29 janvier 2008
Société générale : bourse, mensonge et monopoly
Des milliards partis en fumée, un trader censé avoir agi à l'insu de tous, consacrant la faillite de tous les contrôles, un système de l'argent fou qui marche sur la tête et un gouverneur de la Banque de France qui conclut : "C'est le hasard, c'est pas de chance, c'est comme ça, c'est la vie" ? Bienvenue dans le monde de la finance internationale !
Jérôme Kerviel, le trader de
la Société générale, héros involontaire de l'énorme scandale financier
qui fait la Une depuis plusieurs jours, a été remis en liberté hier
soir, contre l'avis du Parquet. Il n'est finalement mis en examen "que"
pour "abus de confiance", "faux et usage de faux" et "introduction dans un système de traitement automatisé de données". Exit la qualification d'abus de confiance "aggravé" et l'accusation de "tentative d'escroquerie"
réclamées par le même Parquet, qui montre décidément un acharnement un
brin suspect. Et l'on commence à voir un peu plus clair dans cette
sombre histoire. La faute du jeune homme est d'avoir "explosé sa ligne de crédit",
comme il l'avoue lui-même : il n'était certes pas censé engager pour 50
milliards de transactions. Mais s'il a outrepassé les règles, ce n'est
que guidé par une forme de zèle. L'objectif de tous les membres de sa
profession est en effet de dégager des profits maximum par la
spéculation. Et plus on joue gros, plus on a de chance de décrocher le
pactole. Du reste, il affirme que cette pratique est courante parmi ses
collègues, connue et "tolérée" par la direction. Alors il a
pris des risques - trop - et a finalement perdu sa partie de monopoly.
Mais c'est bien le système qui l'a conduit à de tels actes, mû par sa
volonté d'apparaître comme "un trader d'exception, un anticipateur des marchés",
comme le résume le Procureur Jean-Claude Marin. Dans le but de faire
gagner un maximum d'argent à son employeur, et d'en être remercié en
empochant une juteuse prime de rendement. De 300 000 euros, précisément
: c'est la somme qu'il comptait percevoir à ce titre. Quand on sait que
sa rémunération annuelle ne dépassait pas les 100 000 euros, on mesure
à quel point le jeu pouvait sembler pour lui en valoir la chandelle .
Et là où il faut à nouveau incriminer ce système financier
international devenu fou, c'est que Kerviel faillit réussir!
En
2007, il parvint ainsi à engranger, pour le compte de la Société
générale, des gains de 55 millions d'euros dans le cadre de sa gestion
"classique", somme augmentée de quelque 1,4 milliards d'euros réalisés
de façon litigieuse, en misant davantage qu'il n'en avait le droit. Que
la tentation est donc grande ! Alors re-belote pour 2008 : "Les événements se précipitent au début de cette année, raconte la Tribune de Genève. La Bourse est en
pleine déprime. Jérôme Kerviel anticipe alors un retournement du marché
et table sur une hausse. Il engage... 50 milliards d'euros sur les
marchés à terme ! (...) Si le marché avait pris l'ascenseur, Jérôme Kerviel
aurait sans doute été distingué comme un génie de la finance. Or, au
contraire, le marché a poursuivi sa baisse. Et le courtier est devenu
le paria de sa banque. Le pot aux roses est découvert vendredi 18 en
fin d'après-midi. A midi, le courtier était encore gagnant. Le soir, il
perdait 1,4 milliard. La Société Générale décide de «déboucler» dès
lundi les positions litigieuses de Kerviel alors que la Bourse est
toujours aussi neurasthénique. La perte atteint 4,9 milliards d'euros."
De génie de la finance à paria en une demi-journée ! Mais si l'on
compte bien, on s'aperçoit que c'est la Société générale, en
"débouclant" les positions litigieuses, qui a creusé le trou d'1,4 à
4,9 milliards, ce que lui reprochent les avocats de Kerviel, selon
lesquels la banque "a choisi dans des conditions tout à fait anormales de liquider des positions qui auraient pu se redresser avec le temps
Pour le Gouverneur de la Banque de France, aucun doute : "Cette décision est probablement la seule qui pouvait être prise pour s'assurer que l'établissement ne courrait pas
aussi longtemps un risque dramatique", estime Christian Noyer. Même en plein "lundi noir" des bourses européennes ? Et quid du contrôle censé empêcher un trader de miser l'équivalent du PIB du Congo ? Faisons une nouvelle fois confiance à la fulgurante puissance d'analyse de Noyer : "Le système de contrôle de la Société générale nous apparaissait bon, or apparemment il y a eu des failles", déclare-t-il, parfait en marquis de La Palice. Mais il estime par contre qu'il a "parfaitement fonctionné sur le risque subprime". Rappelons que la perte de la Société générale liée aux subprimes, presque éclipsée par l'affaire Kerviel, se monte à 2 milliards : heureusement que le contrôle a "parfaitement fonctionné" ! A ce sujet, l'Association des petits porteurs
actifs (APPAC) est très en colère : "Les actionnaires vont subir les conséquences d'une communication
trompeuse et d'un manque de professionnalisme de l'équipe dirigeante"
de la Société Générale, déplore son communiqué. Son président, Didier Cornardeau, en livre l'explication au micro des Grandes gueules de RMC : "en novembre - j'ai la lettre des actionnaires devant moi -, on nous dit : "ne vous inquiétez pas, (avec) la qualité du portefeuille d'actions du groupe..." On joue la transparence, c'est marqué. C'est Monsieur Bouton qui l'indique, en novembre, il nous dit : "j'ai provisionné le risque total, 230 millions, sur ces crédits immobiliers américains". Et on nous annonce 2 milliards !" L'APPAC a du coup porté plainte, au nom d'une
centaine d'actionnaires de la banque, pour "diffusion de fausses informations ou trompeuses ayant agi sur le cours de Bourse des titres".
Si l'information de cette plainte a bien été relayée par les médias,
c'est peu dire qu'il nous a fallu longtemps pour retrouver la trace du
mensonge de Daniel Bouton qui la fonde.
Entre la présentation de Kerviel comme bouc-émissaire idéal - Daniel Bouton l'a même qualifié de "terroriste" ! -, la dissimulation des pertes liées aux subprimes et le soupçon de délit d'initiés, un administrateur de la banque ayant vendu pour 120 millions d'euros d'actions dix jours avant l'annonce de la déconfiture, on a beau dire que l'argent n'a pas d'odeur, tout cela sent quand même très mauvais. Et l'on ne peut que tomber à la renverse d'entendre l'inénarrable Noyer conclure à propos des 4,9 milliards partis en fumée, au micro de RTL : "C'est le hasard, c'est pas de chance, c'est comme ça, c'est la vie" ! Et le capitalisme financier mondialisé serait, selon la pensée unique libérale dont on nous abreuve, l'horizon indépassable de l'humanité ?
