Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

01 décembre 2007

Persécution ordinaire d'étrangers en Sarkozie

Nous relayons aujourd'hui un texte signé Pascal Le Mée, que l'on peut retrouver sur son blog Rouge vert rose.

gloria_ali"Aujourd'hui, en France...
La famille Ali est Albanaise. Le père est chauffeur pour un homme politique. Suite à un changement de pouvoir, cet homme politique est tué.
Le chauffeur ainsi que sa famille sont menacés. Son frère est assassiné. Sa mère est agressée.
La famille Ali décide de partir. Partir pour la France avec Sarah, 2 ans, et sa future petite soeur, Léa.
Arrivés en France, ils trouvent un logement, la maman accouche, et Sarah rentre à l'école.
Une partie des Français élisent Nicolas Sarkozy, le ministère de l'immigration et de l'identité nationale est créé, et le nouvel état doit expulser 25 000 personnes en situation irrégulière pour l'année 2007. Dont la famille Ali.
Un matin donc, Sarah ne vient pas à l'école. Elle, sa soeur, sa maman et son papa sont retenus dans un CRA, un centre de rétention administrative.
Là-bas, et pour 32 jours au maximum, les Ali devront demander à être accompagnés pour aller aux toilettes. Pourront sortir dans une cour fermée, bétonnée. Devront être dans leur pièce le soir, sans pouvoir en sortir.
Les jours passent, ponctués par les appels au haut-parleur, "Untel, Chinois ! Untel, Malien !"
Des associations, des avocats, des citoyens, des parents d'élèves viennent tous les jours devant les grilles du CRA, pour demander à ce que les enfants soient relachés, que Sarah puisse aller faire taire les inquiétudes de ses camarades qui demandent pourquoi sa chaise est vide à l'école. Et parce que la loi de 1945 est encore valable, qui dit qu'aucun mineur ne peut être retenu, et qu'il a le droit d'aller à l'école. Peine perdue.
Dans ce non-lieu, aucun journaliste n'est admis. Personne ne peut y entrer à part la police.
32 jours à vivre avec deux enfants en bas âge, dans une pièce aux fenêtres grillagées.
Le 32e jour, on voit partir une voiture banalisée, deux heures avant le terme de l'incarcération, non, pardon de la rétention.
Elle emporte la famille Ali, qui est reconduite en Albanie.
La mère pleure. Sarah lui dit qu'il ne faut pas avoir avoir peur. C'est chouette l'avion, tu vas voir maman, ça fait pas peur.
25000 expulsés, c'est 75 millions d'euros à débourser par l'état, pour ceux qui aiment les chiffres et l'argent.
C'est aujourd'hui, en France. C'est un reportage passé à la radio.
M. Ali, ça pourrait être moi. Sarah et Léa, ça pourrait être mes filles. La dame qui pleure ça pourrait être ma femme.
J'ai honte.
L'émission, c'est Éloignement forcé, et ça peut s'écouter  ."

A lire aussi sur le même sujet l'article de RESF.

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28 novembre 2007

Villiers-le-Bel : qui sème la haine...

azouz_begag"Cela fait 25 ans que le feu couve, mais le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle a jeté des bidons d'essence sur cette poudrière avec sa sémantique guerrière. Les jeunes des banlieues ont très bien compris qu'ils avaient été utilisés comme des appâts au bout du crochet électoral de Nicolas Sarkozy. Tout ça pour racler 5% de voix au Front National. Et lorsque l'on sème la haine, on récolte la tempête...", analyse Azouz Begag, ancien ministre à l'Egalité des chances du gouvernement Villepin, depuis rallié au Modem, qu'une vive polémique avait opposé à celui qui est désormais Président de la République. Nous invitons du reste ce dernier à ne pas trop en rajouter dans le "discours de fermeté" qui fait se pâmer les médias. Evidemment que les violences qui se sont produites à Villiers-le-Bel sont inadmissibles. 82 policiers blessés : joli carton ! Mais pourquoi donc les "jeunes" s'en prennent-ils avec une telle hargne aux forces de l'ordre ? Deux d'entre eux meurent dans une collision entre leur mini-moto et une voiture de police, apparemment sans que la responsabilité des fonctionnaires ne soit engagée (attendons néanmoins l'enquête). Mais cette version apparaît suspecte a priori et la révolte s'embrase aussitôt. Comme fin mars à la gare du Nord, quand l'arrestation musclée d'un resquilleur avait dégénéré en plusieurs heures de violence. Comme, bien sûr, lors des émeutes de 2005, où le décès de Zyed et Bouna, électrocutés dans un transformateur d'EDF pour avoir fui la police, avait fait office d'étincelle, le matamore qui officiait alors à l'Intérieur étant allé déclarer qu'ils n'étaient pas poursuivis !

