Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

17 décembre 2007

Mickey parade pour les Ginette

nicolas___carla"Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Si vous croyez que les Français m'ont élu pour autre chose que travailler, travailler et encore travailler. Pour le reste, les Français ne me demandent aucun commentaire. Cela les intéresse beaucoup moins que vous, peut-être également qu'ils ont plus de pudeur et plus de discrétion, oserais-je dire un poil d'élégance en plus", avait déclaré le Président Sarkozy, interrogé sur son divorce. Il a plusieurs fois juré de ne plus médiatiser sa vie privée. C'est sans doute pour ça qu'il s'est promené à Disneyland sous les flashs des photographes de toute la presse people, en compagnie de Carla Bruni. En toute pudeur, discrétion et, oserions-nous dire, avec un poil d'élégance.
Nicolas et Cécilia Anne Fulda Laurence Ferrari Carla Bruni ? A vrai dire on s'en fout. Sarkozy travaille son image glamour et fait diversion. Pendant qu'on parle de ses amours, on n'évoque plus le ratage diplomatique total de la honteuse visite de Kadhafi, ni la politique antisociale du gouvernement, ni la forfaiture du traité de Lisbonne. Plus tard, il viendra encore pleurer qu'on le laisse tranquille quand Carla l'aura largué. Après avoir délibérément choisi une stratégie de communication qui place sa vie privée sous les feux des projecteurs. Clinquant, futile, vain, mais efficace écran de fumée. On désespère Billancourt, mais on fait rêver Ginette.

Mise à jour : la palme du commentaire le plus tartignolle attribuée sur le fil de discussion de Come4news ! "À l'approche des fêtes de Noël, il est si agréable de se promener dans un parc tel que Disneyland, que l'on soit Président ou non. Doit-on pour autant l'accuser de chercher à attiser les médias ?"

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11 octobre 2007

Cécilia et Nicolas : la rupture clandestine

Trois semaines que Cécilia Sarkozy aurait quitté son président de mari, à en croire la presse suisse ! La Tribune de Genève et 24 heures ont publié cette nuit le même article, à une phrase près. Le premier journal ajoute une information du Canard enchaîné d'hier : que le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, «a fait chercher dans les annales quels sont les présidents français ou étrangers qui ont divorcé» en cours de mandat. Pour le reste, le texte est identique, qui démarre en boulet de canon : "La presse hexagonale est prête à officialiser la séparation du couple présidentiel. Les rédactions sont dans les starting-blocks. Les journalistes attendent un communiqué de l’Elysée ou une déclaration de Cécilia Sarkozy pour faire leurs gros titres. «Les pages sont déjà montées», confirme le rédacteur en chef d’un grand magazine." La Tribune est plus explicite encore dans la légende de la photo illustrant le papier : "Cécilia et Nicolas Sarkozy ne vivent plus ensemble. Les journaux attendent la permission de l’Elysée pour annoncer leur séparation." Conclusion identique dans les deux médias : "Les ennuis de couple présidentiel ne sont plus du domaine de la sphère privée. Pourtant, la presse française ne sait toujours pas comment les aborder. Une question d’éthique ? Pas seulement. Les patrons de presse sont tous amis avec le président. Tant que l’info n’est pas officielle, elle n’existe pas. Cécilia et Nicolas Sarkozy ne vivent plus sous le même toit. Est-ce suffisant pour pouvoir parler de séparation ? Quelques journaux commencent à s’y aventurer. Beaucoup attendent une «permission» élyséenne pour pouvoir l’écrire. D’autres spéculent encore sur un nouveau rabibochage de dernière minute."

