27 juin 2008
Le retour de la télé d’État
Ainsi a tranché l’homme qui décide de tout et se contrefiche de mettre à bas tous les principes démocratiques : en privant France Télévisions de 30% de ses ressources, on
rend le service public d’autant plus dépendant de l’État, ce qui
prélude à une reprise en main politique. Que réclame en effet le
président ? Qu’il lui appartienne désormais personnellement de nommer
le patron de France Télévisions, pas moins ! Et pour justifier ce formidable retour en arrière, Sarkozy et Fi(ll)on rivalisent comme d'habitude d'hypocrisie, prouvant chaque jour un peu plus qu'ils ont élevé le foutage de gueule au rang des Beaux-Arts.
Précisions, réactions et commentaires - y compris les vôtres - sur Plumedepresse.info !
16 juin 2008
"À Martin, avec toute mon amitié, ton Nicolas"
Que pensent les Français de l'avenir de la télé publique mis en jeu par la suppression de la publicité ? À qui profite le crime ? Plumedepresse.info !
15 mai 2008
Protection des sources des journalistes : l'entourloupe de la loi Dati
La loi Dati sur la protection des sources des journalistes, en discussion aujourd'hui même à l'Assemblée nationale, est censée garantir qu'un journaliste ne pourra être contraint de livrer l'identité de son informateur. Bravo ! Sauf que le texte prévoit des exceptions à la règle si vagues qu'il organise au contraire la violation du secret des sources ! Ce faisant, Calamity Dati l'hypocrite menace directement la liberté de l'information.
Article premier : "Il ne peut être porté atteinte (au principe du secret des sources) que lorsqu’un intérêt impérieux l’impose". Qu'est-ce donc que cet "intérêt impérieux"
? Par exemple un "crime grave". Le journaliste du Canard enchaîné, Louis-Marie Horeau, réagit en interrogeant son intervieweur de France Info : "Est-ce que vous pouvez me donner un exemple de crime pas grave ? (...) En réalité, tout cela est absolument ridicule, parce que quand est-ce que les journalistes ont besoin de la protection des sources ? C'est pas quand ils vont à la pêche à la grenouille ! Bien entendu, c'est dans les affaires graves. Donc on va les protéger très fermement, d'une façon extrêmement précise, mais quand on n'en a pas besoin. Et quand on en a besoin, on va nous dire "ah, ben on est dans les cas d'exceptions". S'il n'y a pas de protection des sources, les sources se tarissent, et donc il n'y a pas d'information. Je vais vous donner un exemple : lorsque plusieurs personnes ont décidé de donner au Canard enchaîné et à L'Express des documents qui prouvaient que des lots de sang contaminé avaient été distribués alors que les dirigeants du Centre de transfusion sanguine savaient qu'ils étaient contaminés, uniquement pour des raisons économiques, ces personnes-là, si elles avaient eu le moindre doute sur la protection de leur anonymat, il n'y aurait pas eu d'affaire du sang contaminé. Est-ce que c'est ça qu'on veut ? Est-ce qu'on veut que les citoyens restent ad vitam æternam dans l'ignorance de ce qui s'est passé ?" Poser la question revient à y répondre.
Mise à jour : le texte est passé (la gauche a voté contre) et la formule retenue pour permettre le viol du secret des sources est un "impératif prépondérant d'intérêt public", soit en cas de crime ou délit grave et si cela est absolument nécessaire à l'enquête. Autant dire que la protection annoncée est une coquille vide, celle-ci pouvant être levée de façon totalement arbitraire. Seule consolation : les manquements français à cette règle, pierre angulaire de la liberté de la presse, seront sanctionnés par la Cour européenne des droits de l'Homme, puisque le droit communautaire est supérieur à la loi nationale.
22 avril 2008
Un blog anti-Sarko censuré ?
