolaires...
ensuite l'adolescence, où vous prenez en pleine gueule, tu ne travailles pas, c'est pour cela que je me sens mal dans ma phase d'adolescent...avec les conflits sur les achats imposés source de grande dispute au sein de tout foyer, des consoles au portable, à l'ordinateur familial pas à jour et vite périmé tous les 6 mois en fait... aux effets de la mode suicidaire, elle aussi car tout les 3 mois couleur, taille et forme changent en totale anarchie de la corpulence de vos ados grandissant en permanence...

(je caricature un peu mais à peine),

on se culpabilise alors d'avoir choisi de rester chez soi puisque restreignant tout les achats, même si au départ on vouait cœur et âme à élever ses enfants, ce gouvernement à réussi à dégouter plus d'une mère au foyer visiblement et pas que dans les milieux les moins défavorisés,
c'est sans doute cela cette rupture tant annoncée!

Je reprends mon fil conducteur sur le monde étrange du travail :

Vous avez oublié le sentiment très sectaire des travailleurs qui remontent la pente très lentement , faute de mieux acceptent tout ce qui leur tombent sur la main.
On est en double pression celle de l'employeur qui vous fait une fleur : genre vous n'avez pas la formation, mais pénurie oblige je prends ce que l'on me donne : sous entendu vous êtes vraiment de la marchandise, du bétail ....

l'autre étant ressentie dans n'importe quel contact avec les salariés en place depuis belle lurette dans l'entreprise,
Sissi, en Charente les boulots qu'on garde à vie sont légions, ici tu épouses ton travail, l'entreprise de ton patron et ce n'est pas rare ici de rencontrer des personnes ayant fait une seule et même place sur le même poste , c'est même étrange ce sentiment que cette prolongation de leur "maison" une fois qu'ils sont au travail....

En l'occurrence moi, sur un poste où pourtant la main d'œuvre masculine fait défaut largement et cruellement,

cet accueil en entreprise est terrible, c'est la phase deux de votre analyse,
celle de culpabiliser car on vous répété que vous n'êtes pas à votre place,
et que si longtemps vous êtes restés chez vous, vous n'aviez qu'à y rester .......
(je suis sur un métier d'homme pour couronner le tout...étant une femme vous imaginez un peu !)

ainsi les travailleurs précaires dont je me sens étrangement faire partie, subissent les pressions les jalousies de ceux qui sont en poste depuis très longtemps, eux ont du montrer patte blanche et diplôme professionnel très souvent avant de pouvoir bosser à leur débuts, ils estiment que là où ils en sont ils le doivent à leur fameuse carrière, imaginez vous la tête quand on leur impose un salarié de formation différente voire avec un diplôme d'étude supérieure,

---sans ses fameux CAP ou BEP professionnel---,

et ainsi arrive dans la place, à qui on va répéter sans cesse qu'il pique le travail d'un -sûrement chômeur- qui lui aurait eu le diplôme tant requis pour effectuer ce boulot...
j'en viens parfois à espérer qu'il arrive enfin que je puisse me dégager de la place la tête haute, mais non aucun salarié confirmé ou débutant correspondant au profil n'arrive ou ne se présente... donc je continue à bosser...

Le retour à la maison est sans arrêt sur le fil pour mon cas, à quoi s'accrocher ?
à quels rêves ?
Ceux qui bossent et vous accueillent extrêmement mal, vous prennent pour l'étranger qui va leur piquer leur fonctions...

Est ce franco-français ce sentiment là ?

Celui d'être mal reçue, mal informée, obligée de redemander à quel moment se fait quoi tout au long de la journée de la semaine, d'avoir ce sentiment que tout le monde est sur la réserve, partant du sentiment -idiot- à mon sens : le fameux "il" ou "elle" risque de me piquer ma place, je vais lui en apprendre ou montrer le moins possible .... ????

Quand aux patrons, ce n'est pas le premier poste masculin que j'occupe, ni dans le même secteur d'activité, ses patrons ne croient rien ni en ce que vous leur racontez, ni ce que vous ressentez,
mais non c'est parce que vous êtes une femme lâchée avec un large sourire,
ca va s'arranger.... puis ensuite on vous demande de la fermer justement parce que vous êtes une femme sur un métier masculin qu'il faut donc vous plier aux contraintes ....
un moment ca va ensuite on décroche facilement...
le moral est en berne alors qu'on retravaille,
on culpabilise vraiment et doublement !
Merde alors !


pire si vous avez le malheur de découvrir qu'une ou plusieurs tâches peuvent être améliorées, on doute que vous soyez l'auteur de la fameuse bonne idée... en France, c'est encore rare les tables rondes une fois par mois, où les salariés et leur cadres peuvent échanger sur le travail,et publiquement en général.