Soyons clair : le problème des banlieues ne date pas de Sarkozy. Mais la façon dont il a stigmatisé leurs habitants - Begag a raison -, pour convaincre les électeurs du Front National de voter pour lui (avec succès), a incontestablement aggravé la situation. Rappelons-nous que le candidat à la présidentielle a déclaré : "qui ne voit qu'il y a un lien évident entre la politique d'immigration non maîtrisée depuis 30 ou 40 ans et l'explosion sociale dans nos quartiers ? Ca crève les yeux qu'il y a une liaison entre les deux". Immigration = criminalité : Le Pen l'avait dit... Mais Le Pen n'est pas Président, Sarkozy (hélas) si. Et c'est sous son règne qu'un certain nombre de policiers se la joue décomplexé. Vu dans un hallucinant reportage en caméra cachée de TF1 (dans le magazine Sept à huit, en 2005), ce policier qui s'adresse à un jeune des quartiers périphériques de Lyon : "Tu veux que je t’emmène dans un transformateur ?" "Eh ! Tu veux griller toi aussi avec tes copains ? Tu veux aller dans un transfo ? Ramène ta gueule, on va t’y mettre, lance un ArrestationBanlieuedeuxième policier. Que le quartier se calme ou pas, on s’en branle. Nous, à la limite, plus ça merde, plus on est content !" Il faut savoir que le harcèlement dans les cités est quotidien, et même pire, certains déplorant des contrôles plusieurs fois par jour. Avec discours irrespectueux à l'appui et tutoiement de rigueur. Forcément, quand on traque les sans-papiers pour atteindre les quotas, on contrôle les basanés. Comment s'étonner dès lors que le moindre incident, dans un tel contexte, mette le feu aux poudres ? "Depuis 2005, tout le monde savait que ça allait exploser à nouveau", ajoute Azouz Begag.

Et de fait, permettons-nous de citer un billet de Plume de presse qui date d'octobre 2006 : «La plupart des conditions qui ont amené, il y a un an, un déclenchement de la violence collective, sur une grande partie du territoire métropolitain, sont toujours réunies», annonce froidement le rapport des Renseignements généraux baptisé État des lieux dans les quartiers sensibles, un document confidentiel qui l'est beaucoup moins depuis que Le Figaro en publie des extraits dans son édition d'hier. La plupart des conditions sont toujours réunies, donc. Mais alors, en un an, qu'a fait le tout puissant ministre d'Etat pour la sécurité publique ? Les RG sont inquiets, mais heureusement, pas Nicolas Sarkozy : «Il n'y a pas, à ce jour, de signes avant-coureurs d'une nouvelle émeute», assure-t-il. On peut avoir confiance, c'est le même qui écrivait en 2004 : «Que disait-on il y a deux ans quand je suis arrivé au ministère de l'Intérieur ? Il va jouer au superflic. Les banlieues vont s'embraser. Résultat : il n'y a pas eu de révolte et la criminalité a baissé sensiblement», dans son livre La République, les religions, l'espérance. Quel flair !"

Deux ans plus tard, le constat est identique. Qu'a-t-on fait après les terrifiantes émeutes de 2005 pour s'assurer que pareille explosion ne se reproduise pas ? A Villiers-le-Bel, un incroyable déploiement de force a ramené le calme. Mais parions que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le brasier se rallumera tôt ou tard. Et ce ne sont pas les postures caricaturales de fermeté qui arrangeront quoi que ce soit. Au contraire.

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27 novembre 2007

Sarkozy antisocial : la preuve par trois

sarkozy_pi_ce_d_orAprès son coup d'éclat initial du coeur de l'été, le vote de la loi mensongèrement dite "en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat" et son fameux "paquet fiscal", constitué de 14 milliards d'euros de cadeaux aux privilégiés, le pouvoir sarkoziste est bien obligé de compenser ses largesses sélectives par des économies - la France est "en faillite", déplore Fillon après avoir vidé les caisses ! Alors on tape les plus faibles. Ça commence par les franchises médicales, impôt frappant ceux qui sont coupables d'être malades, qui rapportera 850 millions. Ça continue avec le dossier de l'Allocation Equivalent Retraite : 953 euros par mois étaient jusqu'à présent accordés à des chômeurs non indemnisés disposant de 160 trimestres de vie professionnelle mais n'ayant pas atteint l'âge de 60 ans, pour leur fournir un revenu de substitution en attendant qu'ils puissent pervevoir leur retraite. Après avoir dans un premier temps purement et simplement supprimé cette AER, le gouvernement fait mine de faire machine arrière, le ministère du Travail annonçant : "Il devrait y avoir un amendement du gouvernement pour annuler la suppression de l'AER et maintenir le dispositif pour les bénéficiaires à venir". Ouf, se dit-on. Pas si vite : "Quand nous aurons le cadre global de la réforme des retraites [courant 2008], nous pourrons réexaminer la possibilité de supprimer l'AER ou de faire évoluer le dispositif", corrige-t-on du côté du ministère de l'Economie. On note d'abord que la suppression n'est pas exclue. Et l'on se demande ensuite ce que signifie "faire évoluer le dispositif". Eh bien c'est tout simple : au lieu des 160 trimestres validés, on ne retiendrait plus que ceux qui ont effectivement été cotisés, ce qui exclut le service militaire, les trimestres pour élever les enfants et les périodes de chômage. Or les bénéficiaires de l'AER sont, rappelons-le, chômeurs en fin de droits donc de longue durée. Au final, il est quasiment impossible d'avoir effectivement cotisé 160 trimestres, "sauf si on est un homme qui n’a pas fait son service militaire et qui a commencé à travailler avant 18 ans sans avoir été malade ni connu le chômage", comme le résume Actu chômage. On a donc le choix entre la suppression de l'allocation ou celle des allocataires ! Economie ainsi réalisée : 60 millions d'euros. Justification officielle : "sortir d'une vision incitant les séniors à se retirer précocément du marché du travail". Comme si l'impossibilité de retrouver un emploi à partir d'un certain âge, plus personne ne voulant vous embaucher, était imputable aux séniors ! Qu'à cela ne tienne, qu'ils se débrouillent. Ils ne touchent plus d'allocations chômage et pas encore leur retraite ? Et alors ? Les Restos du coeur et l'Armée du salut ne sont pas faits pour les chiens !