Depuis samedi, plus aucun nouveau message n'a été posté sur le blog Torapamavoa,"fournisseur officiel de contenu anti-Sarkozy". Lorsque ses auteurs tentent d'ajouter un nouvel élément s'affiche le message suivant : "Ce blog a été verrouillé en raison d’une possible violation des
Conditions d'utilisation de Blogger. Vous ne pouvez pas publier de
nouveau message tant que ce blog n’a pas été examiné et déverrouillé. Ce blog sera supprimé dans 20 jours à moins que vous ne demandiez une vérification." Malgré des mails répétés de demandes d'explication à Blogger,
la plate-forme d'hébergement de Google, aucune réponse n'est parvenue aux administrateurs du blog.
Dans les contenus récemment ajoutés, rien d'illégal ni de plus "outrageant" que les sujets habituellement traités par ce site résolument satirique. Devant l'absence de réaction de Blogger/Google face aux appels au secours des "torapamavoyens", comme ils se nomment, ces derniers invitent les internautes à protester à l'adresse mail suivante : adsense-support@google.com ou support@google.com.
Ne laissons pas fermer sans aucune explication un site classé 90ème blog politique français (par Wikio) et qui reçoit en moyenne, au bout d'un an d'existence, quelque 105 660 visiteurs par mois ! Censure politique ou incompétence des services techniques ? Quoi qu'il en soit, exigeons la réouverture de Torapamavoa.
Mise à jour : dans l'attente de précisions éventuelles, une bonne nouvelle : le site est à nouveau accessible à ses auteurs !
01 avril 2008
Le Président et les sarkozettes
L’idée vient de l’animateur Karl Zéro : "Je
regardais une rediffusion du Bachelor sur une chaîne de la TNT,
raconte-t-il. Il y avait tout un bataillon de filles énamourées, plus
tartignolles les unes que les autres, et puis le Bachelor qui se
rengorgeait, frimeur et fier de lui, se pavanant au milieu de son
troupeau de dindes. Tout à coup, j’ai eu comme une révélation :
pourquoi ne pas imaginer une version politique du Bachelor, dans
laquelle le Président de la République récompenserait les efforts des
femmes politiques se disputant ses faveurs ?"
L’ancien
présentateur du Vrai journal sur Canal + propose à la chaîne cryptée ce
nouveau concept télévisuel, le "politicomique", et la direction réserve
tout d’abord sa réponse. "C’était délicat, on ne savait pas comment
la série serait prise en haut lieu, rapporte Michel Denisot,
directeur général adjoint du Groupe Canal +.
Signe de
l’ambition du projet, la réalisation en est confiée au célèbre cinéaste
serbe Emir Kusturica, double palme d’or au festival de Cannes. "J’ai
toujours pensé que Sarkozy était un personnage de fiction, avec un
potentiel comique énorme, s’emballe-t-il. J’ai à peine forcé le trait
pour filmer ce que je qualifierais de joyeuse bouffonnerie, rythmée par
des chants et danses folkloriques hongrois, en hommage aux origines
présidentielles". Pour incarner Sarkozy, les producteurs ont immédiatement pensé au comédien Benoît Poelvorde. "Quand on l’a vu jouer Claude François dans Podium, on a tout de suite su qu’il était l’acteur évident pour le Président",
se souvient Denisot. Le comédien est entré dans la peau du personnage
avec aisance, travaillant particulièrement mimiques et autre tics
nerveux : "j’avais déjà joué un psychopathe dans C’est arrivé près de chez vous
Tous les autres
personnages, grâce aux prouesses des effets spéciaux à base de
morphing, portent le visage des sarkozettes elles-mêmes : on s’y
croirait ! La parodie tourne en ridicule les travers de la télé-réalité
et moque gentiment le monarque républicain et sa cour. L’un de ses
grands moments est l’épreuve du karaoké. Rivalisent Rachida Dati et sa
version hardcore des Portes du pénitencier, Laurence Parisot, patronne
du Medef très convaincante dans Le blues du businessman, Christine
Lagarde, ébouriffante en Rockeuse de diamants ou encore Fadela Amara,
dans la bande originale de Ma cité va craquer, en duo avec Michèle
Alliot-Marie. Roselyne Bachelot, qui hésitait à chanter au Président La
vie en rose ou Que je t’aime, ne put hélas participer, déjà éliminée
par l’épreuve du défilé en maillot de bain (en compagnie de Christine
Boutin). Eliminée aussi cette étrange candidate rousse se présentant
sous le nom de Laure Tefeux : il s’agissait en réalité du ministre de
l’Immigration avec une perruque ! Finalement, tout est bien qui finit
bien, c’est Carla Bruni qui remporte toutes les épreuves. "C’était la seule exigence du Président",
se justifie Denisot, qui oublie qu’il a aussi catégoriquement refusé
toute participation de Cécilia, prévue au départ pour intervenir par
échange de SMS.
