17 décembre 2007
Mickey parade pour les Ginette
"Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Si vous croyez que les
Français m'ont élu pour autre chose que travailler, travailler et
encore travailler. Pour le reste, les Français ne me demandent aucun
commentaire. Cela les intéresse beaucoup moins que vous, peut-être
également qu'ils ont plus de pudeur et plus de discrétion, oserais-je
dire un poil d'élégance en plus", avait déclaré le Président Sarkozy, interrogé sur son divorce. Il a plusieurs fois juré de ne plus médiatiser sa vie privée. C'est sans doute pour ça qu'il s'est promené à Disneyland sous les flashs des photographes de toute la presse people, en compagnie de Carla Bruni. En toute pudeur, discrétion et, oserions-nous dire, avec un poil d'élégance.
Nicolas et Cécilia Anne Fulda Laurence Ferrari Carla Bruni ? A vrai dire on s'en fout. Sarkozy travaille son image glamour et fait diversion. Pendant qu'on parle de ses amours, on n'évoque plus le ratage diplomatique total de la honteuse visite de Kadhafi, ni la politique antisociale du gouvernement, ni la forfaiture du traité de Lisbonne. Plus tard, il viendra encore pleurer qu'on le laisse tranquille quand Carla l'aura largué. Après avoir délibérément choisi une stratégie de communication qui place sa vie privée sous les feux des projecteurs. Clinquant, futile, vain, mais efficace écran de fumée. On désespère Billancourt, mais on fait rêver Ginette.
Mise à jour : la palme du commentaire le plus tartignolle attribuée sur le fil de discussion de Come4news ! "À l'approche des fêtes de Noël, il est si agréable de se promener dans un parc tel que Disneyland, que l'on soit Président ou non. Doit-on pour autant l'accuser de chercher à attiser les médias ?"
11 octobre 2007
Cécilia et Nicolas : la rupture clandestine
Trois semaines que Cécilia Sarkozy aurait quitté son président de mari, à en croire la presse suisse ! La Tribune de Genève et 24 heures ont publié cette nuit le même article, à une phrase près. Le premier journal ajoute une information du Canard enchaîné d'hier : que le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, «a fait chercher dans les annales quels sont les présidents français ou étrangers qui ont divorcé» en cours de mandat. Pour le reste, le texte est identique, qui démarre en boulet de canon : "La presse hexagonale est prête à officialiser la séparation du couple présidentiel. Les rédactions sont dans les starting-blocks. Les journalistes attendent un communiqué de l’Elysée ou une déclaration de Cécilia Sarkozy pour faire leurs gros titres. «Les pages sont déjà montées», confirme le rédacteur en chef d’un grand magazine." La Tribune est plus explicite encore dans la légende de la photo illustrant le papier : "Cécilia et Nicolas Sarkozy ne vivent plus ensemble. Les journaux attendent la permission de l’Elysée pour annoncer leur séparation." Conclusion identique dans les deux médias : "Les ennuis de couple présidentiel ne sont plus du domaine de la sphère privée. Pourtant, la presse française ne sait toujours pas comment les aborder. Une question d’éthique ? Pas seulement. Les patrons de presse sont tous amis avec le président. Tant que l’info n’est pas officielle, elle n’existe pas. Cécilia et Nicolas Sarkozy ne vivent plus sous le même toit. Est-ce suffisant pour pouvoir parler de séparation ? Quelques journaux commencent à s’y aventurer. Beaucoup attendent une «permission» élyséenne pour pouvoir l’écrire. D’autres spéculent encore sur un nouveau rabibochage de dernière minute."
En France, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, s'offusquait lundi dans les colonnes de son journal, dans un éditorial titré Cécilia, la rumeur et l'Internet. Sa thèse : les journaux sont sérieux, donc ils ne parlent pas d'une rumeur, au contraire des blogueurs, qui devraient avoir honte de la colporter. Un peu court : s'il n'est pas avéré que la rupture soit définitive, est-il interdit d'en faire état ? On peut objecter que l'information serait sans importance - c'est évidemment ce que prétendent les sarkozistes, sur l'air indigné du "c'est leur vie privée, ne fouillez pas dans les poubelles". Mauvaise foi : qui a constamment mis en scène sa famille, s'étalant en sa compagnie dans la presse people ? Qui met sans cesse en avant sa femme, allant même jusqu'à la dépêcher en mission officielle en Lybie, s'extasiant ensuite à plusieurs reprises de son travail "remarquable" ? De cela, on aurait le droit de parler, et l'on en est d'ailleurs abreuvé dans tous les médias, mais silenzio stampa dès que le couple ne correspond plus à l'image idyllique que Sarkozy veut en donner? De qui se moque-t-on ? Et si les protestations de Joffrin, mettant la déontologie journalistique en avant, n'étaient qu'une pitoyable tentative de cacher la vérité : que les médias français tremblent de froisser le colérique locataire de l'Elysée et s'autocensurent tant que celui-ci ne leur donne pas le feu vert ? Est-ce ainsi que doit se concevoir une information libre ?
