08 avril 2008
Arche de Zoé : Breteau affirme que Kouchner et Sarkozy savaient
«J'ai été reçu par le conseiller politique de Bernard Kouchner, qui a
trouvé l'idée très intéressante. Puis, je suis allé voir un conseiller
de Nicolas Sarkozy à qui j'ai remis un dossier complet et qui m'a dit: "Banco, on va envoyer Cécilia Sarkozy". Par ailleurs, j'avais reçu un
feu vert officieux du ministère de la Justice. Il était même prévu que,
le 25 octobre, Cécilia Sarkozy et Rachida Dati se déplacent en personne
pour accueillir les 103 enfants à l'aéroport de Vatry. Pour moi, il est
donc clair que l'Etat français était parfaitement informé de nos
intentions» : Eric Breteau, le fondateur de l'Arche de Zoé, qui s'apprête à publier Les dessous d'une affaire d'Etat, ouvrage écrit en captivité, n'entend pas rester silencieux devant ce qu'il dénonce comme la duplicité des plus hauts représentants de l'Etat. Dans une offensive médiatique qui démarre par l'interview au Figaro dont les propos reproduits ci-dessus sont extraits, se poursuit par un passage sur les ondes de France Info pour finir hier soir au 20 heures de TF1, il réclame «la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la gestion du dossier par les autorités françaises» et annonce vouloir attaquer en justice Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme qui avait parlé en octobre d'une opération «illégale» et «irresponsable» : «Je suis résolu à porter plainte contre elle pour diffamation ainsi que
pour atteinte à la présomption d'innocence, car elle s'est montrée
indigne de sa fonction». Rachida Dati, censée d'après Breteau avoir été prévue, en compagnie de l'ex Madame Sarkozy, pour venir réceptionner les enfants à leur arrivée en France, a catégoriquement nié : «C'est totalement faux et infondé, je ne connais pas ce M. Breteau, je
ne connaissais pas l'Arche de Zoé. Le premier contact que j'ai eu avec
cette association, c'est lorsque j'ai demandé au parquet de Paris
d'ouvrir une enquête préliminaire». Démentis également du côté de l'Elysée et du quai d'Orsay. Qui ment ? Breteau a-t-il vraiment rencontré, avant de lancer l'opération, des membres des cabinets du ministre des Affaires étrangères et du Président ? Va-t-on finir par connaître la vérité dans cette affaire ?
04 avril 2008
Arche de Zoé : graciés, mais après ?
Bénéficiant
d'une mesure de grâce prononcée avec générosité (?) par le Président
tchadien, Idriss Déby, les six membres de l'Arche de Zoé sont libres
depuis hier. Mais l'affaire est pourtant loin d'être éclaircie et de
nombreuses questions gênantes restent posées.
Condamnés le 26 décembre 2007 par la Cour criminelle de
N'Djamena à huit ans de travaux forcés pour "tentative d'enlèvement
d'enfants", les six Français de l'Arche de Zoé avaient été incarcérés
en France, leur peine adaptée en huit ans de prison. Seul le Président
tchadien, Idriss Deby, possédait le pouvoir de les gracier : c'est
chose faite, les voilà libres depuis lundi dernier. Mais cette décision laisse
en suspens de nombreuses questions.
La grâce n'est qu'une "dispense d'exécution de peine" mais n'annule en rien ladite peine, qui restera inscrite au casier judiciaire des six membres de l'association prétendument humanitaire, si leur appel n'aboutit pas. Autrement dit, ils sont toujours considérés comme coupables. Au nom de quoi, alors, le dirigeant tchadien prend-il le risque politique de les faire libérer, quitte à déchaîner la fureur de son opinion publique, très remontée contre ceux qu'on désigne en Afrique comme des néocolonialistes ? Y aurait-il là comme un remerciement au Président Sarkozy, pour le coup de main contre les rebelles qui ont fait vaciller Déby début février, l'armée française ayant alors soutenu son pouvoir menacé ? Il avait fait savoir qu'il était "prêt à pardonner" aux membres de l'Arche quelques jours plus tard…
S'agit-il d'une histoire de gros sous ? Qui va payer les 6,3 millions d'euros toujours dus aux familles des 103 enfants tchadiens ? Cette question "n'est pas concernée par la grâce", insistent les autorités africaines. Mais problème : selon l'avocat de l'un d'entre eux, les membres de l'Arche de Zoé "n'ont pas les moyens de payer quoi que ce soit". La France mettra-t-elle alors la main à la poche ? "Hors de question !", tranche sur France Inter le Premier ministre François Fillon. Tout cela n'évoque-t-il pas un peu la libération des infirmières bulgares, "sans compensation" selon la version officielle de l'Elysée ?
Quoi qu'il en soit, les graciés n'en ont pas fini avec la justice, puisque quatre d'entre eux sont encore mis en examen pour "exercice illégal de l'activité d'intermédiaire en vue d'adoption", "aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France" et "escroquerie". Les procès à venir livreront-ils la vérité sur les liens entre l'Arche de Zoë et des laboratoires de recherche en médecine et en pharmacie, dans l'organigramme desquels on trouve le nom de François Sarkozy, frère cadet du Président ? On se souvient que ce dernier s'était rué à N'Djamena en novembre 2007, sitôt que l'affaire avait éclaté, pour nous jouer Sarko Assistance, rapatriements express, en ramenant dans l'Airbus présidentiel les trois journalistes arrêtés en compagnie des membres de l'Arche. Et qu'il avait même déclaré : "J'irai chercher ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait". Alors qu'on compte environ 1700 Français détenus à l'étranger, que signifie cette précipitation et l'intérêt exorbitant accordé à ce dossier ? Oui, vraiment, beaucoup de questions restent à élucider. On nous cache tout, on nous dit rien ?