PS : L'illustration "Société Géniale" est tirée d'une vieille fausse pub des Nuls, à déguster pour le plaisir en vidéo ici.
Mise à jour : Le marché à terme Eurex, filiale des opérateurs boursiers allemand Deutsche Börse et suisse SWX, avait alerté la SocGén dès novembre 2007 sur les positions risquées prises par Kerviel, qui a expliqué au Procureur avoir alors "justifié une prise de position qu'il a décrite comme non spéculative parce que couverte par des warrants qui arrivaient à échéance" (titres qui donnent au porteur le droit d'acheter une action ou une obligation à une échéance donnée, NdA). On n'y comprend pas grand chose, si ce n'est que le contrôle semble avoir été décidément bien léger... D'autant que, selon l'édition papier du Parisien/Aujourd'hui en France, Eurex aurait même commencé à s'inquiéter... dès 2005 ! Par ailleurs, Europe 1 affirme que la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a été mise au courant dès dimanche, et pas mercredi comme elle continue de le prétendre, niant "catégoriquement" cette information que la radio dit tenir d'une source "proche de la Société générale". L'affaire devient de plus en plus amusante !
22 novembre 2007
Trois Saint-Cyriens au-dessus de tout soupçon
Ils dirigeaient un stage "d'aguerrissement" en montagne, à 2600
mètres d'altitude par -5° : sous leurs ordres, deux
stagiaires-officiers africains à l'école militaire de
Saint-Cyr en sont morts de froid. L'armée considère pourtant que ses
officiers n'ont commis aucune faute. Qu'allait en dire le Tribunal de
Marseille, devant lequel ils comparaissaient pour "homicides
involontaires" ?
"Pour tous nos camarades africains, suivre une scolarité en France est considéré comme l’expression d’une réussite, une récompense de leur travail personnel, déclarait le colonel Kohn, sous-directeur de la Coopération militaire française, dans une interview reproduite sur le site gouvernemental France diplomatie. Les concours qui permettent aux étrangers d’accéder à notre scolarité sont d’un niveau très relevé. Ceux qui réussissent ont légitimement le sentiment d’avoir mérité une aventure professionnelle gratifiante. J’ajouterai que le niveau de nos écoles est considéré comme une référence et que les officiers détenteurs d’un titre français sont, à l’usage, promis à l’exercice de hautes responsabilités dans leurs armées nationales. Cette scolarité se déroulera dans les meilleures conditions puisque la plupart d’entre-eux sont francophones." L'entretien date de 2005, soit après la mort du Nigérien Laouadi Karimoune et du fils du chef d'état-major des armées du Togo, Kondi Nandja, tous deux stagiaires à l'école militaire de Saint-Cyr, décédés au cours d'un "exercice d'aguerrissement" en montagne, à 2600 mètres d'altitude en plein hiver. Ils se sont en l'espèce aguerris jusqu'à l'œdème pulmonaire, cause officielle du décès : morts de froid ! Les trois officiers responsables de cette plaisanterie, le directeur d'exercice, le chef de stage et l'officier-montagne au Centre d'instruction et d'entraînement au combat en montagne de Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence), comparaissaient devant le Tribunal de Marseille pour "homicides involontaires" pour les deux Africains et "blessures involontaires" pour celles infligées à sept autres stagiaires (dont un que les secours ont retrouvé dans le coma). "Selon l'accusation, ils ont commis une série de fautes, résume la dépêche AP reprise sur l'Obs.com, en modifiant le programme initial sans tenir compte de l'encadrement technique et sanitaire, en surestimant les forces du groupe, en ne prévenant les secours que plus de trois heures après le premier décès et en faisant peu de cas de l'évolution de la météo. D'importantes rafales de vent, des chutes de neige et une température évaluée entre -5 et -8 degrés auraient largement contribué au décès des deux hommes, qui ne sont pas parvenus à se protéger dans les abris de fortune qu'ils avaient construits." Assez accablant somme toute. Or que répond l'un des prévenus, le capitaine Lefebvre, lorsque le procureur lui demande : "Si c’était à refaire, est-ce que vous changeriez quelque chose ?" "Non, répond-il droit dans ses bottes. Si je changeais quelque chose, je remettrais en cause mes décisions. Or si j’ai pris ces décisions, c’est que je pense que c’étaient les meilleures." Et le lieutenant-colonel Heintz d'expliquer que, les conditions météo devenant exécrables, il n'a pas donné l'ordre de rebrousser chemin parce que "cette idée ne m’est pas venue à l’esprit". Ses hommes le lui ont pourtant demandé ! Mais les militaires nient donc avoir commis une quelconque faute. Durant l'enquête, un gradé, repris par Libération, avançait l'hypothèse que "les Africains ont un instinct de survie moins développé que les Européens", et le général Oberto, dans un rapport interne, met en avant "le comportement difficile à anticiper et à maîtriser de certains stagiaires africains plus vulnérables au froid". Ah ces cons d'Africains, même pas foutus de supporter une petite tempête de neige de rien du tout ! Nulle remise en question à attendre de l'armée. Mais la justice a par contre trouvé à y redire. Verdict : neuf mois de prison avec sursis pour le lieutenant-colonel Christian Heintz et six pour le capitaine Lefebvre. Le troisième, qui validait depuis la caserne les décisions des directeurs d'exercice, a été relaxé. Pas bien cher payé. Ajoutons pour la bonne bouche que, trois ans après le double drame, Heintz a été récompensé par l'armée française d'une promotion !
17 septembre 2007
Racisme décomplexé
Les commentaires publiés à la suite de l'article Obscénité sur AgoraVox sont tout à fait instructifs. Nous écrivions que l'obsession des chiffres d'expulsion de clandestins par Sarkozy et sa clique visait à complaire aux "racistes électeurs du Front National", à "la frange la plus abjecte de l’électorat". Les commentateurs qui se sont précipités pour hurler leur désapprobation (489 commentaires !) démontrent par A + B que nous avons mis dans le mille. Lisez plutôt.
PS : chaque fois que je l'ai pu, j'ai remplacé le pseudonyme par le vrai nom du commentateur. Trop commode de se réfugier dans l'anonymat, qu'ils assument !
