Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

09 avril 2008

OGM : Kosciusko-Morizet dénonce une "armée de lâches" à l'UMP

Portrait_Kosciusko_Morizet_NathalieNathalie Kosciusko-Morizet, forte du soutien de Sarkozy qui l'a promue - en compagnie de Xavier Bertrand - Secrétaire générale adjointe de l'UMP - on note que "le Président de tous les Français" dirige toujours le parti de droite -, sort l'artillerie lourde : "J'en ai marre d'être confrontée à une armée de lâches", s'emporte-t-elle dans l'édition du Monde daté de demain. Cause de sa colère ? Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale (et aussi maire de Meaux, député de Seine-et-Marne et avocat d'affaires à temps partiel), l'a directement mise en cause à la suite du vote, dans la nuit de mercredi à jeudi, de l'amendement à la loi sur les OGM présenté par le communiste André Chassaigne : "Lorsqu'un  gouvernement s'en remet à la sagesse de l'Assemblée sur un amendement venant de la gauche, ça veut dire qu'en réalité il l'approuve", s'est-il étranglé de rage. On imagine l'outrage : la secrétaire d'Etat à l'Ecologie n'appelle pas clairement à repousser l'amendement d'un communiste ! Mais que dit l'amendement en question ? Il modifie l'article premier de la loi, qui postulait que les plantes transgéniques ne pouvaient être cultivées que "dans le respect de l'environnement et de la santé publique", en incluant celui "des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières de production commerciales qualifiées 'sans organismes génétiquement modifiés' et en toute transparence". Où est le scandale ? Les agriculteurs ne cultivant pas d'OGM n'auraient donc pas le droit qu'on leur garantisse la non-contamination de leurs parcelles ? Non, selon le Premier ministre, François Fi(ll)on, qui décrète : "l'amendement Chassaigne n'aurait pas dû être voté". Mais que les puissants semenciers ne s'inquiètent pas, le chef du gouvernement "s'est engagé à faire en sorte qu'il soit supprimé en deuxième lecture au Sénat", précise l'Express.

7423657Voilà le vrai scandale : alors que 72% des Français jugent "important" de ne pas consommer des produits contenant des OGM (sondage CSA diffusé le 4 février dernier par l'organisation écologiste Greenpeace), les députés UMP sont inféodés au lobby des amis de Monsanto et n'acceptent à aucun prix qu'on porte atteinte à leurs OGM chéris. Rappelons les risques : contamination du sol, d'autres plantes, apparition d'insectes résistants, impact sur les insectes utiles comme les abeilles par exemple, développement d'allergies et apparition de nouvelles pathologies chez l'homme et l'animal... Avec les réactions en chaîne, les scientifiques sont aujourd'hui incapables de prédire quelles conséquences pourrait avoir une OGMisation massive de l'agriculture. On a eu le poulet à la dioxine, les farines animales et leur vache folle... N'est-il pas temps d'arrêter de jouer les apprentis sorciers ? Or que se passe-t-il dans la réalité ? Les OGM, portés par les millions de dollars des multinationales, sont déjà en train de coloniser la planète, dans l'opacité sournoise. La firme Bayer est directement accusée par Greenpeace d'être "responsable d'une contamination mondiale du riz par son riz transgénique non autorisé", provenant de champs expérimentaux aux Etats-Unis, qu'on a déjà retrouvé dans 13 pays. Or le riz est la denrée alimentaire la plus importée au monde. Donc la dissémination s'opère bel et bien, et en dehors de tout contrôle démocratique. Et jusqu'en France, avec la bénédiction de ces chers députés UMP. Greenpeace ne décolère pas, après l'adoption de la loi par l'Assemblée : "Le texte condamne à terme l'ensemble de la production agricole française à la contamination et définit un régime de responsabilité complètement défaillant. En votant une loi génétiquement modifiée au profit d'une poignée d'industriels, la majorité UMP est manifestement passée à côté de l'histoire et de la volonté des Français". Le responsable de la campagne OGM de Greenpeace France, Arnaud Apoteker, renchérit : "Comme au Sénat, la frange la plus rétrograde de la majorité UMP s'est allégrement assis sur le Grenelle, sur le principe de précaution, sur la directive européenne qu'elle était censée traduire en droit français et sur le souhait des citoyens ! Pis, si l'on en croit les déclarations vengeresses de M. Copé, le seul vrai amendement de protection adopté pourrait être remis en cause au Sénat dès la semaine prochaine, lors de la seconde lecture. Nous regrettons que les députés UMP les plus éclairés, comme M. Grosdidier, n'aient pas été plus entendus par leurs collègues. L'agriculture française et l'environnement sont sacrifiés sur l'autel de quelques profits industriels. C'est une honte."

Dans ce contexte, le coup de colère de Nathalie Kosciusko-Morizet peut ressembler au premier abord à une preuve de courage de sa part. "Il y a un concours de lâcheté et d'inélégance entre Jean-François Copé, qui essaie de détourner l'attention pour masquer ses propres difficultés au sein du groupe, et Jean-Louis Borloo, qui se contente d'assurer le minimum", tempête-t-elle. Elle reproche à Copé de "ne pas tenir le groupe" UMP : "Si le travail de préparation préalable avait été fait dans le groupe, cela ne se serait pas produit. Ce n'est pas normal qu'il y ait eu si peu de députés de la majorité en séance". Du coup, l'amendement communiste sacrilège a été voté. NK-M regrette aussi que son ministre de tutelle, Jean-Louis Borloo, la laisse seule en butte à la vindicte des pro-OGM hystériques : "J'attends avec impatience qu'il vienne exprimer la 'parole unique' du gouvernement dans l'hémicycle. Quand il veut, il vient". Greenpeace reprend ce mot de "lâcheté" : "Refus d'étiquetage des produits animaux nourris aux OGM, refus de l'implication des collectivités locales, refus de l'information publique en temps et en heure ou encore confidentialité des dossier d'évaluation éclairent par ailleurs l'intention de la majorité UMP : imposer des OGM partout et en cachette. Le concours de lâcheté et d'irresponsabilité active a bien eu lieu." Sans compter que la loi instaure un délit de fauchage des cultures OGM, "puni de deux ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende", peine portée à "trois ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende" quand la parcelle sert à la recherche. Pourquoi ne pas avoir laissé ce délit dans le droit commun, qui réprime la "destruction du bien Bato_Delphined'autrui" ? En quoi une sévérité accrue se justifie-t-elle en l'occurrence ? "La destruction d'une parcelle d'essai Monsanto sera puni d'une amende plus élevée que celle de la destruction d'un immeuble classé ou d'une découverte archéologique", remarque la socialiste Delphine Batho. Yves Cochet (Verts) a son explication : cet article veut punir "ceux qui sont entrés en résistance pour s'opposer à la fatalité irréversible des OGM". Et le communiste Jean-Pierre Brard ne craint pas d'affirmer : "Le 14 juillet 1789, quand nos ancêtres ont pris la Bastille, ils ne se sont pas demandés si c'était légal. Il y a quelque chose de plus fort que la légalité, il y a ce qui est juste, ce qui est légitime. Sur l'affaire du fauchage c'est bien là qu'on en est".

