06 août 2006
Nous sommes tous des Libanais
Bilan arrêté au 3 août : 508 civils libanais, 46 rebelles du Hezbollah, 26 soldats libanais, 36 soldats israéliens et 19 civils israéliens. L'immense disproportion entre le nombre de combattants ennemis abattus par l'armée israélienne et celui des innocents civils, femmes et enfants compris, saute immédiatement à l'oeil. Mais on est aussi surpris des 26 victimes au sein de l'armée libanaise. Israël disait la vouloir déployée sur la frontière Sud, pour qu'elle reprenne le contrôle de la zone à la milice du Hezbollah, avant que l'on ne parle d'une force internationale. Pourquoi alors l'affaiblir en bombardant ses casernes ? Qu'ont fait les soldats libanais à Israël ? Il semble bien en outre que l'attaque délibérée et répétée, non pas de Hezbollahis, mais de représentants de l'armée d'un Etat souverain - ne souriez pas, on parle bien du Liban - constitue une déclaration de guerre d'Israël, puisque ses forces s'attaquent directement à l'Etat libanais. Si le Hezbollah a ouvert les hostilités en enlevant deux soldats - mais de quel côté de la frontière était la patrouille israélienne ? Côté libanais, dit la police locale, sa parole contre celle des autorités de l'Etat hébreu -, Israël ne réplique pas seulement contre son "agresseur" mais s'attaque au Liban entier, en violant, comme à Gaza, les conventions de Genève qui fixent le droit de la guerre. Mais qui en a cure ? Israéliens et Américains (et autre caniches Anglais), seuls, tiennent tête à toute la communauté internationale en interdisant qu'on mette un terme à cette guerre insupportable. Même quand tsahal tue délibérément quatre casques bleus. Même quand le bombardement de Cana tue cinquante civils d'un coup, dont une trentaine d'enfants. Les destructions à l'échelle du pays sont déjà effrayantes : 73 ponts et 72 bretelles routières
détruites, ainsi que 6 800 habitations, selon un bilan donné hier par le Haut comité de secours libanais. Une marée noire géante. 800 000 personnes déplacées. Et la journée d'hier a connu les pires bombardements depuis le 12 juillet : 250 raids aériens et 4 000 obus rien qu'à la mi-journée. Les accusations d'utilisation d'armes "sales" (bombes à fragmentation, sous-munitions à retardement...) se multiplient. Au Conseil de sécurité, on tergiverse une fois encore, coincé par le véto américain. Mais voilà qu'on nous annonce, hier à 22 h, un accord de Washington sur un projet de résolution exigeant une cessation complète des hostilités, sous l'influence de la France dont il faut saluer la position. Enfin ! Mais ça urge. Pendant ce temps-là, Israël intensifie son agression, toujours plus fort. Vite, pendant que les Etats-Unis leur laissent les mains libres. Mais ces mains-là sont couvertes de sang. Le Liban martyrisé encore jusqu'où ?
Pour un cessez-le-feu immédiat !
Et 169 morts à Gaza depuis le début du tsahal tour : nous sommes tous aussi Palestiniens de Gaza.
31 juillet 2006
La profonde tristesse de Condie Rice
"Le Conseil de sécurité exprime son choc extrême et sa détresse face au bombardement par les forces israéliennes de défense d'un immeuble d'habitation à Cana, au sud-Liban, qui a causé la mort de dizaines de civils, pour la plupart des enfants, et blessé de nombreux autres" : la déclaration finale adoptée hier par le Conseil de sécurité de l'ONU fait le grand écart entre la nécessaire expression de l'indignation suscitée par les dernières exactions de Tsahal et le cynique véto américain qui a empêché, une fois encore, toute condamnation de l'Etat hébreu. "Choc extrême", donc, et "détresse", mais sans coupable désigné. Ce défaut exonère donc de la faute. Et Condoleeza Rice se dit "profondément attristée". C'est gentil pour les Libanais, qui lui réclament un cessez-le-feu qu'elle leur a toujours, au nom des Etats-Unis, obstinément refusé. Le bombardement de Cana a fait 52 morts civils parmi lesquels 30 enfants.
Mise à jour : le bilan, finalement revu à la baisse, est de 28 morts, dont 16 enfants.