PS : vous avez brièvement pu me retrouver sur Critica.fr. D'autres nouvelles très bientôt.
31 janvier 2008
Nouvelle censure sarkoziste à la télé
Imaginez une émission de télé en direct sur le thème "Sarkozy et les femmes", réunissant en un débat les auteurs ou co-auteurs des Dames du Président (Jean-François Probst, ancien conseiller de Jacques Chirac), de Cécilia, la face cachée de l'ex-première dame (Laurent Léger) et de Rupture (Mickaël Darmon), plateau entre autres complété par la présence de l'ancienne ministre Corinne Lepage (Cap 21, Modem) et de Jacques Séguéla, le célèbre fils de pub au domicile duquel, à l'occasion d'un dîner, se sont rencontrés Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Entre gens si bien informés, l'affiche était des plus prometteuses. C'est celle que la chaîne Direct 8 avait eu la bonne idée de réunir pour le numéro du 25 janvier dernier de l'émission 88 minutes. Las, à la place du programme annoncé, on eut le droit à la diffusion d'un film. L'explication est donnée par Bakchich Info, dont l'un des invités prévus au débat, Laurent Léger, est collaborateur : "Fait rarissime en télévision, au dernier moment, les invités sont
décommandés. Dans l’après-midi, ceux qui devaient révéler des anecdotes
sur les femmes entourant notre président, reçoivent un coup de
téléphone embarrassé des journalistes de la chaîne". Quel est donc le motif invoqué ? "Raisons techniques" ! Pardon ? Le quotidien 20 minutes a voulu en savoir plus et interrogé Christian Studer, directeur de l'antenne de Direct 8. Celui-ci invoque "une panne sur le mélangeur de la régie de diffusion numéro 1" et explique : "Dans un
premier temps, le directeur technique a cru qu’il pourrait réparer,
mais vers 16 h30, après avoir essayé en vain de récupérer le mélangeur
de la régie de production 2 pour réparer, il m’a prévenu que ce serait
impossible. Sur ces conseils, et voyant que 88 Minutes était le
seul direct de la soirée, on a décidé de ne pas prendre de risque et
d’annuler l’émission". Raphaëlle Baillot, la journaliste de 20 minutes, n'est pas décidée à avaler cette version et rétorque : "Mais il y un problème de timing
dans votre version, puisque nous savons avec certitude que : 1/ les présentateurs
de 88 minutes ont été prévenus
en début d’après-midi, et que 2/ l’émission Dieu Merci d’Hadrien Lecoeur
est bien passée en direct à 15h30 sur le même plateau et avec les mêmes
équipes. D’un coup, plus de problème technique ?
beaucoup plus
compliqué de faire venir des réparateurs comme ça, de nuit." Tout cela est évidemment invraisemblable. Studer conclut même : "Je vous donne notre version des faits, libre à vous de ne pas la croire." Tu l'as dit !