Alors, avec tout cela, que penser de l'interview choc de la secrétaire d'Etat à l'Ecologie ? On ne peut que la relativiser : elle ne se désolidarise en rien du texte, explique s'en être remise à la sagesse de l'Assemblée à propos d'un amendement déposé par un membre de la majorité, Louis Giscard d'Estaing, et non à propos de celui de Chassaigne, et a en outre publié un communiqué dans lequel "elle a présenté ses excuses à la fois à Jean-Louis Borloo, à Jean-François Copé et aux membres du groupe UMP", comme s'en félicite Fi(ll)on, pour qui l'incident est clos. Comme lorsque Fadela Amara jugeait "dégueulasse" qu'on instrumentalise l'immigration avec l'instauration des tests ADN, mais qu'elle n'en est pas moins restée au gouvernement. Que ces gens sont méprisables !

Et maintenant, place au Sénat, où les UMPistes aux ordres des semenciers se chargeront bien d'éliminer toute garantie contre la dissémination sauvage par les OGM. Monsanto en rêvait, l'UMP va le faire.

Lire aussi à ce sujet un billet de Plume du 13 octobre 2006 : OGM : maintenant, ça suffit !

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28 février 2008

Aix-en-Provence : représailles contre le fonctionnaire qui dénonce des irrégularités électorales

Il ne fait pas bon s'opposer à la députée-maire d'Aix-en-Provence quand on est fonctionnaire municipal ! Raymond Chaoul, agent du service des Elections, est en train de l'apprendre à ses dépens. Pour avoir formé un recours devant le Conseil constitutionnel dénonçant de nombreuses irrégularités ayant entaché les dernières législatives, il fait l'objet de lourdes représaillesmairie_d_aix.

13 000 cartes d'électeurs de retour en mairie, pour n'avoir pas trouvé acquéreur ! Où habitent donc désormais ces mystérieux inscrits de la 14ème circonscription des Bouches-du-Rhône (un des deux secteurs d'Aix-en-Provence) ? Ne devrait-on pas entreprendre des vérifications ? Employé municipal depuis 1983, Raymond Chaoul, adjoint administratif au service des Elections de la mairie, se dit "dégoûté" et parle de "manipulations politiques" : "Depuis environ trois ans, nous ne révisons plus les listes à partir des cartes retournées", nous explique-t-il. Le nombre des inscrits augmente ainsi de façon artificielle : 13 000 électeurs sur 90 000 en tout, le pourcentage est énorme. Or, pour se maintenir au second tour des législatives, un candidat doit réunir les suffrages de 12,5% des inscrits : plus ils sont nombreux, plus il faut de voix, ce qui limite le risque d'une triangulaire. Sur les 13 000 cartes d'électeurs n'habitant pas à l'adresse indiquée, "7 000 ont été récupérées sans que les personnes ne prouvent leur rattachement à la commune", poursuit Raymond Chaoul, qui fournit également une dizaine de noms de proches de la mairesse, habitant en dehors d'Aix-en-Provence mais autorisés à y voter grâce à des certificats d'hébergement, d'ordinaire réservés aux seuls jeunes venant d'atteindre la majorité mais habitant encore chez leurs parents ! charlotte_benonEt ces électeurs décédés non radiés des listes électorales ? Et la fameuse "liste Benon", du nom de l'adjointe chargée des Elections et de l'Etat-civil, Charlotte Benon, qui comprend des centaines de patronymes quasi exclusivement de sonorités exotiques, en vue de les radier des listes électorales ? "Je voulais alléger les listes électorales en supprimant les personnes qui n'avaient plus d'attache avec la commune", proteste l'élue dans le quotidien La Marseillaise*. Curieuses méthodes : au lieu de vérifier les électeurs ayant changé d'adresse - les fameux 13 000 -, on sélectionne des noms, au hasard (ou en fonction de leur origine étrangère ?), exclusivement dans deux quartiers populaires de la ville, l'Epinette et le Jas-de-Bouffan. "Charlotte Benon nous a ordonné  d'envoyer un courrier recommandé à toutes les personnes sélectionnées et de les radier si elles ne répondaient pas", raconte Raymond Chaoul. "Des radiations ciblées?", s'interroge La Marseillaise. Le fonctionnaire ajoute encore posséder les preuves qu'au moins trois de ses collègues employés de la mairie d'Aix ont travaillé directement pour la candidate, en procédant à une extraction informatique des listes électorales en vue de les étudier de près. Et il sait de quoi il parle : il était justement en charge de la gestion informatique des fichiers du service Elections ! A la suite de ces multiples irrégularités, il a décidé d'intenter un recours devant le Conseil constitutionnel, en vue de faire annuler les dernières législatives.

maryse_joissains"Il agit par vengeance personnelle, tempête Maryse Joissains Masini, députée-maire UMP d'Aix-en-Provence, dans le quotidien La Provence*. Ce monsieur est en procès avec la mairie, parce qu'il n'a pas obtenu l'avancement auquel il estime avoir droit". Offusqué, ce dernier fait valoir que le contentieux en question remonte à l'époque où Jean-François Picheral (PS) était maire d'Aix : "je n'ai jamais rien dit contre lui parce qu'il n'y a jamais eu de problème électoral ! C'est à partir de 2001 que j'ai constaté de multiples irrégularités dans mon service". Dans son bureau d'élu du village du Puy Sainte Réparade (5000 habitants) où il nous a reçu - il est adjoint au maire chargé des associations -, Raymond Chaoul a posé devant lui le volumineux dossier - plusieurs centaines de pages - de ses démêlés avec Maryse Joissains. Cette dernière l'accuse d'avoir falsifié les dates d'un courrier adressé au personnel municipal ? Il sort la pièce : "regardez, la secrétaire a tremblé en apposant la date au tampon encreur, mais elle reste parfaitement lisible !" Elle lui reproche également d'avoir "détourné du courrier personnel" ? Il rigole : "on a reçu au service des élections de la mairie une facture d'imprimeur adressée à la candidate pour des affiches électorales. Je l'ai photocopiée". "Il est politiquement engagé contre moi ; il soutient François-Xavier de Péretti" (candidat Modem-de-droite à la mairie), affirmait encore Joissains dans La Provence. Là encore, Chaoul s'insurge : "j'ai été élu sur une liste sans étiquette, je ne fais pas de politique !" Et si étiquette il y avait, celle-ci serait plutôt... UMP, qui est la couleur du maire du Puy, comme celle de la députée-maire d'Aix ! L'élu local met en avant l'article 40-1 du Code pénal, qui impose à tout fonctionnaire assermenté de dénoncer un délit dont il est témoin dans l'exercice de ses fonctions. "Je refusais d'être complice de manoeuvres pouvant ou ayant vicié la sincérité du scrutin", insiste-t-il. D'où ce recours devant le Conseil constitutionnel, qui a rendu sa décision le 29 novembre 2007 : "Considérant, en premier lieu, qu'il n'appartient au juge de l'élection de connaître des irrégularités de la liste électorale que dans le cas où ces irrégularités résultent d'une manœuvre de nature à porter atteinte à la sincérité du scrutin ; que, si le requérant invoque diverses irrégularités relatives au fonctionnement de la commission administrative chargée de la révision et de la tenue de la liste, des radiations ou des inscriptions faites à tort, ainsi que la non actualisation des listes à partir des cartes d'électeurs et des enveloppes de propagande non distribuées, il n'apporte aucun élément de preuve de nature à établir l'existence de manœuvres dans l'élaboration des listes électorales ayant servi pour les élections qui se sont déroulées les 10 et 17 juin 2007 (...) La requête legislatives_2007_affichesde M. Raymond Chaoul est rejetée". On voit que le CC ne conteste pas les irrégularités mais reproche au requérant de ne pas avoir prouvé qu'elles résultent de manoeuvres. Décision contestable : l'écart entre Maryse Joissains Masini et son adversaire du deuxième tour, le socialiste Alexandre Medvedowsky - qui la défie à nouveau aux prochaines municipales -, fut de 5600 voix, or les électeurs "douteux" sont au moins 7000 : une annulation du scrutin, dans ces conditions, n'aurait pas semblé anormale.

