12 mai 2008
Référendum : comment le gouvernement irlandais veut tromper le peuple
L'affaire nous aurait complètement échappé, tant elle fut discrètement traitée par nos médias, si notre ami blogueur du Trottoir de l'Elysée ne nous avait alerté (il en est aussi question chez notre autre ami des Mots ont un sens) : le quotidien Irish daily mail a intercepté un courrier électronique, qu'il dévoile dans son édition du 14 avril dernier, adressé à son gouvernement par une diplomate britannique en poste à Dublin, Elizabeth Green. Celle-ci rendait compte de la réunion qu'elle venait de tenir avec un haut fonctionnaire du ministère irlandais des Affaires étrangères, Dan Mullhall. Objet du courriel : rassurer Londres sur l'issue du référendum pour la ratification du traité de Lisbonne, en exposant comment les officiels irlandais s'y prennent pour éviter que le peuple vote Non, en l'empêchant de se déterminer en conscience. Le titre de l'article donne le ton : L'escroquerie du traité. Explosif !
"Les Irlandais ont choisi la date du 29 mai pour le vote [sur le référendum], mais vont retarder l’annonce de cette date afin de laisser le camp du Non dans le flou", écrit Elizabeth Green. Il s'agit clairement d'une manoeuvre destinée à empêcher les partisans du rejet de Lisbonne d'organiser leur campagne, le gouvernement irlandais profitant de son pouvoir de fixer la date pour prendre ses adversaires au dépourvu. Belle leçon d'impartialité démocratique ! "La plupart des gens n’aura pas le temps d’étudier le texte et suivra alors les recommandations des politiciens en qui ils ont confiance", poursuit la diplomate. Ben voyons : il faut surtout vite faire voter les gens avant qu'ils comprennent ! D'autant que l'astuce a consisté en l'écriture d'un texte totalement illisible, de façon à ce que le citoyen ne se rende pas compte que ses représentants félons allaient ratifier le même projet que celui rejeté par le référendum de 2005, comme nous l'avons maintes fois dénoncé sur Plume de presse (et aussi dans son livre frère, Sarkozy, la grande manipulation, dont le chapitre 11 s'intitule Europe : la haute trahison). Dire que Sarkozy ose parler d'un "traité simplifié" !
"Le directeur de la DFA [Département des Affaires étrangères] de l’Union européenne nous a donné le calendrier de mise en exécution du
référendum ainsi que des détails du projet de loi qui seront publiés la
semaine prochaine, dit encore le courriel. L’objectif est de se concentrer sur les avantages
globaux de l’Union européenne plutôt que sur le traité lui même." Toujours le même stratagème utilisé par les oui-ouistes pour escamoter le débat : si l'on rejette Lisbonne, on est contre l'Europe. Il n'y aurait pas d'autre UE possible qu'ultralibérale (avec sa "concurrence libre et non faussée"), militariste (les Etats membres s'engagent à augmenter le budget des armées) et sous commandement américain (via l'alignement obligatoire sur l'OTAN).
"Nous
sommes inquiets de l’impact potentiel d’accords avec l’OMC [Organisation mondiale du commerce] ainsi que
par celui que pourrait avoir Sarkozy", confesse Elizabeth Green. Techniquement, le Taoiseach
[Premier ministre] et Dermot Ahern [Ministre des Affaires étrangères]
ont estimé qu’il y aurait un petit avantage à laisser le camp du Non
[fédéré autour du parti nationaliste Sinn Féin] dans le doute. Le 29 mai était la date supposée dans les plans de
travail. Mulhall estime que le choix d’une date
en octobre aurait été plus facile sur le plan procédural, mais le
risque d’événements contreproductifs au cours de la Présidence
française [de l’UE] - en particulier sur la défense européenne - est
beaucoup trop élevé. Nicolas Sarkozy est totalement imprévisible." Explication : la neutralité militaire est inscrite dans la Constitution irlandaise, or le président français entend relancer la défense commune, inscrite dans le cadre de l'intégration atlantiste. Il convient donc de hâter le référendum de peur qu'une annonce fracassante de Sarkozy n'ouvre brutalement les yeux des Irlandais, leur faisant prendre conscience que le traité de Lisbonne va troquer leur neutralité pour une canichisation aux ordres de l'Amérique. Hypothèse plausible : l'ego boursouflé de l'hôte de l'Elysée le pousse à tenter de prendre la posture d'un grand homme d'Etat en multipliant les coups d'éclats verbaux, même s'il ne parvient ainsi la plupart du temps qu'à se ridiculiser - et à déconsidérer du même coup la France. Donc nécessité de faire voter les Irlandais avant que ce crétin de Sarkozy ne gâche tout !