Mais pourquoi alors l'émission a-t-elle été déprogrammée ? C'est tout simple : la chaîne Direct 8 appartient à Vincent Bolloré, ci-devant voyagiste privé des vacances présidentielles (yacht et jet à disposition gratuite)... Et ça grogne sévèrement du côté des journalistes de sa rédaction : "Rébellion sourde à Direct 8 : pour les journalistes, d’habitude peu enclins à la confidence, il y aura «un avant et un après 25 janvier». Une trentaine de membres de la rédaction, réunis mercredi à 13 h, ont réfléchi à la création d’une société des rédacteurs. Journalistes et syndicats de la chaîne, joints par 20 Minutes, racontent tous la même histoire, celle d’un coup de ciseau grossier et maladroit. Pour eux, l’émission 88 minutes a été trappée vendredi dernier sur ordre de Vincent Bolloré, propriétaire de la chaîne", écrit encore Raphaëlle Baillot. Voilà clairement illustré le danger pour une information libre que représente la présence d'amis personnels du chef de l'Etat à la tête des principaux médias. Il y a bien sûr au premier rang Arnaud Lagardère, sa radio Europe 1* et ses journaux Paris Match, Choc, Elle, Marie-Claire, Entrevue, Public, Corse-Matin, Nice-Matin, Var-Matin, La Provence, le Journal du dimanche ou encore Télé 7 jours, liste non exhaustive. Il y a Serge Dassault et son Figaro ainsi que Martin Bouygues et sa TF1. Et Bolloré, donc, avec les quotidiens gratuits Direct Matin et Direct Soir et la chaîne Direct 8 (sans compter l'institut de sondages CSA). Le même Bolloré qui est candidat au rachat de la branche française de l'agence Associated Press : au secours!
* Signalons que la radio de Lagardère, deux années de suite, a fait des misères au gouvernement en mettant à jour la manipulation des chiffres de véhicules incendiés pour la Saint-Sylvestre.
Sur Le Post, il y a ceux qui écrivent bénévolement et ceux qui sont rémunérés... Augmentez l'audience de ce billet en cliquant ici. Merci.
17 janvier 2008
CSA : conseil supérieur de l'arbitraire
Alors que le chef de l'Etat s'implique personnellement dans
la campagne pour les municipales et totalise avec ses partisans jusqu'à
70% du temps de parole à la télévision, le CSA refuse toujours de
comptabiliser ses interventions. Une entreprise de propagande sans
précédent dans la République française.
Michel Boyon, Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, a osé affirmer que le président de la République "était un acteur institutionnel qui ne relevait pas du débat partisan".
Par conséquent, il refuse que son temps de parole dans les médias soit
comptabilisé, comme le lui demandait à nouveau hier François Hollande,
Premier secrétaire du PS. Aujourd'hui en effet, l'opposition
parlementaire dispose d'un tiers, un autre tiers étant dévolu à la
majorité et le dernier tiers au gouvernement. Ce qui fait déjà deux
tiers pour la droite ! Mais en plus de ça, Sarkozy peut se répandre
dans les médias tout son soûl sans que ça ne compte ? L'argumentation
de Hollande est ainsi on ne peut plus irréfutable : "Comment accepter que le chef de campagne de l'UMP puisse intervenir à
tout moment à la télévision, et sans ouvrir droit à la réponse du PS ?"
Chef de campagne de l'UMP ou Président en dehors du débat partisan ? La
réponse coule de source si l'on se base sur un simple fait : Sarkozy
s'est rendu en personne devant le Conseil national de l'UMP lançant la
campagne des municipales ! Du jamais vu. Il en convient du reste
lui-même : "On me dit, et c’est une première rupture que je souhaite, qu’un
Président de la République ne va pas parler devant les militants du
parti où il a milité toute sa vie politique durant."