"Moi, je n’ai qu’une seule chose à dire à ceux qui poussent la haine d’eux-mêmes jusqu’à l’idolâtrie des étrangers : vous
aimez les Kurdes, les Vietnamiens, les Béninois et les Bulgares ? Très
bien, accueillez-les chez vous ; dressez une tente dans votre jardin ;
ouvrez votre frigo et votre portefeuille. Vous n’êtes pas d’accord ? vous n’avez pas les moyens ? Ca vous gêne, les "odeurs", la promiscuité et tout le reste ? Eh bien, pourquoi exigez-vous de la communauté France ce que vous ne voulez pas faire vous-même?": Boileau. Le même écrit aussi : "les étrangers qui viennent en France sont racistes. Par conséquent il n'y a pas de raison de ne pas leur rendre la monnaie de leur pièce."
"Hortefeux est inefficace. Qu’est
ce qu’il attend pour faire construire un bateau spécialisé pour évacuer
en masse ces clandestins qui plombent notre économie tout en nous
pourrissant la vie ? Ce navire exploité par
l’Administration pénitentiaire de Rachida Dati, pourrait ramener en
toute sécurité sans risque de noyade un millier de clandestins à chaque
rotation. Pour éviter tout problème de sécurité ou d’accident il pourrait être accompagné par une ou deux frégates en convoyage. On peut même y rajouter certaines organisations racistes anti-françaises à orientation anti-nationale!": Leonid Bronstein.
A qui nous rappelions les valeurs de la France éternelle, la fraternité, la solidarité et les droits de l'Homme, constitutifs de notre identité nationale : "Votre identité nationale, elle sera mal avec vingt-cinq millions de musulmans, dix millions de Nègres et quinze millions d'Arabes ! La France est un pays de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne ; son identité nationale est donc de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne. Sortie de là, elle ne peut plus être qu'un infect cloaque multiracial et multiculturel. Alors, M. Bonnet, ce cloaque, vous pouvez l'aménager dans votre salon, ou dans votre jardin, s'il n'y a pas de voisinage incommodé par le bruit et les odeurs, mais VOUS N'AVEZ ABSOLUMENT AUCUN DROIT DE L'IMPOSER A QUI QUE CE SOIT D'AUTRE ! Il faut vous le mettre dans le crâne, une fois pour toutes !" : Dalziel.
On parle immigrés clandestin, mais c'est le chiffon rouge de l'islam qu'agitent certains : "Comment voyez-vous pas qu'on doit se laisser intimider par ces demeurés et qu'un professeur de philosophie a été menacé de mort et ne peut plus exercer sa profession? Comment voyez-vous pas qu'on se laisse traîner dans les tribunaux pour avoir publié des caricatures de leur prophète sous prétexte qu'il ne serait pas représentable ? Comment voyez-vous pas que ce qui est interdit dans l'Islam nous est désormais interdit parce que cette racaille veut imposer sa loi chez nous ? Comment voyez-vous pas qu'un cinéaste a été assassiné ? Allez-vous comprendre qu'on en a marre de ces arriérés ? Que la France n'est pas islamisable ? Qu'un étranger n'est chez lui que s'il respecte les lois françaises et n'a pas à apporter sa culture chez nous? Le problème de l'étranger n'est pas le problème de l'étranger, il est le problème de l'éducation de l'étranger. Je ne vois comment on peut continuer à accueillir des inéduqués, des sauvages" : Aurélien Dam. Qui reprend l'argument de Boileau justifiant le racisme en tant que réponse au racisme supposé de l'autre : "En gros, la racaille aurait un droit inaliénable d'être raciste et nous, nous n'aurions pas ce droit. Risible non ?"
"Les illégaux sont des parasites qui vivent du sang du peuple : Sarkozy fait bien de les déporter, ils n'ont pas leur place sur notre belle terre de France -qu'ils aillent donc déveloper leur pays, au lieu de tiermondiser le notre ! Merde, c'est pas l'Afrique ici ! Et si toi tu veux y vivre, vas-y, et arrete de nous les briser en voulant collectionner les races (car c'est bien ca ce que tu veux faire, raciste hypocrite) auprés de toi. Merde ! On n'a pas tué 6 millions d'Allemand il y a 50 ans pour être envahi plutôt par d'autre, mais POUR ETRE CHEZ NOUS" : NPM. Lui, c'est le pire de tous. A un autre commentateur qui s'interroge : "Le premier consiste à se demander comment sur le fond empêcher des gens de quitter leur pays pour faire 3 à 5000 km dans des conteneurs ou des camions et arriver en Europe", il répond sans se démonter : "Très simple : peine de mort pour les clandestins." Et lorsqu'on l'interpelle : "On ne peut pas arrêter l'immigration. Au nom de quoi doit-on laisser crever les gens ?", il rétorque : "Puisqu'il ne sont pas français, je ne vois pas de problème à ce qu'ils crèvent."
Arrêtons là, ce florilège est on ne peut plus édifiant. Nicolas Sarkozy s'est fait élire en draguant ouvertement ces gens-là. Honte !