h_4_ill_940917_sarkozyEvidemment, les 60 millions de l'AER ne suffisent pas et il faut encore faire d'autres économies. Voilà donc que l'an prochain, les personnes âgées de plus de 60 ans et au revenu fiscal inférieur à 9 437 euros, ainsi que celles de plus de 65 ans et non imposables, qui étaient jusqu'alors exonérées de la redevance audiovisuelle, devront désormais acquitter ses 118 euros annuels (en augmentation de 2 euros l'année prochaine). Sont concernés 780 000 foyers et 850 000 personnes, qui rapporteront donc 92 millions d'euros. Quel cynisme d'ainsi frapper ceux qui subsistent à peine avec une retraite famélique ! Et quelle ingratitude de la part de Sarkozy, quand on sait la part prépondérante prise par le "vote vieux" dans son élection...

Sortons les calculettes : la suppression de l'AER et de l'exonération de redevance pour séniors aux revenus modestes rapporteront environ 152 millions. Mais dans le même temps, voilà que cet incorrigible gouvernement recommence avec ses cadeaux! Celui-ci est emblématique : la suppression de l'impôt sur les transactions boursières. Celles-ci étaient jusqu'à présent taxées de 0,3% pour celles qui étaient inférieures à 153 000 euros, et de 0,15% seulement au-delà. Mais il s'agit de rendre la Bourse de Paris plus compétitive, et l'on a donc décidé de laisser les spéculateurs faire leurs juteux bénéfices sans qu'ils ne contribuent plus un minimum à la solidarité nationale. Sarkozy prétend défendre la valeur travail mais il favorise les rentiers ! L'impôt boursier aurait rapporté 260 millions d'euros en 2008. Voilà donc un rapprochement saisissant : après avoir piqué dans les poches des pauvres 152 millions, on garnit celles des riches de 260. Robin des bois à l'envers. Ce que notre camarade Fontenelle stigmatise ainsi dans un billet rageur de Vive le feu! : "le régime haineux et revanchard qui prétend régner sur nos vies est absolument décidé, en même temps qu'il (res)serre jour après jour la ceinture des plus démuni(e)s, à maintenir aux plus fortuné(e)s un régime particulier, non de retraite mais d'impôts - en les comblant de présents dont le coût sera supporté par la collectivité. Absolument décidé à prendre aux pauvres, pour gaver les riches." AER, redevance et impôt boursier : Sarkozy antisocial, la preuve pas trois.

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24 novembre 2007

Un message du Président aux étudiants en colère

SARKO_antiGREVES
Vous allez retourner bosser vite fait, bande de feignants de gauchistes !

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19 novembre 2007

Tests ADN : la droite à son propre piège

ADN_autocollant"Le Conseil constitutionnel valide les tests ADN", ont titré nombre de médias à la suite de la décision des "sages" concernant la loi sur l'immigration de Brice Hortefeux. "Avec des réserves", ont ajouté les plus prudents. Mais des réserves qui changent tout ! Le Conseil constitutionnel a en réalité pris la majorité UMP à son propre piège.

Photo : Pescade

Les Tartuffe défenseurs de l'instauration des tests ADN ont toujours prétendu que cette disposition était destinée à offrir un nouveau droit aux demandeurs du regroupement familial, celui de recourir volontairement à une telle preuve. Comique distorsion entre cette présentation, mettant en avant des visées généreuses et humanitaires, et les arrière-pensées de Thierry Mariani, ultra droitier député auteur de l'amendement ADN, et du ministre de la Persécution des étrangers, Brice Hortefeux : évidemment que l'instauration des fameux tests était imaginée pour restreindre le nombre de candidats admis au regroupement familial ! Puisque toute la philosophie de la politique sarkoziste en matière d'immigration est de faire baisser le nombre d'étrangers vivant sur notre sol, à grands coups de quotas d'expulsés, pour complaire à son électorat raciste. Le message politique adressé par le gouvernement avec ces tests ADN est limpide : "regardez comment on lutte contre l'invasion des immigrés : on va coincer les resquilleurs en les obligeant à apporter la preuve génétique". Oh, bien sûr que l'amendement n'énonçait pas ce caractère obligatoire : c'est le demandeur, librement, qui pouvait choisir d'y faire appel. Et librement, voir son dossier rejeté en l'absence de test... Voilà comment les hommes du ministère de l'Identité nationale comptaient utiliser cette disposition, comme une arme supplémentaire pour interdire le regroupement familial, pourtant déjà excessivement difficile à obtenir (combien d'immigrés depuis plus de dix ans en France attendant toujours l'autorisation de faire venir leur famille ?). Mais évidemment, un discours franc en la matière ferait trop mauvais genre - jusqu'à indigner le bien-pendant Philippe Val, c'est dire ! Alors on minaude que, pas du tout, on ne veut pas les refouler en masse, ces gentils immigrés, et que ces tests représentent simplement une possibilité de plus, gentiment offerte pour leur montrer à quel point on les aime... C'est là que la décision du Conseil constitutionnel, avec ses fameuses réserves, est maligne en diable : elle prend la majorité au mot et encadre le recours aux tests de façon à en interdire toute exploitation qui se ferait au détriment du demandeur.