Raymond Chaoul en tire une conclusion logique : "pour les prochaines municipales et cantonales, les listes d'électeurs sont fausses !" Mais il ne pourra nous renseigner si s'opère une éventuelle régularisation : il a été muté d'office de son poste au service Elections, avec la perte de la prime informatique et de celle de l'accueil au public qu'il percevait jusque-là. Il a donc déjà été sanctionné, mais le courroux de la député-maire n'est pas calmé pour autant, qui l'a convoqué devant le Conseil de discipline, accusé d'avoir "divulgué des propos diffamatoires et des allégations mensongères". La sanction réclamée est d'un an d'exclusion temporaire de fonctions. Le fonctionnaire devait comparaître mardi dernier, mais le conseil a été annulé au dernier moment, officiellement parce que le quorum des élus n'était pas atteint. Etrange. Madame le maire veut-elle s'éviter une campagne de presse gênante à quelques jours des municipales ? En parlant de ces élections, la vengeance du jean_pierre_bertrandpremier magistrat aixois est venu poursuivre Chaoul jusque dans son village du Puy ! Prévu pour figurer à nouveau sur la liste de la majorité sortante, il eut la surprise, lors de la première réunion des colistiers, d'entendre le maire du village, Jean-Pierre Bertrand, annoncer publiquement qu'il était obligé de le retirer de la liste à la suite d'un coup de téléphone de la mairie d'Aix, refusant d'en dire plus. Décidément, il ne fait pas bon défier Maryse Joissains en son royaume : en plus d'être députée de la 14ème circonscription et maire d'Aix, elle est aussi Présidente de la Communauté d'agglomérations du Pays d'Aix, à laquelle appartient le village du Puy Sainte Réparade... Raymond Chaoul ne se présentera donc pas devant les électeurs les 9 et 16 mars prochain. "Je me retire volontiers, je n'ai jamais eu d'ambitions politiques, lâche-t-il. Je marche droit, la tête haute. Tout ce que je veux, c'est faire respecter mes droits et éclater la vérité".

* juillet 2007

Post Scriptum : pourquoi cet article en cette période de suspension du blog ? C'est que je pensais qu'il intéresserait des publications qui l'auraient rémunéré. Las, pourtant recommandée à Libération et Politis par des membres de la rédaction de ces deux titres, ma proposition n'a pas été retenue. Ni par le Canard enchaîné, dont j'ai eu un journaliste au téléphone pour lui expliquer l'affaire avant de lui envoyer l'article. Un éminent journaliste du Nouvel Obs a transmis mon papier à l'Obs.com qui m'a renvoyé vers le service politique... trop débordé pour le passer. Quant à Marianne, il me fut répondu : "nous n'avons pas de budget piges" avant même que je n'ai le temps d'expliquer de quoi il s'agissait. Les joies de la vie de pigiste...

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23 janvier 2008

Un plaidoyer anglais pour les grèves françaises

Mark_SteelA la veille d'une nouvelle journée de grève, relisons pour le plaisir ce qu'écrivait l'excellent éditorialiste du journal britannique The Independant, Mark Steel, dans un article publié le 21 novembre dernier et titré Une leçon française sur la pauvreté des pays riches, que Courrier International a traduit Ils ont bien raison de faire grève. Ça décape !

the_independant

« Contre les grèves, les mêmes arguments démodés ressortent toujours : les travailleurs défendent leurs privilèges, comme le droit à la retraite après des décennies de travail, et le pays ne peut plus se le permettre. Aussi le discours typique d’un économiste progouvernemental pourrait-il commencer ainsi : “Ce système de retraite date des années 1960 alors que nous étions beaucoup plus pauvres, mais, maintenant que notre société est bien plus riche, il faut le supprimer. Car personne n’ignore que plus on est riche, moins on a les moyens.” (…) c’est bien connu, quand on a inventé la charrue, on a réuni tous les paysans pour leur dire : “Cette petite merveille va faire le boulot en deux fois moins de temps. Et c’est formidable parce que cela signifie que désormais nous allons tous travailler cinq heures de plus par jour.” Ces prétendus “privilèges” seraient un frein pour l’économie et la raison pour laquelle le pays va mal. Les Français devraient donc prendre exemple sur les Britanniques, parce que, grâce à nos politiques visionnaires, notre système de retraite est désastreux et nous travaillons en moyenne 2 h 38 de plus par semaine que les Français. Nous sommes donc de toute évidence bien mieux lotis. Cela dit, nous avons encore beaucoup à apprendre de ces véritables économies modernes que sont des pays comme le Myanmar, où il n’y a pas de retraites et où les gens sont contraints de travailler jour et nuit s’ils ne veulent pas être battus comme plâtre en public. Et, en plus, c’est connu : ils sont pleins aux as, les veinards ! (…)
Dans ce contexte, il peut sembler miraculeux que quiconque puisse devenir aussi riche dans un pays comme la France. On nous présente toujours ce pays comme un cas désespéré où les hommes d’affaires ne peuvent monter le moindre projet sans se retrouver avec des hordes de manifestants balançant dans leur jardin des dizaines de milliers de porcs brûlés. Mais l’économie française a connu une croissance similaire au reste du monde occidental. Avec, certes, une différence majeure : la fortune des 1% de Français les plus riches n’a pas été multipliée par trois en termes réels au cours des dix dernières années, comme au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.
Le président Nicolas Sarkozy est le représentant d’une aile frustrée des hommes d’affaires qui veulent que la gestion du pays soit confiée à des financiers du genre de ceux qu’on rencontre à la City londonienne, ces fameux 1% les plus riches. Mais une partie des grévistes semble avoir compris que réduire les retraites, fermer des tribunaux, supprimer des milliers de postes d’instituteurs et privatiser une partie du système universitaire n’est pas une crise de folie passagère, mais fait partie d’un plan bien précis. Et puis, un gouvernement qui a l’air de dire : “
La gestion de nos chemins de fer est dépassée : faisons plutôt comme les Anglais” doit être empêché de réussir.»