Pourtant il ne s'agit ni de salaires, ni d'horaires difficiles car décalées, il s'agit de rendre supportable quelques tâches où des dizaines d'hommes se sont "bouillés" le dos en silence et arrivent passé la quarantaine avec des arrêts maladies successifs,
----que fait la Cram d'ailleurs à part ses pubs à la télé ???----

Car dans ce pays j'ai bien compris, le mot salarié c'est ---bosse et tais-toi--- , quelqu'un de supérieur réfléchit à votre place et c'est lui qui a raison....

J'ai déjà donné en moins de 5 ans , dans le milieu du transport, des plates formes de nuit pour l'alimentaire, je m'attaque en ce moment au milieu de la boucherie industrielle,
et ma moitié de me lâcher : mais tu ne peux pas te trouver un simple poste de secrétaire commerciale à la fin ??? Tu ne peux pas faire comme tout le monde ???

Il est vrai que les salariés ou cadres en activité sont tellement décalés qu'ils pensent vraiment ce que vous avez écrit, ---ceux qui sont au chômage, le sont parce qu'ils le méritent ---

ceci est un énorme mensonge, un mensonge sur cette vie moderne, c'est un poids une peine, une souffrance, et quand on est une femme, on le vit doublement justement quand on a préféré ou subi le choix de rester longtemps auprès de ceux pour lesquels on était destinés, rendre les siens heureux et les choyer !
Merci de votre intervention car je partage vos idées sur ce monde du chômage subi et non voulu !

Posté par catherine, 21 avril 2008 à 19:29

correction sur mon post

aie j'ai fait quelques fautes, pardonnez moi au passage il est vrai qu'à horaires décalés je suis légèrement fatiguée...
:
rectificatif :

ce gouvernement à réussi à dégouter plus d'une mère au foyer visiblement et pas que dans les milieux les moins défavorisés,

----en fait les milieux même les plus favorisés...
lapsus révélateur, j'ai même du mal à mémoriser que j'ai épousé un cadre supérieur ... ca y est le travail de sappe est largement entamé !

Posté par catherine, 21 avril 2008 à 19:36

Cher monsieur Bonnet, il faudra nous dire combien vous prenez car au passage vous venez d'endosser le boulot de psychanalyste !!!
idée perso : il faudrait pouvoir corriger son post après envoi ! Cela m'aurait évité "les triplons" ....

Posté par catherine, 21 avril 2008 à 19:39

Précisions

Rebonjour à tou(te)s,

@ marczi,

évidemment, les chômeurs n'en viennent pas à se culpabiliser tous seuls ! La politique de destitution de l'ANPE à leur égard est particulièrement violente et pernicieuse.

Il faut dire que l'enjeu est de taille : le mauvais accueil des "demandeurs d'emploi" est particulièrement primordial pour provoquer des "absences au contrôle" qui permettent d'améliorer les chiffres du chômage. La multiplication des entretiens passe pour une action pour les chômeurs alors qu'elle a pour but tout à fait conscient de provoquer l'écœurement et le découragement.

Ceci dit, la chômeuse que je décris était tout autant culpabilisée par ses propres amis qui lui reprochaient de ne pas bosser en lui disant que "quand on veut trouver on peut". L'ANPE ne serait pas aussi efficace sans ces complicités spontanées.

Si cela vous intéresse, vous trouverez à cette adresse un article que j'ai écrit sur les méthodes et buts de l'ANPE

http://www.actuchomage.org/modules.php?file=index&name=PagEd&op=modload&page_id=234&topic_id=14
@ Anne,

Je me sens visé par votre phrase sur les "bons conseilleurs". Je crois que vous me comprenez mal.
Lorsque j'ai fait mon étude sur le chômage, je sortais de plusieurs mois de chômage, plusieurs de mes amis ont subi les pratiques abjectes de l'ANPE durant des mois. J'ai réalisé un entretien où une femme de cinquante ans pleurait rien qu'en évoquant sa dernière visite à l'ANPE, me parlant et se libérant car elle n'osait même pas en parler à ses propres enfants. Ces moments m'ont marqué au fer rouge.