13 novembre 2007
Yvan Colonna déjà condamné ?
"Yvan Colonna, chronique d'une erreur judiciaire commanditée" ou "otage de la raison d'Etat" : c'est en ces termes que le Comité de soutien au berger de Cargèse, accusé du meurtre du préfet Erignac, présente l'affaire examinée depuis hier par la Cour d'assises spéciale de Paris. A ses côtés pour réclamer simplement un procès équitable, la Fédération internationale des droits de l'Homme, qui a dépêché sur place deux observateurs. C'est qu'on peut en effet nourrir de sérieuses craintes sur l'impartialité de la Cour, soumise à d'incroyables pressions de la part de la classe politique. Deux ministres de l'Intérieur ont ainsi successivement affirmé la culpabilité de Colonna: Jean-Pierre Chevènement d'abord et Nicolas Sarkozy ensuite, qui n'a pas craint d'annoncer le 4 juillet 2003: "nous avons arrêté Yvon Colonna (il s'est trompé ce jour-là de prénom !), l'assassin du préfet Erignac". Invraisemblable sortie : la déclaration universelle des droits de l'Homme ne stipule-t-elle pas que "toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées" ? Du reste, Sarkozy ne se gêne pas pour invoquer la présomption d'innocence quand il s'agit des membres de son gouvernement André Santini et Bernard Laporte (plus de détails à la fin de l'article en lien) ! Pas pour Colonna. Et pourtant, cinq témoins disent avoir vu deux hommes sur les lieux du crime, et pas trois. Or Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, déjà condamnés, ont reconnu qu'ils y étaient. Ajoutons qu'on a refusé à la défense l'organisation d'une reconstitution. Dernier élément, Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, aurait convoqué fin octobre Roger Marion, ancien chef de la division nationale antiterroriste, afin de "cadrer" sa déposition - inadmissible ingérence du pouvoir dans les affaires de la justice! -, d'après un article du Point en date du 8 novembre. Démarche qui lui vaut d'être cité à comparaître au procès.
C'est dans ce climat de suspicion, les jeux apparaissant déjà faits et Colonna condamné avant que d'être jugé, que les 7 magistrats professionnels composant cette Cour spéciale anti-terroriste vont devoir se prononcer. Et qu'apprend-on au sujet de sa composition ? Que parmi eux figure l'inénarrable ancien substitut du procureur de Toulouse, Marc Bourragué. Une présence dont s'émeut un adhérent de l’association Stop
à l’Oubli, qui défend les victimes du tueur en série Patrice Alègre, dans une lettre adressée à la Fédération internationale des droits de l'Homme, dont nous sommes en mesure de vous révéler le contenu : "Il se trouve que, dans le cadre de nos actions, nous avons
eu à nous intéresser aux dérapages très graves du magistrat Marc Bourragué. (...) Ce magistrat est très gravement mis en cause par un rapport
très documenté (93 annexes) de son supérieur, le Procureur Bréard, qui a
été transmis à la Chancellerie depuis plus de 2 ans et demi ; ce rapport
est gardé secret par la Chancellerie qui refuse, ainsi que les hauts magistrats
qui en ont le pouvoir, de le transmettre au Conseil Supérieur de la Magistrature et de le verser dans les
dossiers. L’association Stop à l’Oubli a
demandé maintes fois au Cabinet du Garde des sceaux le versement de ce rapport
dans les dossiers concernés ainsi que la transmission au CSM ; la dernière
demande date d’un peu plus d’un mois, lorsque l’association a
été reçue à la Chancellerie par M. Guéant, conseiller de Mme R. Dati en
charge des victimes.
24 octobre 2007
Guy Môquet, mort d'être communiste
"Il n'était pas seul, Guy Môquet, à être fusillé !" Invité à répondre aux questions des élèves du lycée professionnel Jean Moulin, à Port de Bouc (Bouches du Rhône), le député communiste local Michel Vaxès ne s'est pas gêné pour rétablir quelques vérités historiques : "Il y avait 26 de ses camarades (pas
compagnons ! Ndr) qui l’ont été aussi. Et qui avaient été désignés par le
ministre français de l’Intérieur de l’époque. Il s’appelait Pucheu, on lui a
apporté une liste d’otages qu’il était possible d’exécuter. Il y avait 200 noms
et il a décidé de choisir 27 communistes". Autant pour nuancer le très réducteur "victime de la barbarie nazie" du conseiller de Sarkozy, Henri
Guaino. Et concernant la déclaration du président lui-même, "cette lettre de Guy Môquet, elle devrait être lue
à tous les lycéens de France, non comme la lettre d’un jeune
communiste, mais comme celle d’un jeune Français faisant à la France et
à la liberté l’offrande de sa vie", Michel Vaxès en démontre toute l'absurdité : "Le combat de Guy
Môquet, c’est le combat d’abord pour un autre ordre économique. Et celui-là ne
peut pas être absent des raisons pour lesquelles est mort Guy Môquet. Puisque
Guy Môquet est mort pour ces raisons-là !" Salutaire mise au point, surtout si l'on ajoute qu'elle s'opère devant des caméras de télévision, avec la journaliste qui enfonce le cou : "Michel Vaxès retiendra de ces rencontres le paradoxe entre célébration de Guy Môquet et choix politiques du président de la république, à l'heure où des acquis sociaux lui semblent menacés." TF1? France 2 ? Perdu : Canal Maritima, la télé locale de Martigues et Port de Bouc ! Deux villes il est vrai... communistes.