"Bonnethon" : seulement 531 lectures à 23h30. merci de redoubler de clics ici.

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09 janvier 2008

Franchises médicales : un malade du SIDA en grève des soins

Alors que la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot-Narquin, jouait à la dinde - son meilleur emploi - hier soir chez ce sarkoziste de Marc-Olivier Fogiel, révélant au public qu'elle n'aimait rien tant, les soirs où elle avait vécu une dure journée, que se remonter le moral en admirant la page 67 du calendrier des Dieux du stade, affichant le membre viril de fort belle dimension d'un de ses modèles rugbymens, appelons la Sarkozie à un peu plus de décence. Bruno-Pascal Chevalier est malade du SIDA et a décidé, il y a trois mois, pour protester contre les franchises médicales, d'entamer une grève des soins. Il a récemment médiatisé son action en s'adressant au quotidien 20 minutes, qui en profite pour rappeler qu'on compte "7,7 millions de personnes atteintes d’affection longue durée (ALD) en France, comme les malades du diabète, du cancer ou d'une insuffisance rénale" et qu'en plus des 50 euros annuels de ces fameuses franchises, "avec les précédentes franchises mises en place et les traitements qui ne sont pas pris en charge à 100%, une certaine somme reste déjà à la charge des assurés d’atteints d’une ALD, qui peut atteindre 600 euros selon un rapport d'experts paru en septembre dernier". Voici le texte intégral de la lettre qu'il a adressée à Nicolas Sarkozy. "Roselyne" - comme l'appelle cordialement Fogiel -, en recevant lundi cet homme de 45 ans pour lui demander sans succès d'interrompre sa grève, en aurait arrêté de glousser. (Il n'en fut évidemment aucunement question dans l'émission d'hier soir !)

Bruno_Pascal_Chevalier"Monsieur le Président,
Je suis atteint d’une affection longue durée, le SIDA. Par ailleurs, je suis travailleur social et engagé dans diverses associations citoyennes de solidarité.
  La mise en place de la mesure de la franchise médicale m’oblige à payer 50 euros par an d’impôt supplémentaire par le seul fait que je sois malade. Après en avoir discuté professionnellement ou dans le cadre de discussions privées avec de nombreuses personnes âgées, invalides, atteintes d’affections de longue durée, j’ai fait le constat que l’ensemble de ces personnes ne peuvent déjà plus faire face à leurs dépenses de santé et sacrifient cette santé en ne se soignant plus ou en repoussant à plus tard voire trop tard des démarches de soins.
Pour la première fois dans l’histoire de la Sécurité Sociale, le principe de solidarité est posé : avec la franchise médicale chacun de nous se sent responsable voir coupable d’être malade, et par cette faute, nous allons devoir payer pour l’accès à ce droit fondamental qu’est celui de la santé.
Lorsque je regarde les feuilles de remboursement de mes médicaments et que je regarde le prix fixé par les laboratoires et accepté par le gouvernement, je me demande si le trou de la sécurité sociale n’est pas lié aux tarifs souvent démesurés appliqués par les laboratoires.
Monsieur le Président, je vous fais part officiellement de ma grève de soins que j’entame aujourd’hui en soutien à toutes les victimes de la mise en place de la franchise médicale.
Je mène cette action en pleine conscience des risques que je prends pour ma santé particulièrement précaire après vingt années de lutte contre la maladie. Sachez que la franchise médicale va pousser silencieusement beaucoup de malades à prendre la même décision que moi au risque de sacrifier leur vie.
J’exige de votre part l’abrogation de cette loi injuste.
Enfin, Monsieur le Président pensez-vous que cette mesure va participer à la relance économique ? ne pensez vous pas que d’autres choix sont possibles pour faire face aux besoins de santé ? Pour ma part j’en suis convaincu et déterminé à aller au bout de ma démarche en vous en tenant responsable.
Je vous prie d’agréer, Monsieur  le Président, l’expression de mes salutations distinguées
."
Bruno-Pascal Chevalier

Mise à jour : notre ami Christian Lehmann, que L'Humanité présente avec justesse comme une "figure de la mobilisation, ces derniers mois, contre les franchises médicales" - il est l'un des initiateurs de L'appel contre la franchise -, nous signale avoir réagi dans les colonnes de ce quotidien à la grève des soins de Bruno-Pascal Chevalier. Voici le texte de sa pertinente intervention.

christian_lehmann«Quand on est malade, on doit déjà lutter contre la maladie, chaque jour, pied à pied. Quand, en plus, on fait une analyse politique, comme a fait ce patient, montrant que, en tant que malade, on est pointé du doigt par ceux qui ont tout, la puissance, l’argent et la gloire, comme étant responsables de situations financières difficiles de la nation, alors que, nous le savons, c’est de la répartition des richesses qu’il faudrait parler, et que ce n’est pas le pauvre malade qui est responsable du trou de la Sécu mais l’insuffisance de cotisations des revenus de l’argent… Cette action de grève des soins est une forme de désespoir de la politique, et de désespoir de la solidarité. Tenir quand on est malade, c’est très difficile. Au moins peut-on encore se dire qu’on fait partie de la communauté des vivants, et que les autres nous regardent, au moins avec une neutralité bienveillante, peut-être avec empathie. Là, on est devant une mesure qui, politiquement, si elle a un sens, veut dire qu’une partie de la population, en bonne santé, considère que ceux qui sont malades, quelque part, exagèrent, fraudent, abusent. Il y a donc un effet de désespérance devant ce qui est considéré par ce patient comme un abandon de la solidarité. Je ne veux pas cautionner son action, sa mise en danger. Il n’y a, hélas ! rien d’étonnant dans ce type d’initiative. J’ai reçu moi-même des lettres nombreuses de patients qui avaient des pathologies lourdes, d’hypertension ou de diabète, par exemple, et qui vivaient les franchises comme une véritable stigmatisation». Et le médecin de confier avoir «entendu beaucoup de gens évoquer la fin de vie» lors du débat sur les franchises. Se rendant compte «qu’on mettait en cause la nécessaire solidarité sur des soins lourds pour les patients atteints de pathologies sévères», ils en venaient à penser au pire, analyse-t-il, évoquant une sorte «d’eugénisme financier».
Le passage en force des franchises, en dépit d’une opposition majoritaire dans le pays, n’a, on le voit, en rien émoussé la combativité de Christian Lehmann. Outre l’état de faiblesse de la gauche, mis à profit par Sarkozy pour porter ce mauvais coup comme tous les autres, il incrimine la «vraie chape de plomb» que fait peser le système médiatique, et une incapacité, dans ces conditions, de «décrypter le mensonge sarkozyste». Allusion à la série d’arguments différents avancés pour justifier cette mesure (combler le déficit de la Sécu, financer la lutte contre la maladie d’Alzheimer, etc.). C’est pourquoi, même s’il constate chez les gens un début de «prise de conscience» après une période d’atonie, le médecin-écrivain juge prioritaire de «faire un travail de déconstruction du discours du mensonge».
Propos recueillis par Yves Housson