La Une de Voiça ci-dessus est tirée du corrosif blog Sarkostique.
Mise à jour du 12 octobre : "De sources proches de l'Elysée, le porte-parole de l'Elysée David Martinon devrait annoncer dans la journée la séparation et le divorce du Président de la République Nicolas Sarkozy et de son épouse Cécilia. La femme du Président, qui a réalisé une série de photographies pour un magazine spécialement à cet effet, devrait s'expliquer dans les prochains jours sur cette rupture spectaculaire", écrit ce matin L'Est Républicain dans un papier à la Une de son site, titré L'Elysée devrait annoncer le divorce des Sarkozy.
Mise à jour du 18 octobre : après s'être obstiné dans le "aucun commentaire" officiel, l'Elysée a enfin annoncé le divorce, pourtant déjà prononcé il y a trois jours. Pourquoi avoir attendu trois jours et ni deux, ni quatre, ni ne l'avoir officialisé le jour-même ? Difficile de ne pas observer la "coïncidence" avec la journée qui eut dû rester dans l'actualité comme celle de la grande mobilisation sociale. Diversion !
22 juin 2007
Royal-Hollande : les contorsions de Paris Match
La fin d'un couple titre Paris Match, consacrant sa Une au Roman d'un amour blessé. Singulier exercice de contorsionniste : comment traiter la séparation de Ségolène Royal et François Hollande sans dévoiler ce que nous apprend La femme fatale, le livre de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, à savoir que la femme qui a conquis le coeur du Premier secrétaire du Parti socialiste n'est autre qu'une... journaliste de Paris Match ? Précision : l'article n'est pas signé Valérie Trierweiler.
01 juin 2007
François, Ségolène, Julien et les autres

30 000 euros pour Ségolène Royal et 50 000 pour François Hollande, au titre de la violation de l'intimité de la vie privée, plus 70 000 euros pour la seule ex-candidate, au titre de la diffamation : voilà ce qu'annonce réclamer au tribunal l'avocat du couple, Jean-Pierre Mignard, dans le procès intenté contre les auteures de La femme fatale, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, toutes deux journalistes au Monde. Il leur est reproché d'avoir notamment rapporté cette menace qu'aurait proférée Ségolène Royal à François Hollande : "si tu vas chercher Jospin pour me faire barrage, tu ne reverras jamais tes enfants". C'est Julien Dray qui est censé avoir répété cette phrase terrible, et il lui est prêté un rôle trouble, navigant entre François et Ségolène, jetant volontiers de l'huile sur le feu - il nie tout de façon offusquée. L'ouvrage insinue aussi qu'Hollande a eu une liaison avec une journaliste. Donc, procès! L'on repense alors à la biographie de Valérie Domain, journaliste à Gala, consacrée à la future impératrice Cécilia et qui n'avait pas été du goût de son époux, ministre de l'Intérieur d'alors. Il avait convoqué l'éditeur place Beauvau, pour faire pression afin d'éviter la publication d'un ouvrage abordant les problèmes du couple Sarkozy. Avec succès, puisque c'est un autre éditeur qui avait finalement publié Entre le coeur et la raison, sous forme de pseudo-roman. L'on y pense, mais l'on se dit vite que ce n'est pas la même chose : le couple Hollande-Royal ne veut pas interdire le livre. Néanmoins, on peut difficilement soutenir la démarche de ce procès. Le "pédigree" des auteures incline
à penser qu'elles ne se sont pas avancées à découvert sans avoir sérieusement enquêté. Et par là, supposer que ce qu'elle relatent est vrai. Dès lors, les traîner en justice revient à leur dénier le droit d'avoir rendu compte de cette réalité. Comment invoquer l'intimité de la vie privée quand le couple est sous les feux de l'actualité politique, en tant que chef et candidate du parti ? S'interroger sur leurs rapports semble dès lors pleinement légitime, dans la mesure où ils affectent évidemment le fonctionnement de la machine PS. "Nous avons voulu faire un récit politique de la campagne, qui nous semblait très opaque. En faisant ce récit, nous avons constaté qu'il existait des divergences politiques entre Ségolène Royal et François Hollande, qui s'imbriquaient dans un conflit privé, explique ainsi Ariane Chemin. A partir du moment où le premier secrétaire du PS et la candidate forment un couple, il y a imbrication de la vie politique et de la vie privée. On ne pouvait expliquer cette campagne en occultant cette situation", conclut-elle. Elle n'a pas tort.