Lisons ce qu'explique Maître Eolas dans son Journal d'un avocat : "La loi, pour permettre le recours à un test ADN, exige plusieurs conditions. (...) si ces étrangers établissent leur filiation conformément à la loi qui s'applique à leur nationalité, l'administration sera tenue de s'y plier et ne pourra pas demander un test ADN en plus. Ces tests ne seront donc qu'un mode de preuve subsidiaire, proposé uniquement à un étranger sollicitant un regroupement familial et ne pouvant établir sa filiation par la preuve prévue par la loi du pays dont son enfant a la nationalité, ou si l'administration démontre le sérieux de ses doutes sur l'authenticité de l'acte produit." La charge de la preuve est renversée pour peser sur l'administration, heureuse précision. "Ainsi interprétée, écrit encore Eolas, la loi ne peut être utilisée par l'administration pour remettre en cause toute filiation qui lui semble simplement douteuse sans qu'elle ait à s'expliquer sur les raisons de son scepticisme, mais seulement proposer un tel test à la place du refus de visa pur et simple, test qui sera autorisé finalement par le juge après débat contradictoire. Bref, le test ADN sera une exception." Bertrand mathieuMathieu, Professeur à l'université Panthéon-Sorbonne Paris-I et directeur du Centre de recherche de droit constitutionnel, va plus loin dans un article publié par Les Echos: "Les conditions dans lesquelles il pourra être recouru à de tels tests rendent le dispositif quasi inapplicable", annonce frontalement l'exergue de sa tribune. L'on pourrait donc se réjouir qu'ainsi retoqué, l'amendement ADN se voit privé de toute sa potentielle nuisibilité. D'autant que le Conseil constitutionnel réaffirme que l'enfant adopté conserve ses droits au regroupement familial, alors que la possibilité de faire procéder à un test ADN est pour lui de fait exclue. Mais justement à ce propos, Bertrand Mathieu tique : un enfant naturel peut prouver sa filiation, mais "un enfant adopté, dont les actes relatifs à son adoption ont été perdus, et qui ne peut pas apporter la preuve de sa filiation par possession d'état, pourrait ne disposer d'aucun moyen d'établir sa filiation. Ainsi, il est permis de voir dans cette différence de traitement une discrimination en fonction des origines génétiques." Le ver serait-il alors dans le fruit ? "Mais comment ne pas voir que les discriminations génétiques sont susceptibles de constituer, à terme, l'une des plus graves atteintes au principe d'égalité ?, poursuit l'universitaire. L'on peut comprendre que la prudence ait incité le juge à ne pas censurer. On aurait attendu que, saisi pour la première fois de cette question, il pose un principe fondé sur l'article 1 de la Constitution, justement invoqué par ailleurs, en affirmant, par exemple, que «l'identification génétique d'une personne ne peut conduire à une discrimination fondée sur ses origines». La question de savoir s'il y avait, ou non, en l'espèce, discrimination était seconde. Parfois de petites affaires font naître de grandes décisions, ce n'est pas ici le cas." En somme, le Conseil constitutionnel a raté l'occasion de poser un garde-fou pour l'avenir. Quant à son interdiction des statistiques ethniques, le sujet est complexe, certains de leurs défenseurs parlant au nom de la lutte contre les discriminations. On mesurerait mieux le racisme si l'on pouvait connaître la répartition ethnique précise, invoquent-ils. Mais d'autres campent sur une position simple : on ne compte pas les noirs, n'en déplaise à Finkielkraut ou Frêche, ni les Arabes, ni les blancs ou les jaunes! Nous laissons le débat ouvert aux brillants commentateurs de Plume.


16822087La palme de l'hypocrisie attribuée haut-la-main à François Fillon !
"Les réserves d'interprétation formulées par le Conseil constitutionnel rejoignent les préoccupations du gouvernement, qui s'est efforcé tout au long de la procédure législative d'encadrer le dispositif en prévoyant son caractère facultatif, gratuit" : c'est sans doute pour ça que l'assemblée des "sages" a été obligée de bien réaffirmer longuement tout ça et de fixer les limites auxquelles le gouvernement avait justement laissé la porte ouverte...

La représentation du Premier ministre en plante verte provient de Médias libres.

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17 novembre 2007

Lagardère, Sarkozy et la république bananière

Arnaud_Lagard_reLa scène s'est déroulée le 25 octobre dernier mais elle nous avait échappé. Un aimable correspondant nous a alerté sur cette vidéo tournée durant l'audition d'Arnaud Lagardère devant la Commission d'enquête parlementaire à propos de l'affaire EADS. L'échange reproduit est proprement hallucinant. Jérôme Cahuzac, député socialiste, l'interroge ainsi : "puisque vous avez parlé de l'aide que vous a apportée le ministre de l'Economie et des Finances de l'époque, M. Sarkozy, quelle fut cette aide ?" Réponse de Lagardère : "Alors, on a droit à un joker ici, hein, non ? un seul ? eh bien, je veux bien appeler le public, appeler un ami, demander un 50/50, moi je sais pas... Je fais ce que vous voulez mais, très franchement, je préfère ne pas répondre à cette question." Eclat de rire général. Non mais on rêve !