27 juillet 2006
Israël se moque du monde
"Je suis choqué (...) par les commentaires précipités du secrétaire général, qui a laissé entendre qu'Israël avait délibérément pris pour cible le poste de l'Onu" : Dan Gillerman, ambassadeur d'Israël auprès des Nations Unies, vise dans un communiqué l'expression utilisée par Koffi Annan après le bombardement de Khiam, dans le Sud du Liban, qui a tué quatre casques bleus mardi. Annan a donc parlé d'un acte "apparemment délibéré", et Israël s'offusque. Le porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, Mark Regev, jure ses grands dieux : "Aucun doute là-dessus, jamais nous ne prendrions délibérément des observateurs de l’ONU comme cible." Ehud Olmert, le premier ministre de l'Etat hébreu, exprime ses "profonds regrets" pour un bombardement accidentel. Sauf que. "Il y a eu dans l'après-midi, de la part du camp israélien, 14 autres incidents de tirs à proximité de cette position et les tirs se sont poursuivis pendant les opérations de secours", déclare le porte-parole de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), Milos Strugar. Pire : le pré-rapport de l'ONU, dévoilé hier par l'agence Associated Press, dénombre que la Finul a appelé l'armée israélienne à dix reprises en six heures, avant l'issue tragique, pour lui demander la suspension des bombardements aux environs de son poste d'observation. Dans un rayon d'un kilomètre, ce sont 17 bombes et 12 obus d'artillerie qui se sont abattus. Et un responsable de tsahal avait promis de suspendre l'attaque. Au lieu de quoi, quatre tirs directs ont finalement détruit le poste. Voilà donc une thèse de l'accident qui ne tient même pas un quart de seconde ! Le cynisme et l'indécence d'un Gillerman - le pauvre est "choqué" qu'on ose parler d'acte "apparemment délibéré" - ne semblent pas avoir de bornes. Et la communauté internationale avale les couleuvres en bronchant à peine. Dans les geôles israéliennes croupissent actuellement 10 000 prisonniers, sans avoir été jugés, parmi lesquels nombreux sont les femmes et les enfants. Le Hezbollah enlève deux soldats, et l'Etat hébreu invoque alors la légitime défense pour anéantir le Liban et faire à ce jour 394 morts, dont 335 civils. Il est plus que temps de mettre un terme à cette boucherie.
PS : sans parler de Gaza où, (officiellement) pour récupérer un soldat enlevé, tsahal poursuit depuis le 28 juin des opérations militaires qui ont causé au total la mort de 140 Palestiniens (contre une victime dans l'armée israélienne).
23 juillet 2006
La phrase du jour : Shakira
"Il faut qu'il y ait d'urgence une intervention diplomatique et un cessez-le-feu immédiat. Je suis triste, comme le reste du monde je pense, de voir qu'à cause de ce conflit, beaucoup de mères et d'enfants innocents sont en train de mourir" : la chanteuse Shakira s'affirme porte-parole de charme du camp de la paix au Proche-Orient. "Je veux parler en tant que jeune au nom de ma génération, parce que je suis sûre que ma génération est d'accord sur ceci : la guerre ne résout rien, la guerre n'est une solution à aucun différend. Pas aujourd'hui, pas en ce siècle", plaide la jeune femme, née en Colombie d'un père d'origine libanaise - son nom de famille est Mebarak Ripoll. "Je veux juste (lancer) un appel au nom de ma génération aux dirigeants américains et d'autres superpuissances pour arrêter cette guerre, parce que nous savons tous qu'ils peuvent le faire", supplie-t-elle.
Après 12 jours d'offensive israélienne sur le Liban, le bilan s'établit désormais à 358 morts libanais, essentiellement civils, et 35 côté israélien, parmi lesquels 20 soldats. Mercredi se tiendra à Rome une réunion des ministres des affaires étrangères de Grande-Bretagne, Russie, Italie, France, Jordanie, Arabie Saoudite, Allemagne et Egypte, à laquelle est également convié un représentant de la Banque mondiale. Le doute plane encore sur une présence israélienne à cette réunion. Les Libanais n'y ont quant à eux pas été conviés, et un communiqué du premier ministre, Fouad Siniora, a fait savoir de toutes façons qu'il n'était pas question que le Liban s'y rende en présence d'un représentant israélien. "Nous savons tous qu'ils peuvent le faire", dit la belle Shakira, mais encore faudrait-il qu'ils le veuillent. La communauté internationale est en effet toujours divisée sur le sujet : Russie et Italie ont pris position pour un cessez-le-feu que refusent toujours Américains et Israéliens. Le quotidien Haaretz écrit aujourd'hui que les autorités de l'Etat hébreu pensent profiter du feu vert des Etats-Unis pour poursuivre l'opération au moins jusqu'à dimanche prochain. Pour combien de destructions et de victimes encore ?
PS : le pape Benoît XVI a lui aussi appelé à un cessez-le-feu (ça alors, nous sommes d'accord avec le pape !) mais, comment dire... Beaucoup moins sexy, c'est clair !