 

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24 décembre 2007

Noah Président !

noah_jddSacrés Français ! Ils ont élu Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République mais leur personnalité préférée, selon le sondage annuel du Journal du dimanche, est l'un de ses opposants les plus acharnés, le chanteur Yannick Noah. Qui a d'ailleurs profité de l'interview d'hier pour décocher de nouvelles flèches : "Je n'ai pas encore rencontré quelqu'un qui m'a dit ce qu'il avait vraiment fait. Qu'est-ce qu'il y a eu à part un brouhaha et de la godille ? Je ne veux même pas parler du côté diversion avec la mise en scène de sa vie privée et tous les médias qui suivent. C'est le roi avec sa cour et les courtisans qui se mettent à genoux. Tout me choque ! L'attitude, le ton, l'arrogance me choquent. Le déballage de richesse, le cynisme me choquent. La désinformation me choque. Tout me choque, tout" dans l'action de Sarkozy, a-t-il ainsi déclaré. La veille, il avait déjà sorti l'arme lourde en révélant dans Le Parisien : "On a essayé de m'acheter !" "J'ai été contacté pour faire le grand concert du 14 Juillet, explique-t-il en effet. En clair, on a essayé de m'acheter ! A un prix très fort. Polnareff a pris moins. Lui est arrivé en troisième position. Le premier contacté, c'était Johnny, mais il ne pouvait pas. Moi, je suis venu en deuxième". Au journaliste qui lui demande combien il devait recevoir, il répond : "Je ne peux pas vous dire, c'était totalement indécent. Au départ, j'ai balancé un tarif pour rigoler en leur disant : «Ça va coûter trop cher.» Le lendemain, on m'a dit : «OK ! mais il faut faire la photo avec le président.» J'ai dit : «Si je fais ce concert, c'est pour mon pays, mais pas des photos.» Après, on m'a proposé des solutions pour que ça passe en disant que c'était au profit d'associations... Etre en photo pour des associations ! Il y a un moment où il faut un minimum de logique. Je suis loyal, je reste dans mon équipe, même si elle a perdu", faisant ainsi allusion à son soutien de Ségolène Royal durant la campagne électorale. Que pense-t-il alors des convertis de l' "ouverture" sarkoziste ? "Tu viens de perdre, normalement t'es au placard pour un moment, donc on te donne un biscuit. Et les mecs viennent bouffer ! C'est incroyable ! Moi, j'aime bien l'idée d'être dans la résistance." Nous aussi, Yannick.

A lire aussi, le résumé des épisodes précédents : Noah : 2 - Sarkozy : 0.

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21 décembre 2007

DSK, un "socialiste" à la tête du FMI

dsk_sarkoDéjà, l'insistance de Nicolas Sarkozy à pousser la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la direction du Fond Monétaire International était suspecte. L'ex député de Sarcelles représentait certes une belle "prise de guerre" dans la tactique de pseudo ouverture du Président, mais ce dernier ne courait-il pas le risque que le FMI ne se mette à mener une authentique politique de gauche ? Les derniers naïfs qui l'espéraient doivent aujourd'hui déchanter. Eric Dupin reprend en effet sur son blog l'analyse de la situation française par les experts de l'organisation internationale et leurs recommandations : avec DSK comme directeur ou pas, le discours est sarkoziste pur jus. Lisez plutôt : "L'élection d'un nouveau président et la nomination d'un gouvernement ouvertement réformateur offrent à la France l'occasion historique de renouer avec une croissance soutenue où chacun verrait ses opportunités accrues", s'enthousiasment ses experts. Ils valident également la méthode sarkozienne des réformes groupées : "Concernant l'enchaînement optimal des réformes, nous considérons qu'il faut chercher à engager, de manière concomitante, une «masse critique» de réformes dans un grand nombre de domaines, de manière à tirer profit des synergies ainsi créées". "Gagner plus suppose incontestablement de travailler plus", écrivent-ils encore. Et la mission du FMI en France de suggérer des évolutions qui relèvent, à coup sûr, du progressisme le plus audacieux : lutter contre "la hausse tendancielle du SMIC", faciliter les licenciements économiques, ou encore réduire le taux de l'impôt sur les sociétés. Le crédo libéral du FMI se marie admirablement avec le "socialisme" de DSK."
Ajoutons pour la bonne bouche que le candidat malheureux à la candidature socialiste pour les présidentielles ne néglige pas de pousser la ressemblance avec Sarkozy jusque dans le goût du bling-bling : "La gestion "de gauche" strauss-kahnienne imite enfin Sarkozy en ce que le chef, pour sa part, obéit à la règle "s'augmenter soi-même pour gagner plus". Dans un louable souci de transparence, DSK a publié son salaire: la bagatelle d'un demi-million de dollars par an (net d'impôts). Or cette somme représente une augmentation de 7,5% par rapport à la dernière rémunération de son prédécesseur", relève Eric Dupin.
Ce matin sur les antennes de RTL, Dominique Strauss-Kahn a confessé ne pas exclure d'être candidat en 2012. Souvenez-vous de l'éloge des réformes sarkozistes par son FMI lorsqu'il tentera de se faire passer pour un candidat de gauche !

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06 décembre 2007

Emeutes : le conseiller du Président avoue une "révolte sociale"

rachid_kaciRachid Kaci, conseiller technique de Nicolas Sarkozy sur les questions de diversité et de politique de la ville , a accordé une fort intéressante interview au Bondy blog, à propos des événements de Villiers-le-Bel : "J’ai toujours considéré que ces événements de banlieue étaient la conséquence d’une situation sociale extrêmement tendue et désastreuse. Je n’ai jamais pensé que ces émeutes-là, contrairement à ce que certains estimaient dans mon parti, l’UMP, avaient à voir avec la religion, l’ethnie d’origine ou l’immigration. A Villiers-le-Bel, nous avons assisté à une révolte sociale suite au décès de deux gamins – la lumière devant être faite par la justice sur les circonstances de leur mort. Mais cette explosion de violence n’a été possible qu’en raison d’un profond malaise social. Pour autant, je ne justifie pas les agressions contre la police ou contre les pompiers. L’exaspération sociale est telle qu’à partir du moment où il se passe quoi que ce soit de grave, la responsabilité, dans l'esprit gens en révolte, en incombe forcément aux institutions." Mais Sarkozy n'a-t-il pas affirmé le contraire ? Kaci le justifie au prix d'une belle contorsion : "Le président de la République n’a pas dit qu’il n’y avait pas de problèmes sociaux en banlieue. Il pense, et je pense exactement la même chose, que ceux qui souffrent le plus ne cassent pas et ne brûlent pas. Dans cette affaire, on a quand même tiré sur des flics. Et ceux qui ont tiré sont des voyous. Ce que je veux dire, c’est que le malaise est tel que ces situations sont rendues possibles. Mais ceux qui les fomentent, en montant des gamins contre les représentants des institutions, sont des voyous. Quand le président de la République dit qu’il ne s’agit pas d’un problème social, il veut dire que rien ne justifie de tirer contre des policiers." Merci de la traduction, on croyait bêtement que Sarkozy parlait le français. Il a dit exactement, pour rappel : "Ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel n'a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie" - reprenant au passage un mot de Le Pen comme le remarque le camarade Fontenelle. La conclusion est livrée par le blogueur RichardTrois : "Nicolas Sarkozy peut se permettre tous les amalgames, tous les racolages et peut permettre de s'approprier le discours et les mots du Front National parce que Rachid Kaci, Fadela Amara et Rachida Dati sont là pour la caution, pour le dédouaner." Bien vu.