sarkozyinbedgk9En France, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, s'offusquait lundi dans les colonnes de son journal, dans un éditorial titré Cécilia, la rumeur et l'Internet. Sa thèse : les journaux sont sérieux, donc ils ne parlent pas d'une rumeur, au contraire des blogueurs, qui devraient avoir honte de la colporter. Un peu court : s'il n'est pas avéré que la rupture soit définitive, est-il interdit d'en faire état ? On peut objecter que l'information serait sans importance - c'est évidemment ce que prétendent les sarkozistes, sur l'air indigné du "c'est leur vie privée, ne fouillez pas dans les poubelles". Mauvaise foi : qui a constamment mis en scène sa famille, s'étalant en sa compagnie dans la presse people ? Qui met sans cesse en avant sa femme, allant même jusqu'à la dépêcher en mission officielle en Lybie, s'extasiant ensuite à plusieurs reprises de son travail "remarquable" ? De cela, on aurait le droit de parler, et l'on en est d'ailleurs abreuvé dans tous les médias, mais silenzio stampa dès que le couple ne correspond plus à l'image idyllique que Sarkozy veut en donner? De qui se moque-t-on ? Et si les protestations de Joffrin, mettant la déontologie journalistique en avant, n'étaient qu'une pitoyable tentative de cacher la vérité : que les médias français tremblent de froisser le colérique locataire de l'Elysée et s'autocensurent tant que celui-ci ne leur donne pas le feu vert ? Est-ce ainsi que doit se concevoir une information libre ?

La Une de Voiça ci-dessus est tirée du corrosif blog Sarkostique.

Mise à jour du 12 octobre : "De sources proches de l'Elysée, le porte-parole de l'Elysée David Martinon devrait annoncer dans la journée la séparation et le divorce du Président de la République Nicolas Sarkozy et de son épouse Cécilia. La femme du Président, qui a réalisé une série de photographies pour un magazine spécialement à cet effet, devrait s'expliquer dans les prochains jours sur cette rupture spectaculaire", écrit ce matin L'Est Républicain dans un papier à la Une de son site, titré L'Elysée devrait annoncer le divorce des Sarkozy.

manifMise à jour du 18 octobre : après s'être obstiné dans le "aucun commentaire" officiel, l'Elysée a enfin annoncé le divorce, pourtant déjà prononcé il y a trois jours. Pourquoi avoir attendu trois jours et ni deux, ni quatre, ni ne l'avoir officialisé le jour-même ? Difficile de ne pas observer la "coïncidence" avec la journée qui eut dû rester dans l'actualité comme celle de la grande mobilisation sociale. Diversion !

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22 juin 2007

Royal-Hollande : les contorsions de Paris Match

couvLa fin d'un couple titre Paris Match, consacrant sa Une au Roman d'un amour blessé. Singulier exercice de contorsionniste : comment traiter la séparation de Ségolène Royal et François Hollande sans dévoiler ce que nous apprend La femme fatale, le livre de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, à savoir que la femme qui a conquis le coeur du Premier secrétaire du Parti socialiste n'est autre qu'une... journaliste de Paris Match ? Précision : l'article n'est pas signé Valérie Trierweiler.

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01 juin 2007

François, Ségolène, Julien et les autres

sego_et_fran_ois_rtlsego_et_francois30 000 euros pour Ségolène Royal et 50 000 pour François Hollande, au titre de la violation de l'intimité de la vie privée, plus 70 000 euros pour la seule ex-candidate, au titre de la diffamation : voilà ce qu'annonce réclamer au tribunal l'avocat du couple, Jean-Pierre Mignard, dans le procès intenté contre les auteures de La femme fatale, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, toutes deux journalistes au Monde. Il leur est reproché d'avoir notamment rapporté cette menace qu'aurait proférée Ségolène Royal à François Hollande : "si tu vas chercher Jospin pour me faire barrage, tu ne reverras jamais tes enfants". C'est Julien Dray qui est censé avoir répété cette phrase terrible, et il lui est prêté un rôle trouble, navigant entre François et Ségolène, jetant volontiers de l'huile sur le feu - il nie tout de façon offusquée. L'ouvrage insinue aussi qu'Hollande a eu une liaison avec une journaliste. Donc, procès! L'on repense alors à la biographie de Valérie Domain, journaliste à Gala, consacrée à la future impératrice Cécilia et qui n'avait pas été du goût de son époux, ministre de l'Intérieur d'alors. Il avait convoqué l'éditeur place Beauvau, pour faire pression afin d'éviter la publication d'un ouvrage abordant les problèmes du couple Sarkozy. Avec succès, puisque c'est un autre éditeur qui avait finalement publié Entre le coeur et la raison, sous forme de pseudo-roman. L'on y pense, mais l'on se dit vite que ce n'est pas la même chose : le couple Hollande-Royal ne veut pas interdire le livre. Néanmoins, on peut difficilement soutenir la démarche de ce procès. Le "pédigree" des auteures incline la_femme_fatale_couvà penser qu'elles ne se sont pas avancées à découvert sans avoir sérieusement enquêté. Et par là, supposer que ce qu'elle relatent est vrai. Dès lors, les traîner en justice revient à leur dénier le droit d'avoir rendu compte de cette réalité. Comment invoquer l'intimité de la vie privée quand le couple est sous les feux de l'actualité politique, en tant que chef et candidate du parti ? S'interroger sur leurs rapports semble dès lors pleinement légitime, dans la mesure où ils affectent évidemment le fonctionnement de la machine PS. "Nous avons voulu faire un récit politique de la campagne, qui nous semblait très opaque. En faisant ce récit, nous avons constaté qu'il existait des divergences politiques entre Ségolène Royal et François Hollande, qui s'imbriquaient dans un conflit privé, explique ainsi Ariane Chemin. A partir du moment où le premier secrétaire du PS et la candidate forment un couple, il y a imbrication de la vie politique et de la vie privée. On ne pouvait expliquer cette campagne en occultant cette situation", conclut-elle. Elle n'a pas tort.