PS : reportage et interview à visionner en intégralité sur le site de la chaîne, 1mn 20 après le démarrage de la vidéo.
11 octobre 2007
Les bonnes relations de Copé au service de son cabinet d'avocats
Il n'aura pas fallu longtemps avant que nous vous reparlions des aventures de Jean-François "cloporte" Copé. Petit rappel : nous le qualifiions le 15 septembre dernier d'Affairiste à temps partiel, après l'annonce de son embauche dans le cabinet d'avocats Gide Loyrette et Nouel, pour y exercer les vendredis et samedis. Ce qui nous semblait poser deux problèmes : le mépris de l'électeur et de ses mandats - maire de Meaux et président de la Communauté d'agglomération, député de Seine-et-Marne et président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, excusez du peu -, puisqu'à l'évidence, ces activités ne suffisent pas à l'occuper, et le risque de conflit d'intérêt. Pourquoi en effet ce prestigieux cabinet, l'un des plus importants en France - il
rassemble 650 avocats dans 21 bureaux disséminés dans le monde entier -
engage-t-il ainsi un avocat débutant, puisque Copé n'a prêté serment qu'en mai dernier ? Capital.fr, qui avait révélé l'affaire, donnait l'explication en précisant qu'il "devrait mettre son important carnet d’adresses au service de certains dossiers clés de ce cabinet international". Voilà donc un élu de la République qui va faire jouer ses relations - au vu de la
position de Copé, lesdites
relations se situent dans les milieux du pouvoir - au profit d'intérêts
privés (et pour le plus grand bénéfice de son portefeuille personnel) :
on n'est quand même pas loin du trafic d'influence ! Juré, craché, Copé
n'allait pas s'occuper d'affaires en rapport avec l'Etat, s'était défendu son
entourage à l'annonce de la nouvelle. Mais s'il ne le fait pas directement lui-même, son nouvel employeur escomptait bien tirer bénéfice de sa collaboration pour se placer dans ce type de dossiers (pourquoi l'embaucher sinon ?).
Gide Loyrette et Nouel était déjà conseil de l'Etat pour la fusion GDF/Suez (avant que Copé ne rejoigne ses rangs). On apprend aujourd'hui que le cabinet a décroché une nouvelle mission : élaborer le "projet de disposition législative" de France Télévisions, commandé par son PDG, Patrick de Carolis, dans le but de répondre aux exigences de la lettre adressée à ce sujet par Nicolas Sarkozy à la ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel. Tout cela aurait dû rester secret, si l'existence même de ce projet n'avait été divulguée par Le canard enchaîné du 3 octobre dernier (qui ne précisait pas qui devait en être l'auteur). Or voyez comme le hasard fait bien les choses : le directeur délégué de France Télévisions auprès du président Carolis, en charge de la stratégie, de l’innovation et de la communication, n'est autre que Bastien Millot, ex-directeur-adjoint de cabinet de... Copé, alors ministre du Budget, "et ami du député-maire de Meaux (Copé lui avait même prêté son appartement)", comme l'ajoute fielleusement Marianne2, qui a sorti le scoop. Le monde est petit. Bien petit, puisque deux autres anciens collaborateurs du président du groupe UMP travaillent à France Télévisions (l'attachée de presse personnelle de Carolis, Aurélie Ferton, et le directeur général Damien Cuier). Précisons que pendant que Bastien Millot occupait l'habitation du ministre Copé, ainsi que l'avait à l'époque révélé Le canard enchaîné, ce dernier était logé par l'Etat dans un 230 m2 près des Invalides (Paris VIIème), pour 5 500 euros de loyer mensuel, aux frais du contribuable : pourquoi se gêner ? Alors, renvoi d'ascenseur de Millot à Copé ? Le directeur délégué des chaînes de service public proteste que le cabinet Gide Loyrette et Nouel "travaille avec France Télévisions depuis douze ans". Ce à quoi Marianne2 répond : "Il n'en demeure pas moins que le cabinet collaborant avec le chef des
députés de la majorité - à ce titre chargé de leur faire adopter le
budget du groupe France Télévisions - apparaît malencontreusement au
coeur d'un réseau aux mailles étroites de personnes d'influence.
Question : après douze ans de fidélité Gide Loyrette et Nouel, ne
serait-ce pas le bon moment pour procéder à un appel d'offres en bonne
et due forme, afin de se dédouaner de toute collusion ?" Bonne question, ailleurs que dans une république bananière ! Soupçons de conflits d'intérêts et trafics d'influence au coeur du pouvoir : vous avez dit "rupture" ?