Voilà un homme qui a retiré un bénéfice de deux milliards d'euros de la revente de ses actions EADS et sur qui pèsent de lourds soupçons de délit d'initié : il a vendu deux semaines après qu'un document interne alertait les dirigeants d'EADS à propos des retards de livraison prévus pour les appareils A380, retards ayant déclenché, une fois annoncés publiquement, la dégringolade vertigineuse que l'on sait. Pour corser l'affaire, une réunion entre dirigeants s'est tenue le lendemain de l'envoi du document interne en question... mais sans qu'ils abordent le sujet, veut-on nous faire croire sans rire ! De la même façon que Lagardère ne plaisantait pas en déclarant : "J'ai le choix entre passer pour malhonnête ou pour incompétent, qui ne sait pas ce qui se passe dans ses usines", précisant qu'il fallait retenir la deuxième alternative. Ben voyons. Dernier épisode en date, l'Autorité des marchés financiers, le gendarme de la bourse, a dénoncé un "délit d'initiés massif", concernant 1200 dirigeants. Tout ce monde-là, au plus haut niveau, et pas Lagardère ? C'est ce qu'il prétend, même s'il faut beaucoup de bonne volonté pour ne serait-ce que faire semblant de croire à ses sarko_doigt_point_balivernes. Ajoutons la circonstance aggravante que la lucrative opération de Lagardère a en partie été réalisée sur des fonds publics, la Caisse des dépôts et consignations y étant allée de 126 millions d'euros de perte après impôt. L'affaire est donc tout sauf anecdotique. Ajoutons que le Président Sarkozy a déjà présenté en public Lagardère comme son "frère". Et voilà donc cet homme que tout accuse, interrogé par un élu de la République dans le cadre d'une Commission parlementaire, qui se permet de plaisanter et refuse de répondre sur la nature de l'aide apportée par son "frère", justement, alors ministre de l'Economie ! Et le Président Sarkozy, qui ne cesse d'invoquer la transparence, qu'en dit-il ? On peut penser que des journalistes vont le questionner là-dessus. Ah pardon, non, personne ne le lui demande... Pauvres médias. Comme s'il était normal qu'un ministre aide personnellement un grand patron, fût-il son ami intime ! On croyait que les membres du gouvernement devaient s'occuper de l'intérêt général, non favoriser des intérêts privés... Alors comment Sarkozy a-t-il aidé Lagardère ? Dans une démocratie, on est tout de même en droit de le savoir ! L'homme d'affaires est-il si intouchable qu'il se permette de ridiculiser une Commission parlementaire et de l'envoyer bouler ? Non, Lagardère, vous n'avez pas droit à un joker ! Si nous étions encore dans une vraie démocratie, les parlementaires exigeraient une réponse. Là, ça fait rire tout le monde. Cette république est bananière, décidément.

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14 novembre 2007

Les délinquants au pouvoir

Après les casseroles traînées par deux membres du gouvernement, André Santini et Bernard Laporte, voilà que le conseiller spécial de Fadela Amara vient d'être condamné pour escroquerie. Dire que Sarkozy accusait la gauche de "soutien à la délinquance" !

"L'autorité et le respect, c'est de notre côté. La fraude et le soutien à la délinquance, c'est de l'autre côté", déclarait un Nicolas Sarkozy en campagne électorale fin mars, à la suite des incidents de la gare du Nord. "Où a-t-il vu que j'ai soutenu les fraudeurs? C'est lui qui a prononcé l'amnistie pour Guy Drut", avait alors protesté Ségolène Royal, et c'était bien vu : intraitable avec le resquilleur pour 1,40 euros, compréhensif avec les 120 000 euros perçus à titre d'emploi fictif par le député olympique et ancien ministre UMP, comme il sait l'être envers les malversations de son ami Patrick Balkany. C'est comme ça avec la droite sarkoziste : tolérance zéro pour les petits voyous mais pas un mot sur les délits financiers dans sa loi de prévention de la délinquance... Mais ça, c'était avant l'arrivée au pouvoir. Et que constate-t-on aujourd'hui ? Que "le soutien à la délinquance" que Sarkozy dénonçait du côté de la gauche (et aussi du Moudem, pour faire bonne mesure) est une accusation que l'on pourrait retourner contre lui, à en juger par le pedigree de certains de ses amis, jusqu'au cœur du gouvernement.