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10 juillet 2006

Alexandre Medvedowsky : gare à l'effet boomerang !

Conseiller général et candidat PS aux prochaines législatives dans la 14ème circonscription des Bouches du Rhône, où il affrontera Maryse Joissains-Masini, la député-maire d'Aix-en-Provence, Alexandre Medvedowsky met en garde les hommes politiques habitués des pages people contre le danger de l'exposition excessive de leur vie privée.

1_re_soir_e_alexandre_2005_077Où peut-on situer la frontière entre vie privée et vie publique ?
Les hommes politiques sont des hommes publics, donc leur vie, nécessairement, le devient. Il y a des situations différentes suivant où l'on se trouve. Dans les pays anglo-saxons par exemple, on voit très bien que les hommes politiques n'ont pas le droit à une vie privée. Dès qu'on a l'impression qu'elle déroge aux règles de bonne conduite de la société, ils se font placarder, vouer aux gémonies et sont  souvent obligés de démissionner, de quitter leurs fonctions : on se rend bien compte qu'il y a une imbrication complète entre leur vie privée et leur vie publique. En France, de façon générale, il y a toujours eu une coupure très forte entre la vie privée des hommes politiques et leur vie publique et l'on a toujours considéré qu'ils avaient droit à une vie privée. Je fais remarquer que ça déroge aux autres personnes publiques : les acteurs, les gens de la télévision, les chanteurs voient leur vie étalée en permanence dans la presse people et ils ont un peu de mal à faire respecter leur vie privée. Mais c'est vrai qu'ils en jouent beaucoup. Je pense qu'il est sain que les hommes politiques aient le droit au respect de leur vie privée, jusqu'au moment où eux-mêmes mettent en valeur cette vie privée et l'utilisent comme un moyen de communication. Et le problème est qu'on a vu beaucoup, ces dernières années, des leaders nationaux utiliser leur vie privée, leur couple, leur famille pour, à travers la presse people, donner une autre image d'eux-mêmes. Donc, à partir du moment où l'on instrumentalise sa vie privée, il ne faut pas s'étonner que le public et les médias aient le sentiment que tout devient public. Et qu'on puisse avoir des effets boomerang, comme on l'a vu avec Sarkozy dans une période toute récente : Cécilia faisait entièrement partie de sa vie publique, ses enfants aussi, et à partir du moment où le couple ne marche plus, où il y a des problèmes, il se retrouve en première page de la presse people et ça le choque. Mais il ne faut pas se mettre dans la presse people et regretter ensuite d'y être quand ça va moins bien.

Quelle est votre pratique personnelle en la matière ?inauguration_permanence_14
En tant que personne publique, je suis invité avec mon épouse à des manifestations, donc j'y vais, mais je ne fais pas de ma vie privée un vecteur de communication particulier. On reste à un niveau où j'estime que ma sphère privée, c'est ma sphère privée, et je ne joue pas de ça dans l'exercice de mes fonctions et de mes mandats.