01 octobre 2007
Affaire Alègre : France 2 lave plus blanc
Des notables injustement mis en cause dans de sordides affaires criminelles, leur réputation odieusement entachée par un emballement médiatique qui accrédite les calomnies : voilà résumé l'argument du téléfilm Notable donc coupable, qui sera diffusé en deux parties par France 2 demain et après-demain. Cette "fiction" n'en est pas une, puisqu'elle se contente d'ajouter un personnage imaginaire à une affaire bien réelle, l'affaire Alègre. On se souvient que des témoignages avaient impliqué des personnalités toulousaines, accusées de s'être servies du tueur en série Patrice Alègre comme pourvoyeur de chair fraîche pour des séances sado-masos. Les noms de Dominique Baudis et du substitut du procureur de l'époque, Marc Bourragué, étaient principalement cités. Le premier nommé s'était du reste invité à la télévision, au 20 heures de TF1, alors qu'il était entre temps devenu président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, pour protester de son innocence. C'est donc cette histoire que raconte le téléfilm, adapté de l'ouvrage des journalistes Marie-France Etchegoin et Matthieu Aron, Le bûcher de Toulouse, eux-mêmes étant co-auteurs du scénario. Aron explique ainsi le but poursuivi : "montrer par quelle mécanique des gens innocents se sont retrouvés
accusés à tort à cause de fausses pistes suivies par les enquêteurs et
de dérapages médiatiques. On a tenté de montrer comment cette mécanique
a donné un mic-mac absolument infernal". On imagine déjà que l'on va pleurer dans les chaumières sur le sort de ces malheureux, qui n'avaient rien à se reprocher et qui se sont trouvés livrés à l'opprobre publique. Les choses sont cependant bien plus compliquées.
Un film à la gloire du président du CSA !
Tout d'abord parce que, on l'a dit, Baudis était président du CSA. Il n'a quitté cette fonction que le 24 janvier 2007 (remplacé par Michel Boyon, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin). Lorsque le projet a été lancé par France 2, Marc Tessier, qui en était alors PDG, "entend, à cette époque, postuler au renouvellement de son mandat à la
tête de France Télévisions, que cette élection se joue au sein du CSA,
présidé par Dominique Baudis, auprès duquel Tessier a besoin de
regagner quelques points d’estime", ainsi que le note avec perfidie Le Point. Raté, puisque c'est le chiraquien Carolis qui lui succèdera, mais refermons cette parenthèse. Imagine-t-on une chaîne de service public diffuser une "fiction" cousue main pour plaire au président du CSA en se proposant de laver son honneur ? Et bien oui, mieux que l'imaginer, France 2 le fait. Qu'importe si, pour sauver les apparences, elle n'est programmée qu'après le départ de Baudis de l'institution. Le projet en lui-même, conçu sous son règne au sommet de l'audiovisuel et le mettant en scène comme héros, est au coeur d'un conflit d'intérêt patent.
Tiré d'un livre condamné pour diffamation
Mais ce "détail" est très loin d'être le seul élément scandaleux de ce téléfilm. On l'a vu, il est tiré du livre Le bûcher de Toulouse. Or cet ouvrage est très contesté, et c'est un doux euphémisme. Il a du reste été condamné deux fois par la justice pour diffamation, en septembre 2006 puis en juin 2007. Une autre procédure est actuellement en cours, la famille d'une victime de Patrice Alègre l'ayant attaqué pour "publication d’actes de procédure avant intervention d’une décision de justice", "atteinte à̀ la dignité́ de la victime" et "commentaires sur une affaire en cours". Les victimes justement, fédérées au sein de l'association Stop à l'Oubli (600 adhérents), s'insurgent de la diffusion de ce téléfilm, rejointes par la direction du journal La dépêche du midi et par l'ex gendarme Michel Roussel, ancien directeur de l'enquête, dans un collectif baptisé "Stop à la mystific(a)tion" : "La thèse du film Notable donc Coupable ne correspond en rien à la réalité de l’enquête et de l’instruction. Cette version est uniquement l’expression d’une thèse spéculative qui n’appartient qu’à la créativité des auteurs. Les faits du dossier juridique, objectifs et têtus, démentent les allégations des auteurs et les détournements des faits et des situations. Cette thèse constitue également une insulte à la mémoire des victimes du tueur Alègre."
L'un des notables blanchis accusé par un rapport officiel accablant
Outre la réputation de Dominique Baudis, rendue blanche comme neige, un autre personnage est lavé de tout soupçon par le téléfilm. Il s'agit de l'ex substitut du procureur, Marc Bourragué. Stop à la mystific(a)tion assène : "Un rapport jusqu’ici resté secret à la Chancellerie vient d’être publié dans un ouvrage, La vérité assassinée (Gilles Souilles, éd. Hugo). Ce rapport démontre que la déontologie d’une des vedettes du film est largement sujette à caution et son comportement éthique dans l’affaire Alègre-Baudis pourrait être mis en cause. A la lecture de ce rapport, la thèse du film Notable donc Coupable est totalement battue en brèche. L’association Stop à l’Oubli a demandé officiellement la publication de ce rapport à la Chancellerie." Le rapport en question, qui date de 2005, est signé Michel Bréard, alors procureur de la République et aujourd'hui avocat général à la Cour d'appel de Bordeaux. Bréard a du reste rejoint lui aussi le collectif Stop à la mystific(a)tion. Étayé par 93 pièces annexes et de nombreux témoignages, son rapport dépeint un Bourragué juge et partie dans plusieurs procédures en tant que spécialiste des affaires financières, comme par exemple celle qui fait écrire à Bréard : "on peut s'étonner que les deux dénonciations réitérées de l'administration fiscale aient pu être ignorées de sa hiérarchie et aient abouti à un traitement pénal par le substitut Bourragué, alors que le particulier Bourragué était cité dans le dossier." Mais venons-en à l'affaire Alègre. Bourragué, devant les preuves présentées, a reconnu avoir rencontré une fois le tueur en série. Or on recense cinq témoignages établissant que les deux hommes se connaissaient bien mieux que pour s'être croisés à une seule reprise. Il
affirme aussi n'avoir jamais vu la prostituée "Fanny" (Florence Khefili), alors que cette dernière travaillait comme serveuse dans le restaurant d'une de ses connaissances, qui a témoigné dans un procès-verbal les avoir vus ensemble au tribunal de commerce. Et puis il y a l'affaire Line Galbardi, ainsi narrée par Aziz Zemouri dans les colonnes du Figaro : "Le haut magistrat s'étonne de le retrouver (Bourragué, Nda) régulièrement en travers
des procédures qui mettent en cause Patrice Alègre. Michel Bréard fait
notamment état des témoignages de trois policiers qui ont reconnu
l'ancien substitut comme étant le magistrat présent, avant l'arrivée de
la police, sur les lieux du meurtre de Line Galbardi en 1992, crime
dont Alègre est suspecté. Marc Bourragué a toujours démenti. Mais
l'ancien procureur de Toulouse rapporte qu'en niant par écrit ces
faits, Marc Bourragué pourrait être inquiété pour "un délit
d'attestation faisant état de faits matériellement inexacts". Et
ce n’est pas tout ! Le journaliste précise aussi que le nom de
Bourragué figure dans le dossier de la disparition d'Hélène Loubradou,
la fille du président de Stop à l'oubli : "Lorsque le lieutenant-colonel de gendarmerie se saisit de
l'affaire, qui informe-t-il ? Marc Bourragué, spécialisé dans les
affaires financières au parquet".