"L’autre facteur qui pourrait avoir un impact défavorable sur le vote de mai, selon les Irlandais, serait un accord de l’OMC fondé sur des concessions qui pourraient conduire les puissantes organisations agricoles à retirer leur soutien", explique encore la diplomate. Cette fois en cause, les positions prises par le Commissaire européen au commerce international, Peter Mandelson, qui ont déclenché un mouvement de grève des agriculteurs irlandais. Un accord de l'OMC pourrait leur montrer à quel point Lisbonne les livre pieds et poings liés à la mondialisation néolibérale.
"Mulhall a remarqué que les médias ont été
pour l’instant discrets quant au processus de ratification, ajoute la prolixe britannique. Il faudra
que nous restions en contact vu l’interférence possible des médias." Traduction : prions que les médias nous laissent encore faire tranquillement nos coups en douce !
"Mulhall a estimé que d’autres partenaires - dont la Commission - jouaient un rôle utile et adoptaient un profil bas, conclut Green. La vice-présidente, Margot Wallstrom, qui était à Dublin hier et aujourd’hui, a dit à Dermot Ahern que la Commission voulait mettre en sourdine ou reporter les messages qui pourraient être contreproductifs." C'est la cerise sur le gâteau. La vice-présidente de la toute puissante Commission européenne en personne est venue dire aux Irlandais : "Ne vous inquiétez pas, on attendra pour aborder les sujets qui fâchent que vous ayiez bien enflé votre peuple !"
Ainsi se construit l'UE : dans une duplicité totale, par une stratégie concertée de ses dirigeants de camoufler sciemment les réels enjeux à ces idiots de citoyens. Belle démocratie : le seul pays dans lequel le vote de ces derniers ne leur est pas confisqué par des représentants qui s'ingénient à les tromper, l'Irlande, obligée au référendum par sa Constitution, l'organise de la façon la plus opaque possible. Rejoignons le résumé lapidaire de nos confrères de l'Irish daily mail : "Le gouvernement a élaboré un plan destiné à tromper les électeurs lors
de la prochaine consultation référendaire sur le Traité européen."
Le scan du Daily mail provient de L'Observatoire de l'Europe après le non, premier portail altereuropéen.
Commentaires
Démocratie représentative
Tout le problème de nos démocraties représentatives, c'est qu'on ne s'interroge plus sur ce qu'elles représentent.
Démocraties représentatives de quoi ?
Du capital bien évidemment, dont nos élus ne sont que les fondés de pouvoir et remplissent contrairement à ce qu'on pourrait penser, parfaitement leur mission.
visiblement la presse irlandaise ne semble pas aux ordres comme chez nous pour se permettre de rendre public cette incroyable information dans un journal national l'"irish daily mail"!
cela aura je l'espère une influence suffisante car c'est la dernière chance de ceux à qui ont a confisqué le vote, c'est à dire tous les citoyens européens!
Au moins Sarkozy a-t-il le (douteux) mérite de n'avoir pas trompé son monde. Il avait clairement annoncé son intention à ce sujet lors de la campagne présidentielle. Est-ce à dire que c'est le peuple français qui s'est lui-même "enflé" pour reprendre le terme ?
