22 août 2007
Chronique de l'occupation israélienne
Extrait d'un article de Gideon Lévy publié par le quotidien israélien de gauche Haaretz : "Qu’est-il passé par l’esprit des soldats qui l’ont battu, à coups de gourdin, de crosse de fusil, de coups de pieds portés à la tête, aux dires des témoins, et cela jusqu’à ce qu’il meure ? Se peut-il qu’il ait tenté de les attaquer avec un couteau, ce couteau que n’ont pas vu les deux témoins ? Et si c’est le cas, pourquoi les soldats ont-ils continué à le frapper furieusement, alors même qu’il était étendu par terre, inconscient et peut-être menotté comme nous l’a rapporté un témoin oculaire ? Et pourquoi, par-dessus le marché, l’armée israélienne s’est-elle empressée, «après une première enquête» au cours de laquelle aucun des témoins visuels n’a été interrogé, de classer cet incident grave avec ces mots : «les soldats ont agi de manière adéquate» ? Quel genre d’adéquation y a-t-il à ce que des soldats battent un adolescent à mort et que l’armée israélienne les blanchisse diligemment sans aucune enquête sérieuse ? Et quelle est cette monstruosité qui consiste à menotter le père en face du corps de son fils battu et agonisant, et de le laisser ainsi une heure durant comme un animal attaché ?"
31 mars 2007
Walking on Ban Ki-moon
"Ayant visité certaines parties d'Israël par hélicoptère
aujourd'hui, je comprends certaines contraintes sécuritaires auxquelles
fait face Israël. Mais parallèlement je suis profondément choqué par le
réseau de postes de contrôle, la croissance de la construction de
colonies et la barrière qui empiète sur les terres palestiniennes", a déclaré le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon. Qu'il le sache pourtant, qu'il soit profondément choqué, Ehud Olmert s'en tamponne le coquillard tout aussi profondément. La construction du mur entre Israël et la Palestine est illégale suivant le droit international. Mais le respect des résolutions de l'ONU, c'est bon pour les autres, pas pour les dirigeants de l'Etat hébreu. L'indignation de Ban Ki-moon, l'indignation internationale, il s'asseoient dessus. Ou encore mieux, la piétinent. Ce que Police aurait titré Walking on Ban Ki-moon !
11 janvier 2007
La phrase du jour : Khaled Meshal
«Il va rester un Etat qui s'appelle Israël, c'est un fait. Le
problème, ce n'est pas l'existence d'une entité qui s'appelle Israël.
Le problème, c'est que l'Etat palestinien n'existe pas » : la phrase du leader du Hamas en exil à Damas, Khaled Meshal, prononcée au cours d'une interview accordée à l'agence Reuters, constitue un nouveau pas vers la reconnaissance d'Israël par le mouvement islamiste au pouvoir en Palestine. Enfin un espoir pour la paix ?
06 décembre 2006
Une girouette au Proche-Orient
Une révélation a soudain frappé Ségolène Royal, au beau milieu de sa tournée proche-orientale. Quand on évoque en effet, lors de la conférence de presse tenue à l'ambassade de France du Liban samedi dernier, la possibilité d'une rencontre avec des représentants du Hezbollah et du Hamas, elle répond : "Je parle avec tout le monde dès lors que les représentants des
parties en présence sont dans des institutions démocratiquement
légitimes".