Crimes maquillés en suicide, disparition de scellés, refus de témoignages...
On peut s'interroger sur le rapport entre les affaires financières et
la disparition de cette jeune femme de 26 ans... Mais le rapport avec
Bourragué ? Toujours le même, Patrice Alègre. Hélène Loubradou a en
effet noté dans son journal intime pour le jour de sa disparition un
rendez-vous avec "Pat", dans un bar juste devant le lac où Alègre avait
l'habitude de pêcher, et une photo est montrée au serveur de la
brasserie, qui reconnaît la disparue et dit l'avoir vue en compagnie
d'un homme dont le signalement correspond à celui d'Alègre. Mais le
lieutenant-colonel - dont on se demande pourquoi il a prévenu Bourragué -, contre toute attente, n'ouvre pas d'enquête. Malgré les rapprochements évidents dès le départ
avec Patrice Alègre, Gabriel Loubradou aura tout de même dû attendre 14 ans pour que le
dossier de la disparition de sa fille soit enfin rouvert. Lorsqu'il rencontre en 2003 le chef de la nouvelle section
Homicide 31, le gendarme Michel Roussel. Il raconte ainsi son entrevue avec l'enquêteur : "Il
me faisait répéter ce que j'avais déjà dit aux gendarmes. La première
enquête datait de 1989, tout de même ! C'est alors que Roussel, excédé,
me montre enfin mon dossier: il était vide. J'étais stupéfait. Toutes
les pièces que j'avais fournies ainsi que les témoignages avaient
disparu. Je commence à comprendre qu'on s'était moqué de moi pendant
tout ce temps-là. Je me rends compte aussi que mon cas n'est pas isolé
: d'autres dossiers de "disparitions" ou de crimes maquillés en
suicides ont subi le même sort que le mien." On peut ainsi juger que d'épaisses zones d'ombre entourent le rôle d'un des protagonistes essentiels du téléfilm. Et que sa thèse des notables injustement mis en cause, qui réduit l'affaire à un emballement médiatique, ne peut en aucun cas rendre compte d'une terrifiante réalité, ainsi résumée par Stop à l'Oubli: "Depuis trop longtemps, la justice toulousaine est montrée du doigt
pour de nombreuses affaires de disparitions, de meurtres classés en
suicides, de
meurtres non élucidés et pour des dysfonctionnements de
toutes sortes qui ont permis au tueur en série Patrice Alègre d’agir
en toute impunité durant une douzaine d’années (disparitions de
scellés, refus d’entendre certains témoins, menaces, entraves à la
recherche de la vérité et autopsies bâclées par deux médecins légistes)."
L'association recense ainsi par exemple 17 "suicides à la toulousaine",
ces cas flagrants de meurtres qu'on tente contre l'évidence de
camoufler. Saviez-vous par exemple que Hadja Benyoucef a
été retrouvée "suicidée" avec une corde au cou, une couche-culotte
pliée en huit dans la bouche et un couteau à travers la gorge ? Ou
qu'Edith Schleichardt, au cadavre découvert sur le bord d'une route,
jupe relevée, une bombe lacrymogène entre les cuisses, avec six dents
cassées et un éclat d'émail dans la gorge, dont l'autopsie a conclu à
la probable "mort violente avec intervention d'une tierce personne",
s'est pourtant "suicidée" elle aussi ? Stop à l'oubli a collecté nombre
de faits et témoignages concordants autant qu'explosifs sur les liens à
Toulouse entre policiers, milieu, notables et magistrats-enquêteurs. Tout cela est gommé d'un trait de plume signé Etchegoin-Aron, produit sur des fonds publics et diffusé sur France 2 pour servir une bien commode vérité officielle. Ajoutons enfin que la programmation de la deuxième partie du téléfilm sera suivie d'un débat, présenté par Yves Calvi. Qu'en dit Stop à la mystific(a)tion ? "Les acteurs mis en cause dans le film et les familles de victimes ont été écartés du plateau-débat organisé par France 2, après avoir été en contact avec la rédaction durant plusieurs jours. En revanche, l’auteur du scénario du film est maintenu sur le plateau." Le collectif réclame de ce fait un droit de réponse. Ce serait bien le moins qu'on puisse lui accorder.