15 août 2007
8800 euros la décapitation
Pour le lancement de son livre Shodh en telugu, la langue parlée dans le sud de l'Inde, l'écrivaine féministe Taslima Nasreen, 45 ans, était en visite le 9 août dernier au club de la presse de la ville d'Hyderabad, quand elle a été agressée par un groupe d'extrémistes musulmans indien. Ces hommes lui ont jeté au visage divers projectiles avant de tenter de la frapper avec des chaises. Plus de peur que de mal : elle s'en est tirée avec quelques bleus. La police assure qu'une centaine de ses agresseurs a été arrêtée. Il s'agit d'activistes appartenant à un parti nommé le Majlis-e-Ittehadul-Muslimeen, dont le dirigeant, Salauddin Owaisiwill, a cru bon de déclarer : "Ce qu'ils ont fait est bien et tous les musulmans d'Hyderabad vont féliciter notre parti pour cela". Pour d'autres paroles incendiaires de même acabit, trois députés de sa formation ont été mis en examen, au chef d'incitation à l'émeute. En attendant, pour faire bonne mesure, lui-même a porté plainte contre Taslima Nasreen et ses "écrits anti-islamiques", a-t-on appris lundi dernier. Elle risque selon le code pénal indien jusqu'à trois ans de prison, si elle est reconnue coupable d'avoir "avoir attisé la discorde, la haine et la malveillance" entre des groupes religieux. Pire : Owaisiwill a osé prendre la position suivante : "Une fatwa existe contre Taslima Nasreen. Il est de la responsabilité des musulmans religieux de la respecter" ! Il aurait pu dire quatre fatwas (appels religieux à l'exécution de la personne jugée ennemie de l'islam, Nda), comme le nombre de fois où des groupes extrémistes musulmans ont condamné à mort l'écrivaine. Tout a commencé dans son pays natal, le Bangladesh. Son premier roman Lajja (La honte) relatait les persécutions dont est victime là-bas la minorité hindoue. Il a déclenché de nombreuses manifestations d'islamistes et une première fatwa en 1993, émanant d'un groupe baptisé "Soldats de l'islam", qui l'obligea à fuir le pays en 1994 - en 2002, la justice bangladaise l'a du reste condamnée à un an de prison. Trois fatwas supplémentaires ont ensuite été prononcées contre elle, dont la dernière en mars dernier : une organisation islamiste indienne, le All India Ibtedad Council, a offert 500000 roupies (environ 8800 euros) à quiconque décapiterait Nasreen ! "Taslima a couvert les musulmans de honte par ses écrits. Il faut qu'elle soit tuée et décapitée, et celui qui le fera recevra la récompense", a en effet décrété son chef, un agité dénommé Taqi Raza. Même en ayant quitté le Bangladesh - elle a obtenu l'asile politique en Suède mais, depuis deux ans, se partageait entre la Scandinavie et l'Inde-, elle est donc pourchassé partout. "Je ne voulais pas quitter mon pays, on m’a forcée à partir, on m’a jetée dehors. J’aimerais y vivre mais ça m’est interdit. Cela fait neuf ans que je ne peux plus y habiter. J’ai payé cher pour mes idées, pour avoir dit que les femmes ont droit à l’égalité et à la justice et qu’elles n’auront ni l’une ni l’autre tant que l’Etat ne sera pas séculier et que le droit sera un droit religieux", répondait Taslima Nasreen dans une interview réalisée par Amnesty International. Mais on ne la fera pas taire : "Je suis écrivain, alors j’écris, même en exil. J’ai écrit vingt-quatre livres et j’en écrirai d’autres. Mes ouvrages sont publiés au Bangladesh, bien qu’ils soient difficiles à se procurer et que trois d’entre eux aient été interdits par le gouvernement - mais ils sont disponibles de l’autre côté de la frontière, en Inde. Alors je continuerai à faire ce que je dois faire." Chapeau ! Ultime précision, Nasreen dénonce l'oppression des femmes d'où qu'elle vienne, et pas seulement de l'islam : "Toutes les religions, sans exception, sont fondamentalement anti-femmes. Elles vont à l'encontre de la liberté et des droits des femmes, qu'elles oppriment, au même titre que la tradition, la culture, les coutumes et le système patriarcal", dit-elle dans une autre interview, accordée à L'express. La religion musulmane reste néanmoins aujourd'hui sa cible privilégiée, ce qu'elle explique ainsi : "Je m'en prends particulièrement à l'islam parce qu'il s'oppose à la démocratie, aux droits de l'homme et à l'émancipation des femmes. Dans les pays musulmans, la situation est pire qu'ailleurs, faute de séparation claire de la religion et de l'Etat. La loi y est fondée sur la religion, ce qui est la source de tous les maux des femmes."
12 août 2007
L'abjection des mutilations sexuelles féminines
L'excision, qui consiste à pratiquer l'ablation du clitoris et de tout ou partie des petites lèvres, censément pour protéger l'honneur et la virginité des filles et les mettre à l'abri du désir sexuel (donc de l'infidélité), en leur supprimant le plaisir, est officiellement interdite en Egypte depuis 10 ans. Pourtant, une étude systématique publiée en 2003 par l'Unicef a montré qu'elle concernait 97% des femmes mariées ! En juin dernier, le décès d'une adolescente de 12 ans, à la suite d'une excision, avait abouti à la publication d'un décret condamnant tout médecin qui pratique cette opération à l'interdiction d'exercer. Ce qui n'a pas empêché l'un d'entre eux d'exciser
Karima Rahim Massoud, 13 ans, dont la mort a été découverte vendredi dernier, lorsque son père a réclamé à un autre médecin un certificat de décès pour... "mort naturelle". Le cabinet médical du village de Kafr Gaafar (province de Gharbiyah), où a été pratiquée l'intervention, a été fermé et le médecin responsable mis en examen, en compagnie du père de la victime.
Contrairement à ce que l'on pense souvent, l'excision n'a rien à voir avec l'islam. En Egypte, aussi bien chrétiennes que musulmanes sont ainsi mutilées. Même si les chefs religieux, qu'il s'agisse du cheikh d'Al-Azhar, Mohammed Sayyed Tantaoui,
principal leader spirituel de l'islam sunnite, ou du patriarche de
l'Eglise copte, Chenouda III, se tuent à répéter que cette pratique n'a "aucune base dans les textes religieux". Même son de cloche chez les religieux d'Afrique noire, où l'on perpétue (et perpètre) massivement l'excision : l'Unicef estime que 100 à 130 millions de femmes africaines actuellement en vie ont subi une mutilation sexuelle. On l'observe "au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en République Centrafricaine, en Côte d’Ivoire, en Gambie, au nord du Ghana, en Guinée, en Guinée Bissaü, au Kenya, au Mali, en Mauritanie, au Nigeria, en Ouganda, au Sénégal, en Sierra Leone, en Tanzanie, au Togo, au Tchad", énumère le docteur Marie-Hélène Franjou, présidente fondatrice du Groupement pour L'Abolition des Mutilations Sexuelles, mais aussi sur d'autres continents : Yémen, Indonésie, Malaisie, Bahreïn, Sultanat d'Oman, Émirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Inde. Sans oublier que l'excision a cours aussi en Occident - en France par exemple -, du fait des migrations internationales de populations.
L'excision est une barbarie sans nom. "La vulve est une région du corps très vascularisée et très innervée, particulièrement au niveau
du clitoris. La section du clitoris et des petites lèvres entraîne une douleur très intense, intolérable, accompagnée de peur, d’angoisse et parfois d’un grave état de choc. Un saignement éventuellement hémorragique peut entraîner la mort", explique le docteur Franjou. Mais il y a pire encore que l'excision : l'infibulation, ou ablation de la totalité des organes externes avec suture des moignons des grandes lèvres bord à bord. Une abjection totale qui concerne 15% des cas de mutilations génitales féminines. La description de la présidente du GLAMS soulève le coeur : "il ne reste rien de la vulve qui est remplacée par une cicatrice fibreuse dure où on ne retrouve qu’un minuscule orifice destiné à l’écoulement des urines et du sang des règles. L’ouverture est si étroite qu’elle ne permet pas un rapport sexuel. Au pays d’origine, le mari ouvre sa femme avec un instrument coupant le jour du mariage. Dans les cas les plus heureux, une incision de la cicatrice est faite à l’hôpital. Dans d’autres cas, le mari déchire progressivement sa femme et un rapport complet n’est possible qu’après des mois de tentatives infructueuses. En Occident, il n’est pas rare de voir consulter en maternité une femme enceinte qui n’a jamais été pénétrée. Le sperme du mari, déposé sur la cicatrice, a pu la féconder au travers de l’orifice existant. Pour que l’accouchement puisse se faire, on incise la cicatrice
afin que l’enfant puisse passer. Après l’accouchement, le couple demandera parfois, comme
cela se fait au pays d’origine que la femme soit "recousue aux dimensions du mari ". Insoutenable. Un seul mot pour désigner ces mutilations sexuelles : il s'agit de torture, pure et simple. Injustifiable.