Je ne prends pas ces personnes, victimes d'une situation cruelle et révoltante, pour des spécimens. Je n'ai rien à spécialement leur conseiller. J'ai juste à leur dire qu'elles ne sont PAS coupables, que ce discours est faux et permet de continuer à les détruire, et rien d'autre que cela.

Je pense que rejeter tout éclairage théorique sur des situations qui nécessitent de prendre un peu de recul pour comprendre ce qui les provoque ne vous apportera rien, bien au contraire.

A la fin de mon entretien avec la chômeuse que je décris, j'ai parlé avec elle et lui ai donné tous les éléments que j'avais pour lui faire comprendre à quel point le bourrage de crâne de l'ANPE était mensonger et à quel point elle n'avait aucunement à se sentir coupable ou indigne, bien évidemment.
Cette personne, à tort ou à raison, m'a remercié de l'éclairage que je lui donnais, tout comme je la remercie pour ce qu'elle m'a appris.


Respectueusement,

Renaud Tarlet

Posté par Renaud Tarlet, 21 avril 2008 à 20:37

la sémantique camarade

ah mais c'est que vous n'avez rien compris à la modernité mr Bonnet

la modernité en bon glissement sémantique ça donne ça , cette politique pour les nuls

vous ne voudriez pas en vous y opposant devenir un
méchant ringard pratiquant une lutte des classes archaique....

la sémantique Olivier la reconquête passe par la sémantique

la révolution passera par le vocabulaire
réinventons les mots

Posté par tgb-rue-affre, 21 avril 2008 à 22:56

A mon avis vous avez tort de vous sentir visé par la phrase d'Anne sur les "bons conseilleurs" mais elle vous le dira elle-même je suppose.

Merci en tout cas pour votre superbe analyse. Y'a pas à dire ces "grandes t^tes molles" sont parfois bien intéressantes...

Juste cette petite correction (dérisoire) : dans le paragraphe où vous citez l'exemple d'une chômeuse vous écrivez "et si quelqu'un vous prouvez" il faut lire "prouvait"

Sinon j'épouse, j'épouse, j'épouse !

De surcroît je vois dans tout cela une espèce d'analogie avec le stalinisme et les procès de Moscou : amener les gens à se convaincre eux-mêmes qu'ils sont coupables.

En ce qui me concerne ça va pas être possible : j'appartiens à la catégorie de chômeurs décrite par P.Carles dans un de ses films...

Au fait, vous êtes au courant de ceci : http://www.ac.eu.org/spip.php?article1796 ? Il y a une pétition contre. Nous sommes, à l'avoir signée, ..............396.

Bon courage et encore merci.

Posté par mfgtour, 21 avril 2008 à 23:19

La fulgurance de Renaud Tarlet m'a fait oublier de remercier aussi l'excellence du billet de notre excellent hôte

Posté par mfgtour, 21 avril 2008 à 23:56

Je pense comme mfgtour qu'Anne ne visait pas Renaud.
Je la remercie au passage (mf) pour le compliment.
Avec une confidence : puisque l'actualité enrichit sans cesse le contenu de mon livre (hélas), ce passage fera partie du chapitre 9, "Un Jaurès pour les gogos".
La grande nouvelle de la parution de "Sakozy : la grande manipulation" très bientôt ici même

Posté par Olivier B., 22 avril 2008 à 00:14

Des gommes et une question

Période d'inventaire. La France (ni a feu, ni a sang) mais bradée aux moins offrants. Mais nous ont ils laissé assez de chaises, de crayons et de gommes pour pouvoir le dresser ce bilan?

A 2heures de chomDu de Paris...est t'il encore possible de travailler à la Lanterne????

Posté par carlogiuliani, 22 avril 2008 à 00:18

@ Renaud

ah non effectivement ! les "bons conseilleurs n'étaient pas pour vous Renaud !
bien au contraire puisque je vous remerciais en début de com .
les bons conseilleurs sont ceux etc elles qui critiquent les chômeurs longues durée et les seniors, les YAKA-FOKON, ceux qui ignorent superbement la réalité de ces chômeurs, que vous, au contraire avez bien explicitée !
Je ne comprends comment vous avez pu faire cette méprise, qu'Olivier et sa lectrice ont fort heureusement relevée.