Forcément, sinon comment préserver la fiction d'un Président au-dessus
des partis ? On a donc à la fois un CSA qui justifie ainsi son
immobilisme : "les temps de parole du Président de la République n'ont jamais été
pris en compte pour l'application des règles relatives au respect du
pluralisme",
et un Sarkozy qui explique clairement qu'il change la pratique
présidentielle ! Ce qui impose de modifier en conséquence la règle,
c'est évident : la thèse du Président en dehors des partis ne tient
plus lorsqu'il s'en va lancer la campagne des municipales pour le
compte d'un parti, justement. La malhonnêteté intellectuelle de Boyon
confine donc au foutage de gueule intégral. Mais pouvait-on attendre
autre chose de la part de l'ancien directeur de cabinet du Premier
ministre UMP Raffarin ? Comment dès lors ne pas conclure avec Hollande
que le CSA est "le conseil supérieur de l'arbitraire" ?
Face à cette situation scandaleuse, un autre socialiste, Laurent Fabius, réagit en créant une "pétition populaire pour l'égalité audiovisuelle". Quoi que l'on pense de la personnalité de l'ancien Premier ministre, la cause est juste : "Les
médias audiovisuels ont pris une place décisive dans l’équilibre de
notre démocratie. Actuellement, cet équilibre est bafoué puisque le
temps de parole considérable du Président de la République et de ses
conseillers dans les médias n’est pas comptabilisé. Il n’est légalement
pas prévu pour les forces démocratiques de lui répondre d’une façon
égale. C’est d’autant plus inquiétant qu’une partie des médias
audiovisuels et de presse écrite est la propriété de groupes
industriels et financiers proches du pouvoir". Et quand on parle de "temps de parole considérable", c'est un euphémisme ! Acrimed, s'appuyant sur les chiffres officiels publiés par le CSA, relève ainsi l'Omniprésence chiffrée du clan Sarkozy, suivant l'exemple des mois de juillet et août derniers : "les
téléspectateurs ont donc eu droit, en tout, à 31 heures et 46 minutes
de parole présidentielle (et très certainement beaucoup plus en images
et en commentaires journalistiques). Si l’on y ajoute les 1 heure et 14
minutes de ses collaborateurs (Henri Guaino, David Martinon...), les
médias télévisuels ont octroyé au discours élyséen 22% du temps politique total." Rupture là encore, puisque les prédécesseurs de Sarkozy étaient loin d'une telle présence télévisuelle : "si le CSA garde jalousement les données les plus essentielles (celles
qui, concernant les journaux télévisés, permettraient de réaliser des
comparaisons quantitatives entre Présidents), il a néanmoins publié les
temps de parole du chef de l’Etat «toutes émissions confondues» entre
1989 et 2005. Ceux-ci révèlent que, sur la totalité des périodes hors
actualité électorale et sur les trois premières chaînes, les présidents
François Mitterrand et Jacques Chirac arrivaient en moyenne à 7% du
temps de parole politique total", expose Acrimed. Faites le calcul : Sarkozy squatte les écrans trois fois plus ! "C’est pourquoi nous exigeons, conclut la pétition fabiusienne, qu’une
disposition constitutionnelle soit adoptée, qui impose désormais le
respect d’une vraie règle des trois tiers pour les temps de parole
audiovisuels : un tiers pour le Président de la République, ses
collaborateurs et le gouvernement, un tiers pour la majorité, un tiers
pour les forces d’opposition. Seule cette règle sera de nature à
freiner la saturation et la propagande actuelles, et à amener un
meilleur équilibre indispensable à notre démocratie".
Oui, aujourd'hui, la télé "dégouline de sarkozisme",
suivant la formule de Fabius : pour reprendre les derniers chiffres
disponibles, qui concernent donc juillet et août, les partisans de
Berluscozy, à savoir lui-même, le gouvernement, les membres de l'UMP et
ceux du Nouveau centre, totalisent ensemble 69,9% du temps de parole !
Lorsque s'exprime un politique sur nos écrans, c'est donc ainsi 7 fois
sur 10 pour répandre la propagande du pouvoir. "La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures", écrit Noam Chomsky. Cette analyse du linguiste américain ne pourrait mieux coller à la réalité de "la France d'après".