Il y a André Santini, secrétaire d'État auprès du ministre du Budget, chargé de la Fonction publique, mis en examen pour "prise illégale d'intérêt", "faux" et "détournement de fonds publics", dans l'affaire du projet (avorté) de création d'un musée d'art contemporain à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), la ville dont il est député-maire. Il y a Bernard Laporte, secrétaire d'Etat chargé des Sports sous le coup d'enquêtes fiscales pour "présomptions de détournements d'actifs, dissimulations de recettes d'établissements, majoration artificielle des charges, double comptabilité, travail au noir", et contre qui une plainte a été déposée pour "favoritisme" et "tentative d'extorsion" (toutes affaires en passe d'être soigneusement étouffées, ainsi que l'explique Marianne). Pour ces deux cas, Sarkozy met en avant la présomption d'innocence. Mais Mohammed_Abdiil faut désormais ajouter à cette liste Mohammed Abdi, conseiller spécial de Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Politique de la ville (et secrétaire général de "Ni putes ni soumises"), pour lequel le bénéfice du doute est impossible. Il vient en effet d'être condamné à 18 mois de prison (dont 12 avec sursis) pour escroquerie. C'est Le Parisien d'aujourd'hui qui révèle l'arrêt de la Cour de cassation, rendu dans la semaine du 5 novembre, confirmant le verdict de la Cour d'appel datant de mai 2006. Les faits remontent à 1992, lorsque Abdi travaille pour une société de gardiennage, FBL-Services : "Directeur des ressources humaines, il s'occupe des contrats de travail, explique Le Parisien. Par souci de rentabilité, FBL-Services, en mauvaise situation financière, a recours à des contrats de qualification. Dans ce domaine, la loi oblige l'employeur à fournir au jeune embauché une formation assurée soit à l'extérieur, soit au sein de l'entreprise à condition d'être agréée. En contrepartie, l'employeur est exonéré de certaines charges patronales et peut obtenir le remboursement des frais de formation engagés auprès de divers organismes. Pour former ces jeunes, FBL passe par la société Distri Conseil, puis Access Centre Auvergne, fondée en mars 1997 par Abdi. Deux coquilles vides. (...) Le mécanisme de la fraude reprochée est simple. FBL a produit de fausses attestations de formation et de fausses feuilles de présence pour se faire payer les frais de formation. Au début de l'enquête, le PDG de FBL, Jean Bousige, a admis que la formation dispensée par Distri Conseil pouvait être qualifiée de «bidon» ou de «virtuelle»." La Cour d'appel de Lyon n'est pas tendre avec Abdi, dénonçant "son implication de tous les instants dans ce mécanisme d'escroquerie, en parfaite connaissance de cause et sans état d'âme" et faisant observer qu'il était "particulièrement aisé d'abuser de jeunes en situation de difficultés".

fadela_amara1La secrétaire d'Etat à la politique de la ville a refusé de commenter la condamnation de son proche collaborateur. On comprend qu'elle soit gênée aux entournures : puisque le verdict de la Cour d'appel est tombé en mai dernier, elle était pertinemment au courant de la casserole que traînait derrière lui Abdi, ce qui ne l'a pas empêchée de le nommer conseiller spécial. Bravo Fadela Amara ! Un escroc au coeur d'un cabinet ministériel ? On ne doit décidément plus s'étonner de rien en Sarkozie.

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11 novembre 2007

Pouvoir d'achat : la gueule de bois des ex-sarkozistes

On sait à quel point le Président s'appuie sur les sondages pour naviguer, parfois à vue, et parer son action des atours de la légitimité : "les Français veulent que je poursuive les réformes", etc. Or s'il est un domaine dans lequel sa faillite - ô combien prévisible - est patente, c'est bien le pouvoir d'achat. Souvenons-nous de la campagne électorale : la seule réponse à cette question dans le programme du candidat Sarkozy résidait dans la tarte à lagarde_pouvoir_d_achatla crème du "travailler plus pour gagner plus". Sa traduction concrète se trouve dans la loi dite "en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat" (Tepa), défendue par l'ultralibérale Christine Lagarde, ministre de l'Economie sarkoziste. Arrêtons-nous sur la dénomination-même de cette loi, si caractéristique de la pratique d'un pouvoir qui a érigé le mensonge en système. En faveur du travail ? Mais elle favorise les héritiers, désormais exonérés des droits de succession, qui auront la possibilité de... ne pas travailler, mais de faire bosser les autres : la France du travail de Sarkozy est en réalité celle des rentiers, les cadeaux consentis aux privilégiés leur garantissant d'être bien certains de le demeurer de façon héréditaire. En faveur de l'emploi ? Mais la défiscalisation des heures supplémentaires incite à faire travailler davantage les salariés en poste plutôt qu'à embaucher ! En faveur du pouvoir d'achat ? Exact pour celui des plus riches, désormais protégés par le bouclier fiscal à 50%. Mais les autres ? Lagarde, suivant la voix de son maître, sort sa solution miracle comme un prestidigitateur un lapin de son chapeau : "Selon la formule désormais célèbre, travailler plus permettra à chacun de gagner plus" prétendait-elle le 10 juillet dernier au micro de l'Assemblée nationale. Evidente imposture, puisqu'elle fait mine d'ignorer que ces heures supplémentaires ne concernent pas tout le monde : quid des chômeurs, des professions libérales et des salariés auxquels leur patron ne permettra pas d'en faire ? Parce qu'il faut rappeler que c'est bien le patronat qui en décide, étant de fait le vrai bénéficiaire de cette disposition qui lui permet de généraliser la technique qu'Agnès Maillard appelle, sur le blog Equilibre précaire, Le salarié au sifflet : proposer des contrats à temps très partiel, puisant dans les heures supplémentaires exonérées de charges quand le besoin s'en fera sentir. "Avec un CDI à temps très partiel, le salarié a absolument besoin de travailler plus, explique Agnès. Pour travailler plus comme le dit si bien le petit Nicolas, c’est en fonction des besoins de l’entreprise, pas de ceux du salarié. Lequel est appelé quand il y a du travail, des périodes d’affluence, des absences. Donc il y va. Et heures_sup_tractplus il y va, plus il ferme sa gueule et plus il accepte tout et n’importe quoi, plus il aura d’heures de travail complémentaires, jusqu’à arriver à une trentaine d’heures. Donc pas assez pour le sortir de la pauvreté et de la précarité. Juste de quoi surnager encore un peu." Sa démonstration prend appui sur l'exemple d'un salarié de Décathlon à qui est proposé un CDI de 15 h par semaine, qui lui garantit exactement 537 euros bruts par mois, soit à peine plus que le RMI mais avec des frais supplémentaires ("vêtements décents pour aller bosser, transports pour le trajet travail-domicile, garde des nains, restauration extérieure", énumère le billet d'Equilibre précaire). Pour le plus grand bénéfice de l'entreprise, à qui est fourni un formidable outil pour gérer sa main d'oeuvre en flux tendu, comme on le fait d'un stock de marchandises.