20 juillet 2006
Abjection
Dites-nous que ce n'est pas vrai ! Que ces photos, trouvées sur le site FromIsraelToLebanon, ne représentent pas vraiment des fillettes israéliennes de la localité de Kiryat Schmona, en Haute Galilée, dans le Nord d'Israël, écrivant des messages sur des obus d'artillerie destinés aux victimes libanaises des bombardements !
Le site en question se livre certes à de douteuses comparaisons entre les bombardements nazis sur Londres et ceux de Tsahal sur le Liban : rien ne ressemble plus à un bombardement qu'un autre. Il montre aussi de terribles photos de cadavres d'enfants. Hélas, là encore, de tels clichés existent pour illustrer les guerres se produisant partout dans le monde. Mais ces images de fillettes envoyant des cartes postales sur des engins de mort ? Qu'un internaute veuille bien venir nous rassurer, démonter une falsification. Ou alors n'y aurait-il plus aucune limite à l'abjection.
19 juillet 2006
La phrase du jour : Tanya Reinhart
"Comme arrêter l’occupation est une chose qu’Israël ne veut pas considérer,
l’option suivie par l’armée est de mettre en pièces les palestiniens avec une
force dévastatrice. Ils doivent être affamés, bombardés, terrorisés par des
engins assourdissants pendant des mois, jusqu’à ce qu’ils comprennent que se
rebeller est futile et qu’accepter la prison à vie est leur unique espérance" : l'universitaire israélienne pacifiste Tanya Reinhart dénonce, dans un texte publié sur Bellaciao, une offensive à Gaza préméditée de longue date, la capture du caporal n'ayant servi que de prétexte. "C’est l’offensive israélienne contre Gaza qui a déclenché la
nouvelle guerre au Liban, explique-t-elle aussi. Depuis qu’Israël, en 2000, s’était retiré du Liban,
les Hezbollah avaient soigneusement évité de s’affronter à l’armée israélienne
en territoire d’Israël (se limitant à des affrontements dans la zone de Shebaa
au Liban, que l’Etat hébreu continue à occuper). Le moment choisi par les guérilléros chiites pour la première
attaque, et la rhétorique qui s’ensuit, indique que leur intention était de
réduire la pression sur les palestiniens en ouvrant un nouveau front. Leur
action peut donc être vue comme le premier acte militaire de solidarité avec les
palestiniens dans le monde arabe." Que l'Iran et la Syrie soient derrière le Hezbollah est un fait. Mais il n'empêche nullement que la fin de l'oppression des Palestiniens par Israël soit le préalable indispensable à une paix durable dans la région.
09 juillet 2006
La phrase du jour : ministère suisse des affaires étrangères
« Plusieurs actions menées par la force de défense israélienne lors de son offensive dans la bande de Gaza ont violé le principe de proportionnalité (...) et doivent être considérées comme des formes de punition collective, ce qui est interdit », déclarait le 7 juillet dernier le ministère suisse des affaires étrangères. Rappelons que la Suisse, qui a pour le coup dérogé à sa légendaire neutralité, est dépositaire des conventions de Genève, lois internationales qui fixent les règles des conflits armés. Le lendemain, le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies a adopté une résolution condamnant les opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza. Le texte appelle Israël à mettre fin à son intervention armée et demande la libération des ministres et députés palestiniens arrêtés par l'armée israélienne. Cette résolution a été adoptée par 29 voix contre 11, l'Union Européenne s'y étant opposée, la jugeant partiale, au motif qu'elle n'examinait pas l'enlèvement du soldat israékien ni les tirs de roquettes sur le territoire de l'Etat hébreu. La version finale du texte appelle "toutes les parties en présence à respecter les règles du droit humanitaire international et à s'abstenir de commettre des actes de violence envers les civils". Où en est-on trois jours plus tard ? Le bilan est de 41 morts côté palestinien contre un soldat de Tsahal. Cette fois, l'Union Européenne abandonne ses pudeurs de vierge effarouchée et accuse Israël de recours excessif à la force. L'ONU exige quant à lui un accès immédiat pour l'aide humanitaire, tant la situation devient périlleuse pour la population : Koffi Annan déplore que le bombardement de l'unique centrale électrique de la Bande de Gaza par l'aviation israélienne, le 28 juin dernier, a eu "un impact d'une portée incalculable" sur les hôpitaux et les systèmes d'égouts et de distribution de l'eau de la région. Hier, un bombardement a causé la mort d'une mère et de deux de ses enfants. "Punition collective", disait le communiqué de la diplomatie suisse...