18 septembre 2007
Scoop : EDF va changer de nom
Les lecteurs parisiens ont peut-être été intrigués par la mystérieuse carte postale triangulaire distribuée à la sortie du métro, représentant simplement un coin de ciel bleu avec quelques petits nuages blancs. Il s'agit en réalité du début de la campagne d'EDF pour annoncer son changement de nom, qui devrait être officialisé le 22 septembre. Nous ignorons par contre la nouvelle appellation choisie. Et aussi combien il en coûtera à l'entreprise, et si ce coût sera répercuté sur nos factures. On peut toujours enfin grincer que l'appellation Electricité de France rappelait bien trop, aux yeux de nos privatiseurs décomplexés, que cette société appartint un jour à la collectivité nationale, qu'elle était alors au service du public et que ses tarifs étaient régulés. Mais tout ça ne sera bientôt plus qu'un souvenir : vive le droit des actionnaires de se remplir les poches sur le dos des ménages !
Mise à jour du lendemain, à 14h 12 : miracle d'Internet et des blogs participatifs, un lecteur portant le pseudo d' Energieboy nous dévoile la nouvelle marque, Bleu ciel.
03 juillet 2007
Rwanda : la France complice du génocide
Oui, la France savait.
Le président François Mitterrand a affirmé à la télévision, le 14 juillet 1994 : "Les Français sont partis plusieurs mois avant le déclenchement de ce
génocide qui a suivi l'assassinat des présidents du Rwanda et du
Burundi. A ce moment-là, on nous a suppliés de revenir en nous disant:
"Sauvez les casques bleus, ramenez les Français, les Belges, les
étrangers qui se trouvent au Rwanda", ce que nous avons fait.(…) Nous avons sauvé des dizaines, des milliers de gens, de pauvres gens qui avaient déjà supporté beaucoup de souffrances." Mais cette version de l'histoire est un pur mensonge, comme l'écrivait déjà en 1997 le journaliste Mehdi Ba, dans Rwanda, un génocide français (ouvrage réactualisé en 2004). De nouvelles preuves accablantes viennent d'être dévoilées dans l'édition d'hier du quotidien Le monde, qui dissèque le contenu de plusieurs volumes d'archives de l'Elysée transmis au tribunal aux armées. Ainsi, lorsque le régime du président rwandais Juvénal Habyarimana appelle la France au secours, le 3 octobre 1990, pour le défendre contre l'offensive menée par les hommes de Paul Kagamé et son Front Patriotique Rwandais, soutenu par l'Ouganda, les premiers signaux d'alerte sont adressés à Mitterrand dès le 12. Après que plusieurs milliers de Tutsis, ainsi que des Hutus considérés comme amis des Tutsis, ont été arrêtés dans la capitale Kigali, le colonel Galinié, attaché de défense sur place, écrit ce jour-là dans un télégramme : "Il est à craindre que ce conflit finisse par dégénérer en guerre ethnique". Le lendemain, c'est l'ambassadeur de France Georges Martres qui prend la plume : "Les paysans hutus organisés par le MRND [parti du président] ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines. Des massacres sont signalés dans la région de Kibilira (...) [les paysans] participent de plus en plus à l'action militaire à travers des groupes d'autodéfense armés d'arcs et de machettes". Dix jours à peine après l'envoi d'une compagnie du 2ème régiment étranger de parachutistes, le détachement Noroit, les massacres ont donc déjà commencé et la France le sait. Elle maintiendra pourtant durant trois ans des effectifs militaires qui grimperont jusqu'à 680 hommes pour soutenir le régime génocidaire. En cause, la volonté de ne pas laisser le champ libre au monde anglo-saxon, représenté par Kagamé et ses alliés ougandais. On défend donc Habyarimana, coûte que coûte. Il est le chef des massacreurs mais l'ami de la France... Alors on lui dépêche 80 conseillers pour former ses soldats, le lieutenant-colonel Gilbert Canovas exerçant même la fonction de
conseiller du chef d'état-major de l'armée rwandaise. "Des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du
troisième génocide du XXe siècle. Nous leur avons donné des armes, une
doctrine, un blanc-seing", accuse en 2004 le journaliste du Figaro Patrick de Saint-Exupéry, dans son livre L’inavouable - La France au Rwanda. Cette implication directe de la France était donc connue depuis longtemps, mais les archives de l'Elysée fournissent de nouveaux éléments démontrant bien à quel point les autorité françaises savaient ce qu'elles faisaient.