30 juillet 2007
Le travail, source de souffrance
"Il n'y a pas de guerre économique. Dans nos pays, de l'argent, on n'en a jamais eu autant que maintenant. La France n'a jamais été aussi riche. Ce n'est pas le manque de moyens qui nous empêche de faire des efforts et des progrès dans l'organisation du travail. Ce qui manque, c'est une volonté politique, capable de remettre à plat des processus qui sont en train de créer une casse sociale sérieuse. Les suicides en entreprise, de plus en plus nombreux, sont un signal d'alarme inquiétant sur la pérennité du système" : Christophe Dejours, psychiatre et titulaire de la chaire de psychanalyse santé-travail au Conservatoire national des arts et métiers, interrogé par Le monde, balance un pavé dans le jardin des adorateurs de la valeur travail. Il est l'auteur de Souffrance en France, la
banalisation de l'injustice sociale, ouvrage ainsi présenté par son éditeur : "Les Français souffrent et ne le disent pas. Nous acceptons sans protester des contraintes de travail toujours plus dures tout en étant conscients de la mise en danger de notre intégrité mentale et physique. La peur puis la honte, pour faire fonctionner la machine néolibérale, nous font commettre des actes que nous réprouvons. Mais elles nous permettent d’endurer la souffrance (subie et infligée) sans perdre la raison et ainsi de nous protéger. La question centrale du livre est, pour reprendre l’expression d’Alain Morice (1996), celle des "ressorts subjectifs de la domination" : Pourquoi les uns consentent-ils à subir la souffrance, cependant que d’autres consentent à infliger cette souffrance aux premiers ? Le néolibéralisme génère injustice et souffrance. Le nouveau système repose sur l’utilisation méthodique de la menace et sur une stratégie efficace de distorsion communicationnelle. Le processus de banalisation du mal par le travail n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est l’aspect raisonnable et justifié, réaliste et rationnel qu’on lui accorde aujourd’hui. De plus, qu’il soit accepté par une majorité de citoyens, qu’il soit décrit comme modèle à suivre au nom du bien, du juste et du vrai. Le travail peut être le médiateur irremplaçable de l’accomplissement de soi. A contrario, il peut aussi être à l’origine de processus redoutables d’aliénation."
17 mai 2007
Barlant Borrectement le Rançais

En 2000, lorsque L'Oréal recherche des hôtesses pour une opération promotionnelle autour des produits capillaires Fructis Style, c'est la société Districom, filiale d'Adecco, qui se charge de diffuser la demande auprès des entreprises d'intérim : "18-22 ans, taille de vêtement 38 à 42, BBR", est-il écrit sur le fax adressé aux agences. BBR ? Le code est connu dans l'intérim et signifie "Bleu Blanc Rouge". Oui, comme la fête de Le Pen. En clair, pas de candidates maghrébines, asiatiques ni noires. Flagrant cas de discrimination attesté par une preuve écrite, circonstance rarissime ! Le Tribunal correctionnel de Paris relaxe pourtant l'ensemble des prévenus le 1er juin 2006, jugeant les poursuites "engagées à partir de suppositions et d'approximations" et déplorant l'absence "d'élément matériel"... sans même mentionner le fameux fax, qui est pourtant la preuve des plaignants (en l'occurrence l'association SOS Racisme). Décision si surprenante que le Parquet fait appel. L'affaire est donc rejugée et lundi 14 mai 2007 comparaissent devant la 11ème chambre de la cour d'appel de Paris les sociétés Adecco et Garnier (L'Oréal) et trois de leurs anciens cadres, pour "discrimination raciale". SOS Racisme demande l'audition d'un témoin, inspecteur du travail dont l'enquête a posteriori a montré que très peu de non-blanches avaient de fait été embauchées pour l'opération (moins de 4%). Hélas, le tribunal refuse de prendre en considération cet élément. Ca commence bien. Peut-on imaginer que Districom/Adecco ait pris sur lui d'envoyer la fameuse consigne de pureté aryenne sans ordre de Garnier/L'Oréal ? Jusqu'où faut-il remonter pour trouver les responsables ? Voilà la question qui doit être tranchée par la justice. Une ancienne salariée témoigne : "Je n'avais pas la bonne couleur de peau. je suis métisse et (...) Districom n'a jamais voulu me confier la promotion de ses produits. Selon leurs dires, cela provient d'une personne chez Garnier qui n'aimait pas les gens de couleur". Mais pour l'avocat général, Antoine Bartoli, c'est la lampiste qui doit payer : il souhaite la relaxe "au bénéfice
du doute" de Garnier dont "la responsabilité ne
paraît pas totalement établie". Pas plus que celle de son ancien directeur
général, Laurent Dubois, ni celle de Jacques Delsaut, directeur d'Adecco, ni encore celle du directeur
de sa filiale, Districom. Tous innocents ! Amende de 100 000 euros par contre requise contre la pauvre salariée du bout de la chaîne, celle qui a envoyé le fax. Elle est absente de l'audience pour raisons médicales. Il vaut mieux : lors du premier procès, elle avait livré son explication de la fameuse mention "BBR" : il s'agissait selon elle de recruter des personnes "s'exprimant correctement en français". Bien sûr ! D'où les initiales BBR : barlant borrectement le rançais.
Audience mise en délibéré au 3 juillet.