Posté par anne, 22 avril 2008 à 08:59

Depuis que le bouffon en chef s'est retiré de sous les projecteurs, pour cause d'indigestion spectaculaire, le fond de sa politique apparait dans toute sa limpide vérité ultra-libérale (l'état n'a pas à aider les plus démunis, c'est de leur responsabilité) et néo-réactionnaire (car qu'est-ce qu'un chômeur sinon une feignasse parasite et profiteuse)...

Douce france...

Posté par Nicolas W, 22 avril 2008 à 10:40

HARDI

'Tain, c'est reparti comme en 90, ici ! La vérité, ça fait plaisir ! Salut Olivier, super boulot comme d'habitude

pX

Posté par pX, 22 avril 2008 à 10:46

Le mal est minime

Bonjour à tou(te)s,

@ Anne,

Merci de votre mise au point, vous me rassurez. Le mal est minime, mes excuses les plus plates pour cette confusion.

Bien à vous,

Renaud Tarlet

Posté par Renaud Tarlet, 22 avril 2008 à 11:53

politesse

Renaud Tarlet, un homme élégant!

Posté par brigitte, 22 avril 2008 à 12:27

Merci, Olivier, merci, Renaud, merci Catherine

Merci, Olivier, pour ce papier qui a tellement inspiré tes lecteurs (en particulier merci à Renaud pour son commentaire lumineux (même si un peu long...), et tout d'un coup je me précipite sur mon clavier : je viens de lire Catherine. Et la liberté de parole que lui a, me semble-t-il, donnée Renaud. Quant à moi, fonctionnaire en fin de carrière, protégée (encore ?), mais ayant connu l'ANPE il y a plus de trente ans, et en ayant gardé un souvenir cuisant, je reconnais en moi, à rebours (?), le mécanisme psychologique décrit par Renaud : je peux doublement reconnaître que mon voisin chômeur me ressemble, parce que 1) j'ai été dans sa situation et que 2) mon statut protégé actuel (plus un très vieux militantisme syndical) me donne les moyens de ne pas occulter cette ressemblance, de ne pas tomber dans la dénégation. Et avec la multiplication des "statuts" précaires dans la fonction publique, la syndicaliste que je suis à de quoi faire à prendre la défense individuelle des précaires, ou la défense collective des travailleurs.
Olivier, il me paraît bel et bon et juste que ces paroles essentielles s'échangent sur ton blog. Encore merci...

PS je n’avais pas encore lu la réponse de Renaud à Anne (je n’ai pas retrouvé l’intervention d’Anne, mais ce n’est pas grave). Je suis pleine de respect, Renaud, pour ton humilité et la profonde humanité de ton travail : que tu aies fait du bien par tes explications à tel(le) ou tel(le) chômeur (euse) paraît évident à qui t’as lu ci-dessus, mais les réponses, les « confessions » que ton intervention ont suscitées sont une preuve supplémentaire et bienvenue de ton implication. Je viens d’imprimer l’article auquel tu renvoies dans ta réponse à Marczi, et je vais le lire à tête reposée... Bonne chance dans tes travaux, Renaud, et que ta parole continue à susciter la parole et la prise de conscience...

Posté par Alexandria, 22 avril 2008 à 14:33

Merci

Conseillère à l'Anpe, je lis tout ça avec intérêt et une infinie tristesse : savez-vous que nous passons notre journée à résister à tous ces ordres imbéciles qui pleuvent sur nous afin qu'ils n'éclaboussent pas les personnes que nous recevons?
Savez-vous que derrière ces bureaux d'entretien quelque peu inhumains se trouvent des bureaux remplis de révolte contre les radiations hâtives qui nous sont imposées (nous, conseillers, ne pouvons les déclencher)?
Savez-vous que nous sommes obligés, car nous sommes un service public, de prendre des offres d'emploi minables même après avoir dit et redit à l'employeur que le salaire est indécent?
Savez-vous que notre seule liberté reste de dire aux personnes en face que d'accord, il faut accepter les offres, mais vous n'êtes pas obligés d'être brillant lors d'un entretien, ce n'est pas vous qui refuserez?
Savez-vous que nous sommes tenus de recevoir en suivi mensuel entre 150 et 200 personnes chacun sur 1 jour par semaine?
Savez-vous que pour ne pénaliser personne au vu de ces délais nous perdons tous en moyenne une à deux semaines de vacances par an qui ne nous sont pas payées?
J'ai parfois l'impression d'être un arrache-coeur : la société rejette des personnes qu'elle nous envoie puis referme soigneusement la porte derrière elle. Du coup, éternel déchaînement de haine envers nous alors que nous sommes parfois le dernier lien social avec une population qui n'a même plus la force de pleurer. Vous savez, vous qui avez les mots pour dire les choses, certaines personnes à qui nous proposons de téléphoner pour le suivi mensuel afin d'éviter des frais de route préfèrent venir, nous sommes encore les rares à écouter les gens sans hygiaphone, à leur serrer la main et les appeler par leur nom.