Mise à jour : un commentateur de Plume nous signale un article du Figaro titré Les conseillers de l'Elysée désormais priés de se taire, qui explique qu'ils ont reçu une note leur interdisant "toute intervention officielle" et même "tout contact informel" avec des journalistes, sauf autorisation contraire. Le papier précise : "c’est aussi l’interview accordée par le conseiller élyséen Rachid Kaci à un blog sur la banlieue (Bondyblog), qui a contrarié l’Élysée. «J’avais pourtant demandé l’autorisation à M. Guéant», prévient celui-ci." Ca n'a visiblement pas suffi à empêcher l'ire du Président, non plus que les savantes circonvolutions de Kaci pour prétendre qu'il ne contredisait pas la position officielle...

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23 novembre 2007

La patronne du MEDEF déclare la guerre sociale

parisot_visage_humain"Je me demande s'il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail", a déclaré Laurence Parisot, Présidente du MEDEF. Une phrase qui sonne comme une déclaration de guerre ! Le patronat fait ainsi une nouvelle surenchère vers toujours plus de déconstruction sociale. L'échec du CNE, mis hors-circuit par l'Organisation internationale du travail, ne l'a pas découragé. Dans ses tuyaux, le projet de "séparation à l'amiable" entre salarié et employeur, conçu pour faciliter le licenciement, et à présent donc la suppression de la durée légale du travail : plutôt qu'augmenter les salaires, rallongeons les journées, les semaines, les années... Voici venir la contre-réforme dans toute sa splendeur, qui compte comme enthousiaste soutien et promoteur numéro un l'homme du "travailler plus".

"C'est vrai qu'il y a un problème de pouvoir d'achat (...), c'est un ressenti totalement objectif", compatit cette brave Laurence Parisot, patronne du MEDEF si concernée par le sort des malheureux pauvres. Va-t-elle alors préconiser qu'on augmente leur salaire? Vous plaisantez : les entreprises déjà tellement exsangues, persécutées par les taxes bolchéviques, ne pourraient continuer à distribuer des fortunes à leurs actionnaires et dirigeants survivre si le coût de la main d'oeuvre augmentait ! Vous savez combien gagne un Chinois ? Alors la solution envisagée par la pasionaria du grand patronat, comme toujours, est de nous faire avaler une nouvelle copieuse lampée de potion ultralibérale, en s'appuyant sur cette affirmation hautement idéologique : "La vraie question n'est pas comment je contribue à ce qu'il y ait plus de pouvoir d'achat, mais comment je contribue à ce qu'il y ait plus de croissance". Ce que notre camarade Charançon libéré traduit ainsi : "l'important n'est pas que les salariés soient mieux payés, mais que les chiffres d'affaire des entreprises continuent à grimper". Toujours la même conception paternaliste du patronat de droit divin de qui attendre tous les bienfaits : ce qui est bon pour l'entreprise est bon pour tout le monde ! Sauf que, dans le monde réel, ladite entreprise ne redistribue, au mieux, que des miettes. Ca n'empêche pas la Parisot de réclamer qu'on fasse confiance à nos bons maîtres. Ils savent ce qui est bien pour nous. Par exemple, imposer une durée maximale d'heures de travail, quelle insupportable pesanteur ! Pour que la sainte entreprise puisse exiger que ses salariés triment toujours davantage, la patronne des patrons a sa petite idée : "Je me demande s'il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail". Eh ben voilà !

On connaissait l'escroquerie intellectuelle de la "séparabilité", vertigineux concept parisotien, qui file la métaphore du divorce pour faire mine de considérer salarié et employeur comme deux partenaires égaux - pure fiction, naturellement. En l'occurrence, leur permettre de se quitter plus facilement autoriserait simplement le second à licencier l'autre sans contrainte. Pour le bien de l'entreprise, la main d'oeuvre n'est collagequ'une variable d'ajustement. Sur ce dossier, le MEDEF tient le bon bout : venu en personne sceller l'alliance entre le pouvoir et le patronat au congrès de son organisation syndicale, à Jouy-en-Josas fin août (lire à ce sujet Sarko à Jouy : les patrons aussi), le Président Sarkozy a repris à son compte la proposition, prière de ne pas rire, de "séparation à l'amiable" entre salarié et employeur. Les tenants de la déconstruction sociale ont par contre enregistré un sérieux recul avec la mise à mort définitive du CNE, contrat qu'ils paraient de toutes les qualités : fin janvier, Parisot le jugeait comme "un succès" prouvant la nécessité de faire sauter "le carcan" actuel. Comprendre les intolérables lois qui se mêlent de protéger les salariés d'être jetés à la rue du jour au lendemain sans motif. Et devinez qui se trouvait pleinement en accord avec elle ? Le candidat UMP, qui déclarait : "Le CNE est un progrès, il ne faut pas y toucher". Pire : il souhaitait la mise en place "d'un contrat unique, inspiré du CNE". Mais patatras : la Cour d'appel de Paris, en juillet, confirmait la décision des prud'hommes de Longjumeaux jugeant le CNE contraire au droit international, l'expliquant en des termes on ne peut plus clairs : "durant une période de deux années, le CNE prive le salarié de l'essentiel de ses droits en matière de licenciement", dans la mesure où c'est à lui qu'il revient de prouver l'abus de la rupture du contrat de travail. "Cette régression, qui va à l'encontre des principes fondamentaux du droit du travail dégagés par la jurisprudence et reconnus par la loi, prive les salariés des garanties d'exercice de leur droit au travail". Le coup de grâce a été asséné le 14 novembre dernier par l'Organisation internationale du travail elle-même, qui s'est affirmée "dans l’incapacité de conclure (…) qu’une durée aussi longue que deux ans soit raisonnable", ajoutant qu’un contrat de travail ne pouvait être rompu "en l’absence d’un motif valable", selon la convention nº 158 de l’OIT, signée et ratifiée par la France. Exit donc le CNE. Mais le MEDEF ne désarme pas pour autant, pensez-vous, et persiste à réclamer un rallongement de la période d'essai (on parle désormais de 6 mois pour tout le monde et d'un an pour les cadres). On ne peut certes pas lui reprocher son inconstance ! Gageons dès lors qu'on entendra bientôt reparler du terrible "carcan" de la durée légale du travail. Au nom de la modernité et de la flexibilité, rognons méthodiquement les acquis sociaux, précarisons à loisir les salariés - ils ont déjà de la denis_kesslerchance d'avoir un travail, n'est-ce pas ? -, tandis que les entreprises accumulent des profits toujours plus gigantesques. Voilà le projet de Laurence Parisot et ses sbires. Denis Kessler, grand ponte de l'organisation patronale, n'a-t-il pas écrit début octobre, dans le magazine Challenges : "La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !" On ne saurait être plus explicite. Le patronat obtiendra-t-il ce démantèlement total de la protection sociale française ? L'on peut trembler, quand on sait à quel point l'Omniprésident épouse ses thèses. Il va falloir lutter pied à pied. 