15 mai 2007
Eco-habitat
«Il est urgent de rompre avec la croissance immodérée de nos consommations, de partager nos ressources de façon équitable et de contribuer à la solidarité entre les hommes. Si nous n'agissons pas, une vraie crise de l'énergie est devant nous : pénuries des ressources (pétrole, gaz, mais aussi d’uranium), risques environnementaux majeurs, conflits internationaux et profondes inégalités» : ce cri d’alarme est lancé par l’association NégaWatt, qui milite pour «promouvoir et développer le concept et la pratique des "négaWatts", c’est à dire : la réduction des consommations d’énergie ; le développement de l’efficacité énergétique, des économies d’énergie et des énergies renouvelables ». Une démarche valable pour tous les domaines de l’activité humaine, à commencer par la construction d’habitations, dans le contexte de la croissance exponentielle de la population mondiale, sacré casse-tête en matière d’urbanisme : lorsqu’il faut construire toujours davantage de nouveaux logements, il devient vital de prendre garde à ne pas dilapider les ressources non renouvelables et à ne pas encore accélérer la dégradation environnementale globale de la planète. Or, tous secteurs confondus, le bâtiment représente en France 43,3% des consommations d’énergie finale et est responsable à lui seul de 20% des émissions de gaz à effets de serre (derrière les transports). Solution obligée donc, à (court !) terme : l’habitat écologique, de quelque façon qu’on le nomme : éco-construction, bio-construction, maisons environnementales, bioclimatiques... Un habitat bien intégré au sein de son environnement, en osmose avec lui, minimisant les dépenses énergétiques, respectueux de la nature et de l’Homme. Des maisons "vivantes"… «Plutôt qu’éco-construction, nous parlons de bio-construction, car avant tout, le bâtiment doit respecter des cycles naturels : respirer, transpirer, en accord avec les éléments que sont l’air, l’eau, la terre et le feu», théorise Rémi Florian, co-gérant du centre d’études en habitat Bio-Espace. «Nous, signataires de la charte Ecobâtir, exprimons notre désir de respecter, dans l'acte de bâtir, la logique du vivant et les liens cordiaux existant entre l'être humain et la nature», proclament de façon lyrique les membres du Réseau Ecobâtir, qui réunit divers acteurs de la construction écologique. Les solutions naturelles existent en effet pour concevoir ces habitats modèles, à combiner entre elles pour obtenir le meilleur résultat. A commencer par le choix pertinent de l’implantation géographique et de l’orientation de la construction.
Au cœur de son environnement
«Chaque lieu a ses spécificités et toute construction doit en tenir compte», établit Vincent Rigassi, architecte DEAUG appartenant au Réseau Ecobâtir, dont l’intérêt pour les constructions compatibles avec le développement durable ne date pas d’hier : il travaillait dans un laboratoire de recherche sur les constructions en terre déjà en 1988. Laurent Beaugiraud revendique lui aussi pour sa société, Villa soleil, une expérience de longue date dans le domaine de l’éco-construction : «ça fait plus de quinze ans qu’on pratique des études thermiques ! Le grand principe est de profiter au maximum des ressources tout en protégeant des contraintes. Il faut donc tenir compte de l’ensoleillement, des vents dominants, des caractéristiques du terrain, de la présence ou pas de "masques" (végétation, montagne…)», énumère-t-il. Il aime à citer la phrase de Saint Exupéry : «Nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants». D’où son implication dans le bioclimatique, concrétisée par la réalisation d’une maison environnementale pilote en association avec Gaz de France, terminée en juillet de l’année dernière et située à Valence, dans la Drôme. Avec pour parrain un écologiste convaincu : l’explorateur Nicolas Vanier. «Intégrer une approche environnementale dès la conception de la maison, c’est participer pleinement à la lutte contre le réchauffement de la planète et à la préservation de ses ressources. Mais dans le même temps, c’est aussi accroître votre confort été comme hiver, devenir propriétaire d’un habitat sain très faiblement "énergivore" et faire des économies conséquentes sur votre facture d’énergie», plaide le patron de Villa soleil. «Concevoir une maison adaptée au climat, à son environnement, bien orientée au soleil d’hiver, protégée des vents froids, de la chaleur en été et donc procurant le meilleur confort thermique, c’est là que l’Architecture Bioclimatique trouve un développement tout naturel», résume enfin l’architecte Alain Poussange, lui aussi membre du Réseau Ecobâtir. Une fois la maison judicieusement orientée dans l’espace, il s’agit d’optimiser l’interaction avec son environnement.
Domestiquer chaleur et fraîcheur
La maison environnementale Villa soleil–Gaz de France fournit un bon exemple des dispositifs mis en place pour exploiter au mieux la situation géographique du bâtiment. Ainsi, pour prévenir un échauffement excessif dû à l’ardeur du soleil estival, des débords de toit larges de 60 cm conjuguent leur action avec celle d’un auvent, au-dessus de la baie de la cuisine, et de brise-soleil de 1,2 m aménagés dans les ouvertures les plus exposées, capables de diminuer de 50 à 60% les apports solaires. La forme, la taille et la nature des ouvertures permettent de moduler éclairage, réchauffement et ventilation de façon naturelle. Les terrasses sont décalées par rapport aux portes et fenêtres, pour réduire sensiblement la réflexion de la lumière sur les baies. Un cellier fait office de tampon entre la zone froide du garage et l’espace habitable chauffé, améliorant d’autant l’isolation. Quatre mètres carrés de panneaux solaires intégrés à la toiture du garage permettent de couvrir 70% des besoins en eau chaude. La présence d’un "puits provençal" (ou "puits canadien") assure de son côté une ventilation efficace. Alain Poussange en explique simplement le principe : «A environ 2 mètres de profondeur, la température de la terre est constante (entre 10 et 12° environ). La mise en place de canalisation enterrée et prenant source à l’extérieur, puis pénétrant dans l’habitat, permettra à l’air qui y circule d’envahir le lieu de vie à des températures adaptées aux saisons. Ce système génère également économie d’énergie et air neuf plus sain.» Résultat cumulé de ces aménagements ? Une économie énergétique de 50% par rapport à la réglementation en vigueur. «Les habitants de cette maison dépensent moins d’un euro par jour en gaz naturel, 350 euros par an», précise Laurent Beaugiraud. Vincent Rigassi affirme pour sa part qu’il est possible d’aller plus loin encore : «on peut facilement diviser par six les charges ! Il faut améliorer l’enveloppe du bâtiment pour éviter les déperditions de chaleur : c’est le concept de "construction passive", qu’on n’a quasiment plus besoin de chauffer du tout.» De tels édifices sont encore peu répandus en France, mais on en dénombre 7000 en Allemagne. Une étanchéité maximale est la clé de leur réussite. On choisira donc des matériaux à inertie thermique lourde, "d'isolation renforcée", comme l’explique Alain Poussange, avec «la capacité de stocker, puis restituer, la chaleur, la fraîcheur (séquence hiver/été) à l’inverse d’une construction à inertie légère constituée de matériaux inertes qui surchauffent très rapidement et refroidissent aussi vite dès que le soleil disparaît. Une construction à forte inertie est trois fois moins souvent en surchauffe qu’une construction à inertie légère. Il en résulte : en été, de supprimer la climatisation ; en hiver, de réduire les consommations de chauffage grâce au "stockage" des apports solaires gratuits».