Annonce du plan de génocide systématique dès janvier 1993
Elles sont par exemple averties le 19 janvier 1993, par un nouveau télégramme de l'ambassadeur Martres, que le président rwandais aurait lui-même intimé "l'ordre
de procéder à un génocide systématique en utilisant, si nécessaire, le
concours de l'armée et en impliquant la population locale dans les
assassinats". Le 18 février, c'est au tour de la DGSE d'envoyer une note dénonçant les "véritables massacres ethniques" et un "vaste programme de purification ethnique dirigé contre les Tutsis". Mais le FPR menace de gagner la guerre, alors on envoie des renforts français en soutien des futurs génocidaires. Et quand l'avion du président Habyarimana est abattu, le 6 avril 1994, le génocide commence comme prévu. Le diplomate Bruno Delaye, conseiller Afrique de l'Elysée, informe son patron de tueries d'une "ampleur horrifiante : de l'ordre de 100 000 morts, selon les
responsables du CICR (…). Les milices hutues, armées de grenades et de
machettes, massacrent les Tutsis qui n'ont pas pu trouver refuge". Du début à la fin, la France était parfaitement au courant de la tragédie qui
se déroulait. C'est cette vérité que fait une nouvelle fois éclater les révélations du Monde. Qui s'exonère pourtant de tout mea culpa. Or sa couverture des événements fut à l'époque proprement scandaleuse, comme le montre l'enquête du chercheur Jean-Paul Gouteux, titrée de façon éloquente Le Monde, un contre-pouvoir ? Désinformation et manipulation sur le génocide rwandais, ainsi présentée par le collectif Les mots sont importants : "Non seulement le journal a mis très longtemps avant de parler du
déchaînement de violence que plusieurs témoins avait pu constater
depuis avril 1994. Mais les reportages ont tendu systématiquement à
diluer les rôles respectifs de chacun, présentant le génocide comme des
massacres inter-ethniques, impliquant le régime au pouvoir, mais aussi
les rebelles du FRP (combattants ougandais). L’auteur montre
l’omniprésence, chez certains journalistes du Monde, d’une
grille de lecture ethniciste, qui nie les ressorts politiques du
génocide et le réduit à une guerre tribale, entre deux ethnies
antagonistes depuis des siècles. Les spécialistes de la région ont
pourtant à de nombreuses reprises réfuté cette vision du Rwanda,
rappelant que hutis et les tutsis ont la même langue, la même culture
et vivent ensemble. L’idée selon laquelle la conscience politique se
réduit, chez les Africains, à simples réflexes de solidarité ethnique,
reste encore très profondément ancrée en France. L’auteur déploie une
analyse très minutieuse (les articles sont longuement cités, de même
que les journalistes mis en cause), et il essaie de comprendre leurs
motivations (liens avec les services secrets français, soutien à
François Mitterrand, ou réflexes intellectuels profondément ancrés dès
qu’il s’agit de l’Afrique). Précisons que Le Monde a attaqué en
justice Jean-Paul Gouteux, et que le journal a été débouté de sa
plainte, les juges reconnaissant la qualité et le sérieux de l’enquête." Sont particulièrement accusés Jean-Marie Colombani et Jacques Isnard.
Pour en finir avec la responsabilité de la France dans le génocide rwandais - qui pourrait prochainement connaître des suites judiciaires, puisque l'on a appris hier que six survivants ont demandé à la justice l'audition des anciens ministres Alain Juppé et Pierre Joxe, d'Hubert Védrine et de plusieurs militaires -, l'Observatoire permanent de la coopération française, formé d’une quarantaine d’experts, africanistes et responsables d’ONG, livre sur ce sanglant épisode des conclusions terrifiantes : "La France (…) a soutenu militairement le régime Habyarimana, l'armant, voire combattant à ses côtés ; elle a instruit, renforcé ou "assisté" certains des éléments qui exécuteront le génocide (Garde présidentielle, une partie de l'armée, milices d’"autodéfense") ; elle a favorisé la division de l'opposition démocratique, pivot des accords d'Arusha [qui ont tenté de mettre un terme à la guerre civile, le 4 août 1993, Ndlr] ; elle n'a pas rompu, durant le génocide, avec ses principaux responsables, constitués en "gouvernement intérimaire" - le soutenant diplomatiquement, et facilitant, selon plusieurs sources, la poursuite des livraisons d'armes ; elle a reconnu beaucoup trop tardivement le génocide, faisant obstacle, avec d'autres, à une réaction rapide de la Communauté internationale".
On dénombre quelque 800 000 victimes. Quelque chose à objecter, messieurs les pourfendeurs de la "repentance" ?
22 juin 2007
Un pavé dans la mare de l'affaire Alègre
Hier est sorti le livre Affaire Alègre, la vérité assassinée, signé du journaliste de La dépêche du midi Gilles Souillés. Le même qui a obtenu la condamnation en justice de Dominique Baudis pour diffamation. Ce n'est pas la première fois que nous vous entretenons de l'affaire Alègre, dans laquelle subsistent - et c'est le moins que l'on puisse dire ! - de nombreuses zones d'ombre, bien qu'un téléfilm projette d'en livrer une version officielle. Le son de cloche est bien différent dans ce nouvel ouvrage, que son éditeur présente ainsi : "Quatre ans après avoir été parmi les premiers à s'interroger sur la face cachée de Patrice Alègre, le journaliste toulousain Gilles Souillés, qui a suivi les pas du tueur en série avant même son arrestation en 1997, revient sur les emballements et les coulisses d'une affaire passionnante et terrifiante qui n'a sans doute pas encore livré tous ses secrets. Il nous donne des clés de compréhension supplémentaires en s'appuyant notamment sur un rapport non publié pour prolonger l'investigation. Des meurtres oubliés, des procédures judiciaires engluées, des expertises légales bâclées ou falsifiées, des rapports enterrés ; cette affaire pose toujours autant de questions sur la face cachée de Toulouse pendant les années 1990, mélange de permissivité et d'affairisme. Des années que le tueur en série, prince de la nuit, du trafic de drogue et des trottoirs de la ville rose a traversé en croisant beaucoup de monde. Cet homme secret, rongé par les affres d'une enfance torturée a-t-il vraiment été l'indic protégé qu'a évoqué l'avocat général lors de son premier procès d'assises ? Les révélations des deux prostituées, Patricia et Fanny ont ouvert, entre vérités et affabulations, des pistes inexplorées en permettant au passage la réouverture d'enquêtes classées que les familles des victimes de l'association Stop à l'oubli ont encore à coeur de faire aboutir."