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25 octobre 2007

La mémoire sélective de BHL

grand_cadavre___la_renverse_couv_Avertissement
"Bonjour, je suis responsable de la promotion du prochain livre de Bernard Henri-Lévy sur Internet et j'aime beaucoup le ton et la teneur de votre site. Le livre en question s'appelle "Ce grand cadavre à la renverse" et il sort le 9 octobre en librairie. J'aimerais vous le faire parvenir afin que vous écriviez une critique sur votre site avant sa parution." C'est ce courrier électronique, dont parlait Guy Birenbaum sur son blog, qui explique le présent billet. Certes, ça fait un moment que le livre en question est sorti. Mais le journaliste blogueur a ceci de supérieur à son confrère rétribué qu'il maîtrise ses délais. Pas question de dévorer gloutonnement, toutes affaires cessantes, le dernier opus de BHL pour pondre une critique dans la précipitation. L'actualité au quotidien commande ici, et un nouveau livre ne devient tout de même pas obsolète un peu plus de deux semaines après sa sortie. Par contre, nous avons pris l'engagement d'y consacrer un sujet, en répondant d'un laconique "pourquoi pas ?" au mail reçu. Il nous est avis que, si les promoteurs du livre de BHL comptaient nous faire les gros yeux, la teneur du présent article ne les en dissuadera certes pas.

bhl_lciNeuf pages suffisent
Entamant la lecture de l'ouvrage, nous y trouvons un avant-propos baptisé Avertissement, qui devance de neuf pages le début proprement dit. Ce prologue raconte une conversation téléphonique entre le philosophe médiatique et Nicolas Sarkozy. L'on y apprend que BHL entretient avec le président "des relations de camaraderie anciennes qui datent de sa première élection, en 1983, à Neuilly". Copinage distingué entre Neuilléens, somme toute, BHL faisant partie des habitants de ce rupinland. Donc invitation à déjeuner à la mairie et là, paf, coup de foudre : "sympathie immédiate pour ce très jeune garçon, incroyablement péremptoire". Lévy poursuit en énumérant : "Autres déjeuners, au fil des années. Dîners avec épouses. Séjours à la montagne." Abasourdi, nous imaginons alors ce genre de dialogue : "Oh Arielle, si tu avais vu comment Nicolas a fait le con sur le tire-fesses, la crise de rire !" Bref, ces deux-là sont copains comme cochons : "quelque chose qui, à force, malgré des désaccords réels, et que les années ne réduisent pas, finit par ressembler à une sorte d'amitié". Malgré les précautions oratoires, on en chancèle. Heureusement, les "désaccords réels" nous rassurent : c'est dame que BHL est de gauche ! Même que Sarkozy lui réclame son ralliement mais qu'il refuse, faisons-lui crédit de cela. Cet Avertissement préalable nous amène donc au vrai début du livre.

Et 16 lignes
Après nous avoir confessé : "Sarko, c'est mon pote, mais je ne suis pas d'accord avec lui quand même", l'auteur nous amène finalement où il voulait en venir : "Je serais incapable, à cet instant, de détailler les raisons pour lesquelles l'idée même de voter Sarkozy me paraît aussi impensable". Peut-on rêver plus admirable première phrase pour commencer un livre ? Donc, le 23 janvier 2007, jour de la conversation téléphonique sus-évoquée, il est pour BHL impensable de voter Sarkozy - on a eu chaud - mais, par contre, il ne sait pas pourquoi. On l'aide un peu ? Peut-être parce que cet homme est le chef de la droite, tendance autoritaire, roi des rodomontades et de la répression ? Parce qu'il n'a eu de cesse de faire voter des lois démagogiques, instrumentalisant l'insécurité et l'immigration au profit de son ambition personnelle, et tant pis pour les effets collatéraux (émeutes des banlieues de 2005) ? Ne sont-ce pas là déjà de bonnes raisons, Bernard ? Apparemment non, pas pour le chroniqueur du Point - hebdomadaire de la droite décomplexée, qui fustige les assistés, les profiteurs et les fraudeurs à longueurs de numéros, entre deux feulements d'extase néo-libérale, à tel "Point" qu'on peut se demander ce que vient y écrire un supposé homme de gauche. Bref, BHL ne peut pas détailler les raisons de son non-sarkozisme parce que, expliquebhl_entart_-t-il : "je ne connais pas, et pour cause, sa position sur la nécessité d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Il n'a pas encore fait, au journal Philosophie Magazine, sa navrante déclaration sur les prédispositions à la pédophilie et au suicide, (...) la génétique comme un destin. Il ne s'est pas exprimé sur la fâcheuse habitude qu'ont les Français de fraîche date d'égorger des moutons dans leurs baignoires". Bon, mettons. Il n'a certes pas, le 23 janvier 2007, mis les points sur ces "i"-là. Même si l'ancien "nouveau philosophe" nous prend quand même un peu pour des imbéciles en prétendant que le caractère ultra droitier de Sarkozy lui était alors encore inconnu : comme s'il n'avait pas été au ministère de l'Intérieur depuis 2002 pour y conduire la politique que l'on sait ! Mais là où ça ne va plus du tout, c'est que BHL, croyant nous asséner le tir au but décisif, finit ainsi (sa première page) : "il n'a encore lancé, ni aux Français basanés son "la France, aimez-la ou quittez-la", ni aux édiles de l'UMP son appel à accorder leur parrainage - "au nom de la démocratie" - à un Jean-Marie Le Pen qui était en train, sans cela, d'être interdit d'élection". Qui était en train d'être interdit ? Que cette phrase est hideuse, sur le plan stylistique, et abusive sur le fond : adopter la posture du martyr empêché de candidature, Le Pen fait le coup à chaque élection ! Et puis est-ce la conception de la démocratie béachélienne - si l'on ose l'adjectif - d'empêcher que puisse se présenter un homme politique en qui s'incarne pourtant un courant de l'opinion non négligeable ? Mais surtout, Plume de presse a de la mémoire. Et la phrase : "si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter", contrairement à ce que feint BHL, a été prononcée bien avant ce 23 janvier 2007 d'où il une_imposture_fran_aise_couv_fait débuter son ouvrage. Sarkozy l'a éructée exactement le 22 avril 2006. On se souvient du retentissement. Impossible donc, pour celui que Nicolas Beau et Olivier Toscer désignent comme Une imposture française, de l'avoir ignorée. La vérité est donc qu'au moment où il débute le livre, BHL est parfaitement au courant que le futur président est déjà monté d'un large cran dans le racolage des frontistes, en empruntant un slogan à l'extrême droite, une dérive qui annonce toutes les autres. Mais que ça ne le gêne alors pas plus que ça. Et qu'il joue les innocents à la mémoire sélective, avec son "erreur" de date de 9 mois. Nous n'en sommes qu'à la première page du premier chapitre de la première partie et, déjà, Lévy démontre toute son aisance dans l'art du foutage de gueule désinvolte. Alors quand on sait qu'il va ensuite attaquer Noam Chomsky ou dénoncer l'anti-américanisme comme "métaphore de l'antisémitisme", on a déjà envie de refermer le livre. Désolé, monsieur Grasset*.