Posté par tristesse, 22 avril 2008 à 18:29

Merci à vous

"vous qui avez les mots pour dire les choses", écrivez-vous.
Mais vous venez vous-même de témoigner de façon très convaincante et émouvante.

Posté par Olivier B., 22 avril 2008 à 18:45

Je viens de lire votre papier ainsi que tous les commentaires, il et ils résument bien toutes les contradictions de notre société et les manipulations que nous subissons tous, y compris bien souvent les cadres qui, dans les entreprises participent à ce système de culpabilisation des chomeurs.

Je fais partie de ces chomeurs seniors de plus de 57 ans, mais pour ma part ce fut volontaire, après avoir participé à la mise place d'un plan de licenciement en tant que cadre au sein du comité de direction d'une filiale d'un groupe important ET par l'ironie d'un concours de circonstance, en tant qu'élu du comité central d'entreprise.

Après avoir fait le grand écart entre ces deux responsabilité contradictoires (pour moi, pas pour mes supérieurs) j'ai tiré les conclusions qui s'imposaient et (obtenu difficilement!!!) de faire partie de la charette.

Je ne regrette rien, je vis beaucoup mieux aujourd'hui même avec moins de revenus (je reste tout de même un privilégié sans souci financier!!!) mais par contre j'ai vécu le parcours de tous les chomeurs à l'Anpe.... Quelle galère pour ceux qui ne sont pas armés ni informés. Mais aussi quel plaisir de se rendre compte que la plupart des employés de l'Anpe ne sont pas dupes et tentent effectivement de faire ce qu'il peuvent pour rester humain malgré les pressions.

Posté par Lairderien, 23 avril 2008 à 01:24

Courage conseillère ANPE!!

Courage conseillère ANPE!! Regroupez-vous et sabotez de l'intérieur ce système pourri jusqu'à la moelle. Poussons le encore un peu.... un tout petit peu vers l'abîme et bientôt le règlement des comptes sonnera. Il faudra alors se trouver du bon côté de la barrière, parce qu'il n'y aura pas de quartier!

Posté par roudoudou, 23 avril 2008 à 09:20

Impressionnant...

Je ne voudrais pas en remettre une couche, mais juste dire : Olivier, suite à ton papier, tu as suscité une impressionnante série d'analyses et de témoignages d'une humanité qui fait chaud au cœur. Dans quelques jours, quand la parole se sera arrêtée (migrée sur d'autres papiers...), j'imprimerai ce très beau post et ses commentaires.

Salut et fraternité

Posté par Alexandria, 23 avril 2008 à 15:26

J'ai été touché moi aussi, Alexandria.

Posté par Olivier B., 23 avril 2008 à 20:04

l'anpe des etam pas la même que celle des cadres

Ah j'ai lu madame tristesse,
deux choses interressantes à relever :
quand on est au chômage, il y a deux mondes bien à part :
celui de l'anpe et celui de l'apec !

et si parmi les chômeurs lecteurs de ce site, quelqu'un n'avait jamais mis les pieds dans une apec (l'agence pour les cadres) et bien c'est instructif à tout point de vue.

Deux mondes bien à part !
Sans le tapis rouge mais presque, c'est un choc de deux mondes bien séparés.

Et ne venez pas me dire ici mais chez les cadres il y a des chômeurs de longues durée aussi...
c'est une question d'ambiance d'accueil, on sent les conversations soutenues, c'est autre chose, le suivi par mail, les réunions, les revues mises à disposition etc, etc...
Bon c'est comme çà je fais partie des etam et n'aurait pas accès à cet accueil et prise en charge très "VIP" du fameux chômeur cadre!