Ballots de paille et maison-arbre !
Quels matériaux faut-il dès lors privilégier ? «J’utilise en priorité des matériaux le moins transformés possible, répond Vincent Rigassi : La terre, le pisé, le bois… Mais cela ne suffit pas. Que vous transformiez sur place un arbre en charpente ou que vous assembliez des éléments importés préfabriqués, vous aurez toujours une charpente en matériau bois. Mais la démarche n’est évidemment pas la même si vous passez par une chaîne industrielle complète ou si vous faites appel à un artisan qui a maîtrisé 90% de la chaîne. Recréer une économie locale grâce au bâtiment, ça c’est très "éco-construction" ». Utiliser de la terre est aussi porteur d’autonomie : on en trouve à peu près partout, sans dépendre d’un système de production.
Tom Rijner, lui, ajoute à la terre un autre matériau des plus inattendus : des ballots de paille ! Très isolant, ce matériau présente l’avantage d’être peu coûteux. On enchâsse les ballots sur une armature de bois et on les enduit ensuite de terre. Ce type de bâtiment permet l’auto-construction, d’autant plus appréciable que le coût d’une maison repose à 75% sur la main d’œuvre. Tom Rijner organise du reste des formations ainsi que des chantiers participatifs (renseignements sur le site Habitat végétal). Un couple vivant en Bretagne dans une telle maison de paille met en avant un choix écologique, le confort thermique et les économies réalisées : «l’hiver dernier, nous avons utilisé un seul stère de bois pour chauffer une maison de 120 m2», se félicite-t-il. L’architecte israélo-américain Mitchell Joachim pousse plus loin encore le concept d’habitat végétal, avec son projet de "maison-arbre" ("Fab Tree Hab"). En compagnie de deux collègues diplômés du Massachusetts
Institute of Technology – loin d’être des rigolos, donc -, il propose une maison qui n’est pas seulement écologique, mais qui est elle-même un écosystème vivant ! Comment la fabriquer ? En faisant pousser de jeunes arbres reliés entre eux de même que leurs branches sous la forme d’une arche, d’un treillage ou d’une claie, puis forcés à conserver cette forme au cours des années. De la terre et des plantes grimpantes boucheront les trous des "murs" extérieurs, ornés de fenêtres en plastiques à base de soja, tandis qu’un mélange d’argile et de paille isolera l’intérieur de l’humidité. Nos bio-architectes espèrent planter la première de ces maisons d’ici quatre ans, en partenariat avec la société israélienne Plantware, et il faudra encore alors attendre environ cinq nouvelles années pour qu’elle… pousse !
Article qui devait paraître dans le magazine Vivre autrement, sauf que nous apprenons aujourd’hui même la cessation de cette publication !
10 mai 2007
L’école autrement
La scolarité traditionnelle est accusée d’être incapable
de prendre en compte la spécificité individuelle des élèves et d’en
laisser de trop nombreux en proie à l’échec. Les pédagogies
alternatives ont en commun de placer l’enfant au cœur de l’enseignement. Les
plus importantes appartiennent à trois grands courants: les écoles
Montessori, Steiner et Freinet.
Montessori : apprentissage libre et sensoriel
Dans le jardin de l’école de l’Olivier, établissement
situé près d’Aix-en-Provence qui accueille les enfants de 2 ans et demi
jusqu’au CM2, les tout petits s’affairent au potager, cueillant des herbes
aromatiques qu’ils ajouteront dans la salade du repas de midi. Plus loin, dans
une salle de classe, d’autres enfants jouent avec des formes, manipulent des
lettres, transvasent le contenu d’un récipient dans un autre, apprennent à
compter avec de petits bâtonnets de bois… «L’enfant est un petit chercheur, explique la jeune directrice (35
ans), Stéphanie Gotman, Ce qui est
naturel chez lui, c’est moins le jeu que le travail ! Sans cesse, il
expérimente et cherche des moyens d’atteindre le but qu’il se fixe».
Alors on le laisse libre de choisir l’activité qu’il souhaite pratiquer :
«chaque matin, on lui propose des
plateaux de matériel et il choisit celui sur lequel il veut travailler.»
Suivant l’enseignement de Maria Montessori (1870-1952), illustre première femme
médecin diplômée en Italie au début du siècle dernier, à chaque "période
sensible" de l’enfant correspond une volonté particulière
d’apprentissage, et il convient de ne pas forcer son rythme. «L’enfant est une vraie personne à respecter
en tant que telle», poursuit Stéphanie Gotman. D’où une volonté de
lutter contre la violence éducative : «on n’obtient l’obéissance ni par la peur, ni par la force, et il n’y a
pas d’apprentissage sans confiance en soi. L’enfant se construit dans le regard
de l’adulte. Il faut donc éviter tout jugement, le laisser faire, l’encourager
et constamment s’intéresser à son ressenti.» Selon la pédagogie
Montessori en effet, l’enfant sait intuitivement comment mener son
apprentissage, basé d’abord sur l’aspect sensoriel, et a juste besoin d’un
environnement qui favorise sa démarche. Et ça marche ! Les parents qui ont
placé leurs enfants dans des écoles Montessori sont unanimes : «voir
votre enfant content d’aller chaque matin à l’école, ça change la vie !»,
résume une mère.
Renseignements sur le site officiel.
Steiner : sensibilités artistiques bienvenues
Créées par le philosophe autrichien Rudolf Steiner
(1861-1925), les écoles Waldorf-Steiner cherchent avant tout à
équilibrer les matières intellectuelles avec les matières artistiques et
manuelles, en suivant l'évolution de l'enfant, en éveillant ses facultés
propres, en développant la diversité de ses talents de façon adaptée à chaque
âge et en respectant les rythmes de son développement. Le même enseignant suit
une classe d’âge de 7 à 18 ans, avec des intervenants spécialistes de
différentes matières. Tableau séduisant mais réputation sulfureuse :
Steiner est l’inventeur de l’anthroposophie, doctrine philosophico-mystique
assimilée à une secte dans un rapport parlementaire de 1995 mais blanchie par
les tribunaux. «Ma femme et
moi, qui ne sommes pas membres de la Société Anthroposophique, avons choisi cet
établissement et cette filière d'école pour sa qualité pédagogique, son esprit
d'ouverture et son approche globale du savoir à transmettre aux enfants. Nous
en sommes satisfaits sous tous les aspects et notre enfant s'y sent très bien»,
précise Rudolf Berger, ex-directeur général de l'Opéra national du Rhin. Et
Catherine Dolto déclare : «Les
écoles Steiner ont le mérite d'apporter à certains enfants des choses qu'on ne
trouve nulle part ailleurs.»