* : Editeur de Bernard-Henri Lévy

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22 octobre 2007

Guy Môquet, assassiné par le grand patronat français

b24b6710ceb934f1dd60531cb67ef155Nous serions professeur, nous ne refuserions pas de lire la lettre de Guy Môquet à nos élèves, comme une directive de Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale, y oblige les enseignants aujourd'hui sur ordre du président. Nous désobéirions ainsi à leur principal syndicat, le SNES, dont Claudie Martens, la co-secrétaire générale, dénonce en cette initiative une "récupération politique" : "Nous obliger à parachuter en plein cours un savoir sur un seul et unique personnage, sorti de son contexte, c'est manquer de respect à notre métier", estime-t-elle. Elle se trompe, en ce que nul n'empêche le professeur de resituer le contexte, et c'est justement ce qu'il convient de faire. Darcos est très clair : "On le dit depuis le début, les enseignants peuvent faire ce qu'ils veulent autour de cette lettre". Chiche ! Il faut alors prendre Sarkozy à son propre piège et expliquer en quoi Guy Môquet est mort non en tant que résistant, mais parce qu'il était communiste. Henri Guaino, conseiller du président, explique à propos du jeune fusillé, dans Libération : "Il tombe victime de la barbarie nazie". La part de vérité de cette affirmation est si partielle qu'elle en devient presque mensongère. Ce sont certes les nazis - en l'espèce le général Stülpnagel - qui ordonnent qu'en représailles à la mort du lieutenant-colonel Holtz, abattu à Nantes par la résistance, on fusille 50 otages. Mais lesquels ? Les Allemands pucheun'interviennent pas dans le choix des victimes. L'homme qui désigne les suppliciés s'appelle Pierre Pucheu, le ministre de l'Intérieur de Pétain. C'est donc lui qui condamne à mort les 27 fusillés de Châteaubriant, groupe auquel appartient le jeune Guy Môquet. Tous sont communistes et le hasard n'a rien à y voir : Pucheu explique clairement son choix comme dicté par la volonté d' "éviter de laisser fusiller 50 bons Français". A ses yeux, un communiste n'est pas un bon Français. Or celui qui était alors le candidat Sarkozy a déclaré : "Je veux dire que cette lettre de Guy Môquet, elle devrait être lue à tous les lycéens de France, non comme la lettre d’un jeune communiste, mais comme celle d’un jeune Français faisant à la France et à la liberté l’offrande de sa vie". Absurde, puisqu'on a vu que Môquet est mort justement parce qu'il est communiste ! Et pourquoi Pucheu choisit-il les otages dans leur rangs ? C'est tout simplement qu'il est un digne représentant de cette droite collaborationniste viscéralement anti-rouges, au point de faire sienne la devise : "plutôt Hitler que le Front populaire". Au moment d'entrer en politique, Pucheu n'est pas n'importe qui. "Administrateur des fonderies de Pont-à-Mousson, des aciéries de Micheville, fondateur du Cartel international de l’acier, énumère l'ancien sénateur communiste Maurice Ulrich dans L'Humanité, il est l’un des plus éminents représentants de ce qu’on appelait alors le Comité des forges et de cette bourgeoisie qui, après le triomphe de Hitler, entend prendre sa revanche sur le Front populaire. Pucheu, donc, choisit. Politiquement. Charles Michels, secrétaire général des cuirs et peaux CGT ; Jean-Pierre Timbaud, dirigeant de la métallurgie CGT ; Jean Poulmarch, dirigeant du syndicat des produits chimiques CGT ; Jules Vercruysses, dirigeant du textile CGT ; Désiré Granet, dirigeant du papier-carton CGT ; Jean Grandel, secrétaire de la fédération postale CGT..." En somme, se débarrassant des syndicalistes, il joint l'utile (pour le patronat) à l'agréable (trucider la vermine rouge).

aodetteVoilà donc la vérité historique qu'il faut rappeler, à l'occasion de ce que le pouvoir a baptisé "commémoration du souvenir de Guy Môquet et de ses 26 compagnons fusillés". En faisant d'abord observer que l'utilisation du mot "compagnons" est inappropriée et que le vocabulaire a un sens : les résistants gaullistes se donnaient du "compagnon" quand les communistes s'appelaient "camarade". Et Môquet lui-même parle de ses co-suppliciés ainsi : "mes 26 camarades". Mais évidemment, le mot "camarade" lui-même, fortement connoté, évoque le communisme comme si on le prononçait en langue soviétique, "tovaritch". On a donc remplacé le mot honni de la droite par un "compagnon" moins "ringard", dixit Guaino. Cette précision utilement apportée aux élèves, il faudra ensuite leur conter comment la frange la plus puissante du patronat français, en cheville avec l'Etat pétainiste, a profité de l'exigence allemande d'exécuter des otages pour éliminer ses opposants politiques en même temps que les animateurs du mouvement social, pour mieux le décapiter. Et enfin leur lire la lettre de ce jeune homme de 17 ans, qui va mourir simplement parce qu'il est le fils de Prosper Môquet, député communiste élu en 1936, et que cette seule filiation suffit aux yeux du gouvernement français de Vichy à lui faire mériter la peine capitale. "Victime de la barbarie nazie" ? Plutôt martyr politique aux bourreaux bien Français.

PS : on pourra aussi opérer un rapprochement très pédagogue avec l'actualité, en précisant que Guy Môquet était fils de cheminot, profession dont le régime spécial de retraite va être réformé par le gouvernement. Qu'en aurait pensé le jeune militant communiste ? Que dirait-il aujourd'hui en lisant le numéro 2 du MEDEF, Denis Kessler, qui affirme tranquillement, analysant la politique sarkoziste : "Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses (...) A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. (...) Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !" On pourra enfin lire aux élèves cet autre texte de Guy Môquet, témoignage naïvement formulé de l'engagement qui le conduisit à la mort :   

cache_107x100_arton289_107x100"Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage

Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice
."

Sur le même sujet, lire aussi   Mort d'être communiste.

 

Posté par Olivier Bonnet à 10:29 - Social, politique - Commentaires [103] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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