Mise à jour du 12 juillet : 23 Palestiniens tués de plus aujourd'hui, dont 14 civils, parmi lesquels les sept enfants et la femme d'un dirigeant du Hamas (lui aussi assassiné). Halte au terrorisme de l'Etat d'Israël !
30 juin 2006
Israël Gaza Tour 2006
"Les forces israéliennes tentent
de retrouver quelqu'un qui a été enlevé et qui est retenu en otage à
Gaza. Et elles font ce qu'elles peuvent pour le ramener", déclare Tony Snow, porte-parole de la Maison blanche. Et comment s'y prennent-elles ? Elles détruisent des ponts, une centrale électrique, bombardent l'université islamique, le bureau du ministre palestinien de l'intérieur. Arrêtent une soixantaine de cadres du Hamas, dont le vice-Premier ministre, sept ministres et 20 députés. Elus démocratiquement. Deux régiments et demi d'infanterie et de blindés envahissent le territoire palestinien, ce qui représente 5000 hommes. Pour un caporal enlevé, 1,4 millions d'habitants de Gaza pris en otages, dont la moitié sont des enfants. Les puits, pour pomper l'eau, ont besoin d'électricité ou de diesel, pour ceux qui
sont équipés d'un groupe électrogène. La centrale détruite par Tsahal produisait 40 % de l'électricité du territoire, et les autorités israéliennes interdisent toute livraison de carburant depuis quatre jours. Gaza, bientôt, n'aura plus d'eau. En plein été. "Nous assisterons dans quelques jours à une crise humanitaire majeure", prédit Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l'ONU aux Affaires humanitaires. Dans trois jours, pour être précis. Qui pourra arrêter Israël ?
Lire aussi : Israël, la stratégie de l'escalade (14 mars 2006)
Mise à jour du 9 juillet : la Suisse et le conseil des droits de l'Homme de l'ONU condamnent Israël
17 mars 2006
Attaque de la prison de Jéricho : précisions
L'article Israël, la stratégie de l'escalade, publié chez Agoravox, a soulevé là-bas une tempête de réactions (102 commentaires à l'heure où ces lignes sont écrites). Mettant de côté les positions idéologiques des uns et des autres, il apparaît pertinent d'y apporter quelques précisions.
Or donc, l'objectif officiel de tsahal était la capture d'Ahmed Saadate (photo ci-dessus), député palestinien, chef du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) et accusé d'être le commanditaire de l'assassinat en 2001 du ministre du tourisme du gouvernement Sharon, Rehavam Zeevi. J'ai écrit que les dirigeants israéliens s'étaient basés "sur la foi d'informations faisant état de la volonté du Hamas de le libérer". Complétons : l'un des chefs du Hamas, Khaled Mechaal, a déclaré vouloir libérer le détenu, ce à quoi le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a répondu le 7 mars être prêt, à condition que le FPLP accepte de se porter garant de son sort, menacé qu'il serait alors d'un assassinat par l'Etat hébreu. Cette libération n'était par conséquent qu'évoquée, d'autant qu'Abbas l'avait déjà publiquement envisagée il y a un an, sans n'en rien faire. Nous sommes ici dans le contexte de la politique intérieure palestinienne, rendu extrêmement délicat par la constitution en cours d'un gouvernement par le Hamas (sa composition devrait être annoncée samedi prochain). Seul ou avec qui ? Fatah, FPLP ? Les tractations vont bon train et chaque déclaration a ici son importance diplomatique. Toujours est-il qu'il semble bien que la vraie raison de l'attaque israélienne est à chercher elle aussi du côté de la politique intérieure, mais cette fois de l'autre côté de la "barrière de sécurité". Le premier ministre par intérim, Ehud Olmert, fait montre de sa fermeté et marque des points dans la perspective des législatives du 28 mars : à la suite de l'intervention, les sondages accordaient d'ailleurs hier à son parti, Kadima, deux sièges supplémentaires. Saadate quant à lui, depuis la prison de Jérusalem où il a été transféré, conteste la légitimité de la justice israélienne, considérant qu'il a été enlevé de façon illégale, mais nie sa responsabilité dans l'assassinat de Zeevi. Bien qu'il soit le chef du parti qui avait à l'époque revendiqué l'attentat ! Terminons par d'ultimes précisions sur la personnalité de l'ex-ministre du tourisme abattu par le FPLP : Zeevi était le fondateur d'un petit parti d'extrême-droite, Moledet, qui milite pour le "transfert" (volontaire, si possible) des Arabes hors d’Israël. Zeevi a déclaré peu avant sa mort, en février 2001, au quotidien israélien Maariv : « Je ne suis pas de ceux qui disent qu’on devrait les tuer parce que, même s’il y a 10 000 morts de leur côté, il en restera 200 millions, alors que nous sommes 5 millions, et nous serons condamnés par les médias du monde. Nous devons les faire souffrir tellement qu’ils ramperont sur les genoux pour nous mendier la paix », citation reprise par le quotidien belge Le Soir du 18 octobre 2001.