Renseignements sur le site officiel.
Freinet : autonomie et travail coopératif
«Ce n'est pas le jeu qui est naturel à l'enfant,
mais le travail», estime Célestin Freinet (1896-1966), fondateur de
la pédagogie du même nom, rejoignant ici Maria Montessori. Il définit
l’enseignement comme «l’art de faire émerger les questions et
d’accompagner l’enfant dans la recherche des réponses». Pour ce
faire, il accorde un maximum d’autonomie aux élèves, qui gèrent eux-mêmes leur
classe à travers un conseil coopératif. L’apprentissage individuel, incluant le "tâtonnement expérimental", passe par le biais de projets
collectifs au sein desquels chacun trouve sa place et son rôle : ateliers
de création, production de textes libres, fabrication d’un "journal de
classe", recherches et enquêtes… Gilbert Lagé, instituteur Freinet dans
les Hautes-Alpes, donne un exemple lumineux de cette démarche : «L’écriture
d’un roman permettra d’écrire pour être lu et non pas pour être corrigé. A
partir de ce moment-là, la conjugaison, la grammaire ou l’orthographe ne sont
plus des matières en elles-mêmes, mais deviennent des outils au service du
projet». Une maman, confrontée à sa fille qui faisait un blocage
total sur la lecture, par désintérêt, confirme : «Comment donner
envie ? Comment intéresser ? Comment amener celui qui n'aime pas la lecture ou
les maths à s'y mettre ? C'est pour ça que je suis plutôt adepte de
Freinet : on peut venir à la lecture ou à l'écriture par un autre biais.
Ma fille s'est mise à écrire pour raconter des histoires de chevaux, sa passion
! Dans un système classique, jamais elle n'aurait pu raconter toutes les
semaines le même genre d'histoire mais de mieux en mieux écrites. Et maintenant
elle lit !»
Renseignements sur le site officiel.
Auteur depuis 25 ans du Guide-annuaire des écoles
différentes, qui recense 2 à 300 établissements, Roger Auffrand est un fervent partisan des pédagogies
alternatives, qui gagneraient selon lui à être mieux connues. Il a accepté de
nous livrer son point de vue.
«Les enfants éduqués dans ces pédagogies
alternatives sont souvent plus autonomes, davantage à l’aise dans la prise de
parole, dans l’analyse d’une situation, ils dédramatisent davantage les
conflits. Elles sont toutes nées à peu près à la même période, en réaction
à la guerre de 14-18, quand on s’est demandé dans tous les pays comment une
telle chose avait pu arriver : n’était-ce pas l’école qui avait formaté de
parfaits moutons-soldats ? Elles constituent donc aussi une forme
d’éducation civique et citoyenne. Il est paradoxal que les parents prennent le
temps de réfléchir et de se documenter pour acheter une voiture, une maison,
pour choisir leur lieu de villégiature pour les vacances et de le réserver six
mois avant et que, par contre, ça ne leur vient pas à l’idée pour
l’école ! Or c’est à chacun de se renseigner, d’aller voir sur place, de
rencontrer les gens…Les écoles différentes, ce n’est pas le paradis à 100% et
l’école traditionnelle l’enfer à tous les coups. Tout dépend aussi
bien sûr de la personnalité des équipes pédagogiques.»
Guide annuaire des écoles différentes.
«Des percées dans le système traditionnel»
Nous avons rencontré une enseignante de l’Institut
Universitaire de Formation des Maîtres d’Aix-en-Provence, titulaire d’un DEA en
Sciences de l’éducation et élève du célèbre Philippe Meirieu, le pédagogue à
l’origine de la création des IUFM. Elle a préféré conserver l’anonymat mais
s’affirme très ouverte sur les pédagogies alternatives.
«Ces pédagogies actives et créatives partent de l’enfant en tant que personne. Il s’agit de respecter son rythme, d’être à son écoute et de provoquer son intérêt. Elles peuvent tout à fait se conjuguer. Chez Steiner, il y a un aspect ésotérique absent chez les autres, qui peut faire peur et parfois, suivant la façon dont c’est pratiqué, devenir dogmatique. Mais n’importe quel enseignement peut être pratiqué de manière dogmatique ! On ne peut pas dire que ces pédagogies actives ne font pas des percées, par ci, par là, dans le système traditionnel : dans presque toutes les écoles, il y a des enseignants qui travaillent comme ça. Mais de façon parcellaire, un peu isolée. On a des contraintes : le système est coincé par le principe du "une heure, une classe". Dommage qu’on ne puisse pas davantage moduler les groupes et les emplois du temps.»
Article à paraître dans le magazine Vivre autrement.
19 avril 2007
Intervention brutale dans des ateliers clandestins
"Vers 15 heures, plusieurs dizaines de gendarmes arrivés dans une
armada de fourgons sont intervenus de façon extrêmement brutale :
portes défoncées, hurlements, cavalcades", accuse Réseau Education Sans Frontières à propos de l'intervention de lundi dans des ateliers textiles clandestins à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). "N'hésitant pas à casser les portes de l'atelier, à défoncer des
appartements, les forces de l'ordre donnent une idée précise de la
spiritualité chrétienne dont se réclame Nicolas Sarkozy", ironise José Bové. "Ils ont poursuivi des gens dans la rue, les ont menottés devant le centre de loisirs, devant les enfants", précise Liliane Balu, élue communiste de la ville. En marge de l'opération, un bébé de deux mois est mort, dans un local jouxtant les ateliers clandestins. "Mort subite du nourrisson" a tranché l'hôpital. Bové et Alternative libertaire ont demandé l'ouverture d'une enquête. Une vingtaine de sans-papiers a été raflée, des femmes et enfants chinois pour la plupart. Au mouvement Alternative libertaire la conclusion : "La lutte contre les négriers qui organisent le travail non déclaré et les
entreprises ayant pignon sur rue qui en profitent parfois, ne justifie pas
de telles méthodes contre les victimes de cette exploitation : les
travailleurs clandestins ne sont pas des gangsters contre qui il faut un tel déploiement policier, l’arme au poing." De par le fait. Sauf que si. C'est ainsi dans la France de droite.
Photo : manifestation pour les sans-papiers à Paris le 31 mars, auteur : Pescade.