10 juillet 2006
Alexandre Medvedowsky : gare à l'effet boomerang !
Conseiller général et candidat PS aux prochaines législatives dans la 14ème circonscription des Bouches du Rhône, où il affrontera Maryse Joissains-Masini, la député-maire d'Aix-en-Provence, Alexandre Medvedowsky met en garde les hommes politiques habitués des pages people contre le danger de l'exposition excessive de leur vie privée.
Où peut-on situer la frontière entre vie privée et vie publique ?
Les hommes politiques sont des hommes publics, donc leur vie, nécessairement, le devient. Il y a des situations différentes suivant où l'on se trouve. Dans les pays anglo-saxons par exemple, on voit très bien que les hommes politiques n'ont pas le droit à une vie privée. Dès qu'on a l'impression qu'elle déroge aux règles de bonne conduite de la société, ils se font placarder, vouer aux gémonies et sont souvent obligés de démissionner, de quitter leurs fonctions : on se rend bien compte qu'il y a une imbrication complète entre leur vie privée et leur vie publique. En France, de façon générale, il y a toujours eu une coupure très forte entre la vie privée des hommes politiques et leur vie publique et l'on a toujours considéré qu'ils avaient droit à une vie privée. Je fais remarquer que ça déroge aux autres personnes publiques : les acteurs, les gens de la télévision, les chanteurs voient leur vie étalée en permanence dans la presse people et ils ont un peu de mal à faire respecter leur vie privée. Mais c'est vrai qu'ils en jouent beaucoup. Je pense qu'il est sain que les hommes politiques aient le droit au respect de leur vie privée, jusqu'au moment où eux-mêmes mettent en valeur cette vie privée et l'utilisent comme un moyen de communication. Et le problème est qu'on a vu beaucoup, ces dernières années, des leaders nationaux utiliser leur vie privée, leur couple, leur famille pour, à travers la presse people, donner une autre image d'eux-mêmes. Donc, à partir du moment où l'on instrumentalise sa vie privée, il ne faut pas s'étonner que le public et les médias aient le sentiment que tout devient public. Et qu'on puisse avoir des effets boomerang, comme on l'a vu avec Sarkozy dans une période toute récente : Cécilia faisait entièrement partie de sa vie publique, ses enfants aussi, et à partir du moment où le couple ne marche plus, où il y a des problèmes, il se retrouve en première page de la presse people et ça le choque. Mais il ne faut pas se mettre dans la presse people et regretter ensuite d'y être quand ça va moins bien.
Quelle est votre pratique personnelle en la matière ?
En tant que personne publique, je suis invité avec mon épouse à des manifestations, donc j'y vais, mais je ne fais pas de ma vie privée un vecteur de communication particulier. On reste à un niveau où j'estime que ma sphère privée, c'est ma sphère privée, et je ne joue pas de ça dans l'exercice de mes fonctions et de mes mandats.
Quand un homme politique véhicule dans son discours des valeurs morales extrêmement fortes et se présente comme un mari et un père de famille modèle, dans le même temps qu'il bafoue ces principes dans la réalité, est-on fondé à dénoncer ce qui apparaît dès lors comme une imposture ?
Je suis assez d'accord avec cette idée. Ce qu'on ne supporte pas dans les pays anglo-saxons, c'est le mensonge. Le fait de se draper effectivement dans un système de valeurs où l'on prône la fidélité, le couple, le mariage, et qu'on se rende compte que ces hommes politiques ne le vivent pas. Il ne faut pas mettre en avant un système de valeurs morales sur le plan de la famille et du couple quand on n'est pas capable de le pratiquer. Je n'ai jamais considéré que ce type de doctrine faisait partie de mon socle de valeurs politiques. Ce sont des valeurs privées, personnelles, qui appartiennent à la vie privée. Ce ne sont certainement pas des règles de morale publique qui doivent faire partie de l'action politique. Ceux qui font de la politique là-dessus, qui sont en règle générale plutôt à droite, ou ils le respectent, et tant mieux pour eux, ou il ne faut pas qu'ils s'étonnent du retour de bâton.