Cette position a le mérite de ne pas négliger un mouvement qui
a obtenu démocratiquement 75% des voix aux élections palestiennes ! Mais voilà qu'une fois arrivée à Jérusalem, la candidate socialiste exclut toute rencontre avec le Hamas au motif que cette organisation "est sur la liste des organisations terroristes". Que ne l'avait-on pas prévenue avant ! Au fait, cette liste, établie par les gouvernements de l'Union Européenne, n'est-elle pas censée être révisée au moins tous les six mois, afin de "s’assurer que (le) maintien (des noms
des personnes et organisations) sur la
liste reste justifié" ? Et le Hamas n'observe-t-il pas une trêve des attentats depuis un an et demi ? Mais qu'importe, ce parti reste sur la liste et Ségolène Royal le juge donc infréquentable, quand bien même il réunit les représentants que se sont démocratiquement choisis les Palestiniens, à une écrasante majorité. Le correspondant de l'agence AP utilise une jolie formule : la "diplomatie de l'empathie" (faculté de se mettre à la place d'autrui). Façon polie d'observer qu'en fait, avec Ségolène, c'est le dernier qui parle qui a raison. Au Liban, elle annonce qu'elle pourrait rencontrer des élus du Hamas, mais il n'en est plus question une fois qu'elle arrive en Israël. Au Liban encore, au nom des soldats français de la Finul, elle estime que les survols par la tsahal du sud du pays doivent "cesser". Mais après avoir rencontré le premier ministre de l'Etat hébreu, elle les justifie désormais par "la sécurité" d'Israël, et tant qu'à faire, juge que la construction du mur (de la honte) séparant le pays des territoires palestiniens est "sans doute justifiée", pour la même raison. On passera sur l'affaire de l'hypothétique comparaison entre Israéliens et nazis, qu'un député du Hezbollah aurait faite sans que quiconque n'en soit vraiment sûr, et que Ségolène Royal affirme en tout cas ne pas avoir entendue. Ajoutons la surprenante position ségoliste sur l'interdiction du nucléaire civil à l'Iran - même les Américains ne vont pas jusque là -, qui constitue une remise en cause du traité de non-prolifération et donc une fâcheuse porte ouverte à toutes les escalades. Tout cela, ajouté à sa façon des plus cavalières d'évacuer la question des détenus palestiniens et libanais qui croupissent dans les geôles d'Israël, laisse une image très brouillée de son voyage de présidentiable. Pas sûr que sa stature internationale en revienne grandie.
03 décembre 2006
Ségolène refuse de parler des détenus par Israël
La scène se déroule vendredi dernier, au Liban, dans l'enceinte de l'ambassade de France. Ségolène Royal, en quête d'une stature internationale au pays des cèdres, a convoqué les journalistes. Au cours de l'échange, interrogée sur la possibilité de rencontrer des représentants du Hamas ou du Hezbollah, la candidate socialiste a cette phrase : "Je parle avec tout le monde dès lors que les représentants des parties en présence sont dans des institutions démocratiquement légitimes". Ce n'est pas rien. Mais n'allons tout de même pas trop loin : lorsqu'un journaliste lui demande pourquoi elle évoque les otages israéliens - pour juger leur libération "absolument indispensable" - et pas les prisonniers palestiniens et libanais détenus par Israël (au nombre de 10 000, parmi lesquels nombre de femmes et d'enfants détenus sans procès !), l'ahurissante réponse de la Pimprenelle du Poitou tombe : "la conférence de presse est terminée". Quel toupet ! Quand Ségolène Royal ne veut pas répondre à une question, on ne peut pas dire qu'elle y mette les formes.
21 août 2006
La phrase du jour : Avi Dichter
"Ce que nous avons fait avec l'Egypte et la Jordanie est également légitime dans ce cas", déclare aujourd'hui le ministre israélien de la Sûreté publique, Avi Dichter, qui préconise des négociations avec la Syrie et l'abandon contre la paix du plateau du Golan, annexé en 1967 lors de la guerre des six jours. Il contredit en cela Shimon Peres, vice-premier ministre, qui estime de son côté : "Nous avons actuellement le fardeau du Liban et nous avons des négociations avec les Palestiniens. Je ne pense pas qu'un pays comme le nôtre puisse s'attaquer à autant de questions à la fois". Dissensions donc à la tête de l'exécutif israélien... Mais le discours de Dichter fait naître l'espoir que l'Etat hébreu sorte enfin de son autisme et donne une chance à la paix. Il y a pourtant encore bien loin de la coupe aux lèvres, comme l'illustre l'arrestation du vice-Premier ministre palestinien Nasser Chaer, dans la nuit de vendredi dernier... Est-ce ainsi qu'Israël entend les "négociations avec les Palestiniens" ?