Le remède miracle de Sarkozy pour améliorer le pouvoir d'achat n'est donc qu'une fumisterie, ce dont l'opinion commence - enfin ! - à se rendre compte. Michel Husson, économiste, administrateur de l’INSEE, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales et membre de la Fondation Copernic, donne quelques exemples des difficultés d'application du "travailler plus pour gagner plus", dans un article publié par la revue Regards et reproduit sur Le grand soir : "il n’y pas grand-chose à espérer des heures supplémentaires. La lettre Gestion sociale du 2 novembre 2007 montre au contraire que c’est un «nouveau sujet de tension». Ainsi, 30 % des 23 000 salariés de Carrefour voudraient bénéficier du nouveau régime mais ils viennent de découvrir que ce n’est possible que si le patron en fait la demande. Leur PDG n’en a pas l’intention, d’autant plus qu’une convention d’entreprise lui permet de faire faire «jusqu’à six heures de plus par semaine, à tarif inchangé». Aux Aéroports de Paris, autre cas de figure : les salariés pourront passer de 35 heures à 37h 1/2 par semaine sans gagner plus, parce qu’ils sont annualisés et que le patron «a fait ajuster pauses et congés payés». Il faudrait de toute manière qu’ils travaillent plus de 1607 heures par an pour pouvoir bénéficier de la loi Tepa. Quant aux cadres au forfait, il leur faut effectuer plus de 218 heures supplémentaires par an pour «gagner plus». L’opacité de la loi et les libertés d’interprétation qu’elles donnent au patron ont rendu nécessaires deux tables rondes au Crédit Lyonnais. Enfin, chez Cora, les élus du personnel veulent remettre à plat l’aménagement du temps de travail. Cette loi sur les heures supplémentaires condense toutes les arnaques dont est capable ce gouvernement et elle risque de faire voler en éclat le discours publicitaire de Sarkozy. Il faudrait pour cela deux choses : que les salariés qui font des heures supplémentaires s’aperçoivent qu’ils se font rouler dans la farine et que les salariés, pris dans leur ensemble, constatent que la loi sert de prétexte à un gel général des salaires. Sarkozy est déjà plus regards_couv__dec07coincé qu’il n’y paraît. La hausse du blé, du lait ou du pétrole ne sont pas de son fait, mais il ne peut faire valoir cet argument parce que c'est lui qui augmente la franchise médicale, baisse les retraites et qui aura besoin d’augmenter les impôts, sous une forme ou une autre, pour payer les cadeaux qu’il a faits aux riches. C’est aussi lui qui refuse, cela va de soi, toute augmentation des cotisations patronales ou de l’impôt sur les revenus financiers et les super-profits pétroliers. Sa stratégie d’offensive tous terrains risque de se briser assez vite sur les résistances qui s’élargissent tous les jours. Admettons même qu’il sorte sans trop de dégâts de son bras de fer sur les régimes spéciaux. Le mécontentement social qui s’approfondit autour de la question du pouvoir d’achat n’en sera pas effacé pour autant et la moindre mesure jugée insupportable pourra, sur le modèle du CPE, être l’étincelle qui déclenche un nouveau «tous ensemble». Et si Sarkozy ne tenait pas la distance ?"

Si nous parlions de sondages au début de ce billet, c'est justement que l'un d'entre eux montre ce basculement de l'opinion : le pouvoir d'achat est la préoccupation prioritaire de 48% des personnes sondées et 71% des mêmes estiment que les mesures prises par le gouvernement ne sont "pas efficaces" pour l'augmenter, contre moins d'un quart (24%), nous enseigne l'enquête CSA publiée vendredi dans Le Parisien/Aujourd'hui en France. Le dispositif de détaxation des heures supplémentaires est en vigueur depuis le 1er octobre. 71% des Français viennent de s'apercevoir qu'il n'arrangera en rien leur situation. 71% des Français viennent de s'apercevoir qu'on s'est payé leur tête. Combien d'ex-sarkozistes se repentent aujourd'hui amèrement d'avoir voté pour le roi bling-bling ? C'est sur le terreau de ce mécontentement-là que peut germer le refus des réformes antisociales voulues par le bonimenteur sur talonnettes. Soutien aux grévistes qui défendent, au-delà des régimes spéciaux, le système français des retraites, et aussi aux étudiants qui refusent la privatisation de l'université : tous dans la rue !