Vie privée et politique : un tabou français
Dossier réalisé pour le magazine Playboy
06 juillet 2006
Les appétits de Bouteflika
Si
Giscard est resté discret sur sa vie privée, il n’a pas craint de
«balancer» sur celle d’autrui. Ainsi peut-on lire dans Le
pouvoir et la vie (Le livre de poche), ses mémoires parues en 1991, à
propos d’Abd El-Aziz Bouteflika : « Il lui arrive de venir faire des visites
incognito à Paris, dont nous ne sommes pas prévenus. Il s'enferme dans
l'appartement d'un grand hôtel, où se succèdent de charmantes visites. »
Boutef’, comme on le surnomme en Algérie, n’était alors que ministre. Devenu président,
il a prêté serment à la Constitution : « Je jure par Dieu Tout Puissant
de respecter et de glorifier la religion islamique, de respecter et de défendre
la Charte » Or l’islam prône l'abstinence en cas de célibat, situation
familiale du bouillant Abd El-Aziz. Parjure ? On lui accordera le bénéfice
du doute, gageant qu’il se soit calmé en accédant à la magistrature suprême…
Dommage aussi de mélanger politique et religion, mais c’est un tout autre
débat !
A lire aussi : Vie privé et politique, un tabou français
Théorème Mitterrand, théorème Chirac
Guy Birenbaum, universitaire, éditeur
(Editions Privé) et auteur de Nos délits d’initiés, dénonce l’impunité
des menteurs dans la classe politique française. Interview.
Plume de presse : Doit-on
médiatiser la vie privée des politiques ?
Guy Birenbaum : Mon avis
personnel, développé dans ce livre, c’est que nous n’avons en principe
strictement rien à savoir. En revanche, à partir du moment où, pour des raisons
électorales, un politique met en avant un élément de sa vie privée pour l’instrumentaliser
(conjoint ou enfant, a fortiori s’il est mineur), nous sommes fondés à
enquêter sur le sujet. Donc, si tu me montres ta sphère privée, tu élargis la
sphère publique, on passe dans la privatisation de la politique, la
« peopolisation ». Tu en fais un argument électoral ? Je suis
fondé à valider, vérifier, enquêter. Le problème tient à celui qui se présente
en parangon de vertu et de morale, montre ses enfants, s’affiche en bon père de
famille, alors que tout un tas d’éléments laissent à savoir précisément que ce
n’est pas le cas.
Peut-on
juridiquement tout dire ?
Malheureusement, l’article 9 du
code civil pose problème. Contrairement à ce qui se passe dans la société
anglo-saxonne, la loi française a strictement prévu ces cas et, quand bien même
ce que tu dis est vrai, il y a atteinte à la vie privée. A partir de là, on est
dans une difficulté juridique. Mais il m’est arrivé de m’en affranchir et de
gagner en justice. Notamment à propos de Béatrice Schönberg, dont j’ai révélé
la relation avec Jean-Louis Borloo, qui n’était alors pas du tout publique.
Elle a fait un procès à VSD pour avoir publié une photo du couple sur un
bateau, pour illustrer mon livre, et nous avons gagné ! Au motif que ça
faisait partie du droit à l’information, que c’était important pour les
citoyens de savoir que la présentatrice d’un JT était avec un ministre. Donc
les évolutions de jurisprudence existent.

On
peut parler d’une exception française ?
Oui, et ça ne concerne pas que
la politique. Sauf la sympathie que je peux avoir pour Estelle Denis, il est
absolument invraisemblable qu’on confie une émission à la femme du
sélectionneur !
C’est
peut-être moins grave dans le domaine du sport…
Quand on connaît les intérêts
financiers qui sont derrière, c’est plutôt un avantage d’avoir la femme du
sélectionneur ! Je rappelle que c’est elle qui a fait l’interview SFR…
Et
sur Chirac alors ?
Je n’ai pas écrit qu’il avait
un enfant au Japon. J’ai posé la question par écrit au président de la
République, sur des bruits concordants qui nous revenaient de là-bas. Pour
l’anecdote, j’ai fait un courrier recommandé que j’ai fait partir de la poste
du 6ème arrondissement. Et bien je n’ai jamais eu l’accusé de
réception ! Ma lettre n’est donc jamais arrivée à l’Elysée. C’est étrange…
Aux
Etats-Unis, un politique qui est convaincu de mensonge "dégage"…

J’en parle dans mon livre : des confrères français ont trouvé scandaleux qu’on embête Clinton pour une fellation. Ils n’ont pas compris qu’il ne s’agissait pas de ça, mais d’un parjure. On lui a reproché d’avoir menti sous serment, la main sur la bible. Et c’est là où nous avons un problème. C’est là où la classe politique française ne me plaît pas. En France, si tu mens, tu es élu deux fois : théorème Mitterrand, théorème Chirac !
A lire : Vie privé et politique, un tabou français
Dossier réalisé pour le magazine Playboy