08 janvier 2008
"Ces fromages qu'on assassine" : France 3 censure le documentaire contre Lactalis
En diffusant le 26 décembre dernier Ces fromages qu'on assassine !, France 3 peut sembler avoir défié l'un de ses gros annonceurs, le géant Lactalis (numéro deux mondial de l'industrie laitière, 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires prévu en 2007), malmené par ce documentaire. Est dénoncée en effet la stratégie des grands groupes agro-alimentaires qui uniformisent en l'aseptisant le goût des fromages, par une fabrication industrielle bannissant de plus en plus le lait cru, sous de fallacieux prétextes sanitaires. Ce que le programme présenté expose sans langue de bois : "Il s’agit en effet d’une véritable mise à mort. D’un côté, les firmes
mondialisées qui, sous de fausses raisons sanitaires, veulent tuer les
fromages au lait cru au profit des fromages standardisés, microfiltrés,
pasteurisés, aromatisés... De l’autre, les petits producteurs de
fromages authentiques. Ils représentent moins de 10% du marché. Un
combat difficile : plus de 50 fromages français ont disparu ces dix
dernières années", écrit en effet le site de France 3 dans sa page de présentation du documentaire. Sans langue de bois, mais en consentant tout de même à biper le nom de Lactalis, ce qui est déjà inacceptable : au nom de quoi le téléspectateur ne peut-il pas savoir que c'est de ce groupe que l'on parle ? Cette concession n'a pourtant pas suffi à apaiser la fureur de l'industriel. Il faut convenir que, même sans que son nom ne soit audible, le propriétaire des marques Président, Bridel, Lepetit, Lanquetot, Société,
Galbani (leader italien de la mozzarella), Chaussée aux Moines, Salakis, Rouy, Le
Roitelet ou Lou Perac est aisément reconnaissable. Ses dirigeants ne s'y sont donc pas trompés. "Vous allez entendre parler de moi !", s'est ainsi emporté le chargé de communication de Lactalis à la sortie de la projection de presse, comme le rapportait ce matin Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, dans le journal de 8h.
Un pas en avant, un pas en arrière...
"J'étais très en colère alors j'ai tenu des propos un peu excessifs, reconnaît ce dernier.
J'ai dit : "Il y en a marre, il n'y a pas de raison de payer des gens qui
nous crachent à la figure." Mais il ajoute s'être "calmé le lendemain" et nie avoir exercé de pression sur la chaîne. Tant mieux : on imagine l'intérêt économique mis en jeu par l'éventuelle perte des recettes publicitaires provenant d'un si gros annonceur ! Lactalis n'a donc pas fait pression, puisque son dir'com l'affirme (sic). Mais pourquoi alors France 3 a-t-elle cru bon de déprogrammer une émission prévue pour le 15 décembre, On peut toujours s'entendre, avec comme thème du jour La guerre du camembert ? C'est Le Point qui l'écrit : "Au cours de ce programme devait être évoquée la menace que le lait "thermisé" fait peser sur le lait cru. Échaudé par la prochaine diffusion d'un documentaire intitulé Ces fromages qu'on assassine !
prévu en prime time le 26 décembre, Lactalis, premier groupe fromager
européen, avait déjà menacé France 3 de suspendre ses achats d'espaces
publicitaires. En annulant la diffusion de l'émission du 15 décembre,
la chaîne a donc jugé opportun de ne pas jeter de lait sur le feu." Précisons que la diffusion du documentaire ne pouvait plus être annulée, elle, la projection de presse ayant rassemblé plus de 200 personnes ! Coup de théâtre pourtant le 15 décembre : La guerre du camembert est bien programmée sur France 3. L'information du Point était-elle donc erronée ? Pas du tout, répond Aurélie Windels, qui a mené l'enquête pour Arrêt sur Images : "L'info était exacte quand elle est parue, comme le confirme à @si (Arrêt sur Images, Ndr) une
source proche du dossier: "bien sûr que l'émission a été déprogrammée !