Je confirme ici en Charente, les conseillers font le point par téléphone, et c'est effectivement bonjour tristesse que le panel des offres d'emploi, mais les conseillers n'y peuvent rien c'est comme çà!

Je me suis apperçue à mes dépends que les offres doivent être toutes acceptées, et publiées mêmes celles emanants d'employeurs déjà suivis en prudhommes, ou connus pour des problèmes de versements de salaires, de patron caractériel, ou d'emplois extrêmement pénibles à la limite de l'exploitation humaine.

L'anpe est tenue d'afficher toute offre d'emploi, mais qu'elle n'a aucun droit légal pour aller vérifier ensuite la véracité sur l'embauche réelle d'un salarié quand l'offre est déclarée comme pourvue, bref aucune legislation ne l'autorise à effectuer un tel contrôle.

Mot pour mot il m'a été répondu lors d'un précèdent problème avec un hurluberlu éleveur de chèvres et sûrement profiteur du "venez m'essayer une demi journée, me dire ce que vous pensez du job (gratuitement bien sûr)",
que l'anpe était juste un passeur d'ordre vis à vis des employeurs, qu'elle n'avait aucun pouvoir de contrôle ensuite !
Et pourtant l'annonce parue sur le site de l'anpe avec un contact direct vers l'employeur, sous-entend qu'il est possible de se créer un carnet d'adresse et de quoi se passer d'un employé pendant quelques temps puisque même avec 40 candidats (c'est un exemple), il peut à l'aise les faire passer un à un toujours pour ce même souci de tester les capacités professionnelles des chômeurs, surtout que présenté avec le sourire dans certains boulots, les chômeurs tombent trop souvent dans le panneau !


(Olivier Bonnet je m'arrêterai là pour les témoignages , sinon ca va devenir le bureau des lamentations .... et ce n'est pas le but de votre site !)

Posté par catherine, 23 avril 2008 à 21:37

Attention

Attention, la misère engendre la violence.

Posté par concombre masqué, 23 avril 2008 à 22:08

roudoudou je vous ai trouvé très vache à la limite de l'incorrection envers tristesse venue témoigner ici !

J'ai trouvé très déplacé à la limite de l'époque post Vichy, genre madame la conseillère de l'anpe choisissez votre camp !
C'est un comble quand même, on ne peut pas taper aussi facilement sur la base, alors que c'est le système entier qui dérape !
C'est trop facile de destabiliser ou culpabiliser ceux qui travaillent et sont au service tant bien que mal , avec si peu de moyens et tellement de pressions envers les sans emplois, alors que tout les paramètres des créations d'emplois n'ont pas été orientés vers une recette qui marche !

Mon avis personnel :
si seulement ici quelqu'un partageait ce même degoût que moi de savoir qu'en achetant nos fameux textiles chinois payés deux francs six soux, en promo, n'importe où même les jolis fringues de marques, alors que ce système contribue à l'exploitation d'ouvrières et d'ouvriers chinois payés eux moins d'un euro par jour, à des cadences indignes, avec des horaires de 14 à 16 heures par jour de boulot, dans les conditions inhumaines !

Dans le même temps en France on a laissé les ateliers de fabrication se délocaliser sous pretexte de coût , de prix , de vouloir produire toujours plus et moins cher, en vérité cela a contribué à plonger toute l'industrie textile française vers un désert , et des ouvrières pourtant très qualifiées au chômage !

Ce qui nous arrive aujourd'hui c'est que nous prenons en pleine gueule ce que j'appelle le retour du panier de la ménagère à l'envoyeur,

nous voulions toujours tout et moins cher, resultat on ne produit plus rien de 100 % français , cela ne coûte finalement pas moins cher quand on connait les marges entre un produit usiné en Chine et celui après étiquetage des grandes marques franchisés inondant nos zones industrielles partout sur la France .... et aucun bénéfice puisque nos emplois étaient notre salaire maintenant plus rien que du chômage partout et fini ce fameux sentiment achetez 100 % français pour maintenir nos emplois !