PS : Un adhérent de Stop à l'oubli, justement, nous a contacté pour nous faire part de son étonnement : s'étant rendu hier à la Fnac de Toulouse pour acquérir l'ouvrage, il s'attendait à la voir proposé en piles, soigneusement mis en avant, ce qui serait effectivement logique compte tenu de son potentiel commercial, dans la ville même où sont survenus les événements qu'il décrit. Or aucune trace du livre en rayon... Finalement, l'employée a vérifié sur l'ordinateur, s'est aperçue que 10 exemplaires étaient en stock et est allée en chercher un. 10 exemplaires ? A ce rythme-là, pas évident que La vérité assassinée finisse bestseller ! Mais gageons que ce léger cafouillage n'était dû qu'à un retard à l'allumage. Jointe au téléphone à l'instant, la responsable du rayon nous a assuré que le livre était désormais en tête de gondole.
28 mai 2007
Affaire Elf : la mascarade judiciaire
Il est des moments jubilatoires, lorsque l'on découvre certains textes qui déchiffrent l'actualité et jettent une clarté lumineuse sur le réel. La plupart du temps, hélas, sur les blogs, tant les médias dominants peinent à s'affranchir d'un conformisme étroit et capitulent sans combattre face à la loi de l'autocensure. Souffrant d'une constante érosion de ses ventes et d'un discrédit croissant de l'information délivrée, cette presse refuse pourtant de voir que sa stratégie d'évitement des vrais problèmes, voire sa capacité à pratiquer le mensonge éhonté, et le robinet d'eau tiède dont elle nous abreuve ainsi, sont justement la cause première de la crise qu'elle traverse. Il s'agit la plupart du temps d'anesthésier l'indignation du peuple, qui pourrait, sait-on jamais, perturber le bel édifice social du système de l'asservissement à la loi du plus fort. La vérité est dangereuse. Fermez les yeux, dormez tranquille, on s'occupe de tout. Il n'existe pas d'alternative : voilà ce qu'à coups de canon tonnent ces médias dominants, acharnés à la perpétuation d'un "ordre" qui génère pourtant les injustices les plus insupportables, véritable négationnisme de l'humanité. Alors taisons pudiquement ou étouffons soigneusement les scandales les plus voyants. Il y a bien certes des Politis, des CQFD, des Plan B, des Tigre ou des L'Humanité, à l'audience cumulée hélas confidentielle. Et l'on trouve parfois encore une pépite, à l'occasion, dans un Libération, un Marianne ou un Nouvel Obs, voire un Monde. Saluons bien sûr la notable exception du Canard enchaîné. Mais plus rarement frétille-t-on de joie à la lecture d'une dépêche d'agence. Celle-ci, de l'agence Reuters et signée Thierry Lévêque, datée du vendredi 25 à 3h 03 précises, est titrée Ultimes peines de prison symboliques dans l'affaire Elf. Nous vous en livrons l'édifiante conclusion, qui fait honneur au vrai journalisme.
"Le scandale Elf, portant sur des détournements de fonds d'un
montant global de plusieurs centaines de millions d'euros entre 1989 et
1993, a mis au jour les circuits de l'argent "noir" du pétrole, entre
chefs d'Etat étrangers et réseaux politiques français. Cette
affaire (...) est devenue emblématique mais les jugements
sévères prononcés dans le volet principal restent pour la plupart
virtuels. En effet, les peines de prison ferme, confirmées en
appel en 2005 puis en cassation en janvier dernier contre une douzaine
de personnes n'ont pour la plupart pas été mises à exécution. Seuls ont connu la prison les dirigeants d'Elf écroués durant l'enquête
ou au premier jugement de 2003, comme Loïk Le Floch-Prigent, son bras
droit Alfred Sirven, mort en 2005 après trois ans de prison ou encore
Alain Guillon. Pour une raison inconnue, le parquet
général de Paris n'a en revanche pas fait arrêter - ce qui est en
principe automatique - Pierre Léthier, 51 ans, ancien colonel des
services secrets français condamné à 15 mois de prison ferme, malgré la
confirmation définitive de cette peine en cassation en janvier. Quant à André Tarallo, l'ancien "M. Afrique "
du groupe pétrolier, âgé de 79 ans, condamné en appel à sept ans de
prison ferme, il a purgé quelques semaines de détention avant d'être
libéré pour raisons médicales, n'a pas payé son amende de deux millions
d'euros et conserve la jouissance de biens immobiliers
acquis
illégalement avec l'argent d'Elf.
Les trois chefs d'Etats africains mis en
cause dans le dossier par des découvertes de versements d'Elf à leur
proches au titre de l'exploitation des ressources de leur pays, Eduardo
dos Santos (Angola), Paul Biya (Cameroun) et Omar Bongo (Gabon), sont
toujours au pouvoir. Ce dernier devait être reçu à l'Elysée vendredi par Nicolas Sarkozy."
Et après ça, on revient nous chanter l'air de la "tolérance zéro". De la restauration des valeurs. De la morale.
Merci Thierry Lévêque.