17 août 2006
Reconstruction du Liban : pour des réparations israéliennes
"Le peuple libanais a payé une première fois (...), en perdant des proches, en subissant la destruction de ses maisons, de ses immeubles, de ses infrastructures. Il ne doit pas payer une seconde fois en se saignant aux quatre veines pour financer la reconstruction" : le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde propose dès lors, dans une tribune adressée hier à la presse, outre l'annulation totale de la dette libanaise, la création d'un fonds pour la reconstruction du pays, alimenté par les réparations qui seraient versées par Israël, auxquelles s'ajouterait la contribution des Etats-Unis, qui ont soutenu l'opération de l'Etat hébreu. Avant la guerre, le Liban comptait une dette estimée fin 2004 à 22,2 milliards de dollars et le coût des bombardements de tsahal est chiffré à 2,5 milliards de dollars supplémentaires. On reste sceptique sur les chances d'aboutir d'une telle initiative : elle reviendrait à faire porter la responsabilité de la guerre sur Israël alors que la version officielle prétend que Tel Aviv n'a fait que se défendre contre le Hezbollah. En mettant un pays entier à feu et à sang ? Dommage collatéral !
13 août 2006
Liban : Spielberg choisit son camp
Le cinéaste américain Steven Spielberg a créé la Fondation des Justes pour venir en aide aux populations victimes du conflit proche-oriental actuel et annonce un premier versement d'un million de dollars. Les dons financeront les évacuations d'enfants, l'installation de vitres incassables dans des hôpitaux, une aide d'urgence à l'hôpital le plus proche de la ligne de front, l'envoi de nourriture et d'autres ressources de première nécessité aux familles... C'est très bien, bravo ! Vient pourtant comme un malaise lorsqu'on apprend que les bénéficiaires de la générosité de Spielberg sont les Israéliens vivant dans le nord du pays. La Fondation des Justes a une conception sélective de la justice. Elle se serait honorée à aider AUSSI les victimes libanaises et palestiniennes, dont le nombre et la détresse sont incomparables avec celles d'Israël. Le soutien politique des Etats-Unis pour avoir les mains libres, les armes américaines pour les couvrir de sang et l'appui de la communauté juive d'outre-Atantique pour panser les plaies des victimes israéliennes : l'Etat hébreu peut triplement remercier les Etat-Unis. Le reste du monde moins. Parce que pendant ce temps-là, tsahal se dépêche de cogner encore avant le cessez-le-feu qui entrera en vigueur demain matin à 8 heures (5 h GMT), suivant les termes de la résolution 1701 de l'ONU. Aujourd'hui, au moins sept nouveaux civils libanais ont été tués, du côté des villes de Tyr et de Baalbeck, dont une mère et ses trois enfants.