Si un après devenait un jour venir, sur ce fameux bilan de cette société de consommation qui se marche sur la tête , c'est que finalement à y regarder c'est en consommant raisonnablement et éthiquement parlant, le plus possible local qu'on peut redresser cette barre rouge qui colle à la France !
Cela vaut dans tous les domaines d'emplois, de l'agriculture au petit maraicher, à l'atelier de confection de la petite couturière de son quartier, des frippes qui proposent des habits encore potables, ect....moins jeter et surtout recycler ce qui peut encore être utilisé par moins riche que nous via les associations carritatives ...
c'est fou le nombre de trucs encore bons et qui marche ou pratiquement neufs qu'on peut trouver dans les décheteries !

C'est un monde que ce fameux panier de la ménagère de moins de 50 ans, un monde qui pourrait bien nous redonner de l'emploi, du vrai, du durable et de proximité avec un je ne sais quoi de plus éthique et respecteux de l'homme et de l'environnement car local signifie moins de transport aussi !
A la clef, bien des créations d'emplois , moi ca me fait rêver, pas vous ?
Vivement l'après Sarkozy, là on étoufe un peu !

Nous n'avons toujours pas de pétrole mais on peut encore et toujours trouver des idées !

Posté par catherine, 23 avril 2008 à 22:11

l'arbre qui cache la forêt

1500 radiés chaque mois pour refus d'emploi ne doivent pas faire oublier les 40 000 sanctionnés mensuels pour "absence à convocation" - plus d'un demi-million de personnes en 2007 (demandeurs d'emploi inscrits en catégorie 1, hors DOM). Les chiffres sont accessible sur le site de la DARES.

Pendant le brouhaha fait autour des offres que les chômeurs refuseraient à la pelle, les radiations aveugles et systématiques continuent. Et ce avec la complicité plus ou moins active des conseillers de l'ANPE, mes chers collègues (bonjour, Tristesse !)

Posté par Cath C., 24 avril 2008 à 03:42

Possible d'avoir le lien DARES ?

Concernant l'ANPE lire de Fabienne BRUTUS, conseillère ANPE, "Chômage des secrets bien gardés, La Vérité sur l'ANPE" Editeur : Jean-Claude Gawsewitch

Posté par mfgtour, 24 avril 2008 à 11:20

il y a une marge

Sur la question du travail,
depuis le temps que quoi que je fasse je ne fais rien, non pas parce qu'en vérité je ne fais rien, mais parce que je ne suis pas rémunérée de ce que je peux faire,
je m'interroge sur cette idée d'imposer la rémunération comme la condition nécessaire et suffisante du fait de travailler ou pas.

Dans l'application de cette logique
-il nous faudrait remarquer
que puisque toute personne rémunérée travaille et que les tortionnaires de la Gestapo, étaient rémunérés, alors ces tortionnaires travaillaient, et quel travail
cela, cependant que les bénévoles de la Résistance, les bénévoles n'étant pas rémunérés, ne faisaient eux strictement rien, des inactifs, des faitnéants
-nous devons aussi constater
que les machines, les bêtes, les forçats, les serfs, les esclaves, par définition non-rémunérés, n'effectuent ou n'ont jamais effectué aucun travail, et nous en inquiétez tout particulièrement lorsque l'on nous traite du marché du travail en terme d'offres et de demandes
(combien de grands génies ont-t-il, sans réussir à s'en faire payer, delà soi-disant sans travailler, évoluer un peu ce monde?
combien d'autres qui croulaient sous l'argent, honorés de rétributions gargantuesques, preuve de la grandeur de leur travail, n'ont-ils fait que pourrir la vie de leurs semblables?)

De mon point de vue, il y a une marge, entre le fait de la rémunération et celui du travail,
Cette marge était perceptible dans l'esprit de la Résistance, aujourd'hui il n'en reste bientôt plus rien, et toutes les réformes vont résolument dans le sens de sa totale abolition, vers une gestion marchande, telle de néoféodale de l'humanité

Autres questions,
-Si l'on accepte de considérer que quoique non rémunérées, les machines travaillent, pourquoi ne songe-on jamais de les faire cotiser en proportion de la plus-value qu'elles autorisent?
-Comment penser la "rémunération" des actionnaires? Soit ils sont rémunérés de leur travail, alors pourquoi ne cotisent-ils pas ? Soit s'ils ne travaillent pas, donc ne cotisent pas, de quoi se justifie leur rémunération?

Posté par Cécile, 03 mai 2008 à 19:41

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Référencé le 07 mai 2008 à 08:53