14 mars 2006
Israël : la stratégie de l'escalade
Le Hamas n'est-il déjà pas assez radical ? En prenant d'assaut de façon ultra spectaculaire la prison de Jéricho (Cisjordanie), en plein territoire palestinien, Israël n'a pas manqué de susciter la réprobation unanime du monde arabe et d'alimenter plus encore le sentiment de révolte de la population locale. Gagnants sur toute la ligne (dure), les faucons des deux camps.
Peut-on encore parler de processus de paix ? L’armée israélienne a attaqué hier la prison de Jéricho, en Cisjordanie, afin de capturer des activistes palestiniens qui y étaient détenus depuis 2002, sur la foi d’informations faisant état de la volonté du Hamas de les libérer. Des dizaines de jeeps, des blindés et bulldozers ont lancé l’assaut de façon spectaculaire, tuant deux personnes et en blessant dix-huit autres. Les journalistes de l'agence Reuters présents sur place relatent qu'un hélicoptère a même tiré un missile sur l'édifice. Le raid de tsahal risque de laisser des traces dans l'opinion arabe : on connaît la force symbolique de l'image et les télévisions du monde entier ont diffusé une séquence où les prisonniers, à moitié nus, étaient tenus en respect par les soldats israéliens. A quoi joue le premier ministre par intérim Ehud Olmert ? En termes de politique intérieure, son opération est un incontestable succès : ses principaux adversaires ont salué l'initiative et le favori des législatives anticipées du 28 mars se trouve conforté dans sa position. Mais en ce qui concerne la paix avec les Palestiniens, un pyromane ne s'y serait pas pris autrement.
"Un signal fort à la future Autorité palestinienne"
On pouvait à coup sûr tabler sur une réaction violente et une flambée de colère a effectivement embrasé les territoires : au moins neuf ressortissants étrangers ont été enlevés, des manifestants ont mis le feu au British Council de Gaza et envahi des bâtiments utilisés par l'Union Européenne et une ONG américaine, tandis que le centre culturel britannique de Ramallah (Cisjordanie) était lui aussi attaqué. La plupart des otages ont heureusement été libérés au bout de quelques heures mais deux journalistes français et un Coréen étaient encore détenus hier soir. "Je pense qu'un signal fort est envoyé à la future Autorité palestinienne", a estimé le porte-parole d'Ehud Olmert. "Israël a violé l'accord. Israël a commis un crime", lui a fait écho Nabil Abou Rdainah, premier conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas. La principale cible de l'opération, Ahmed Saadate, chef du Front Populaire de Libération de la Palestine et présumé commanditaire de l'assassinat du ministre israélien du tourisme Rehavam Zeevi en 2001, a été capturé en compagnie d'autres dirigeants du mouvement, tous détenus à Jéricho depuis 2002. Un signal fort, effectivement : tsahal frappe où et quand elle le veut. Mais ces événements illustrent clairement la conception que se fait l'Etat juif de la souveraineté palestinienne, en n'hésitant pas à mener une véritable opération de guerre en pleine Cisjordanie.
L'ONU exprime sa préoccupation
Le négociateur palestinien Saëb Erekat, dénonçant une "colossale provocation", a estimé que l'attaque israélienne "va affaiblir Abbas et les autres modérés". Olmert donne en effet du grain à moudre aux fanatiques et précipite dans leurs bras les populations de Cisjordanie et Gaza. Avec ce nouveau cran franchi dans la radicalisation, ce sont naturellement les faucons des deux bords qui se frottent les mains. Quant aux occidentaux, ils ressortent de cette affaire la queue basse : la prison de Jéricho était supervisée par des observateurs britanniques et américains, qui ont plié bagages avant l'intervention militaire israélienne, invoquant piteusement des impératifs de sécurité. Un autre signal fort que celui-là. Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue Arabe, a du reste accusé Londres et Washington de s'être concertés avec l'Etat hébreu avant l'attaque. Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, de son côté, a exprimé sa préoccupation. Et la caravane passe.
Mise à jour du 17 mars : lire ici.
Lire aussi : Israël Gaza Tour 2006