PS : le tract Travailler plus pour dépenser plus ? reproduit plus haut provient d'Indymédia Marseille.
 

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09 novembre 2007

Le dangereux flirt de Sarkozy avec les organisations juives

val_rie_hoffenbergrichard_prasquierNous nous émouvions récemment du fait qu'à l'occasion de sa visite aux Etats-Unis, le Président Sarkozy allait rencontrer les représentants des principales organisations juives américaines - et pas musulmanes, ce qui nous semblait prêter le flanc à la critique de parti-pris en faveur d'Israël, au détriment du peuple palestinien. Il s'agissait en réalité de ceux de l'American Jewish Committee. Ce que nous ignorions, c'est que dans la liste des invités personnels du chef de l'Etat, avec Laurence Parisot, présidente du MEDEF, figuraient Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, et Valérie Hoffenberg, directrice de la branche française de l'AJC. Ajoutons que Sarkozy sera l'invité d'honneur en février du dîner annuel du CRIF, à l'occasion duquel il prononcera un discours. C'est la première fois dans l'histoire que le Président accepte de participer à cette emblématique manifestation communautariste (Chirac avait été invité mais avait décliné). La tradition veut que ce soit le premier ministre, ce que l'ancien président de l'organisation Théo Klein, qui avait lancé ces dîners en 1985, expliquait ainsi : "Il dirige le gouvernement. Avec lui, vous pouvez avoir un dialogue. Avec le chef de l’Etat, c’est beaucoup plus difficile. Son statut l’interdit". Il semble qu'avec Sarkozy, ce statut ait changé. "Le président de la République ne saurait être confondu avec aucune faction. Il doit être l’homme de la nation tout entière, exprimer et servir le seul intérêt national", disait le général de Gaulle. Qu'en pensent les militants français de la cause palestinienne ?

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08 novembre 2007

Sarko Assistance, rapatriements express

airbus_sarkoAinsi donc, Sa Boursouflure a promis, à propos des membres de l'Arche de Zoé détenus au Tchad : "J'irai chercher ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait". Déclaration venant après son spectaculaire aller-retour de Paris à N'Djamena pour ramener en France les trois journalistes - et déposer en route à Madrid les hôtesses de l'air espagnoles. Comme s'il était utile qu'il prenne lui-même l'avion, physiquement ! C'est Sarko Assistance ou quoi ? Dans le genre "je prends les gens pour des cons", il fait encore une fois très fort. Mais après tout, pourquoi se priver ? Les gens l'ont bien élu, avec sa politique spectacle à deux balles, ses grosses ficelles, ses incohérences et ses mensonges. Sauf que sa popularité baisse mois après mois - bien qu'elle reste encore beaucoup trop élevée à notre goût. Donc ça commencerait peut-être un peu trop à se voir ? Signalons à Sarkozy qu'il y a environ 1700 Français détenus dans le monde pour des motifs divers et variés. S'il allait les chercher tous, au moins, ça nous ferait des vacances.

logo_arche_de_zo_Mais le problème, c'est la souveraineté des Etats. Embêtant, ça. Que Sarkozy se pointe et exige de repartir avec les ressortissants français, et on peut lui rétorquer : "désolé, Monsieur le Président, mais la justice de notre pays est indépendante et souveraine". Zut alors. Et ces sacrés Tchadiens, c'est justement ce qu'ils disent. Pire, les déclarations du matamore de l'Elysée n'ont fait que les énerver, sur le thème du "halte au néo-colonialisme". Comment ne pas les comprendre ? Donc quand Sarko fait le fier et se vante de jouer les Zorro, ça aggrave en fait la situation de ceux qu'il prétend sauver ! C'est l'avocat français des inculpés de l'Arche de Zoé, Maître Gilbert Collard, qui le dit : la déclaration présidentielle "nous complique la vie, c'est aussi l'opinion de nos confrères tchadiens. Nous sommes obligés de travailler avec cette maladresse narcissique (...) Il faut oeuvrer pour réparer cette maladresse dans le respect de la justice et de la population tchadiennes". Ah l'indécrottable vantard, qui aime tellement rouler des épaules à destination de la frange basse du front (national) de son électorat qu'il ne mesure pas les conséquences de ses propos. Comme le coup du "vous en avez assez de ces racailles ?" Ou encore ses déclarations prétendant que Zyed et Bouna, les électrocutés de Clichy, n'étaient pas poursuivis par la police. On se souvient du résultat : l'émeute des banlieues de 2005. Comportement irresponsable : ça la fiche mal pour un homme qui dirige la France, non ?

Mais le pire de tout ça - parce qu'il y a pire -, c'est son cynisme. "Ce que j'ai fait au Tchad est quand même un bon coup. J'ai repris la main. Cela a occupé les médias pendant trois jours, et comme je pars aux Etats-Unis, cela me permet d'échapper aux articles sur le bilan de mes six mois à l'Elysée", se vante-t-il, repris par Le canard enchaîné. Entre parenthèses, cette phrase est aussi l'aveu que ledit bilan est mauvais! Mais revenons à sa formule : "un bon coup". Tout pour l'épate, la frime, la politique spectacle pour gogos. On voit là le Sarkozy manipulateur, le populiste. Celui qui aime à répéter : "je les ai tous niqués !" Et si arrogant, si content de lui ! Décidément insupportable.

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