Et d'abord, c'est "qui" le peuple ?
NDD! Y a-t-il un moyen de répandre ça en Irlande de façon à ce qu'ils nous sortent de ce marasme?
Si un d'entre vous a une idée, moi je mis colle aussitôt.
Faux !
Sarko avait bien annoncé une ratification parlementaire, mais il devait s'agir d'un mini-traité simplifié ne conservant que des dispositions faisant consensus (on ne savait pas lesquelles). Or le texte fait 267 pages + environ 3000 avec les annexes (mini ?) et il est complètement illisible, incompréhensible (simplifié ?). Enfin c'est la copie conforme du TCE rejeté par le référendum de 2005. Il y a donc bien tromperie de la part de Sarkozy.
Merci de cette précision, Olivier.
Tout ça n'est bien entendu pas étonnant, il faut lire le PlanB et son dossier sur les fondations de l'europe, cette merveille qui - d'après ces hommes politiques - vaudrait qu'on accepte tout et n'importe quoi.
Merci pour l'info tout de même ! Les Irlandais vont se faire enfler comme les français, ça me semble bien parti. Mais comme disait un commentaire plus haut, nos représentant ne représentent que leurs propres interêts et font des lois pour eux (et leurs potes)...
Cette idée de la démocratie représentative qui instaure un système de représentation des experts et des élus par eux-mêmes, selon une conception bien à eux qu'ils se font de l'intérêt général (qui dès lors qu'elle échappe au contrôle citoyen ne veut plus rien dire)est le mal de la gouvernance des "démocraties" européennes.
Au nom d'une spécialisation et d'une bureaucratisation des instances chargées d'émettre des avis, de conduire des enquêtes, de prendre des décisions, on arrive à des systèmes et des institutions de droit public qui sont parvenus à mettre les citoyens entre parenthèses.
Finalement, ce n'est que l'extension au domaine public du mode de relation qui prévaut dans les entreprises entre salariés et patrons. Il y a une certaine homogénéité dans tout cela, à commencer par les outils et les circuits de décision.
C'est vrai le "mini" traité de notre mini président n'a de mini que l'opinion publique... Et autour de moi, toute les personnes qui avaient voté non en 2005 n'ont pas semblé être plus perturbées que ça par l'attitude du gouvernement qui est passé outre son choix... aucune des modifications qui étaient demandées en 2005 n'a été faite... c'est honteux !! mais face à l'omerta citoyenne, que faire?
Le tigre celtique
Au delà du mépris (inné) des gouvernants, c'est bien d'un chantage dont pourrait pâtir l'Irlande.
Celui que l'Europe des exonérations fiscales et du dumping sociale à fait subir depuis 1973. Faisant de cette ile la "Chine d'un vieux continent" à qui elle devrait tout.
Depuis, la dérégulation capitaliste à fait son chemin, transformant le miracle en cauchemar et renvoyant, bien entendu, l'auto détermination de l'Irlande (des 6 comtés du nord) aux calanques grecques.
Mais qui sommes nous, donneurs de leçons, pour accepter ce colonialisme en bas de chez nous?
Merci pour le lien (sur le trottoir de l'Elysée)
Campagne citoyenne
Ce ne sera peut-être que quelques coups d'épée dans l'eau de plus, mais on aura essayé...
Là =>
http://www.irish-friends-vote-no-for-me.org/index.php?set_language=fr&cccpage=sign_petition
Cela dit, je crains que même si les Irlandais disent non, on ne se fasse entourlouper quand même (j'ai fait un effort pour ne pas être vulgaire)
VIVE LA GUINESS
Bonjour.
J'ai le bonheur d'avoir un pub près de chez moi aussi je vais serment d'aller boire 1 ou 2 GUINESS en cas de la Victoire du NON en IRLANDE.
VOTER NON au traité européen.
MERCI et n'oublier pas NON A L'EUROPE DU FRIC.
Un Français qui aime l'IRLANDE.
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