Quand un homme politique véhicule dans son discours des valeurs morales extrêmement fortes et se présente comme un mari et un père de famille modèle, dans le même temps qu'il bafoue ces principes dans la réalité, est-on fondé à dénoncer ce qui apparaît dès lors comme une imposture ?
Je suis assez d'accord avec cette idée. Ce qu'on ne supporte pas dans les pays anglo-saxons, c'est le mensonge. Le fait de se draper effectivement dans un système de valeurs où l'on prône la fidélité, le couple, le mariage, et qu'on se rende compte que ces hommes politiques ne le vivent pas. Il ne faut pas mettre en avant un système de valeurs morales sur le plan de la famille et du couple quand on n'est pas capable de le pratiquer. Je n'ai jamais considéré que ce type de doctrine faisait partie de mon socle de valeurs politiques. Ce sont des valeurs privées, personnelles, qui appartiennent à la vie privée. Ce ne sont certainement pas des règles de morale publique qui doivent faire partie de l'action politique. Ceux qui font de la politique là-dessus, qui sont en règle générale plutôt à droite, ou ils le respectent, et tant mieux pour eux, ou il ne faut pas qu'ils s'étonnent du retour de bâton.

Vie privée et politique : un tabou français
Dossier réalisé pour le magazine Playboy

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06 juillet 2006

Les appétits de Bouteflika

bouteflikaSi Giscard est resté discret sur sa vie privée, il n’a pas craint de «balancer» sur celle d’autrui. Ainsi peut-on lire dans Le pouvoir et la vie (Le livre de poche), ses mémoires parues en 1991, à propos d’Abd El-Aziz Bouteflika : « Il lui arrive de venir faire des visites incognito à Paris, dont nous ne sommes pas prévenus. Il s'enferme dans l'appartement d'un grand hôtel, où se succèdent de charmantes visites. » Boutef’, comme on le surnomme en Algérie, n’était alors que ministre. Devenu président, il a prêté serment à la Constitution : « Je jure par Dieu Tout Puissant de respecter et de glorifier la religion islamique, de respecter et de défendre la Charte » Or l’islam prône l'abstinence en cas de célibat, situation familiale du bouillant Abd El-Aziz. Parjure ? On lui accordera le bénéfice du doute, gageant qu’il se soit calmé en accédant à la magistrature suprême… Dommage aussi de mélanger politique et religion, mais c’est un tout autre débat !

A lire aussi : Vie privé et politique, un tabou français

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Théorème Mitterrand, théorème Chirac

Guy Birenbaum, universitaire, éditeur (Editions Privé) et auteur de Nos délits d’initiés, dénonce l’impunité des menteurs dans la classe politique française. Interview.birenbaum_d_lits_d_initi_s1

Plume de presse : Doit-on médiatiser la vie privée des politiques ?

Guy Birenbaum : Mon avis personnel, développé dans ce livre, c’est que nous n’avons en principe strictement rien à savoir. En revanche, à partir du moment où, pour des raisons électorales, un politique met en avant un élément de sa vie privée pour l’instrumentaliser (conjoint ou enfant, a fortiori s’il est mineur), nous sommes fondés à enquêter sur le sujet. Donc, si tu me montres ta sphère privée, tu élargis la sphère publique, on passe dans la privatisation de la politique, la « peopolisation ». Tu en fais un argument électoral ? Je suis fondé à valider, vérifier, enquêter. Le problème tient à celui qui se présente en parangon de vertu et de morale, montre ses enfants, s’affiche en bon père de famille, alors que tout un tas d’éléments laissent à savoir précisément que ce n’est pas le cas.

Peut-on juridiquement tout dire ?

Malheureusement, l’article 9 du code civil pose problème. Contrairement à ce qui se passe dans la société anglo-saxonne, la loi française a strictement prévu ces cas et, quand bien même ce que tu dis est vrai, il y a atteinte à la vie privée. A partir de là, on est dans une difficulté juridique. Mais il m’est arrivé de m’en affranchir et de gagner en justice. Notamment à propos de Béatrice Schönberg, dont j’ai révélé la relation avec Jean-Louis Borloo, qui n’était alors pas du tout publique. Elle a fait un procès à VSD pour avoir publié une photo du couple sur un bateau, pour illustrer mon livre, et nous avons gagné ! Au motif que ça faisait partie du droit à l’information, que c’était important pour les citoyens de savoir que la présentatrice d’un JT était avec un ministre. Donc les évolutions de jurisprudence existent.

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On peut parler d’une exception française ?

Oui, et ça ne concerne pas que la politique. Sauf la sympathie que je peux avoir pour Estelle Denis, il est absolument invraisemblable qu’on confie une émission à la femme du sélectionneur !