Mais c'est France 3 et sa régie publicitaire, qui ont paniqué et ont
pris cette décision seuls. Quand Patrice Duhamel (directeur général de
France Télévisions, Ndr) a été mis au courant, il a immédiatement exigé
qu'elle soit reprogrammée. Il craignait davantage la polémique, que la
pression de Lactalis." Allons bon. Reste que l'essentiel est que l'émission ait bien été diffusée, qui dévoilait le fait que Lactalis intrigue discrètement pour supprimer l'exigence de la fabrication au lait cru pour l'obtention de l'Appellation d'origine contrôlée. Et un deuxième coup fut donc porté à Lactalis le 26 décembre par Ces fromages qu'on assassine ! Sauf que Périco Légasse, le journaliste gastronomique de Marianne qui fait office de guide tout au long du documentaire, s'insurgeait ce matin sur France Inter que des coupes avaient été opérées dans le programme, sans qu'il en ait été prévenu !
...c'est le tango de France 3 !
"Toutes les allusions à la dangerosité potentielle du fromage au lait pasteurisé ont été coupées, proteste ainsi Périco Légasse, à droite sur la photo ci-contre. Une des phrases du film qui a été coupée, du fromager Alain Dubois, cet homme disait bien : "dans 66% des cas, ce sont des fromages au lait pasteurisé qui ont été inquiétés par des problèmes de listériose et pas des fromages au lait cru !" Ça gêne Lactalis, parce que Lactalis, pour produire du fromage industriel, a été obligé de jeter l'anathème sur le lait cru, en inventant la dangerosité du lait cru, de façon à pouvoir faire du lait thermisé, c'est-à-dire chauffé presque à 70°, ou du lait pasteurisé. On jette l'opprobre sur le lait cru et on explique que le lait pasteurisé est le seul qui est bon, pour la simple raison que la grande distribution veut des fromages qui tiennent longtemps sur le rayon réfrigéré." Un fromage au lait cru tient en effet 10 jours, au lieu d'un mois pour un pasteurisé. Contactée au sujet de ces coupes sauvages par Benoît Collombat pour France Inter, l'unité documentaire de France 3 "se réfugie derrière les recommandations de son service juridique, qui souhaitait à tout prix éviter un référé". Dans la mesure où les phrases supprimées n'étaient pas diffamatoires, la raison avancée est évidemment fausse. Conclusion perfide de Collombat : "Lactalis pèse 25 millions d'euros annuels en publicité pour le groupe France Télévisions". Ajoutons que, d'après Miscellanees.net - blog prolixe pub, marketing & conso, high tech, innovations, outre cette histoire de lait cru, "Lactalis n'aurait
pas supporté que le doc montre comment deux personnes ... et des robots se
chargent du "moulage à la louche" de 250 000 camemberts par jour". Que peut le consommateur face à de tels agissements ? Le boycott bien sûr ! Et concernant enfin France 3, notons que si la chaîne aime les fromages, elle les préfère... à la coupe !
18 décembre 2007
Affaire Dasquié : la liberté de la presse en danger
Cri d'alarme de l'avocat Emmanuel Pierrat, spécialisé dans le droit de la presse et de l’édition, qui a accordé une interview au Contre journal de Libération. Il est question de l'affaire Dasquié, du nom de ce journaliste placé 40 heures en garde à vue, pour avoir publié dans Le Monde* des extraits d’un rapport classé confidentiel-défense, et finalement forcé de livrer l'une de ses sources à la DST. Maître Pierrat observe que, de plus en plus souvent, les témoins "préfèrent
confier leurs informations à un organe de presse plutôt qu’à un juge
d'instruction susceptible d'enterrer la chose en moins de deux minutes". Et l’article 109 du code de procédure pénale, sur le secret des sources? "Protection apparente", tranche le juriste dont le diagnostic est implacable : "Des actes comme
ceux dont a été victime le journaliste Guillaume Dasquié prouvent que les
juges ne sont plus véritablement indépendants. Le pouvoir a décidé de faire voler en
éclat la séparation des pouvoirs".