11 août 2006
Liban : Human Rights Watch parle de crimes de guerre
"les ratés de l’armée israélienne ne peuvent pas être considérés comme de simples accidents ni être mis sur le compte des mauvaises pratiques du Hezbollah. Dans certains cas, ces attaques constituent de véritables crimes de guerre" : Human Rights Watch a publié un rapport de 50 pages pour livrer le résultat des chercheurs de l'organisation analysant une vingtaine de cas d'attaques aériennes et d’artillerie contre des maisons et des véhicules civils. Qu'en est-il donc de la responsabilité du Hezbollah (que HRW accuse aussi de crimes de guerre, pour viser des civils) ? "Le gouvernement israélien tient le Hezbollah pour responsable du coût si élevé de victimes civiles au Liban, soutenant que les combattants du Hezbollah s’étaient cachés avec leurs armes au sein de la population civile. Cependant, dans aucun des cas cités dans le rapport, il n’y a de preuves indiquant que le Hezbollah était actif dans la zone concernée ou à proximité pendant ou avant l’attaque", démonte l'organisation humanitaire, mentionnant "de nombreux cas où les FDI (Forces de Défense Israéliennes) ont lancé des attaques aériennes et d’artillerie visant des objectifs militaires limités ou douteux ayant engendré un coût civil excessif. Dans beaucoup de cas, les forces israéliennes ont frappé une zone sans cible militaire apparente. Dans certains cas, les forces israéliennes semblent avoir ciblé délibérément des civils." Le coordinateur des enquêtes de
l'organisation au Liban, Peter Bouckaert, aborde dans Le Monde un exemple précis de "bavure", celle de Cana (28 morts), stigmatisant la désinformation systématique pratiquée par les autorités de l'Etat hébreu : "Les Israéliens ont d'abord dit que les combattants du Hezbollah étaient à l'intérieur du bâtiment bombardé et que des roquettes ont été tirées. Puis qu'il y a eu une erreur de tirs de 300 mètres. Puis ils ont renoncé à ces explications dans leur déclaration finale. Pourquoi ? Parce qu'ils mentaient dès le début, comme ils le font toujours. Etant dans l'incapacité de fournir à leurs propres journalistes les preuves que ces derniers demandaient, ils ont fait machine arrière." Mais tout cela n'empêche pas une organisation comme le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF) de s'aligner, le petit doigt sur la couture du pantalon, sur les positions officielles israéliennes. "L'année prochaine à Jérusalem !" lance-t-on dans certaines familles à l'occasion du nouvel an juif, la flûte de champagne à la main. Pour ceux-là, Israël a toujours raison. "My country, right or wrong", résument les Américains. Une posture perverse qui exonère de tout examen de conscience et permet de justifier toutes les abominations. En parlant des Etats-Unis, leurs dirigeants refusent toujours l'amendement souhaité par la France, le Liban et la Ligue Arabe, qui imposerait le retrait des troupes israéliennes. Ils continuent ainsi à couvrir leurs alliés de Tel-Aviv, doublement complices des crimes perpétrés au Liban : leur obstruction systématique au Conseil de sécurité de l'ONU laisse le champ libre à la fureur de tsahal et l'armée israélienne utilise pour ses forfaits les armes obligeamment fournies par leurs protecteurs de Washington. Jusqu'à quand ?
Nous sommes tous des Libanais
09 août 2006
La phrase du jour : Jean-François Kahn
"Ce qui m'a choqué, c'est que Condoleeza Rice aille à Beyrouth, deux heures : elle ne consacre pas dix secondes à aller voir ne serait-ce qu'un immeuble écroulé, un réfugié... Pas dix secondes !" : Jean-François Kahn, le président de l'hebdomadaire Marianne, au micro d'On refait le monde sur RTL, met le doigt sur la contradiction majeure qu'il faut bien qu'assument les Etats-Unis. Comment soutenir une telle hécatombe de civils innocents quand on prône les belles valeurs de la liberté et de la démocratie, qu'on s'est intronisé camp du Bien en charge de combattre le Mal sur la
planète entière ? Pour la secrétaire d'Etat américaine, aller visiter un hôpital par exemple était tout simplement impossible. Confrontée aux victimes et soutenant l'agresseur : une position intenable. Aux dernières nouvelles de ce matin, la France, qui soutient la position du Liban et de la Ligue Arabe, négocie avec les Etats-Unis un amendement au projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, qui mentionne le retrait des troupes israéliennes. Il précèderait le déploiement de l'armée libanaise dans le sud du pays, assistée par une force internationale, pour en reprendre le contrôle au Hezbollah. Washington va-t-il enfin fléchir, ou laisser la boucherie continuer ? Le conflit a désormais fait sa millième victime libanaise et tsahal se hâte d'intensifier les combats avant d'être contraint à la cessation des hostilités. Aujourd'hui plus que jamais, Nous sommes tous des Libanais.