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C’est peut-être moins grave dans le domaine du sport…

Quand on connaît les intérêts financiers qui sont derrière, c’est plutôt un avantage d’avoir la femme du sélectionneur ! Je rappelle que c’est elle qui a fait l’interview SFR

Et sur Chirac alors ?

Je n’ai pas écrit qu’il avait un enfant au Japon. J’ai posé la question par écrit au président de la République, sur des bruits concordants qui nous revenaient de là-bas. Pour l’anecdote, j’ai fait un courrier recommandé que j’ai fait partir de la poste du 6ème arrondissement. Et bien je n’ai jamais eu l’accusé de réception ! Ma lettre n’est donc jamais arrivée à l’Elysée. C’est étrange…

Aux Etats-Unis, un politique qui est convaincu de mensonge "dégage"…

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J’en parle dans mon livre : des confrères français ont trouvé scandaleux qu’on embête Clinton pour une fellation. Ils n’ont pas compris qu’il ne s’agissait pas de ça, mais d’un parjure. On lui a reproché d’avoir menti sous serment, la main sur la bible. Et c’est là où nous avons un problème. C’est là où la classe politique française ne me plaît pas. En France, si tu mens, tu es élu deux fois : théorème Mitterrand, théorème Chirac !

A lire : Vie privé et politique, un tabou français

Dossier réalisé pour le magazine Playboy

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Vie privée et politique : un tabou français

vie_priv_e___politique1Le pouvoir fascine et nombre d’hommes politiques sont de grands séducteurs. Parfois, leur donjuanisme interfère avec la conduite des affaires publiques. Les médias, parfaitement au courant, conservent pourtant sur le sujet un silence complaisant. Sauf quand certains médiatisent d’eux-mêmes leur vie privée : gare alors au retour de bâton !

felix_faure Le 16 février 1899, le président de la République, Félix Faure, meurt d’une congestion cérébrale au palais de l’Elysée, dans le « salon bleu » et les bras d’une maîtresse. Bien que l’homme ait donné son nom à une station de métro et une avenue parisiennes, sa « mort heureuse », sur un dernier orgasme, est à peu près la seule trace qu’il laisse dans l’histoire. C’est dire si l’affaire marque les esprits. La vie amoureuse des hommes politiques est un effet un sacré tabou, en l’espèce accidentellement levé. Et encore : il faut attendre dix ans pour apprendre qu’il pousse son dernier soupir en la galante compagnie d’une certaine Marguerite Steinheil, demi-mondaine, qui y gagnera un délicat surnom : « la pompe funèbre ». Et son contemporain Clemenceau de finement enfoncer le clou, jugeant que Faure « a voulu vivre César et il est mort Pompée ». Mais ce président de la IIIème république n’est ni le premier, ni le dernier de nos hommes d’Etat à avoir mené une vie dissolue, dans l’assourdissant silence des initiés.

Ascension météorique pour maîtresse présidentiellegiscard_74

Pour ne parler que de l’histoire récente, la piste nous mène sur les traces de Valéry Giscard d’Estaing, élu président en 1974. Avec cette question : qui est donc cette Christine de Veyrac que VGE souhaite voir élue au parlement européen en 1999 ? Officiellement, juste une proche collaboratrice. L’Ex demande d’abord à François Bayrou de l’inclure sur la liste centriste, celle de son courant politique. Mais Bayrou refuse et Giscard s’adresse alors à Nicolas Sarkozy qui, contre toute attente, lui donne satisfaction. Au mépris de toute logique politique, une inconnue se retrouve donc à la dixième place d’une liste comprenant 87 noms, en position certaine d’être élue. Les commentateurs s’étonnent-ils de cette bizarrerie ? Pas une plume ne se lève sur ce sujet. Le journaliste Daniel Carton livrera le fin mot de l’histoire dans son ouvrage Bien entendu… c’est off (Albin Michel) : Christine de Veyrac est non seulement l’ex-maîtresse de VGE, mais plus encore la mère de son enfant naturel. Le citoyen électeur aurait pourtant mérité de le savoir. Un secret de polichinelle : les rédactions n’ignorent rien des liens entre l’Ex et la dame, aujourd’hui encore euro-députée, et accessoirement adjointe au maire de Toulouse, Dominique Baudis, un proche de... Giscard ! Mais la loi du silence reste la règle, jusqu’à la publication du livre iconoclaste de Carton en 2003. La pudeur concernant la vie privée de nos politiques a bon dos, quand cette dernière interfère aussi visiblement avec la sphère publique. Une seconde affaire, plus exemplaire encore, vient étayer cette constatation : le secret longtemps bien gardé de l’existence de Mazarine.