Louis-Marie Horeau, journaliste au Canard enchaîné, dont les locaux ont été perquisitionnés il y a quelques mois à peine, se partage lui aussi entre indignation et inquiétude : "En quoi la publication de tels documents met-elle en
danger la patrie ? Poser la question, c’est y répondre, et le
traitement infligé au confrère apparaît plutôt
comme une entreprise
d’intimidation à l’égard des journalistes qui auraient l’idée saugrenue
d’enquêter, et surtout à l’égard des mauvais citoyens qui auraient
l’imprudence de les y aider. (...) Il est à craindre que l’opinion ne s’habitue. Pis,
qu’elle ne se lasse des cris, communiqués et protestations devenus
rituels. Et que les policiers et magistrats ne s’en trouvent confortés
dans leurs démangeaisons d’en découdre avec la presse trop curieuse." Pourtant, la jurisprudence de la Cour européenne n'indique-t-elle pas que "le secret des sources est la pierre angulaire de la liberté de la presse" ? "Le droit européen vient, à nouveau, d’être violé, à Paris, par des officiers de police judiciaire et des magistrats français, soupire Horeau. Mais qu’on se rassure, il n’y a, pour cette sorte de délinquant, ni charge de CRS, ni garde à vue, ni peine plancher".
* "11 septembre 2001 : les Français en savaient long", 17 avril 2007
05 décembre 2007
Laurent Wauquiez, porte-mensonge du gouvernement
Entendu hier soir dans T'empêches tout le monde de dormir, sur M6, le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, prétendre à propos du "paquet fiscal" que seuls 800 millions d'euros étaient destinés aux privilégiés, pour les faire rentrer en France, tout le reste allant aux "ménages les plus modestes" ! Il a cité les mesures d'exonérations des successions "modestes" et celles en faveur de l'accession à la propriété des ménages "modestes". On s'est pincé que personne sur le plateau ne lui apporte la contradiction. On ne peut reprocher aux comédiens présents, même engagés (Josiane Balasko, Bruno Solo) de ne pas maîtriser tous les dossiers : ce n'est pas leur métier. Mais Marc-Olivier Fogiel ? N'est-il pas détenteur d'une carte de journaliste ? Or Wauquiez, sous ses dehors de jeune homme bien mis et sympathique, s'est livré à une désinformation décomplexée. Rien que le bouclier fiscal a déjà coûté 129 millions d'euros en 9 mois, remboursés à 3487 contribuables parmi les plus aisés (37 000 euros chacun en moyenne). Ensuite les successions modestes étaient déjà exonérées de droits et les dispositions gouvernementales ne les concernent qu'à partir d'un patrimoine de 600 000 euros : est-ce vraiment là ce qu'on appelle "modeste" ? Ajoutons que, dans la vraie vie, les "ménages modestes" n'ont tout simplement pas les moyens d'accéder à la propriété : à quoi bon leur proposer de défiscaliser leurs intérêts d'emprunts s'ils n'ont pas les revenus suffisants pour emprunter ? En réalité, ce gouvernement a pris une mesure qui "va profiter à ceux qui ont la
capacité d’emprunt la plus élevée, c’est-à-dire ceux qui achètent les
biens les plus chers, aux revenus les plus hauts", comme le résume l'Observatoire des inégalités.
Au final, si l'on met de côté les exonérations concernant les heures supplémentaires (6 milliards d'euros), il reste dans ce paquet fiscal au moins 8 milliards effectivement destinés aux privilégiés. De 800 millions à 8 milliards : plus c'est énorme et mieux ça passe ! Le sarkozisme a bien érigé le mensonge en système et Wauquiez en est un digne représentant. Qui peut aller en toute impunité répandre sa propagande irréelle à la télévision. Insupportable !