Mazarine : 20 ans de secret

mitterrandIl aura fallu attendre l’année 1994 pour que soit révélée la vérité : le successeur de Giscard, François Mitterrand, a lui aussi eu un enfant naturel, en la personne de Mazarine Pingeot. C’est Paris Match qui se décide à dévoiler l’affaire, publiant des photos accompagnée de l’interview du journaliste Philippe Alexandre, qui aborde son existence pour la première fois dans son ouvrage Plaidoyer impossible pour un vieux président abandonné par les siens (Albin Michel). La jeune fille a alors vingt ans. Et depuis l’accession de son père à la présidence, elle est constamment protégée, avec sa mère, par des fonctionnaires de police, des services secrets ou de la gendarmerie. La maîtresse du président loge avec sa fille dans les appartements privés de l’annexe de l’Élysée, quai Branly, mis à disposition gracieusement. Le week-end, tout ce petit monde se rend dans une propriété de l’Essonne appartenant à l’Etat, à Souzy-la-Briche, dans le plus grand secret : tout le monde connaît Latché, qui a entendu parler de Souzy-la-Briche ? Voilà donc la deuxième famille du président, clandestine, logeant dans les palais de la République aux frais du contribuable. En outre, la « brigade du chef », d’où est issue la fameuse cellule des écoutes, créée au départ pour lutter contre le terrorisme, est dévoyée pour protéger le secret de l’existence de l’enfant adultérin du chef de l’Etat. Entre 1982 et 1986, les grandes oreilles de l’Elysée épient les conversations de près de 150 personnalités, pour en faire le rapport circonstancié au président. Le « superviseur » de ladite cellule, Gilles Ménage, s’interroge : « Etait-il légitime que l'Etat utilise l'ensemble des moyens à sa disposition pour parvenir à la fin qui lui était assignée, à savoir la protection de la vie privée du président de la République ? » Poser la question revient à y répondre. Pourtant, là encore, la vérité ne filtre pas. Les journalistes savent mais taisent. Jusqu’à la publication, en 1994 donc, des photos de Mitterrand avec sa fille. Mais Paris Match ne fait en réalité preuve d’aucune hardiesse : comme le racontent Ariane Chemin et Géraldine Catalano dans Une famille au secret (Stock), le journaliste Stéphane Denis se rend en personne à l’Elysée pour obtenir l’accord du président. Il n’aurait quand même pas fallu trop fâcher le « château »…

Chirac : jamais deux sans trois ?chirac_jeune

Après les exemples des enfants naturels de Giscard et Mitterrand, vient l’élection de Jacques Chirac. Réputé chaud lapin – le personnel féminin de l’ancien siège du RPR le surnomme « trois minutes, douche comprise », à en croire la confession de son ancien chauffeur, Jean-Claude Laumond, 25 ans avec lui (Ramsay) -, le grand Jacques passe pour collectionner les bonnes fortunes. Même son épouse Bernadette l’avoue à mots couverts, dans son livre Conversation (Plon), écrit avec Patrick de Carolis. Elle déclare ainsi, lucide sur les incartades conjugales du président : « Mon mari est toujours revenu au point fixe. De toute façon, je l'ai plusieurs fois mis en garde : "Le jour où Napoléon a abandonné Joséphine, il a tout perdu." » Mais après tout, cela ne concerne que la sphère privée. Il en va déjà autrement lorsqu’on évoque l’aventure présidentielle avec une journaliste de l’AFP. Cette idylle sert de trame à Nous nous aimerons jusqu'aux présidentielles (Lattès), signé Huguette Debaisieux. Même problème lorsqu’on aborde la relation de Chirac avec la célèbre journaliste Michèle Cotta (censée en avoir eu une également avec Mitterrand !). Plus grave encore, l’auteur et éditeur Guy Birenbaum met sur la table, dans Nos délits d’initiés (Folio), l’affaire du compte en banque au Japon, de plus de 45 millions d’euros, récemment ressortie par Le Canard enchaîné, qui semble étroitement mêlée à l’existence d’un… enfant naturel – encore un ! – qu’aurait eu Chirac dans l’empire du soleil levant (il serait à présent en Suisse, bruisse-t-on dans les milieux autorisés). Une enquête sur ce thème est même commanditée par Jospin, alors premier ministre, à la DGSE, sous la responsabilité du magistrat Gilbert Flam, depuis remercié. Comme par hasard. Nulle véritable preuve n’est officiellement mise à jour, mais le faisceau d’indices (la cinquantaine de voyages effectués par le président au Japon, par exemple, borloo5ainsi que ses liens avec un banquier véreux local) justifierait ô combien que la presse lâche ses plus fins limiers. Au lieu de cela, le silence est de mise, à peine rompu par de discrètes allusions. Que les politiques fassent ce qu’ils veulent de leur vie privée, c’est leur droit, mais qu’on cesse de nous cacher des informations connues dès lors qu’elles interviennent dans les affaires publiques ! C’est encore Guy Birenbaum qui révèle le premier les liens unissant Béatrice Schönberg et Jean-Louis Borloo, avant qu’ils ne soient mariés. Le téléspectateur qui paye la redevance a pourtant le droit d’être informé que la présentatrice des journaux du week-end de France 2 a des relations plus qu’étroites avec un ministre !

Sarkozy ou l’arroseur arrosésarko___cecilia

« Quand la mise en scène de votre vie ou de votre couple, à l'image de celui des Sarkozy, devient un élément structurant de votre parcours politique, alors là, oui, il y a "peopolisation"», juge le député PS Claude Bartolone. Sarkozy: voilà le nom du candidat UMP à la présidentielle lâché. On se souvient en effet que l’homme a abondamment médiatisé sa vie de famille, posant complaisamment dans la presse en compagnie de Cécilia et de leur fils Louis. Mais voilà que le ménage modèle bat de l’aile et que l’épouse du ministre de l’Intérieur quitte le foyer pour rejoindre son amant à New York. Et Paris Match ose publier la photo du nouveau couple en « Une » - son directeur de la rédaction, Alain Genestar, a récemment été licencié par Arnaud Lagardère, ami personnel de Nicolas, pour ce crime de lèse-Sarkozy. Ce dernier, échaudé, jure alors qu’il n’exposera plus sa vie privée. Ce qui ne l’empêche pas, selon nos confrères de L’Express, de s’afficher avec une nouvelle compagne, la journaliste du Figaro Anne Fulda, en compagnie de laquelle il est photographié. Sa cellule de communication aurait même imaginé le titre destiné à accompagner la publication des photos : « La femme qui redonne un sens à ma vie ». Mais voilà que Cécilia revient. Et l’incorrigible showman médiatique de recommencer à s’exhiber avec elle : Cécilia et Nicolas à Londres, à Venise, en Guyane, en hélicoptère, en pirogue… Dire que le ministre de l’Intérieur, interrogé pour France 3 par Audrey Pulvar sur l’incohérence entre ces reportages et sa promesse de discrétion, aura le toupet de prétendre que les photos ont été « volées » ! Voilà donc où se trace aujourd’hui la frontière à partir de laquelle les médias s’autorisent à briser le tabou de la vie privée des val_rie_domain1politiques : aux discrets, la complaisante omerta, mais aux impudiques, ceux qui donnent leur intimité en spectacle, le retour de bâton. Dans ce dernier cas, la tentation de la censure est forte, comme le prouve justement Nicolas Sarkozy : outre l’affaire du remerciement de Genestar, dont la rédaction de Paris Match, en grève pour la première fois de l’histoire de l’hebdomadaire, accuse le ministre d’avoir obtenu la tête, Sarkozy a également exercé des pressions sur le futur éditeur d’une biographie de Cécilia signée d’une journaliste de Gala, Valérie Domain, pour en empêcher la parution. L’éditeur a du reste renoncé, l’ouvrage étant finalement publié par une autre maison, opportunément transformé en fiction sous le titre d’Entre le coeur et la raison (Fayard). Entre la loi du silence et la censure, l’information libre n’est pas encore pour demain.

Dossier réalisé pour le magazine Playboy

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